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 R.I.P. 2 my youth (eleven)

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MessageSujet: R.I.P. 2 my youth (eleven)   Mar 7 Aoû - 23:29

/and you can call this the funeral/

Dans la nuit, elle se perd.

Et baladée par la gravité, les hauts et bas des trottoirs, elle trébuche sur ses pompes et se marre contre les étoiles. Trous noirs dans sa tête, ses pupilles sont des cratères. Elle s'écarte pour éviter un obstacle invisible – l’asphalte pige rien de ce que lui arrive, elle nage dans la même confusion. Elle a vu les astres de près ce soir, à travers la loupe d'une bouteille vide et à chaque fois que sa carcasse a pris la décision de se traîner dans une autre pièce. Dans un autre coin sombre d'une autre maison d'une autre rue d'un autre quartier. Seule, elle emboîte le pas aux ombres que dessinent les lampadaires sur le bitume chaud. Aucune idée d'où elle a fini – d'où elle a commencé, c'est pas plus net. L'appartement d'Asher et une porte ouverte. Un air faussement familier dans le raz de marée d'inconnus. L'odeur de l'herbe et des mauvaises décisions. Une cuisine crade. L'envie de tout faire exploser, le monde, eux, elle dans le lot. Y a eu un canapé, à un moment, elle croit. Dans sa lancée elle s'arrête pour revoir la couleur, mais l'alcool dans ses veines la relance en orbite et la fait tituber en arrière, omoplates contre la résistance du rien. Ça lui revient vaguement, elle empile des souvenirs sans trier les récents de ceux qui datent. Déjà vu de déjà vu. Et elle penche la tête en arrière, étend ses ailes fracturées sous le halo de la lune, paupières closes. Les phalanges se délient une à une, dans la nuit elle respire comme si c'était la première fois. Souviens-toi. Des ressors dans son dos et des frissons à ses avant-bras. Pas de veste. Pas de monde. Pas d'eux. Pas d'elle. Le paradis a un goût d'essence et de carbone. Et d'un craquement d'allumette.

Boum.

Dans la nuit, elle se confond. Y a les cheveux lâchés qui drapent ses épaules, le tissu usé de son t-shirt recouvre à peine ses côtes, on voit à travers si on s'attarde. Le foutoir à l'air libre continue de rouiller. Rien à planquer. Elle est un livre ouvert et toutes les pages s'envolent au vent, l'encre a bavé sur ses doigts, elle lit plus les mots qui papillonnent autour d'elle. Matei, Matei, Matei. Pardon ? Elle sait pas déchiffrer les tâches, ça la frustre plus qu'autre chose. Alors déchire le papier et trace ta route. Trace la en vrac, trace la de travers, ça fait trois fois qu'elle passe devant le même parking et la sirène d'une bagnole qu'on essaie de voler, sans succès. Arsène à deux balles. Elle plisse les yeux et fronce les sourcils. C'est l'hôpital qu'a piétiné ses neurones. Elle en rit – ça se fracasse, c'est moche. La grande théorie du complot. C'est l'hôpital qui la fait encore tourner en rond, elle le sait. Ses yeux recherchent un repère, finissent par s'égarer sur le jaune d'une paire de phares. Elle grimace. C'est l'hôpital qu'appuie sur ses poumons et l'étouffe d'un coup, étourdissement, migraine, les tâches, les voix, le cri de l'alarme. Putain d'amateurs, elle baisse les bras et se retient de déferler sur les incapables qu'elle peut à peine discerner dans la pénombre. Vos gueules. L'anesthésie prend mal sur son cerveau. Tornade qui voit le monde tourner trop vite depuis l’œil. Tornade qui perd pied, souffle, tête – et toute envie d'y remédier. Pourtant ses jambes prennent le relais de sa cervelle, y a rien de lisible sur ses traits quand elle se retrouve à retenir la porte du complexe miteux du trottoir d'en face. Elle baisse la tête et regarde sa main, l'air de pas comprendre ce qu'elle fout rattachée à son bras. L'air de pas vouloir discuter non plus avec le type qui vient de sortir quand il crache près de ses godasses avant de relever le menton. « Dis pas merci surtout » Elle vise la cage d'escaliers en l'ignorant. Vos gueules – elle a besoin d'oxygène. Elle a besoin d'hauteur. « Hey – j'te cause » Et elle en cafte pas une quand elle claque la porte à en faire trembler la vitre. Ça résonne pour le peu qu'elle reste dans le hall, y a déjà deux marches de franchies et toutes celles qu'elle compte pas dans sa montée. Elle sait pas où elle va. Elle sait qu'une vérité.

