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 l’âge de nos fêlures (mihail)

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MessageSujet: l’âge de nos fêlures (mihail)   Mar 6 Fév - 23:57

Tous les ans, c’est la même chanson. C’est l’odeur des épices dans la pâte à pain et la bougie qui fond lentement sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, c’est la farine entre les doigts et le ronronnement du four qui chauffe, c’est une seconde d’intimité, au cœur de la cuisine, personne à portée de vue ou à proximité et quelque chose comme des larmes au fond des yeux qui ne couleront jamais. La maison est vide, elle s’en est assurée ; Lucian est parti quelque part dans la matinée et ces enfants se sont depuis dispersés. Anca l’a embrassée avant de partir, la dernière, et les yeux de Lavinia se sont attachés à ses semelles, une seconde, de crainte de ne la revoir revenir brisée lorsqu’elle reviendrait. Elle n’a rien dit, sur le moment. Elle ne dit jamais rien de toute façon. Elle s’est installée dans la cuisine, à la place, a sorti son tablier, a attaché ses cheveux, a disposé sur le plan de travail les bocaux d’épice et la balance, a allumé la bougie qu’elle laissera se consumer jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. Tous les ans, depuis vingt-deux ans, c’est la même rengaine, tous les ans, quoi qu’il arrive, tous les ans et rien ne change, les mains dans la pâte et une mèche un peu trop courte devant les yeux et l’air un peu trop mélancolique peut-être, quand elle met dans le four la première fournée, s’assoit sur sa chaise, attend, les yeux rivés sur la flamme qui illumine l’extérieur d’une lueur orangée.

Elle se raconte des histoires pour faire passer le temps où l’enfant est polymorphe, un peu Ioan, un peu Anca, un peu tous ces enfants à la fois, chevalier, princesse, duc ou fée, endormi dans le ventre d’une baleine ou arrachant une épée d’un rocher un peu trop dur, les yeux grands ouverts et le sourire un peu trop grand, les yeux d’un de ses frères et les cheveux d’une de ses sœurs, un grand mélange, encore et encore, enfant, adolescent ou adulte, toutes les formes, tout le temps. C’est réconfortant, quelque part, et il a mille vies dans sa tête, mille existences, mille instants, comme pour rattraper ce qui aurait pu être mais ce qui ne sera jamais, rattraper la vie, rattraper le temps. Elle ne s’ennuie pas, perdue dans ses songes, bat des cils, lorsqu’elle entend la porte, une fois, deux fois, tressaille lorsque Mihail passe devant la cuisine.

Elle ne l’attendait pas. Elle ne l’attendait plus, plutôt. Il est parti, lui aussi, et elle pensait qu’il ne reviendrait pas, comme Seven, comme Elena, comme Valerian, comme tous ces gosses dans la nature qui ne lui adressent plus une pensée. Il est est parti, lui aussi, et elle l’a appuyé, en secret, lui a collé un peu d’argent entre les doigts, lui a dit vas-y, pas devant Lucian mais dans l’intimité, derrière la porte close de sa chambre, quelque chose comme du regret dans les yeux. Elle pensait pas le revoir. Elle pensait jamais le revoir. Elle pensait avoir besoin de le traquer, besoin d’aller chez lui, besoin d’aller sonner à sa serrure. Peut-être que ce sera le cas, peut-être que ce sera le cas après, peut-être que ce sera le cas ensuite, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui et peut-être que c’est pour ça que ses yeux s’embuent, une seconde ou deux, avant qu’elle ne se tourne pour sortir la plaque du four, pour éviter aux pains de brûler, se retourne vivement, comme pour s’assurer que Mihail n’a pas filé.

« Tu en veux un ? » Elle demande, et elle manque d’assurance, parce qu’elle se demande si elle l’interrompt, s’il pensait que la maison était vide, s’il espérait qu’elle ne serait pas là. Elle ne peut même pas le lui reprocher, si c’est le cas, se rassoit sur sa chaise, casse l’un des pains en deux, presque trop délicatement. Une seconde, elle repense à ce qui aurait pu être avant de croiser les yeux de Mihail, avant de penser à ce qui est. « Je suis contente que tu passes à la maison. C’est étrange de ne plus te croiser les matins. » Tu me manques, murmure les espaces entre ses mots et c’est une réalité, quelque chose qu’elle ne peut pas formuler, quelque chose qu’elle n’a pas le droit de lui imposer. Elle hésite, une seconde, le sonde des yeux, ajoute : « Ne t’inquiète pas, ton père n’est pas là. Il n’y a que moi. »

