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 histoire inachevée

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malokeur
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MessageSujet: histoire inachevée   Dim 7 Oct - 21:39


on était censé changer les choses
depuis quand les choses nous ont changé ?
on était censé rien faire comme les autres
est-ce que tout le monde mentait ?

Le mois de septembre n’est pas encore achevé que les arbres encadrant cette parcelle de terrain se parent déjà de leurs couleurs chaudes et les premières feuilles s’échouent sur l’herbe demeurée fraîche de la rosée du matin. L’été s’est envolé sans demander son reste, emportant avec lui les restes d’un espoir assiégé pendant des années. Ces derniers jours se sont succédés dans une monotonie saccadée, s’oubliant dans la liqueur à chaque seconde écoulée – il a l’impression d’émerger d’un long sommeil ou d’un état stationnaire dans le brouillard, et le réveil est loin d’être agréable. Ses pensées anesthésiées au fond des verres ou sur le macadam sont branlantes, cherchent à reprendre leur place en même temps qu’elles se font la malle – comme un songe inaccessible, elles s’éparpillent dès qu’il essaie de se concentrer dessus, de reprendre le contrôle. Une semaine tout au plus, et il est devenu comme un putain d’automate cabossé au mécanisme rouillé. Un être qu’on aurait vidé de toute substance pour n’entreposer que sa carcasse au fond d’un entrepôt misérable, égaré dans les ombres qui constituent pourtant son chemin depuis trop longtemps. Il a continué de faire fonctionner le reste, d’empêcher les vagues d’amocher le business. La routine comme échappatoire salvateur, il en était plus simple ainsi, d’entretenir les affaires plutôt que son cœur. Coquille hermétique au monde, tout ce qui relevait des émotions s’est dilapidé sous des couches glaciales et les interactions se sont limitées au minimum nécessaire. Malo s’est purement et simplement renfermé sur lui-même, plus que d’ordinaire, et n’a pas adressé la parole à ses proches depuis ce jour-là. Quelque chose s’est égaré là-bas, qu’il ne pourra jamais récupérer, et pourtant il se comporte comme un enfant qui attend que ça lui revienne, comme un forcené dans une quête vaine. La peine capitale s’est abattue sur ses épaules comme une enclume, détenu qui attend son exécution sans sommation. Le brouillard est épais sous son crâne, homme hagard dans sa désolation sourde, conscient de la douleur commune mais incapable de la supporter sur ses épaules tant la sienne est imposante, trop grande et trop lourde pour lui permettre de prendre celle des autres, assez vorace pour le faire disparaître dans ses trépas. Chaque souffle s’écorche contre l’asphalte en lui arrachant des miettes de conscience, le sommeil abandonné coule du béton dans ses veines et ses gestes sont à la fois las et abrupts. Il manque une pierre aux fondations de l’édifice, une pièce essentielle pour que la machinerie continue de s’exécuter convenablement. Un bout de tout présent depuis plus d’une vingtaine d’années s’est dissout dans le chagrin en ne laissant qu’une terre aride derrière lui, une plaie purulente qui en rejoint une autre, que le temps n’a jamais soigné – ne le fera probablement jamais.

Les choses se sont amorcées aussi rapidement que possible, dans l’efficacité redoutable que tous lui connaissent si bien. Nash s’est donné la mort une semaine auparavant, l’automne commence à apparaître et rien ne sera plus jamais comme avant. Le glas s’est entendu dans leur grande famille comme dans les rues, et d’autres fissures sont apparues auprès des anciennes. Affronter les regards de pitié de son entourage lui a semblé dérisoire à côté de l’attente trop longue, du temps qui s’est effiloché avant que le corps ne soit plus entravé dans la paperasse administrative, avant qu’il puisse mettre une date sur un enterrement. Classifié comme un suicide sans aucun doute permis, la police s’est pourtant emparée de ce décès comme une affaire d’importance, comme une excuse pour remettre le nez dans leurs histoires – charognes détestables ayant pensé trouver dans la mort, la faille qui leur donnera accès à tout un empire soupçonné mais jamais atteint. Ils se sont heurtés à la froide colère moscovite d’un homme en peine, et il lui a fallu s’en remettre à son frère Alek et Sidney pour ne pas perdre la raison face à ces hommes, pour empêcher un autre malheur de se produire et éloigner les vautours des âmes en deuil. Il a déjà perdu une fois le privilège de faire ses adieux, il ne se pardonnerait jamais de commettre la même erreur. La douleur est aussi brûlante qu’il y a quatre ans, pour peu qu’il s’agisse de la même, élargie, caverne devenue gouffre sans aucun fond. À la différence près qu’il n’est pas enfermé derrière les barreaux, et qu’il n’a personne d’autre à abattre que lui-même – lui seul comme fautif, impuissant contre les démons insipides des autres, incapable d’avoir pu préserver son meilleur ami d’une mélancolie étouffante. Plus d’une vingtaine d’années se sont effondrées en un claquement de doigts, amitié devenue poussières, devenue tombeau d’idéaux cerbères. La mort a toujours été familière, pourtant ils se sont pensés invincibles, ont fait semblant de ne pas comprendre, de ne pas entendre, qu’ils n’avaient besoin que de leurs tourments pour renoncer. La dynamique s’est essoufflée, les garçons arrogants entre les tours grises de Kayton semblent lointains et désormais, seul l’un d’eux subsiste.