Tous les chemins mènent aux toits.

Dernière marche, elle pousse la porte déjà entre-ouverte, ça grince mais cède sans trop d'effort. Dans la nuit, elle se pend à l'altitude. Et elle avance comme sur un fil, ligne droite jusqu'au rebord et au vide qui l'appelle. Tellement qu'elle se croit seule quand elle s'écrase à terre sans grâce et balance ses jambes par-dessus bord avec un peu trop d'entrain. Tellement que son cœur joue au mort quand elle tourne la tête. Y a Seven qui la hante. Y a l'écho faible de l'alarme qui chante plus bas. Fais chier, l'un autant que l'autre. Alors elle s'intéresse au loin parce qu'elle sent le mensonge glisser sous ses ongles et prendre possession de son corps. Parce que ça sort avec une facilité qui tromperait même le miroir. « Si t'es encore là pour faire semblant, dégage. » Semblant de rejoindre le bitume et d'en finir, semblant que de la voir ça te fait rien et que de te voir c'est tout pareil. Il arrive trop tard, peut-être qu'elle est pas revenue assez tôt. Peut-être que le vide ment aussi et que la chute les a déjà abîmés au point de non-retour.
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MessageSujet: Re: R.I.P. 2 my youth (eleven)   Sam 11 Aoû - 12:06

Y a trop d'ombres dans sa chambre. Celles qui prennent trop de place et celles qui ont l'air de bouger, chaque fois qu'il ouvre les yeux il a l'impression qu'elles le narguent et la lueur des lampadaires n'a plus rien de rassurant. Il allume la lumière, l'éteint, la rallume, l'éteint à nouveau et recommence à l'infini. Rétines trop agressées par l'ampoule pour qu'il puisse s'endormir, mais l'esprit qui s'emballe trop vite chaque fois qu'il éteint. C'est comme quand il avait cinq ans et qu'il avait l'impression que quelque chose était tapi sous son lit, comme quand il en avait seize et qu'il réveillait toute la maison en hurlant dans son sommeil. Il pensait que ça partirait en même temps que lui, que ses démons resteraient coincés dans cette baraque maudite et qu'ils ne le suivraient pas.

C'est plus tard qu'il a compris. Il a arrêté de vérifier sous son lit, le jour où il a réalisé que c'est dans sa tête que les monstres se planquaient.

Et il tire sur la couette, il se cache en-dessous et il suffoque, et il l'enlève et il suffoque toujours, et quoi qu'il fasse putain il suffoque encore. Un filet de sueur qui recouvre son front, sa cage thoracique lui fait mal et il arrive plus à dire si c'est physique ou psychologique. Il a trop de mal à faire la différence quand il fait nuit et qu'il est seul dans son lit. Alors il se lève mais il tangue – ça fait plus de vingt-quatre heures qu'il n'a pas dormi, il a perdu le compte. Il a les paupières en papier de verre et des aiguilles derrière les rétines, son reflet dans le miroir de la salle de bains est plus moche que d'habitude, des vaisseaux ont pété et on dirait qu'il va se mettre à pleurer du sang. L'eau froide qu'il se balance à la gueule n'aide pas. Ses yeux brûlent plus fort et il lâche un grognement enragé, phalanges qui se crispent sur le rebord du lavabo. Il voudrait le remplir et s'y noyer, tout pourvu que ça fasse taire sa cervelle et le monde autour de lui.

Il ne le fait pas.