Elle n’est pas sûre que ça le poussera à rester mais elle malaxe un bout de mie entre ses doigts avant de le manger, abandonne son demi petit pain sur la table pour mettre de l’eau à bouillir. Elle a besoin d’un thé. Elle a besoin de compagnie. Elle a besoin de ses enfants. Elle a besoin d’être forte et tout tourne dans sa tête encore et encore, mais rien qu’elle ne puisse prononcer, rien qu’elle n’arrive à formuler. À la place, elle demande :

« Ton colocataire est supportable, alors ? »

Et le terrain lui semble un peu moins miné, peut-être.
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MessageSujet: Re: l’âge de nos fêlures (mihail)   Jeu 8 Fév - 15:56

Il y a peu de chance pour que son bouquin de socio soit resté à la maison, son excuse pour rentrer est sûrement un peu fumeuse, mais il a le temps et le soleil brille alors il accueille volontiers l'idée de faire un détour. Il choisit systématiquement le trottoir ensoleillé même si selon les rues ça l'oblige à traverser. L'air est froid quand même et il crache jamais sur la caresse d'un rayon de soleil. Même s'il vit dans son propre appartement maintenant, la maison c'est toujours ici et rentrer à la maison c'est toujours remonter cette rue un peu moins bien entretenue que le reste de ce quartier à touristes, sentir les odeurs de la cuisine de Lavinia qui s'échappent d'une fenêtre entrouverte et pousser la porte d'entrée sans faire attention à la peinture qui recommence à s'écailler. Mihail ne s'attendait pas à trouver aussi réconfortant de se retrouver enveloppé de l'odeur des petits pains en train de dorer au four, de retrouver ses marques, après seulement dix jours sans avoir passé le pas de cette porte. Il se demande ce que Taggart en penserait alors qu'il a pas arrêté de se plaindre de cette maison. Mais le problème, ça a toujours été ses occupants et surtout le patriarche. Mihail se doutait bien qu'il serait pas là, de même qu'il est pas surpris de trouver sa mère à la cuisine. Ils ont pas changé leurs habitudes juste parce qu'il a décidé d'aller vivre à quelques rues d'ici.

Quand il vivait encore ici, il aurait peut-être pas pris la peine d'aller saluer Lavinia en entrant parce qu'il l'aurait déjà croisée ce matin-là avant d'aller à la fac et qu'il la reverrait le soir au dîner, parce qu'il a toujours passé le plus clair de son temps derrière la porte fermée de sa chambre, éventuellement dans celle de Rez et d'Anca, et c'est généralement là qu'il fonçait dès qu'il rentrait. À la limite il aurait fait une apparition miraculeuse dans la cuisine pour attraper un petit pain et le manger seul devant RuPaul Drag's Race — porte fermée à clé et le son dans son casque bien sûr, pas question que Lucian voie ça.

Mais il ne vit plus ici. Alors il enlève son manteau, il fait chaud ici après la fraîcheur de l'extérieur, et entre directement dans la cuisine. Il manque de repères tout à coup parce que c'est la première fois qu'il rentre, et sans doute qu'il devrait aller embrasser sa mère et lui raconter sa vie et lui demander des nouvelles de la famille en mangeant un des petits pains qu'elle a faits exprès pour lui. C'est pas le cas mais c'est l'image qui lui traverse l'esprit à cet instant-là, l'idée de quelque chose qui pourrait devenir une nouvelle habitude dans le futur, rentrer à la maison une fois toutes les deux semaines et dire bonjour à sa mère qui aurait préparé quelque chose pour lui. Il en a jamais rêvé et il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette idée-là de toute façon, parce qu'il est pas ce fils-là, mais il s'est jamais vraiment demandé comment ça se passerait entre ses parents et lui une fois qu'il serait parti et ça le frappe pour la première fois. Il s'est jamais demandé s'il pouvait passer à l'improviste, faire comme si c'était toujours chez lui, mais après tout ils lui ont pas repris sa clé. Il hésite un peu dans l'entrée de la cuisine, regarde Lavinia sortir ses pains du four et briser la glace en lui en proposant d'en prendre un. Ça soulève un poids de ses épaules qu'elle soit la première à parler, qu'elle lui donne le la. Après tout il est pas le premier de ses enfants à partir, alors qu'elle est la première mère qu'il a quittée. Mais lui, il est pas parti comme Valerian à l'époque, comme Elena, comme Seven, il a pas fugué. Pourtant il sent comme une note de soulagement dans la voix de Lavinia quand elle lui dit qu'elle est contente qu'il soit là. Il y a autre chose aussi mais il sait pas vraiment quoi, c'est peut-être cette même chose qui le fait toujours osciller entre mépris et compassion quand il s'attarde trop sur ce qu'il ressent pour sa mère. Mais puisqu'il choisit sa présence ici aujourd'hui au lieu de la subir comme ç'a été le cas pendant des années, il met le mépris de côté et essaie de se concentrer sur le positif. Sur la musique particulière de sa voix qu'il n'a jamais entendue chez qui que ce soit, tous les accents au bon endroit mais comme un voile transparent jeté sur ses mots et qui évoque encore la Roumanie. C'est dommage qu'elle ait tant gardé le silence dans sa vie. Elle a gardé le silence quand Mihail et Lucian montraient les dents l'autre jour en parlant du déménagement, mais elle est venue trouver Mihail après coup pour lui glisser clandestinement un peu d'argent entre les mains. Elle est comme ça, maman, elle se tait puis elle se rachète. N'empêche que Mihail pensait qu'elle avait compris qu'il partait pas pour de bon.