Malo est encore seul sur les graviers ternes du cimetière, venu bien avant l’heure pour s’assurer que tout se déroulerait sans encombre – pour se recueillir aussi, se repentir de la faute dont il est le seul à s’accabler. Le soleil brûle sa peau et la dérision d’un éther aussi limpide lui lacère l’estomac. Nash et lui ont toujours vécu dans les ténèbres, comparses immortels dans les nuits immenses et les lumières chevrotantes des néons abîmés. Leur existence même assiégée dans les ombres, de ces tentacules sombres ayant rendu leurs esprits malades ; accablés d’un malheur trop grand, un pied toujours en arrière parmi les fantômes. L’un a succombé tandis que l’autre s’est retrouve estropié, amputé trop profondément pour être capable de reprendre son souffle correctement. Le ciel se moque d’eux, de ceux qui n’ont connu que la pénombre et ne méritent que les décombres. Paradis perdu dans les bénéfices et les vies déchues par leur faute, ils ont abandonné ensemble la paix pour leur gloire fanée – et pourtant, le seul espoir qui lui reste est celui d’un repos sous la lumière pour son frère. Il observe en silence la tombe fleurie de Lula, recherche son réconfort ou son absolution dans le bruissement discret de la végétation. Le terre est creusée un mètre à sa droite, une nouvelle stèle culmine la fosse comme l’épée de Damoclès a siégé au-dessus de leur tête. Peut-être que la solution est avec eux et non sur les pavés ensanglantés autour de lui. Peut-être qu’il est le seul condamné à perpétuité de ce côté-là du voile, que les fantômes amassés dans ses pas ne sont que les poids d’une histoire empoisonnée – d’une histoire qui se répète, tourne en rond, regarde souvent en arrière et fait semblant d’avancer. Captain est allongé entre les deux tombeaux, il est facile de percevoir toute la peine du monde dans le regard du molosse. Le doberman épargné des misères d’autrui depuis qu’ils l’ont recueilli, est désormais tout aussi cabossé que ses maîtres. Lui aussi vient de perdre une part trop grande de son être, loyauté mise à mal dans les travers de l’humanité. Le loup et le chien s’observent dans la même douleur infâme qui broie leurs entrailles et ce ne sera jamais de trop, d’être deux âmes bancales pour panser ce qu’il reste après le départ de Nash. Ils restent encore un long moment dans cette intervalle silencieuse, Malo fermant les yeux pour apprécier la brise légère malgré l’inconfort dû à sa sensibilité particulière à la lumière trop vive, mais aussi pour se préparer à affronter la suite et surtout, les autres.

Mila est la première à faire son apparition, elle s’est certainement soustraite à l’attention de sa sœur aînée pour arriver avant tout le monde et quelque part au fond de lui, c’est un soulagement d’être confronté à son visage avant celui des autres. Il l’embrasse doucement sur le front avant de saluer les employés des services funèbres qui arrivent également, le cercueil de Nash avec eux. D’un commun accord et compte tenu de l’absence de marques et autres blessures sur le corps, son corps est resté accessible quelques heures en début de matinée pour permettre à ceux qui le souhaitaient de lui faire leurs adieux en toute intimité. Maintenant que le couvercle en bois est refermé et amené auprès de sa dernière demeure, les proches apparaissent rapidement. Malo a prévenu tout le monde au détour d’un appel rapide, interlude bancale dans son mutisme pour rassembler la grande famille dans laquelle Nash a vécu au détour des joies et des peines – Ryjkov, Popescu et le gang comme frères et sœurs, parmi lesquels il a trouvé un second souffle, parmi lesquels il a pu oublier ceux de son sang qui l’ont abandonné sans un regard en arrière. Le russe reste tout autant silencieux en les accueillant les uns après les autres, présent physiquement mais le reste perdu trop loin de ce monde. Il est sobre, il leur devait bien ça, il lui devait bien ça pour le grand final, et ses pensées anesthésiées dans le brouillard de ces derniers jours reviennent se fracasser contre ses tempes avec la force d’un ouragan. Il a les mains enfoncées dans ses poches, pour que personne ne perçoive ses phalanges saccagées, pour que personne ne remarque ses poings fébriles. Il reste ce qu’il a toujours été, le regard sombre et la silhouette droite, le chef de la meute qui se redresse et s’accable de la peine de tous pour que chacun puisse continuer d’avancer. Il n’y a pas de représentant ni de cérémonie religieuse, ce serait absurde pour les profanes qu’ils sont, avec leur tas de péchés dans les moindres recoins de leur existence. Une cérémonie simple sous le seul jugement des cieux, les seuls qui l’auront vu se mettre à genoux. Un des types prononcent quelques paroles, invitent l’assemblée à s’exprimer si elle souhaite – mais Malo reste en retrait, ne s’avance pas quand d’autres le font. Son regard éteint se pose sur les visages de chacun, Lena, Anca, Seven, Mads, Sidney, toute la bande du Smoking Dog et même sur celui du paternel Caldwell, silhouette en retrait, égarée dans sa déchéance. Il n’est pas vraiment surpris de sa venue et reste certain d’une chose, c’est la dernière fois qu’il aperçoit le visage de l’alcoolique qui a abandonné son fils. Il s’entretiendra avec lui quand tout sera terminé, que la terre aura recouvert la tombe, et lui fera comprendre qu’il n’y aura plus d’argent, plus de compassion, plus d’aide de leur part – qu’il disparaîtra de son existence dès l’instant où il lui tournera le dos, et qu’il lui sera grandement déconseillé de se faire remarquer sur son territoire. Quand son regard revient vers les siens et croise celui de Lena, il hoche la tête pour lui assurer que tout ira bien, qu’ils iront bien, eux à défaut de lui c’est toujours mieux qu’aucun d’entre eux. Son cœur se serre en dévisageant Anca, celle qui aurait pu être enterrée en cet instant et qui aimerait certainement être partout ailleurs plutôt qu’ici. Il repense à sa lettre et celle que Nash lui a laissé à son tour, abandonnée quelque part dans son appartement en lambeaux. Les mots qu’il ne connait pas, n’entend pas – il n’a jamais trouvé la force de lire ses dernières lignes et quelque part, s’empêcher de mettre un point final à leur histoire avec cette lettre c’est encore refuser un instant que son meilleur ami ne reviendra pas.

