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 no exit

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Malo Ryjkov
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MessageSujet: no exit   no exit EmptySam 1 Sep - 19:35


Il lui tend le carton de pizza, se penche pour remplir à nouveau leurs verres. La bouteille de whisky puise dans ses dernières gouttes. Tant pis.
R’garde la tête de ce couillon.
Il relève la tête vers l’écran, comprend pourquoi il se marre et l’accompagne. En vrac d’un bout à l’autre du canapé, ils regardent un documentaire en rediffusion à cette heure tardive de la nuit. Ils ne se sont pas attardés au Smoking Dog après sa fermeture, il n’est même pas resté pour les combats du soir. Nash n’a pas eu besoin de beaucoup d’arguments pour le convaincre à se faire une bouffe ensemble à l’appartement, peu de personnes présentes et le sous-sol ne resterait pas longtemps occupé – mais sous la supervision de son frère, tout le long.
File-en à Captain, on dirait qu’il va t’bouffer là.
Ils ricanent encore et pendant qu’il prend une gorgée d’alcool, Nash pose le carton et ce qu’il reste de son contenu par terre. Un véritable festin pour leur chien, qui ne manque pas de montrer sa joie.
Ils se roulent un joint, se le partagent le temps que l’émission se termine. Ils refont le monde, comme toujours. Oublient les peines des fantômes, les tracas de leur existence. Ne parle pas du boulot, laissent les problèmes enfermés entre les murs de leur bar.
Ils se battent un moment en oubliant la raison, peut-être même qu’il n’y en a pas. Peut-être bien que c’est à propos de la latina qui a fait de l’œil à Nash toute la soirée. Ils mettent un certain temps à terminer leurs verres, trinquent pour apprécier la dernière gorgée.
Et puis, c’est au tour de la soirée de s’épuiser. La nuit déjà bien avancée. Ils se font leur check habituel avant qu’il disparaisse dans sa chambre et que Nash installe le canapé pour se mettre à l’aise.
‘nuit !
À d’main.

Mais il n’y a pas de lendemain.
 
------

Il a frappé quelqu’un, un gars en uniforme. Il le sait, il voit bien le sang qu’il essaie de retenir de son nez, la tête basculée vers l’arrière. C’est parti tout seul, un mot de travers et son poing aurait pu continuer de défigurer son visage si on ne l’avait pas retenu. Personne ne dit rien, on ne laisse pas faire mais on ne le retient pas pour autant.
Il laisse les visages suspicieux derrière lui, avance comme un automate dans les couloirs qui n’en finissent pas. Il est trop tôt, ou plutôt trop tard. Le sommeil arraché, la conscience fracassée. Les tripes retournées et l’impression morbide que sa vie s’est éteinte avec la première sonnerie.
Il arrive devant une salle et ses poings se serrent devant les visages graves qui l’encadrent, il n’a jamais supporté de voir la pitié des autres à son égard. Il est déjà venu là, déjà arrivé quand c’était trop tard. Plusieurs années mais le schéma reste le même. L’incompréhension reste la même. La douleur reste la même. Elle lui lacère tout ce qu’il y a en lui, emporte tout dans un raz-de-marée – les émotions balayées comme un rien, comme une poussière.
Son regard sombre glisse sur tout le monde, s’accroche seulement à la raison de sa venue ici.
Overdose, qu’on lui explique dans un flot discontinu de paroles qui n’atteignent même pas sa cervelle. Il s’en fout qu’on lui dise qui l’a retrouvé, comment ils ont pris en charge le corps avant que les badauds ne s’amassent. Tout ce qu’il retient c’est que personne n’a été foutu de le trouver avant qu’il fasse sa connerie. Que lui n’a pas été foutu de le comprendre, qu’il aurait dû l’entendre quitter l’appartement et réagir aussitôt.
Son corps est là, la disposition lui rappelle celui d’une autre. Putain. Des années mais c’est toujours pareil, toujours lui qui reste debout comme un con les bras ballants et qui doit confirmer qu’une partie de lui est bien morte.
Il s’emporte quand on lui demande de répéter plus fort ce qu’il marmonne, et il se met à gueuler plus fort dans un russe énervé jusqu’à ce qu’on lui mette ses affaires entre les mains. Ça le calme instantanément et il regarde le contenu du sachet plastique comme s’il s’agissait d’une erreur. C’est là qu’il se sent vide.
Il y a le visage de Sidney qui apparait dans son champ de vision, pourtant il passe à côté de lui sans le voir. Il ne pense pas à lui, à ce qu’il doit ressentir aussi. Il ne pense pas aux autres, ne pense à personne.