Il titube jusqu'à son salon, trébuche sur les fringues qui jonchent le sol, insulte le jean qu'il ne reconnaît pas et reprend son chemin. La pièce est aussi chaotique que sa tête, y a des morceaux partout et il sait pas où foutre les pieds sans risquer de tomber ou se couper. Sa carcasse se traîne jusqu'au canapé défoncé, attrapant au passage ce dont il a besoin pour éteindre son esprit une bonne fois pour toutes. Il se laisse tomber mollement, les lattes qui grincent sous son poids, ses mains qui s'affairent déjà. Il dose l'héroïne avec minutie, gestes mécaniques quand il ajoute de quoi diluer la poudre et qu'il actionne le briquet. La flamme qu'il regarde lécher le métal, comme fasciné. Ça bouillonne comme lui quand il attrape la seringue pour tout aspirer, quand il la pose contre sa cuisse le temps de serrer le garrot autour de son bras. La veine gonflée, l'aiguille plantée, le liquide libéré. C'est le meilleur moyen qu'il connaît pour faire taire ses démons plutôt que de crier plus fort qu'eux – le seul sommeil qu'il trouve se brûle au fond d'une petite cuillère.

Ses muscles se détendent les uns après les autres et il se laisse retomber contre le dossier, prunelles vissées au plafond avec la même expression que s'il y découvrait les mystères de l'univers. L'impression de quitter le carcan qu'est son corps, y a plus rien pour le retenir, l'entraver, le faire étouffer. La lave qui brûle en lui s'est transformée en feu de cheminée, c'est doux c'est rassurant et ça arrête enfin de faire mal. Il plane.

Si haut qu'il peut maintenant voir le rideau noir du ciel et les étoiles qui le parsèment, il n'y a plus de mur pour le retenir et il met un moment avant de réaliser qu'il voit vraiment le ciel et qu'il a quitté son salon. Il sait plus comment il est arrivé là. Sur le toit. Y a un trou noir dans sa tête – comme ceux qu'on trouve dans l'espace – et il regarde d'un côté, de l'autre, comme s'il découvrait tout ce qui l'entoure pour la première fois. Il est couché sur le béton dur et froid, mais il ne le sent même pas. La sensation d'être enveloppé de coton, comme s'il était posé sur une couverture. Il voit qu'il a même pas pris la peine de s'habiller, en caleçon et pieds nus, mais ça n'a aucune importance. Plus rien n'en a. Tout ce qu'il voit c'est qu'il n'a plus mal et le reste il s'en fout – il a oublié que ce qu'il voulait par-dessus tout, c'était juste dormir. Il a plus envie maintenant, pas alors que la voûte céleste s'étend à perte de vue et qu'il a l'impression de pouvoir la toucher du bout des doigts. Main tendue vers le ciel, il est tellement absorbé par son observation qu'il entend même pas la porte derrière lui. C'est qu'un bruit lointain, il est trop haut pour s'en soucier et y a rien qui semble pouvoir le sortir de sa transe.

Rien, sauf le ciel qui lui tombe sur la tête. « Si t'es encore là pour faire semblant, dégage. »

Son cœur fait une chute libre et il est presque sûr qu'il a quitté son corps pour aller s'écraser sur le bitume en bas, comme ils ont chacun failli le faire des années plus tôt. Il pose sa main sur son torse comme pour vérifier, mais tout est en place et il sait plus si c'est bien ou pas. Lentement, sa tête se relève vers la silhouette perchée au bord du toit, pour voir s'il n'a pas rêvé, s'il n'a pas confondu la voix avec celle d'Elena. Mais c'est elle. C'est elle et il se met à rire, son crâne qui retombe mollement sur le sol. « Putaaain... J'dois être vraiment défoncé. » Elle peut pas être là, pas vrai ? Elle est jamais là Elena, jamais réellement. Pourtant quand il se redresse il la voit encore et il se marre de plus belle, se levant difficilement, sa carcasse qui tangue un peu. « T'es vraiment là ? » Ça lui paraît impossible, pourtant il se souvient vaguement qu'elle est en ville, que ça fait un moment, qu'elle est pas toute seule. Y a une voix qui lui souffle qu'il est en colère, mais il sait plus trop pourquoi. Ça fait tellement longtemps que ça a fini par devenir flou – ou peut-être que c'est juste à cause du poison qui coule dans ses veines. « Si tu veux sauter vas-y. » Il s'en souvient. C'est vague et ça grésille sur la fréquence, mais y a des images d'un toit et d'elle et lui, des pleurs et des cris. « J'te regarde. » Et si elle le fait peut-être qu'il la rejoindra juste après, pour voir ce que ça fait. Peut-être qu'ils auraient dû le faire cette nuit-là. Peut-être qu'ils ont pas droit à l'erreur, cette fois.
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MessageSujet: Re: R.I.P. 2 my youth (eleven)   Mar 14 Aoû - 23:45