La voix de Malo perce l’atmosphère encombrée au moment où les employés annoncent que le cercueil va être descendu, éclate dans l’air frais avec la ferveur douloureuse du frère en deuil. « Покойся с миром, мой брат.* » Dans ses paroles chargée d’émotions, les premières depuis des jours, Malo capitule contre la faucheuse et accepte la peine comme nouvelle composante de son être, aux côtés d’une autre qui n’a jamais disparu. Sa silhouette surplombe la scène alors que la terre recouvre petit à petit les vestiges d’une autre vie, et à ce moment-là il endosse la responsabilité qui lui a toujours incombé. Celle qu’il a suspendu cette semaine en étant incapable de respirer, celle qui l’anime depuis son adolescence ; veiller sur chacun des siens et s’assurer qu’ils auront des lendemains, à défaut que les rois de l’empire brisé en aient un. L’aboiement de Captain déchire le silence, le vent se lève quelques secondes en soulevant la poussière et les feuilles autour d’eux – et l’espace d’un instant, Malo jurerait entendre le rire de Nash, la puissance de l’éclat insolent de l’homme encore enfant qui a conquis son monde. Il pourrait presque ressentir l’entaille au creux de sa main, celle qui a scellé leur amitié quand ils étaient mômes, celle pour laquelle ils ont vibré ensemble plus de vingt ans dans la pénombre de leur quartier brûlant. Leur promesse lui décroche un sourire d’un autre temps, une esquisse d’adieu qui n’aura de chute qu’au creux de son âme. Les bas-fonds sont leur demeure, dans ce monde comme dans un autre. Les meilleurs partent en premier, c’est bien connu. Il ne reste désormais que la gangrène, et l’infection n’aura de cesse de s’étendre.


* Repose en paix, mon frère.
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MessageSujet: Re: histoire inachevée   Lun 8 Oct - 10:48

Trois mots ont suffi à ébranler tout son équilibre. Trois mots et il a eu le cœur piétiné, les veines incendiées. Trois mots qui continuent à tourner en boucle dans sa tête – Nash est mort. Il s'entend encore rire, lui demander de répéter, essayer d'se convaincre que c'est pas vraiment Malo au bout du fil, ça peut pas être Malo c'est forcément une mauvaise blague. Nash peut pas être mort. Il est trop solide pour ça pas vrai ? Autant que Malo. Personne a pu venir à bout d'lui, c'est certain.

Personne sauf lui-même.

Suicide. C'est peut-être le mot qu'il déteste le plus.
Suicide. Quand il avait treize ans et qu'Anca s'est tranché les veines. Quand il en avait seize et qu'il a bien cru qu'Elena allait sauter du toit – ou qu'il tomberait le premier. Cette année, Anca qui se gave comme une oie, des médocs à en devenir toute bleue.
Cette année, Nash. Nash sur la plage, Nash et la drogue et l'alcool et rien d'autre que le sable, Nash tout seul et les démons qui ont gagné la partie.

Nash s'est suicidé. Il n'arrivera jamais à le digérer.

Il s'est déglingué le poing contre le mur, il a beuglé toutes les insultes qu'il connaît, il a eu envie de tout fracasser. Surtout Nash. Il voudrait l'attraper par les épaules et le secouer, lui demander à quoi il joue, le frapper jusqu'à lui remettre les idées en place. Mais on n'peut pas raisonner un cadavre.

Il n'est pas allé voir son cercueil ouvert, n'a pas voulu faire son dernier adieu au visage terne d'un macchabée. À tourner en rond comme un fauve en cage, il reste à part, loin de la horde de cœurs brisés, loin des larmes qui menaceraient de le faire imploser. Capuche rabattue sur la tête, fringué en noir de la tête aux pieds, il est seul quand il arrive devant le cimetière. Il n'entre pas. Il piétine devant le portail, agité de tics nerveux, ses doigts qui tremblent et le haut de sa lèvre qui se retrousse par intermittences, sa main qui vient frotter son visage trop souvent et le sang qui perle quand il gratte les croûtes sur la jointure de ses phalanges. Clope au bec, il doit s'y reprendre plusieurs fois pour l'allumer. Les gens arrivent mais il ne les regarde pas, fuit les visages effondrés et ceux qui tentent de rester forts. Il n'est ni l'un ni l'autre, les traits déformés par la colère, la rage qui s'accumule au bord de ses lèvres mais qu'il ravale jusqu'à en étouffer. La douleur est trop vive pour qu'il puisse la gérer autrement – la fureur il sait faire, il connaît depuis si longtemps que c'est devenu une vieille amie, toujours là, tapie quelque part au fond de lui. La tristesse il aime pas, il sait pas quoi en faire, il a pas l'droit de la montrer. Alors il oublie le chagrin d'avoir perdu un repère, et il ne garde que la haine de savoir que Nash a abandonné.

Il avait pas le droit. Parce que si Nash se laisse avaler par ses propres ténèbres, ça veut dire qu'y aura pas d'issue pour lui non plus. Si Nash n'a pas pu s'en sortir, ça veut dire que lui aussi est foutu.