Il hausse les épaules, l'air désabusé de l'adolescent qu'il est encore un peu, qu'il décide d'être encore pour lui faire plaisir. « Ça fait dix jours maman, me dis pas que je t'ai manqué. Pis t'as toujours les meilleures. » Et ça il le pense puisqu'elle a toujours Rez et Anca à la maison. « Je viens juste voir si j'ai pas laissé un livre de la BU ici. » Ça le démange quand même de jouer le fils prodigue alors il s'approche et passe un bras autour de ses épaules, dépose un baiser furtif sur sa joue. Il fait quasiment jamais ça, peut-être à Noël ou à son anniversaire quand ça se passe bien, pour dire merci. Il fait comme si c'était normal, comme si c'était leur habitude, comme si ça allait se passer comme ça à partir de maintenant. Puisqu'elle évoque son père et son coloc, il fait une petite moue. « Ouais, j'me doutais. Mon coloc est plus supportable que lui en tout cas, donc ça va. » Il peut se permettre les mots durs contre Lucian parce que Lavinia ne dit jamais rien, et il aime lui faire savoir ce qu'il en pense, de son père et de son silence à elle. C'est quelque chose de terriblement ambigu, c'est à la fois lui dire qu'il lui fait confiance et piétiner son ego mais seulement du bout des orteils. « Qu'est-ce que c'est ? » Il soulève l'autre moitié du petit pain encore trop chaud pour mordre dedans. Ça sent bon, ça sent l'hiver, peut-être qu'il a déjà senti ça en hiver. « C'est un truc de Noël ? Ça irait bien avec du thé de Noël, on en a ? » Et il s'assoit à table, parce qu'il reste un fils Popescu et que c'est à maman de fouiller dans les placards et de préparer le thé, mais au moins il s'assoit comme le fils qui rend visite et pas comme l'ado qui ne sort de sa chambre que sous la contrainte. Il fait des efforts.
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MessageSujet: Re: l’âge de nos fêlures (mihail)   Sam 3 Mar - 16:05

Il y a quelque chose de doux, dans la cuisine. Quelque chose de sourd et de délicat, quelque chose qui la chamboule et qui lui fait relever les yeux lorsque Mihail s’approche pour embrasser sa joue. Elle ne se souvient pas de la dernière fois, et c’est la réalisation qui lui pince le cœur. Elle ne se souvient pas de la dernière fois et elle ferme les yeux, profite une seconde du contact, profite une seconde de la façon dont il est si entièrement son fils et plus un étranger qui vit sous son toit. Elle a le coeur qui fait une embardée, Lavinia, déraillement sur l’autoroute soigneusement destinée à la faire survivre, débordement et inondation et les larmes qui lui montent aux yeux alors qu’elle voltige pour les dissimuler, pour préparer le thé, pour faire passer l’émotion. Elle ne veut pas lui donner de raisons de ne plus jamais revenir. Elle ne veut pas lui donner des raisons de la mépriser plus qu’il ne le fait déjà. Elle ne veut pas…

Elle ne veut pas, mais il ne lui laisse pas le choix, parce qu’il pose les questions qui touchent et les questions qui blessent et elle pose les tasses un peu trop brusquement sur la table, parce que ses mains tremblent, parce que ses genoux la lâchent, parce que la boule dans sa gorge ne fait que grossir. Elle le regarde comme un cerf pris entre les phares d’une voiture, la respiration coupée, l’hésitation au bout de la langue. Elle pourrait mentir, évidemment. Elle est douée pour ça, pour donner une réponse qui n’est pas tout à fait vrai mais pas tout à fait fausse, pour donner une demi-réalité, dessiner un portrait incomplet qui ne permet pas d’atteindre la partie la plus sensible, la zone la plus douloureuse. Elle est douée, pour ça. Elle a des années de pratique, des décennies d’entraînement. Elle pourrait, évidemment. Mihail n’y ferait pas attention, sans doute. Mihail trouverait ça normal, probablement. Elle pourrait, bien sûr, mais le mensonge meurt dans sa bouche et elle attrape un nouveau petit pain, qu’elle émiette doucement pour le manger, pour se donner du courage, pour se donner la force de raconter, de parler, d’ouvrir cette porte qu’elle a refermé lorsqu’elle n’a reçu que du silence pour toute réponse, des années auparavant. Elle ne sait pas si Mihail comprendra. Elle ne sait pas s’il est capable d’imaginer, capable de réaliser. Elle n’en a aucune idée.