Elle s'est endormie à un moment et depuis, elle rêve.

C'est ça. Elle se repose dans les bras des verres en plastique abandonnés, de l'odeur de la tise qu'elle aurait jamais du ingurgiter aussi tôt, aussi vite, du feutre dans le manteau de la nuit sur ses épaules nues. Elle rêve. Elle a fermé les yeux et s'est imaginé un monde autour de sa misère. Des hauteurs vertigineuses, surplombant la ville, les jambes au vent secouées par l'éternel tombera, tombera pas. Tombera pas, puisque rien de ça est vrai. Pas vrai ? Elle a soulevé les draps ce soir et s'est glissée dedans avec la fatigue, les pieds froids collés tout contre ses mollets. Elle y est encore, elle en est jamais réellement sortie. Demain elle loupera le coche et se réveillera longtemps après le soleil, un vague souvenir de toits et de pointe au cœur et de rhum sur le bout de sa langue. C'est ça, c'est forcément ça.

Elle peut pas l'expliquer autrement.

Je rêve. Elle se le répète comme un mantra, les yeux clos et la tête penchée en arrière. Mais ça peut être qu'un cauchemar, si c'était paisible, son frère serait pas allongé en travers dedans. Elle baignerait pas un pied dans le passé et l'autre pris au piège dans le présent, à essayer de secouer les regrets pour rien. La culpabilité se rattrape à son bide, l'insolence remonte tout dans l'autre sens. Ça tangue. Elle est à ça de rendre ses tripes par-dessus bord. « Putaaain... J'dois être vraiment défoncé. » L'alcool la fait se marrer tristement, ça se mêle aux éclats tranchants qu'écorchent la gorge de Seven. Ouais, il est défoncé, elle reconnaît les signes. Elle devine aussi tous les bleus qui s'étalent plus bas sur son corps, plus haut, plus profonds que celui dans son coude s'il s'est loupé. Tu t'es loupé, Seven ? T'as vrillé plus loin que là où elle t'a laissé ? Les bleus, toutes les fois où elle a asséné les coups sans faire attention ou sans s'en souvenir. Et toutes les fois où elle le fait consciemment, la mort dans l'âme et la même voix qui la berce salement. Le jour où t'as touché le fond, ça sert à rien. Mais elle doute, ouvre les yeux pour regarder son frère chanceler sur ses deux jambes. Pantin instable. Elle sait l'évidence.

Elle ira pas le rattraper s'il se mange le sol.

Tire, tire, tire l'insolence parce que c'est lui ou elle. Trop fière pour faire machine arrière, à quoi ça sert de s'apitoyer sur ce qui était et sera plus. A rien, j'te dit. Alors elle choisit son camp une bonne fois pour toute. Elle choisit sa propre gueule. « T'es bruyant, putain, ferme la. » Nouvel hématome, elle ferme fort les yeux pour rien voir de l'impact et des couleurs, sa tête dodeline mollement sur le côté à force de perdre les repères. C'est lâche, elle est lâche. Incapable de prendre une décision sans la regretter dans la seconde. Elle cafte rien à Seven, l'écran de ses états d'âme, il est tourné vers la ville et la ville seulement, cinéma en plein air – ça fait des années qu'ils diffusent la même scène en boucle, étonnant que personne s'en lasse. Y a toujours eux deux pour se ramener à la séance. « T'es vraiment là ? » Elle a pas la réponse à cette question. D'instinct, son pouls dirait oui. Ça bat plus fort que jamais à son poignet. Son regard est attiré par le vide, elle baisse le menton et s'amuse à basculer son corps en avant, retenue par des mains engourdies de chaque côté de ses cuisses. Son pouls dirait non si elle se fracassait en bas par erreur. Aucune trace de sa voltige, que des pièces à ramasser et à ranger soigneusement dans un sac. Là encore, elle sait pas ce qui est vrai ou ce qui est faux.