C'est la troisième clope qu'il écrase sans l'avoir terminée. Tout le monde est déjà entré. Il finit par les rejoindre d'un pas presque robotique, capuche toujours en place. C'est irrespectueux et c'est peut-être ce qu'il cherche, punir Nash, lui lever son majeur comme un môme en colère. C'est tout ce qu'il est aujourd'hui – un gamin qui n'sait pas faire face au deuil, un pilier envolé et ses maigres espoirs qui se cassent la gueule. Il n'écoute pas ceux qui prononcent quelques mots en l'honneur du mort ; le bourdonnement à ses oreilles est trop intense, ça prend toute la place. Quand il finit par lever les yeux, il scanne rapidement l'assemblée, les visages nouveaux et ceux qu'il connaît. Il évite soigneusement les regards des membres de sa propre famille – surtout celui d'Anca. Il a peur que sa peine résonne en lui trop fort. Il est plus assez solide pour tenir le coup.

Ses yeux finissent par croiser ceux de Malo, il est droit il est fort et Seven serre les dents. Il arrive pas à l'imiter. Il est même pas sûr d'en avoir envie finalement, il veut que Nash sache qu'il est en colère, qu'il lui en veut, qu'il méprise ce qu'il a fait. Il veut qu'il sache qu'il lui pardonnera jamais, mais il est plus là pour l'entendre. Et il s'demande comment ça a pu finir comme ça, comment le sale gosse qu'il a souvent pris en modèle a pu se laisser ronger si facilement. Il se souvient d'ce temps où il traînait dans ses pattes, dans celles de Malo, où il maudissait le ciel de n'pas avoir fait d'eux ses grands frères. Comme un lot indissociable, pour lui l'un ne va pas sans l'autre et ils ont gagné son attachement en même temps que son respect. Nash a tout balayé. Égoïstement, il ne voit qu'un abandon de plus sur la liste déjà trop longue.

Il baisse la tête, pas foutu d'affronter la douleur des autres et surtout pas celle de Malo – malgré l'armure il sait qu'au fond c'est la tempête. Il veut pas rester là. Il veut pas les écouter parler, il veut pas voir le cercueil descendre, il veut pas le regarder disparaître.

Il veut pas enterrer Nash.

Il n'accepte pas sa mort. Peut-être qu'il y arrivera un jour mais pas maintenant, pas alors que la rage le consume et qu'il a envie de pousser tout le monde pour aller gueuler contre la dernière prison qui retiendra sa carcasse. Ses poings sont serrés le long de son corps et se mettent à trembler furieusement. À deux doigts d'exploser, il finit par se détourner vivement, fendant l'assemblée trop brutalement, bousculant Lena au passage. Il se retourne pas pour s'excuser. Il se contente de quitter le cimetière aussi vite qu'il le peut mais sans courir, souffle court et le sang qui bat à ses tempes. Une fois hors de l'enceinte, il lâche prise. « PUTAIN ! » Ses membres s'agitent sans qu'il puisse vraiment le contrôler, on dirait qu'il se bat avec le vide et il finit par jeter son dévolu sur une bagnole au hasard. Ses pieds viennent s'abattre contre la carrosserie violemment et ses poings finissent par suivre le mouvement, sans relâche jusqu'à se faire mal, et il redouble d'efforts. Il beugle des insultes incompréhensibles, il déverse toute sa rage en sachant que ça n'suffira pas à l'éradiquer. Encore et encore jusqu'à déclencher l'alarme de la voiture et avoir laissé un tas de traces. La douleur est sourde dans ses poings, dévastatrice au creux de sa poitrine. Il tremble comme une feuille, gorge nouée, respiration saccadée. C'est à s'demander comment il arrive encore à tenir debout alors qu'il s'éloigne, le pas raide, muscles tendus et regard flou. Il voit plus rien. Il fait trop noir maintenant qu'il a un phare en moins.
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MessageSujet: Re: histoire inachevée   Ven 12 Oct - 23:52