Elle prend le risque, parce qu’il est tellement plus que le fils de son père. Elle prend le risque, parce qu’il y a de l’intérêt dans la question. Elle prend le risque, parce que c’est le seul à avoir jamais demandé.

« C’est une tradition roumaine. » Le ton est doux mais ses yeux piquent et elle les ferme, pour lui épargner l’embarras de voir sa mère pleurer. « Pour les deuils. C’est pas tout à fait comme ça qu’on fait mais... » Elle hausse les épaules, malaxe la mie, déglutit. « C’est une façon de… Je ne sais pas. »

Il y a sans doute un mot, pour ça. Les américains ont des mots pour tout. Il y a peut-être un mot mais elle ne se le rappelle pas. Ce n’est pas rappeler, c’est autre chose, quelque chose de plus solennel, quelque chose de plus mélancolique. Il y a sans doute un mot, mais il lui échappe et elle baisse les yeux vers ses mains, une seconde, finit par les relever pour regarder Mihail, pour regarder son fils, pour l’observer pour de vrai, parce qu’il est plus proche à cet instant que depuis des années, plus proche à cet instant qu’il ne l’a jamais été. Elle hésite, à nouveau, finit par tendre la main, par caresser gentiment sa joue, l’affection maternelle au bord des cils alors qu’elle s’écarte à nouveau.

« Tu ressembles beaucoup à ma mère. » C’est quelque chose dans les yeux, elle croit. Elle ne sait pas bien. Elle ne sait pas s’il lui ressemble mais elle sait qu’il a quelque chose de sa grand-mère, quelque chose de flou et de vague, quelque chose qui lui donne envie de le serrer dans ses bras. « Elle aussi posait les questions à retardement. » Ce n’est pas un reproche et elle sourit, doucement. « C’est un deuil qui remonte à avant que tu naisses. C’était après la naissance de Ioan. » Il était petit, encore, beaucoup trop petit, mais Lavinia avait su immédiatement qu’elle était enceinte à nouveau, comme un instinct étrange et particulier, quelque chose qu’elle ne pouvait pas ignorer. Elle se frotte les yeux, finalement, incapable de rester tranquille, incapable de rester statique, parce qu’elle craint la remarque acerbe, attend le désintérêt, parce que des années auparavant elle a enfermé ces mots dans un coffre qu’elle a promis de ne plus jamais ouvrir à nouveau, parce que des années auparavant on lui a dit que ses sentiments étaient une gêne constante. « J’ai perdu un bébé. »

Ce n’est pas beau, pas poétique, pas bien dit. J’ai perdu un bébé qui n’était pas encore né, j’ai perdu un enfant, j’ai perdu une part de moi. Elle ne sait pas pourquoi. Personne ne sait pourquoi. C’est comme ça, c’est tout, et ça lui crève le coeur parce que tous les scenarios font d’elle la responsable, parce que tous les scenarios la rendent meurtrière. Elle n’aurait peut-être pas dû faire ça, peut-être pas dû manger cela, peut-être pas dû ouvrir la fenêtre à cet instant là. Peut-être, peut-être, peut-être, et elle crispe les doigts autour de sa tasse.

« Tu dois me trouver ridicule. »

Parce que c’est ce qu’elle est, non ? C’est ce qu’on lui a toujours dit. Sentimentale, stupide, absurde, ridicule, pas taillée pour ce monde, pas taillée pour grand-chose, en réalité.
Une mère et une femme. Rien de plus, rien de moins, et quelle mère pitoyable elle a été.

Soudainement, c’est le déluge sur ses joues.
Peut-être que parler était une mauvaise idée, finalement.
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MessageSujet: Re: l’âge de nos fêlures (mihail)   Ven 16 Mar - 22:36

Il regarde sa mère attraper la bouilloire, ouvrir tout de suite le bon placard, évoluer dans sa cuisine comme un poisson dans l'eau. C'est normal, c'est son domaine, comme il se doit selon Lucian, selon elle aussi peut-être. Sans doute. C'est pas une bonne chose pour autant. Le petit pain a un goût un peu amer quand Mihail mord dedans du bout des dents. C'est peut-être le zeste d'orange, c'est plus sûrement les pensées parasites, les questions qu'il ne posera jamais, mais dis, maman, tu t'ennuies pas dans cette vie-là ? Quand il était gamin et s'inquiétait du sort des animaux du zoo, l'une de ses sœurs lui avait répondu que la liberté ne pouvait pas leur manquer puisqu'ils n'avaient connu que la captivité. Ça ne l'avait pas complètement convaincu.