Quand les doigts s'accrochent clairement au béton mais que les semelles descendent toujours un peu plus contre la paroi de la façade.

« J'sais pas. » Ça siffle à ses tympans, le liquide ambré dans ses veines fausse le moindre détail. Le près est loin, le lointain est proche, la nuit l'éblouit, le froid se met à brûler, le ciel se confond avec le bitume, Seven sonne comme le murmure à ses oreilles, dans son cou ils lui soufflent la même phrase à l'unisson. « Si tu veux sauter vas-y. » Elle touche la possibilité du bout des doigts. Et si. Si elle rêve vraiment, ça sera que sursaut et sueurs froides. Si elle cauchemarde, chute interminable, sans fin, sans fond. Si elle est éveillée... Ça risque de piquer un peu plus que l’égratignure qu'elle ramasse sous la peau de son avant-bras dans un battement loupé et un malheureux glissement. Y a le souffle qui s'arrête. Net. « J'te regarde. » Le vide espère, les bras tendus, gueule grande ouverte.  Rien, y a rien qui tombe. Elle s'est seulement tapée le bras dans le rebord et la frayeur dans les dents. Le sang perle aux extrémités des striures et de l'épiderme arraché, elle grimace et bascule le poids en arrière, c'est passé trop près. Encore. Elle se lève, retrouve l'équilibre de ses jambes, du moins autant que l'alcool veut bien lui permettre. C'est-à-dire pas beaucoup, à l'aide de ses mains mais au moins, c'est plus au bord du précipice.

Elle change de gouffre.

Ils se tiennent chancelants, face à face. Elle relève pas sa tenue – ou plutôt le manque. Tout ce qui l'obsède se trouve derrière son dos, porte ses mots et ses accents. Vas-y. J'te regarde. Comment, c'est flou, mais elle se à met à confondre sa propre maladresse avec les mains de Seven. Elle peut jurer qu'elle les a senties entre ses omoplates. Il voulait qu'elle saute, elle invente rien, et elle a pas forcé les mots dans sa bouche. Il voulait, ça l'arrange tellement de pas se regarder en face. De pas avouer ses torts. « T'aimerais ça, hein. » Non, tu aimerais ça Lena, mais t'as pas l'audace. Ni réellement l'envie, au fond. Elle regarde Seven, la voûte au-dessus d'eux, son bras abîmé, le sang, son sang. Elle laisse son index tracer les sillons, ses bouts de peau en dentelle, porte le doigt à sa bouche pour se débarrasser du rouge. C'est cuivré. C'est dégueulasse. Elle crache au sol et reporte son attention sur Seven. « Grandis un peu, Seven. » Elle juge sa carcasse de haut en bas. Ça arrête jamais vraiment de pincer son cœur. Arrête, ça sert à rien. Mais. Lui ou elle. Vas-y. Elle a besoin de se raccrocher à un mensonge pour en produire un autre. Ça tombe plutôt bien. Elle en garde des bons pour quand elle dort pas ou se met à aimer trop fort. Il a toujours voulu que tu sautes. Elle chancelle et ricane. « Tu m'fais pitié. »
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MessageSujet: Re: R.I.P. 2 my youth (eleven)   Dim 19 Aoû - 19:03

« T'es bruyant, putain, ferme-la. » Son rire part en éclats comme une bombe qui explose. C'est instantané, à croire qu'il le fait exprès juste pour la contredire, lui désobéir, lui crever les tympans à grand coups de rire cassé – encore et encore jusqu'à ce qu'elle en devienne sourde. Continuer à faire du bruit pour qu'elle ait pas d'autre choix que tenir compte de sa présence, le voir, l'entendre. Pour qu'elle puisse pas l'oublier.