C’est arrivé sans prévenir, comme une tempête, comme une tornade. C’est arrivé sans prévenir, un coup de téléphone alors qu’elle s’effondre quelque part, entre chez elle et le Gentlemen’s, le téléphone qui lui échappe des mains, les genoux qui cognent le pavé un peu trop fort.
C’est arrivé sans prévenir, surprise désagréable au coin d’une rue un peu bondée. Le souffle qui lui manque, terriblement, elle suffoque, les mains qui tremblent, le corps qui tremble, le cœur qui tombe.
Nash est mort.
Comme ça, sans prévenir, sans le hurler. Nash et mort. Oui. Juste comme ça. Parce qu’il l’a décidé. Cri primaire qui lui échappe, la douleur intenable, alors qu’elle se roule en boule, se tient le ventre, voudrait se tenir le cœur, l’impression qu’on l’ampute de quelque chose. Et au fond c’est surement vrai.
Nash est mort.
Alors qu’elle court dans Savannah pour se précipiter chez Malo, essayer de se persuader que ce n’est qu’une erreur, une fausse alerte, s’effondre de nouveau dans ses bras, alors qu’elle se raccroche à lui comme on se raccroche à une bouée de sauvetage en pleine mer, lui pompe son oxygène, sa chaleur, agonie douloureuse qui la transperce de part en part. Elle s’en fiche de le blesser, les ongles qui s’enfoncent dans sa peau alors qu’elle chiale à s’en briser là voix, à s’e briser les cordes vocales.
Nash est mort.
Comme un écho risible à ses propres gestes, les cicatrices le long de ses bras qui la brûlent de façon intenable alors qu’elle gratte, gratte, gratte jusqu’au sang, jusqu’à percer la peau, la chaire, chercher un moyen d’expliquer la douleur sourde qui gronde dans sa poitrine, comme avant, comme y a pas si longtemps.
Nash est mort et elle meurt un peu avec lui.
Les mots sur la lettre qui ne veulent rien dire. Il faudra surement attendre quelques temps, des mois au moins, pour qu’elle accepte d’entendre vraiment les dernières paroles de celui qui a toujours été là. Elle se demande un instant ce qu’ils ont ressenti quelques mois avant, quand c’est elle qui a déposé sa lettre maladroite sur la table de la salle à manger comme on abandonne une liste de course. Elle se demande un instant si Seven a autant hurlé quand on l’a retrouvé allongée au lycée, à se noyer dans son propre sang. Elle se demande Anca, alors qu’elle gratte, gratte, gratte. Chaque cicatrice malmenée est comme une punition, de n’avoir rien pu faire. Rien. Elle ne peut jamais rien faire. Ils finissent tous par disparaitre. Un à un. Paisiblement ou non.
Il y a eu Mazeo. Il y a eu Stefan. Il y a eu Michael. Et aujourd’hui il y a Nash. Elle observe impuissante les âmes qui coulent de ses mains, s’échappent des mailles du filet, s’évaporent dans l’espace. Et elle qui reste petit à petit un peu plus seule. Terriblement seule. A quand ton tour ? murmure la voix dégueulasse qu’elle avait oublié. Pilules pour se calmer. Pilules pour oublier. Pilules pour étouffer les voix, les larmes.  Elle se cache pendant les jours qui se suivent, dans son appartement sous les toits, joue les malades pour ne pas sortir, la couverture sur la tête et la fièvre au corps. Pauvre fleur de bitume qui partage sa vie qui ne comprend pas, qui ère sans savoir quoi faire devant la porte fermée d’Anca.

Il faut pourtant sortir. Pour lui. Une dernière fois. Les sms qui s’entassent sur son téléphone allumé une fois sur trois, alors qu’elle fait un effort. Un dernier. Alors qu’elle efface les cernes ; bande les plaies, maquille la tristesse sur son visage fatigué. Habitudes terribles, alors qu’elle demande à son colocataire de fermer sa robe, noir sur noir, la dentelle qui cache les bras abimés, noir sur noir, premier pas pour accepter.
Elle n’a pas aider à préparer. Rien. Gamine trop lâche, pour une fois elle a faibli, pour une fois elle s’est écroulée, a préférée jouer les invisibles.  Y a les médicaments qui l’aident à tenir, qui la foutent dans un brouillard terrible, plaquent un sourire fissuré sur son visage alors qu’elle vient serrer Malo dans ses bras, puis tous les autres, en équilibre sur ses talons aiguilles, manquerait plus qu’une bourrasque pour l’envoyer au tapis. Un instant elle dérive, se raccroche à des prunelles trop sombres perdues dans la foule, Drazen en arrière, comme toujours.
Brouillard toujours, alors qu’elle suit la marche, essaye de se rapprocher de Seven pour chercher les mots, voudrait le prendre dans ses bras, le serrer un peu trop fort contre elle pour s’assurer qu’il est bien là mais le tranchant de leur dernier échange lui revient à l’esprit, et elle relaisse tomber ses bras le long de son corps.
Perdue.
Si perdue.
Les mots qui filent, elle ne retient rien. Oscille dangereusement quand on demande si elle veut prendre la parole, lisse sa frange délicatement avant de sortir une feuille froissée de sa poche. Sa voix est cassée, enrouée, elle tousse une fois puis deux, essaye de calmer le tremblement de ses mains alors que tous les regards sont tournés vers elle. Inspire. Expire. « Je. Pardon. C’est difficile. » » merde Anca, même ça t’es pas foutu de le faire bien. C’est ridicule. « Je recommence. » » alors qu’elle ferme les yeux, se stabilise, lutte un instant contre sa langue lestée, contre ses membres frigorifiés. Elle froisse sa foutue feuille entre ses doigts, relève la tête, lucide, juste un instant.  « Je te comprends » » des murmures qui s’élèvent quand elle prononce les premiers mots, dévoile son avant-bras lacéré, les bandages qui cachent la misère. « Bon sang ce que je te comprends. » » Elle tremble, incapable de regarder les autres, de supporter leurs regards, elle vise l’horizon, entre les deux. « J’espère que t’es heureux maintenant. Sincèrement. » »  premier sourire sincère alors qu’elle sent sa gorge se serrer, qu’elle porte la main à ses lèvres, essaye de cacher sa bouche qui se tord en une moue dépitée. « Tu vas me manquer Nash. Terriblement. Tu vas me manquer. » On est bien loin de l’éloge qu’elle avait révisé. Mais qu’importe. Elle n’a plus rien à dire. Vide. Si vide. Alors qu’elle regarde le cercueil enfoncé dans le sol. S’imagine un instant à sa place, se demande ce que les autres diraient, est-ce qu’ils la pleureraient comme elle pleure Nash. Surement. Au moins quelques larmes.
Dans le flou, de nouveau, elle se laisse bercer par les accolades hypocrites, de ceux qui n’osent pas la regarder droit dans les yeux. Seven non plus n’y arrive pas. Il la fuit pendant toute la cérémonie, et elle qui hésite, prend son élan avant de se rétamer un peu plus chaque fois. Malo aussi. Elle ne sait pas. Trop engoncé dans son rôle de chef de meute, ça lui coupe la voix.
Alors elle se rabat sur la dernière constante du moment. Se laisse happer par la petite foule pour se retrouver au niveau du serbe. Pas un mot qui sort de ses lèvres. Elle n’en est pas capable. Pas encore. Pas après tout ça. Alors elle vient juste chercher sa main, lier ses doigts aux siens, comme une supplique muette : ne me laisse pas. Demain elle fera comme si de rien n’était. Demain surement qu’elle aura déjà tout effacé. Mais juste cette fois elle se raccroche à ça, alors que tout son monde s’écroule un peu plus, domino qui s’effondrent. Demain promis mais juste pour cette fois. Se laisser sombrer avant de remonter. Demain promis elle changera. Demain oui. Mais pas aujourd’hui.
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MessageSujet: Re: histoire inachevée   Ven 19 Oct - 20:55