Son regard se perd dans la drôle de mie granuleuse du petit pain. Il a un petit sursaut quand Lavinia pose les tasses sur la table, ses doigts serrent un peu trop fort la pâtisserie et elle s'égrène sans résistance. « C’est une tradition roumaine. » Il fait une moue. Oh, d'accord. Il s'intéresse pas franchement aux traditions, ni à la Roumanie. À la limite, ça l'a fait marrer que tous les visages de la classe se retournent vers lui quand un prof qui leur faisait étudier Dracula a parlé de la Transylvanie, mais ça s'arrête là. Les traditions, ça l'emmerde, il comprend pas non plus la passion de sa mère pour la religion. Enfin bon, c'est pas grave, cette tradition-là se mange au moins et c'est bizarre mais pas dégueulasse. « Pour les deuils. C’est pas tout à fait comme ça qu’on fait mais... C’est une façon de… Je ne sais pas. » Au mot deuil il relève les yeux sur sa mère et ses sourcils se froncent dans sa confusion. Merde, qui est mort ? Il est sur le point de demander mais il regarde le visage de Lavinia qui lui semble un peu triste, tout à coup. Il ne sait pas si c'est elle qui est triste tout à coup ou s'il n'avait juste rien remarqué avant. C'est possible, il n'a pas l'habitude d'y prêter attention. Alors il cherche ses mots mais tout ce qui lui vient lui semble trop brutal, maintenant, ou Lavinia trop fragile pour ne pas s'émietter comme son petit pain sous la pression de ses doigts.

Il esquisse un mouvement de recul quand Lavinia tend la main vers son visage. C'était différent juste avant, quand ça venait de lui, là elle le prend de court. Il reste là quand même, il résiste à son réflexe et retient son souffle. « Tu ressembles beaucoup à ma mère. Elle aussi posait les questions à retardement. » Il s'assombrit à sa remarque, la deuxième partie surtout parce que ça ressemble à une mauvaise chose, ça veut dire qu'il n'est pas attentif voire même qu'il est un peu lent à la détente. C'est pas le genre de sa mère de faire des reproches comme ça, surtout pas aussi gratuitement. Quand elle sourit, c'est plutôt tendre, mais comme on s'attendrit des bestioles sans défense et des grands naïfs, ça ne rassure pas Mihail. C'est toujours pas flatteur, ça sort de nulle part, et comme il ne comprend pas il se demande s'il est effectivement un peu lent. Mais il  ne l'admettra pas en posant des questions. Il regarde sa mère avec un détachement feint quand elle poursuit. « C’est un deuil qui remonte à avant que tu naisses. C’était après la naissance de Ioan. » Personne n'est mort, alors. Enfin, pas aujourd'hui, même pas la semaine dernière. Y a vingt-quatre ans. Il se détend, là-dessus. On ne pleure plus vraiment les gens après plus de vingt ans, si ? On peut se dire il me manque, je me demande ce qu'elle ferait maintenant si elle était encore là ; on peut être triste en retombant sur une photo ou quelque chose que le défunt aimait ou qui le faisait bondir, des choses comme ça. Sa mère fait des gâteaux, apparemment. Pourquoi pas. C'est difficile de se rendre compte quand on n'a perdu personne de proche. À lui, ça lui paraît loin, mais il s'attarde sur les yeux de sa mère et il voit clairement que c'est pas si distant que ça pour elle. Est-ce qu'ils ne sont pas un peu humides, ses yeux, quand finalement elle lui dit ? « J’ai perdu un bébé. »

J'ai perdu un bébé. Ça remue quelque chose dans son ventre. J'ai perdu un bébé. C'est une vague qui s'y forme, une lame de fond, quelque chose d'insoupçonné et de puissant qui menace de le submerger. Pourquoi pourquoi pourquoi il a envie de pleurer, lui aussi ? Est-ce que c'est juste l'empathie, est-ce que c'est juste de voir sa mère fondre en larmes, là sous ses yeux, comme elle ne l'a jamais fait ? Non, pas fondre. Elle se brise mais elle ne fond pas, en fait elle prend plus de place que jamais à ce moment-là. Elle emplit toute la pièce et il se sent pris au piège entre ce chagrin contagieux et son impuissance. Il crispe la mâchoire, roule un amas de miettes entre ses doigts, l'écrase jusqu'à le réduire en poussière. J'ai perdu un bébé. Il s'est toujours dit... Non, c'était après Ioan, ça n'a rien à voir avec lui. Il n'a perdu personne, lui. Pourtant il a l'impression que c'est une révélation et il a l'impression de l'avoir toujours su. Il a l'impression que sa mère vient de lui fournir la pièce manquante d'un puzzle ou au moins un indice qui l'y mènera. C'est débile. Ridicule. « J'te trouve pas ridicule, » il souffle tout bas. J'te trouve pas plus ridicule que moi, en tout cas.