Parce que c'est ce qu'elle fait de mieux Lena, elle l'oublie de la même façon qu'elle oublie tout le reste du monde parfois, qu'elle s'oublie elle-même souvent. Elle l'oublie et ça lui donne l'impression qu'il existe pas, c'est aussi violent que quand Lucian lui dit qu'il n'est qu'une merde et aussi douloureux que quand Lavinia détourne les yeux. Elena c'est le mélange des deux et elle n'a même pas besoin de prononcer un seul mot, d'esquisser le moindre geste. Toute son attitude suffit à le rabaisser et le heurter, elle a toujours eu ce pouvoir et il s'demande encore si elle fait exprès de l'utiliser ou si elle en a juste tellement rien à foutre que ça se fait tout seul. Il sait pas quelle option est la pire. Il sait pas non plus s'il veut qu'elle soit là ou pas quand il lui demande, parce que si elle l'est elle va lui planter des lames dans le cœur, mais si elle l'est pas ça n'fera qu'enfoncer celles qui s'y sont déjà logé. C'est comme jouer à la roulette russe avec un automatique. « J'sais pas. » Ça le laisse dans le flou, entre l'hallucination et la réalité sans qu'il soit capable de se décider. Plongé dans les limbes, p't'être que c'est pas si mal finalement. Ça fait moins mal que le vrai monde, c'est moins définitif que la vraie mort.

Si elle saute, peut-être qu'il y aura quelque chose pour la rattraper en bas.
Mais ça sera pas lui.

Il veut quand même regarder et quand il la voit tanguer il se dit que cette fois ça y est, elle va arrêter de jouer la funambule de pacotille, à craquer des allumettes sans jamais plonger dans le brasier. Le monde s'arrête de tourner, il a le souffle coupé et le cœur au bord des lèvres, prunelles rivées sur sa sœur qui a l'air à deux doigts de faire le saut de l'ange. Sautera. Sautera pas. Sautera. Sautera pas.

Sautera jamais.

Elle revient sur la terre ferme, debout face à lui. Ses yeux glissent sur le sang qui coule le long de son bras et il est pas sûr de comprendre ce qui s'est passé mais au fond quelle importance ? Elle a pas sauté. Elle est là et il voudrait croire que c'est pour lui, mais il sait que c'est pas vrai. Que ça soit Elena ou les autres, c'est jamais pour lui. « T'aimerais ça, hein. » Il a le sourire aussi défoncé que son cœur. « Ouais. » Il sait même plus s'il ment ou non – y a une part de lui qui a envie de voir, de la pousser, de s'en débarrasser pour qu'elle devienne vraiment le fantôme qu'elle a passé sa vie à être. L'autre part sait bien qu'il le supporterait pas. Il a beau leur cracher dessus, tous autant qu'ils sont, ils l'ont bâti tel qu'il est. S'il en perd un il perd un bout de lui, et même s'il s'agit du pire, même s'il s'agit de Lucian, il sait que ça le rendra trop bancal. Popescu c'est plus que son nom ; c'est tout ce qu'il est. Si on lui ôte l'étiquette il a peur qu'il ne reste que du vide, alors plutôt que de l'arracher il se contente d'en coller d'autres par-dessus.