Les doigts accrochés au volant, elle n'arrive pas à lâcher prise. Elle fixe le vide devant elle, un peu assommée. Elle est toute seule dans la voiture, n'a pas voulu venir en même temps que Sidney. Ni qu'aucun autre. Elle avait déjà décidé de couper contact avec ses proches suite à sa mésaventure au motel, mais la mort de Nash n'a rien arrangé à son isolement. Elle ne donne plus signe de vie du tout, se contente d'affronter chaque jour avec mécanique. Répéter les mêmes gestes, les mêmes mots, rituel appris par cœur afin de ne pas se planter. Ne pas sombrer. Concentrée sur sa mère qui peut enfin sortir de son lit après tout ce temps. Condamnée à se déplacer en chaise roulante malgré tout. Mais c'est déjà une victoire sur les prognostiques de base. Alors Mads garde espoir. Peut-être qu'un jour elle remarchera. Une vie s'en va, une autre recommence. Elle se raccroche à cette idée, presque religieusement. Elle qui n'a jamais cru en rien. Mais elle n'a plus que ça désormais. Peur et chagrin sont devenus ses seuls amis et leur compagnie commence à devenir pesante. Elle voudrait pouvoir s'en débarrasser, reprendre une grande inspiration et avancer. Mais il lui semble qu'à chaque fois on rajoute un nouveau poids sur ses épaules pour l'empêcher de remonter à la surface. Le suicide de Nash l'a ramené dans les profondeurs de son malêtre, poumons remplis d'eau, noyée par une peine immense. Les nuits à pleurer, la tête enfoncée dans l'oreiller pour ne déranger personne. Étouffer les sanglots à défaut de faire disparaitre la douleur.

   Un frisson glacé la traverse, hérissant ses poils de bras et elle relâche brusquement le volant, ramenant ses mains contre elle. Elle renifle et remet en place ses cheveux, soudainement prise de doutes. Elle pourrait partir. Remettre le contact et se tirer d'ici. Partir loin. Partir, partir, partir. Tout abandonner. Comme Nash l'a fait, à sa façon. Elle pourrait rejoindre son père. Vivre avec lui. Une autre vie. Une vie facile, une vie riche en aventures. Loin de la morosité et des problèmes du motel et de sa mère. Loin de Savannah. De sa mère. De Sid. De Lena. De tout le monde. De Nash. Elle baisse les yeux, accablée. Elle reste bloquée comme ça pendant presque cinq minutes. C'est le bruit d'un klaxon qui la fait sursauter et revenir à la réalité. Et au passage s'en vont ses rêves de libertés, de vie nouvelle. Elle ne peut pas abandonner sa mère. Pas dans cet état. Elle laisse tomber sa tête en arrière, la posant sur l'appui-tête. Elle essuie les quelques larmes venues perler au coin de ses yeux. Une part d'elle a conscience que si sa mère n'était pas handicapée, elle serait partie. Prête à laisser tous les autres derrière elle. Persuadée que ce serait mieux ainsi. Qu'ils ne risqueraient plus rien. Et qu'elle pourrait recommencer à vivre sans craindre de les perdre un à un. Mais elle est coincée ici. Et elle se dit qu'il n'y a plus vraiment d'avenir. Plus d'horizon lumineux, que le soleil ne se lèvera plus ici. A Savannah. Et peut-être que c'est ça qu'il a ressenti lui aussi. Peut-être que Nash a senti qu'il n'avait plus rien à tirer de cette vie et qu'il valait mieux pour lui marquer le point final. Et si une part d'elle comprend, l'autre n'accepte toujours pas. Colère vrombissante qui vient sécher ses yeux.

   Elle trouve enfin le courage de sortir de la voiture, elle est en retard. Quand elle arrive dans le cimetière, ils sont déjà tous là. Mais elle ne va voir personne. Elle s'approche, sans jeter un regard aux autres. Tristement digne dans sa robe bleue nuit. Elle ne l'a pas achetée pour l'occasion, elle trainait déjà dans son placard. Elle s'était souvenue que Nash lui avait dit qu'elle lui allait bien une fois. C'est con. Parce qu'il n'est plus là pour la voir maintenant. Mais ça lui avait semblé terriblement important de la mettre quand elle était chez elle. Maintenant qu'elle est là, face à un cercueil, plus rien ne semble avoir de sens. Elle fixe le bois luisant, les sourcils légèrement froncés. Une part d'elle regrette de ne pas être venue plus tôt dans la journée pour le voir une dernière fois. L'autre sait que c'est mieux ainsi. Qu'elle ne l'aurait de toute façon probablement pas reconnu, figé sous l'épaisse couche de maquillage. Elle inspire faiblement, souffle tremblant, tandis que la cérémonie poursuit son cours. Jusqu'à la mise en terre. Et elle doit lutter pour ne pas se remettre à pleurer. Elle pince les lèvres et détourne le regard quelques secondes, pour retrouver un peu de contenance. Les bras croisés sur sa poitrine en signe de rejet. Elle peine à réaliser que le corps de Nash est là. Dans cette boite. Et que bientôt il se fera ensevelir sous la terre. Et que tout sera vraiment terminé. Qu'on ne parlera de lui plus qu'au passé. Comme on évoque un vieux souvenir. Et elle n'arrive pas à accepter ça. Qu'il soit devenu un simple souvenir. Qu'il n'y aura plus jamais rien de nouveau à raconter sur lui. Et que dans vingt ans probablement, elle ne ressentira plus aucune douleur à l'entente de son prénom. Ça la rend folle de rage.