Il se lève brusquement, envoyant la chaise glisser derrière et se heurter au mur. Même Lucian dirait que c'est la chose à faire. Enfin, presque. À sa femme, il dirait oui t'es ridicule, il entrerait dans une colère noire en la voyant pleurer sans retenue devant son fils. Mais Mihail se demande s'il n'aurait pas consolé sa propre mère, lui aussi. C'est comme ça, les machos, s'il existe une femme dont il faut prendre soin, c'est maman. Et puis tu sais quoi papa, j'm'en fous, j't'emmerde. Il contourne la table et repasse ses bras autour de sa mère, plus maladroitement cette fois, parce que ça n'a rien d'un jeu, parce qu'il ne sait pas ce qui lui prend et il n'arrive pas à se projeter plus de deux secondes dans le futur. Qu'est-ce que je fais moi, maintenant ? Je la console, je lui dis que ça va aller ? Il va pas revenir, son bébé. Il voudrait qu'elle lui dise ce qu'elle attend de lui, là, pour une fois il écouterait sûrement. « Désolé ? » Malgré lui il sent l'interrogation s'immiscer dans sa voix. C'est peut-être ridicule, finalement. Elle l'a même pas connu, elle a rien à quoi le rattacher. Rien à part son propre corps et ses autres enfants. D'accord, peut-être pas rien. Peut-être même qu'il a une tombe. Il a une tombe ? Il ou elle, d'ailleurs ? « Il avait quel... Enfin, ça faisait combien de temps ? » Il sait pas comment poser la question. Il avait moins deux mois, moins six mois ? Ça change sans doute pas grand-chose de toute façon.
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MessageSujet: Re: l’âge de nos fêlures (mihail)   Dim 22 Avr - 22:26

Elle est perdue, Lavinia, la tête baissée et des larmes grosses comme des rochers qui roulent sur ses joues et s’écrasent sur le carrelage jauni de la cuisine. C’est une avalanche, une catastrophe naturelle, c’est les larmes qui se transforment en sanglots incontrôlables quand Mihail la serre dans ses bras. Elle ne s’y attendait pas. Elle n’a pas le droit à ça. Elle n’a pas le droit de lui imposer ses larmes et le poids qui traîne sur sa poitrine, pas le droit d’attendre quoi que ce soit. Elle lui a fait défaut, à Mihail, pendant des années et des années, elle n’a pas le droit de lui demander ça, de lui demander du réconfort et de l’affection, de le laisser la prendre dans ses bras comme si elle le méritait. C’est la culpabilité, qui tiraille au fond de son ventre, des spirales de doutes et d’affections et de douleur qui se mêlent et s’entremêlent, et les larmes qui semblent ne jamais se tarir, alors qu’elle tend maladroitement les bras pour le serrer dans ses bras, alors qu’elle conjure toute sa volonté pour se calmer, parce qu’elle ne veut pas lui faire peur, parce qu’il est trop jeune pour affronter ça, encore trop jeune pour savoir à quel point les adultes sont fragiles, à quel point sa mère est faite de papier et de verre, prête à plier et transparente, recouverte d’éclats qui courent dans son cœur comme des toiles d’araignées. Un pour cet enfant sans nom et sans visage, un pour sa mère, un pour son pays, un pour Valerian, un pour Elena, un pour Seven, autant de fêlures que de coups sur le visage d’Anca, autant de fissures que de déceptions dans les yeux de Mihail. Elle peut les sentir, quand elle respire trop fort, quand elle se tient un peu trop droite, les lignes brisées qui courent sous sa peau, la somme de toutes ses erreurs, le total de toutes ses pertes. Elle ravale le dernier sanglot qui la secoue, tente de se concentrer sur son fils qui la serre dans ses bras et qui parle, parle, parle, essaye de faire parvenir les mots jusqu’à son cerveau, essaye d’en tirer du sens, essaye de dépasser la brume qui obscurcit tout, qui lui ronge l’esprit. Les mains tremblantes, elle se passe les doigts devant les yeux. Il y a du sens, qui se crée, quelque part, quelque chose qui lui fait relever la tête, qui la pousse à déglutir. Il a des questions et elle lui doit des réponses, parce qu’il est le seul à avoir pris la peine d’écouter, le premier à qui elle a raconté, des années de douleur pas un mot qui filtre jusqu’à maintenant, un secret comme une bombe, prêt à exploser.