Il ne pense à rien, dans le silence qui l’entoure et qu’il retrouve en lui.

------

Ses pieds traînent dans le sable, des gamins chahutent dans les vagues qu’il n’entend pas. Il s’arrête un instant au bord de l’eau, ses chaussures rapidement trempées alors qu’il les dévisage. Sur leurs visages, il voit le sien quand ils avaient le même âge. Il voit les éclats des mômes en mal d’amour mais qui apprennent à se suffire à eux-mêmes. Il voit l’entaille dans la paume de sa main pour sceller une amitié aux grandes envolées, une promesse aux multiples facettes.
Leur ballon s’envole trop loin et les vagues le ramène vers lui, mais il le laisse échoué là. Les gamins s’agitent, lui font des signes de la main, l’embrun s’écrase encore à ses pieds.
Il n’entend pas. Il ne voit pas.
Il repart, longe l’océan sans le percevoir.

------

L’écran se brise sous l’impulsion du choc et la télé bascule vers le plancher. Il balaie tous les dessus de meuble qu’il trouve, trébuche sur une chaise renversée au sol. Le verre d’un cadre photo éclate encore plus quand il marche dessus – le seul de l’appartement où tous les visages dessus étaient encore vivants.
Lena est dans l’encadrement de la porte, il ressent sa présence mais ses yeux passent sur elle sans la voir. Encore une fois. Elle tend peut-être une main vers lui, essaie d’attraper le bras qui fracasse encore et encore. Il ne sait plus, s’écarte. La repousse un peu trop fort.
Le doberman est contre les jambes de sa sœur, les oreilles baissées et un jappement plaintif de temps en temps quand il casse quelque chose trop fort, un autre quand elle recule brusquement à cause de lui. Il y a toute la peine du monde dans les prunelles du molosse.
Il hurle.

------
 
Le vent balaie la poussière autour de lui, effleure son visage et emporte la dérision d’un homme à l’abandon. Il ne sait pas ce qu’il fout là, à quel moment il s’est pointé sur le toit de son immeuble.
Il est tout seul, même aucune ombre ne se dessine sur le macadam des mètres plus bas. Le soleil décline à l’horizon, sans qu’il ne parvienne à l’apprécier. Il ne pense toujours à rien, se dit seulement qu’il aurait besoin d’une bonne bouteille.
Son regard se baisse pour trouver ce qu’il tient entre ses mains, rencontre d’abord le sang séché sur son épiderme et les croûtes neuves qui se forment sur ses phalanges. Il a les mains qui tremblent, ça ne lui arrive jamais. Il considère le papier froissé tant il l’a serré dans sa paume, sa surface blanche à travers laquelle il peut imaginer ses dernières paroles. Il distingue seulement son prénom de l’écriture en pattes de mouche.
C’est là que tout se percute sous son crâne, que tout lui revient si brutalement qu’il a l’impression qu’il va éclater.
Ils avaient promis.
Promis, juré.

Pourtant, Nash est mort.

Il regarde la lettre.
Il regarde le vide.
Fais un pas.
 
Croix d’bois, croix d’fer.
Si j’mens je vais en enfer.
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