   L'aboiement du chien la fait sursauter et elle recule d'un pas, l'estomac retourné, elle se sent mal. Les larmes retenues lui nouent la gorge. Elle passe plusieurs fois sa main dans ses cheveux pour les remettre nerveusement derrière son oreille. Mais ils finissent toujours par retomber sur son visage. Son regard qui vient fendre l'assemblée un peu au hasard, jusqu'à ce qu'elle croise celui de Sidney qui se tient à quelques mètres de là. Elle le fixe quelques secondes, terriblement froide et distante. Avant de détourner la tête, comme s'il n'était pas là. Et elle fuit soigneusement Malo et Lena, pour des raisons différentes. Elle remarque que Seven n'est plus là, alors qu'il lui avait semblé l'apercevoir en arrivant. Et l'envie de s'enfuir la prend aux tripes elle aussi. Mais elle se retient, autant que possible. Sauf que la colère grandit de plus en plus, comme pour prendre le pas sur le chagrin et rendre l'évènement plus supportable. Son visage se ferme, son regard se durcit. Et petit à petit, la tristesse se transforme complètement en rage. En rancœur. Mads ne sait pas être triste. Mais elle sait en vouloir aux gens. Alors elle laisse la rancune prendre toute la place, parce que c'est le seul moyen de survivre pour elle pour l'instant. Et qu'en vouloir à Nash, c'est continuer à le faire vivre d'une certaine façon. Les gens s'approchent, pour venir jeter un poignée de terre sur le cercueil, mais elle refuse de jouer le jeu. Pas encore prête à faire ses adieux. Elle relève le menton et ses yeux finissent par tomber dans ceux de Malo. Malo qui semble courbé sous le poids trop lourd qui pèse sur ses épaules. Elle inspire un grand coup et secoue lentement la tête de gauche à droite, l'air désapprobateur. L'air de dire : ne compte pas sur moi pour pleurer sa mort. Et après une brève hésitation, elle finit par faire demi-tour elle aussi, maintenant que la mise en terre est terminée. Ne vont plus rester que les quelques âmes bousillées qui tiennent trop à lui et qui voudront se recueillir une ultime fois. Et elle n'en fera pas partie.
   Pas aujourd'hui.
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MessageSujet: Re: histoire inachevée   Dim 28 Oct - 23:22

Elle passe sa main sur l’épaule de Dani, chasse une poussière qui n’existe probablement pas – l’obsession de la perfection, parce que tout doit bien se passer aujourd’hui, du moins, aussi bien que possible. Elle ne lâche pas son frère du regard, sent la présence de ses autres frères dans la cuisine, qui s’affairent, s’occupent de tâches inutiles en attendant l’heure du départ. « Сегодня нет проскальзывания, хорошо? » Aucun dérapage aujourd'hui, d'accord ? Regards confus alors que les mots fermes raisonnent dans l’espace restreint, le russe utilisé pour insister sur l’importance de chaque syllabe. « C’est son enterrement, Lena. On sait s’tenir. » Et elle sent les reproches dans la voix de son cadet, reproches qu’elle essuie d’un haussement d’épaules. « Je sais, mais j’vous connais, alors tu peux pas me reprocher d’vous prévenir quand même. » Les mots qui s’adressent à l’ensemble de ses frères alors que malgré lui, Dani lâche un maigre sourire. Elle connaît leur énergie remuante, à Dani et Isak, leur sang en ébullition constante qui les pousse à s’attirer dans les pires situations possibles. « Ça doit bien s’passer. Pour Malo. » Pas pour Nash. Les mots qu’elle dit pas mais qu’ils comprennent, main d’Alek qui serre son épaule comme pour lui dire de pas s’en faire. C’est à son tour d’offrir un léger sourire à ses frères qui reprennent aussitôt leurs activités. Elle aussi, elle s’occupe comme elle peu, nettoie ce qui n’a pas besoin de l’être. Et peut-être qu’elle frotte la table de la cuisine un peu trop violemment, qu’elle s’acharne sans que cela ne soit nécessaire. Peut-être que c’est la frustration et l’énervement qui se font ressentir dans ses mouvements, dans sa posture et son attitude. Le choc et la tristesse ressentis lors de l’annonce de la mort de Nash avaient disparu au profit de la frustration et de la colère. Elle ne comprenait pas, Lena. Elle ne comprenait pas son geste, ne comprenait pas pourquoi il en était arrivé là. Ils n’étaient plus si proches que ça depuis sa sortie de maison de correction, en grande partie à cause d’elle, elle et ses mots trop durs, elle et ses accusations balancées sans réfléchir. Peut-être qu’une partie d’elle-même sans voulait de n’avoir jamais cherché à renouer réellement avec lui maintenant que c’était trop tard – mais cette partie est trop minime, balayée par la colère de l’abandon. Parce que c’était ça – un abandon. Rien de plus. Il avait lâchement abandonné et ça, elle ne comprenait pas et ne voulait, de toute façon, pas comprendre. La colère qui s’est nourrie de la tristesse de Malo, de la souffrance dans ses yeux quand il est venu lui apporter la nouvelle, de l’énervement qu’il avait exprimé lui aussi, de son impuissance à elle face à ce spectacle désolant. Et c’est sans doute pour ça qu’elle en voulait à Nash. Elle lui en voulait d’imposer ça à son frère après ce que ce dernier avait déjà traversé, l’énième coup dur qui s’attaquait à son palpitant fantôme.