« Grandis un peu, Seven. » Sûrement qu'il pourra jamais – tout s'est cassé la gueule y a longtemps déjà, il arrive plus à se sortir des décombres d'une enfance crasseuse. Il grandira pas. Il vieillira pas non plus, c'est une certitude. Il se pense condamné et c'est peut-être pour ça que ça le fait autant rire, de flirter avec le vide chaque fois que sa route croise celle d'Elena. Il aimerait croire que c'est elle qui réveille le trou noir dans sa poitrine, mais au fond c'est qu'une excuse. Blâmer les autres pour fuir ce qui s'est tapi au creux d'ses entrailles. « Pour quoi faire ? Ça t'a réussi, à toi ? À Iulia ? Val ? Anca ? J'ai pas envie d'finir comme vous. » En taule, à moitié mort ou avec l'envie de l'être, le cœur en miettes ou plus de cœur du tout. Quand il les regarde, il a la sensation d'être une pâle copie, sale mélange de tout ça à la fois, brouillon froissé, déchiré, qu'on a oublié de jeter. « Tu m'fais pitié. » Il se marre, encore. Trop défoncé pour en avoir quelque chose à foutre, trop fatigué pour s'énerver. Il a les yeux en feu et une enclume dans la cage thoracique. « J'm'en fous. » Haussement d'épaules. Il écarte les bras sur les côtés, comme pour lui dire vas-y continue, attaque tant que tu peux. Son corps tangue et ses pieds tremblent sur le béton. Suffirait d'un coup de vent pour qu'il s'effondre comme un château de cartes. « Moi c'qui m'fait pitié, c'est qu'tu reviennes. » Il comprend pas. Elle a disparu pendant des années, ça sert à rien de rentrer. Y a rien pour personne ici, ni pour elle ni pour lui. « On en a plus rien à foutre de toi t'sais, et t'en as rien à foutre de nous non plus. » Rien à foutre de moi. « Paraît qu't'as un gosse. T'es conne d'l'avoir ramené ici. » Elle a réussi à se barrer, elle aurait mieux fait de rester là où elle était. Revenir à Savannah, c'est comme creuser la tombe dans laquelle elle sautera avec son fils dans les bras.

Ça lui revient. Il connaît pas son môme, mais il le déteste. Parce qu'elle a jamais été foutue de l'aider lui, de s'aider elle-même, comment elle peut se penser capable de s'occuper d'un être humain ? Comment elle peut l'aimer alors qu'elle donne l'impression d'avoir paumé son cœur quand elle était gamine ? « Retourne t'occuper d'lui au lieu d'me regarder comme ça. Et pas la peine de revenir, c'est mon toit. » Il se met à marcher sans la quitter des yeux, comme s'il voulait marquer la trace de ses pieds partout pour appuyer ses mots et la faire fuir. Et s'il rit quand sa carcasse heurte le rebord et penche dangereusement en arrière, c'est parce que le vide chatouille sa chair, parce que la drogue l'empêche d'avoir peur de tomber. C'est son terrain et il refuse de laisser Elena prendre toute la place comme elle le fait toujours, avec son regard dur et ses mots secs. Il veut qu'elle le regarde et qu'elle se sente obligée de tourner la tête, que ça devienne insupportable au point qu'elle en ait envie de gerber. Il veut qu'elle soit incapable de partager le sanctuaire de ce frère qu'elle a assassiné.


Dernière édition par Seven Popescu le Dim 2 Sep - 10:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: R.I.P. 2 my youth (eleven)   Lun 20 Aoû - 11:10

Et le rire dédaigneux qui lui arrache la gorge dégringole, s'écrase aux pieds nus de Seven. Y aura au moins un truc qui se mange le sol dans l'histoire.

A la fin.

Mais ça fait que commencer, entraînés dans une autre mesure, ils reprennent depuis le début comme s'ils avaient jamais connu autre chose que les hauteurs. L'air libre qu'emprisonne. Nés pour rejoindre les bras de la gravité plutôt que ceux de leur mère. Lavinia pleurerait, si elle les voyait se répondre à coups de rires tordus sans jamais s'écouter une fois. Ou elle baisserait la tête sans prononcer un mot comme elle sait faire mieux que personne. Comme elle sait faire mieux qu'eux deux, même face d'un centime rouillé qu'on a oublié par terre un jour. Tu parles. Le monde s'est scié le fond de la poche pour se débarrasser d'eux. Gasoline sur les flammes. Le brasier étouffent tout sauf l'écho de leurs cris mais elle entend pas l'appel au secours derrière le tranchant et les bords et les angles des mots de son frère. Elle entend qu'un seul appel. Celui de sa voix de camé qui couvre toutes ses pensées et l'attire vers le bas. Et ça la saoule plus que la bouteille a jamais rêvé de le faire. « Pour quoi faire ? Ça t'a réussi, à toi ? À Iulia ? Val ? Anca ? J'ai pas envie d'finir comme vous » C'est trop tard pour ça, elle se prend la tête dans les mains parce qu'il comprend rien à rien. Il peut pas tromper les gènes. Il peut pas tromper le temps. Il peut se regarder dans la glace et se convaincre qu'il est différent, elle sait retrouver cette fossette et la ride sur son front et la lueur au fond des lucarnes et la couleur même de ses yeux. La détresse du gamin qui court à sa perte en coulant le monde avec lui. Et elle sait les rendre à chacun de ses vrais propriétaires. J'ai pas envie d'finir comme vous – t'as commencé comme eux. Les rêves c'est pour ceux qui dorment. Les espoirs, pour ceux qu'en ont les moyens. T'as plus de valises sous les yeux que d'étoiles dans le ciel et la pauvreté te tient la main.