« Trois mois. » Elle se souvient de la façon dont son ventre était à peine arrondi, de la façon dont elle passait les mains dessus, des rêves qu’elle avait. Elle se souvient de tous les visages qu’il a emprunté, de toutes les vies qu’elle lui a inventé, un enfant de plus, un autre enfant perdu. Trop de fois, elle l’a imaginé quelque part sur une île au milieu de l’océan, un œil sur la télé et la tête dans les nuages, à frotter le sol pour espérer faire un peu de nuage. Y a pas de poudre de fée, dans la réalité, pas de fées, tout court, Peter Pan existe pas, les crocodiles font pas tic tac, le monde est vaste mais il n’a plus une trace de magie. Elle l’a aimé tellement fort, cet enfant qu’elle n’a jamais connu, tellement fort qu’elle en est encore détruite, des années et des années plus tard, assise dans la même cuisine que le jour où elle a saigné alors qu’elle n’aurait pas dû, les mains blanches et une douleur insupportable dans le ventre. Elle l’a aimé tellement fort et elle a aimé tellement mal tous ses enfants, tellement en sourdine, tellement silencieusement. Il a pas de raisons de s’excuser, Mihail, pas de raison d’être désolé, pas de raisons de pleurer avec elle. Il a pas de raison de l’aimer, Mihail, après le gouffre qu’elle a laissé entre ses enfants et elle, les barrages en carton qu’elle a installé pour arrêter de souffrir à chaque fois qu’elle entendait hurler, l’instinct de survie qui prend le pas sur l’instinct maternel parce qu’elle a pas les épaules assez larges pour lutter contre ça. C’est honteux, c’est pire que ça, et ça lui brûle la bouche, parce que y a trop de mot qu’elle a envie de prononcer, trop de mots qu’il faudrait qu’elle lâche, trop de choses qu’elle devrait lui dire. « C’est moi qui suis désolée, Mihail. » Elle murmure, finalement. « Tu ne devrais pas me réconforter alors que j’ai été la moitié de la mère que j’aurais dû être. »

C’est un euphémisme. Elle n’a été ni la moitié, ni rien du tout, un fantôme, une pâle imitation et elle enfonce son visage entre ses mains, dans l’espoir de trouver ses mots, de trouver une meilleure façon de s’exprimer, un meilleur moyen de le dire. Elle est désolée, mais ce n’est pas suffisant, épuisée, mais ça n’a pas d’importance, ses doigts sont poisseux de larmes et elle n’a plus envie de pleurer, trop de douleurs au creux du torse, la poitrine serrée et l’anxiété à fleur de peau.

« Je t’aime, tu sais ? » Elle cherche ses yeux. Elle ne sait plus combien de temps s’est passé depuis la dernière fois qu’ils se sont parlés, depuis la dernière fois qu’elle lui a dit. « J’ai perdu un enfant mais vous êtes la chose la plus importante que j’ai dans la vie. »

Tous, sans exception, trop d’amour à donner, pas assez de mots pour l’avouer.
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MessageSujet: Re: l’âge de nos fêlures (mihail)   Mer 16 Mai - 14:03

Il est con, ça sert à rien de poser des questions qui ne mèneront nulle part, à rien sauf à remuer le couteau dans la plaie. Il aurait dû dire OK et passer à autre chose. Maintenant Lavinia pleure de plus belle et il sent ses bras se refermer autour de lui, ses mains qui le poussent un peu plus contre elle. Elle n'a pas dû le prendre dans ses bras comme ça depuis qu'il était tout petit. Il n'en a même pas souvenir. En remontant le plus loin possible dans sa mémoire, il se souvient des câlins de Iulia et de ceux moins maternels d'Elena, mais rien qui ressemble à ça de la part de Lavinia. Et, en fait, elle n'a jamais dû le prendre dans ses bras comme ça, parce que ce n'est pas vraiment maternel, pas seulement protecteur, c'est aussi tout le contraire, c'est elle qui se raccroche à lui et finalement ça lui rappelle surtout la dernière étreinte de Iulia avant son arrestation, teintée de désespoir et de regrets. Et puis elle se reprend, elle le libère et il s'écarte, les mains qui effleurent les bras de sa mère, les yeux rivés sur elle qui essuie ses larmes même s'il a envie de regarder ailleurs. Il se demande si elle se laisse souvent aller comme ça quand elle est toute seule. C'est peut-être ce qu'elle fait quand elle prétend qu'elle va à l'église.