Les vibrations de son portable dans sa poche la ramènent à la réalité. Le coup d’œil rapide pour voir qu’il s’agissait de Mila qui annonçait être partie plus tôt. Son corps qui se tend aussitôt en pensant au fait qu’elle était partie seule et qu’elle ne l’avait même pas remarqué, le corps qui se détend quand elle comprend qu’elle est déjà arrivée là-bas, ce qui implique qu’elle est avec Malo. « Мы идем. » On y va. La veste noire qu’elle enfile avant de partir, accompagnée de ses frères. Le trajet est silencieux, ce qui reste peu commun chez les Ryjkov. On les connaît plutôt parce qu’ils sont bruyants, qu’ils font parler d’eux peu importe où ils vont. Mais cette fois, il n’y a rien d’autre que le silence lourd et ce qu’il implique, rien d’autre que le deuil encore une fois portée par l’ensemble de la famille. Quand enfin, ils arrivent au cimetière, Malo et Mila sont déjà là, tout comme les employés des services funèbres. Un coup d’œil à son frère lui permet de s’assurer qu’il tient le coup, au moins en apparence. Elle aurait aimé le serrer contre lui et lui murmurer que tout ira bien mais le temps presse, d’autres gens endeuillés arrivent et tant mieux – ça l’empêche de lui mentir. Parce que plus rien n’ira, plus que rien ne va déjà depuis un moment, depuis qu’ils font qu’encaisser les coups durs sans réussir à les rendre, depuis que survivre demande de plus en plus d’effort chaque jour. De toute façon, c’est Malo qu’elle a face à elle, et ce ne sont pas quelques mensonges réconfortants qui l’aideront. A la place, elle se contentera d’être là pour lui dès qu’il en a besoin, se contentera de lui laisser le temps nécessaire pour rendre ses blessures plus supportables.

Alors elle prend place parmi les siens, bras croisés sur sa poitrine alors qu’elle fixe le cercueil. C’est la colère qui revient – colère qui est jamais vraiment partie finalement, parce qu’elle connaît que ça, Lena. Elle voit Seven quitter les lieux mais elle réagit pas.  Elle réagit encore moins quand elle aperçoit Mads du coin de l’œil, l’indifférence qu’elle feint pour ne pas avoir à lui parler, même dans ces circonstances. Elle y a pensé, Lena. A lui envoyer un message, au moins, pour s’assurer qu’elle allait bien. Mais elle peut pas. Pas après ce qu’elle avait osé lui dire quand elle avait besoin d’elle. Puis c’est Anca qui attire son attention. Les quelques mots douloureux balancés, les mots qui font qu’accroître sa colère. Elle a envie d’hurler, Lena. D’hurler qu’il n’y a rien à comprendre. Que c’est rien d’autre qu’un foutu égoïste qui avait pensé qu’à sa gueule. D’hurler qu’il savait la peine qu’il ferait aux autres et que pourtant, il a quand même franchi le pas, qu’il l’a fait sans se retourner. De crier au monde qu’elle lui en voudra toute sa vie, pour la souffrance qu’il osait infliger à sa famille, à Malo et aux autres. Mais elle le fait pas, Lena. Elle garde tout pour elle, parce qu’elle s’est jurée de veiller au bon déroulement de la cérémonie, au moins pour Malo. Parce que c’est toujours elle qui doit compter sur lui, elle sur qui il veille, et que c’est cette fois l’inverse qui se produit. Donc elle se contente de ne rien dire, de fulminer sans rien montrer, visage glacial qui reste impassible alors que la terre recouvre peu à peu le cercueil de Nash. Elle dit rien non plus quand les âmes attristées commencent à partir une fois la mise en terre terminée. Elle attend, près de sa famille, prête à être le roc dont ils pourraient avoir besoin. Et peut-être qu’elle attend parce qu’elle sait qu’une fois qu’elle aura quitté le cimetière, plus rien ne sera jamais pareil. Parce que ça aura forcément un impact sur leur vie, que les choses vont forcément changer.

Parce qu’il y aura un avant et un après Nash, tout comme il y avait eu un avant et un après Lula. Mais pour l’instant, ils sont entre les deux, perdus entre le passé et l’avenir, entre les souvenirs passés et les incertitudes d’un futur sombre. Alors elle retarde le moment de partir. Elle gagne pas grand-chose, Lena, quelques minutes, peut-être. Mais ce sont quelques minutes de répit avant de reprendre une vie mise en pause le temps du deuil. Quelques minutes avant de reprendre une vie lourde d’incertitudes. Son regard se pose sur l’aîné de la famille et si Lena ignore de quoi le lendemain sera fait, elle est au moins certaine d’une chose – elle sera là pour l’aider à se relever. Elle et les autres aussi, la meute russe plus unie que jamais dans la peine, peut-être aussi parce que ce sentiment leur est trop familier. Mais même si c’est le cas, même s’ils ont trop souvent encaissé, elle sait qu’ils seront tous capables de se relever, certitude viscérale qui lui permet de continuer.
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