Les mots tombent. Trois mois. La part de lui qui est sans-cœur se dit que c'est pas si terrible, trois mois. À trois mois, le fœtus n'est même pas viable. À trois mois, ça se voit même pas forcément. Cette partie de lui a envie de hausser les épaules et de lui dire qu'il est peut-être temps de s'en remettre, elle a envie de faire ce que ferait Lucian parce que cette partie-là c'est clairement l'héritage de son père. Ce que pas grand monde ne sait c'est qu'il est beaucoup plus que ça. Ce que personne ne sait c'est qu'il connaît le vide que creusent en soi les vies qu'on n'a pas pu avoir. Il ne lui dira pas, à Lavinia, pas comme ça. C'est pas la même chose de toute façon et il veut pas qu'elle sache, mais il peut au moins éviter d'être cruel. Même quand elle lui dit ça : « C’est moi qui suis désolée, Mihail. Tu ne devrais pas me réconforter alors que j’ai été la moitié de la mère que j’aurais dû être. » Même quand elle lui dit ça et qu'elle a raison, même quand elle lui dit qu'elle l'aime, même quand elle dit les choses qu'elle tait si bien qu'il n'en était même pas sûr, qu'elle les aime tellement ses gosses, qu'il se demandait si elle n'était pas sans-cœur elle aussi, le cœur trop engourdi pour aimer encore. C'est pas qu'elle ne l'a jamais dit mais il y a des je t'aime qui viennent de plus profond que d'autres. Il n'est pas cruel. Il ravale les mots durs qu'il pourrait lui renvoyer. Pourtant ça lui fait mal à entendre, peut-être parce que ça lui a manqué toute sa vie et qu'il avait fait une croix dessus, peut-être parce que Lucian a raison de penser que ce genre de sentiments ça ramollit et qu'il est déjà assez tapette sans qu'elle en rajoute. Il est aussi sentimental qu'elle, putain. Peut-être que c'est pas avec Rez qu'il a été mélangé dans la matrice, peut-être qu'il a juste un peu trop hérité de Lavinia aussi. Autant de Lucian que de Lavinia en lui, faut pas s'étonner que ça déconne, ça doit pas être compatible, surtout quand on est censé être un mec. Les filles s'en sortent mieux. Peut-être même qu'à elles Lavinia a dit plus de choses quand elles étaient gamines, peut-être qu'elles ont eu une mère, ses sœurs.

Il arrive pas à lui souffler un simple moi aussi. Mais finalement il a pas tellement de mal à la croire, ils doivent être ce qu'elle a de plus important dans la vie, vu qu'elle a pas grand-chose d'autre. Et il a trop pitié pour être cruel, mais il est pas non plus assez gentil pour mentir, il est pas assez complaisant, il fait pas dans l'abnégation, il peut pas prétendre qu'elle a été une mère merveilleuse et qu'elle dit n'importe quoi. C'est pas à lui qu'il faut demander ça. Il est désolé pour ça, mais c'est encore un truc qu'il ne dira pas. Il fait un infime hochement de tête, c'est tout ce qu'il arrive à lui donner, puis laisse dériver son regard sur ses genoux, ses pieds, le carrelage. « Faudrait qu'tu t'trouves autre chose maintenant, t'as encore le temps tu sais ? » C'est pas méchant, c'est juste vrai. Ils ont grandi ses gosses, ils peuvent plus être tout ce qu'elle a dans la vie, et puis ce serait con qu'elle reste sur un échec. Enfin... Eux aussi ils ont encore du temps pour essayer de s'en sortir — ou s'enfoncer encore plus —, et ils sont pas tous à jeter. Mais il se souvient que gamin, quand il l'idéalisait encore, il rêvait qu'elle se casse avec lui et ses frères et sœurs sous le bras, qu'elle leur dégote une nouvelle vie sans Lucian et ses attentes que Mihail n'a jamais pu satisfaire complètement, ou seulement en reniant ce qu'il était. Maintenant, ils sont assez grands pour le faire d'eux-mêmes, même si une bonne moitié d'entre eux en semble incapable. Peut-être qu'ils attendent toujours que Lavinia fasse le premier pas hors de la maison. Lui, il sait qu'il l'attend toujours, mais peut-être plus tellement pour lui ou les autres, peut-être juste pour elle. Il en est sûr aujourd'hui, maintenant qu'il voit à quel point elle s'attarde sur des regrets, comme elle s'est pas remise d'un événement plus vieux que lui. Il savait pas qu'elle était autant coincée dans le passé. Il cherchait pas à savoir non plus, faut dire. « T'as le temps de te rattraper... » Envers eux, envers elle-même. Ça, c'est la part de lui empruntée à Rez, l'optimiste, mais quand il s'entend le dire il n'y croit déjà plus.
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