De rien tu deviendras rien.

« J'm'en fous. » Et ouvre tes ailes, elle se tient pas plus solide sous le poids des siennes. Le sol tourne sur lui-même pour voir si elle suit. Le sol l'absorbe tout entière, elle doit fermer les yeux une seconde pour remettre les repères en place. Ramener l'équilibre. Quelque chose lui dit que si elle y arrive, tout se passera bien. Elle souffle, c'est saccadé. Quelque chose ment, tu le savais pas, c'est pire quand elle rouvre les paupières. Elle croit découper le décor à l'envers. La nausée monte et c'est au tour de Seven de la faire vriller. « Moi c'qui m'fait pitié, c'est qu'tu reviennes. » Et elle c'qui... Elle c'qui lui fait pitié c'est, plus rien, tourne, tout, marche. Elle suffoque. Les paumes à ses tempes appuient encore jusqu'à glisser à l'arrière de son crâne où elle croise les doigts, replie les coudes vers l'avant. C'qui lui fait pitié – c'est qu'elle peut plus aligner deux mots sans inhiber ceux que Seven enchaînent. Stop. Tout déraille. Peux plus. Prendre tout ce qui lui lance et laisser couler sur sa peau. Elle est plus étanche. « On en a plus rien à foutre de toi t'sais, et t'en as rien à foutre de nous non plus. » Elle se fait violence pour le regarder, lui qui la coule après avoir tenté de lui faire embrasser le bitume. Elle le déteste, elle fait plus la différence. Entre l'alcool et le froid et ce qu'elle imagine entendre dans le vent. La tête divague, les doigts s'accrochent, quand elle passe du rire aux larmes au rire à l'incohérence totale. « T'auras mis du temps à l'comprendre, putain. C'est triste. » Elle sent pas l'humidité sur ses joues, de toute façon ses mains l'étalent en abandonnant leur perchoir. « Paraît qu't'as un gosse. T'es conne d'l'avoir ramené ici. » Matei, Matei, Matei. Elle regarde ses dix doigts comme si elle allait le retrouver dedans. Une de ses paumes se plaque sur son bide – non plus, y a que la peau meurtrie qu'elle a soudainement envie de découper. Mais elle se trompe de cible. Demain et demain et demain va nul part, le surplus reste et peut attendre. Elle agrippe le tissu et tord douloureusement. « Ta gueule, Seven. Tu dis rien sur lui. Jamais. » Ou les mains, c'est à son cou qu'elle va les porter.

« Retourne t'occuper d'lui au lieu d'me regarder comme ça. Et pas la peine de revenir, c'est mon toit. » Il s'éloigne à reculons. Se mange le bord. Manque de basculer. Non. Ça tire sur son bras, elle baisse le regard, comprend pas pourquoi la main dans le t-shirt a voulu se tendre vers Seven. Elle le voit parce que c'est presque ouvert, impossiblement, à l'opposé du soulagement morbide que son esprit a soufflé en voyant la collision. C'était à ça. Son corps a pas voulu. Son corps a eu peur.

Son corps se remet à faire tomber les larmes.

Elle les chasse de ses battements cils frénétiques, perplexe, déboussolée. Ça s'arrête comme c'est venu, brutalement, comme si on s'amusait à abattre tous les leviers de commande. Puis à les relever. Elle referme le poing, phalanges blanchies, essaie de retrouver le chemin. Elle marche à côté. « J'suis pas revenue pour vous. » Alors valse avec le vide autant que tu veux. Mais pas trop près. « J'préférerais revenir pour ton toit que pour vous, t'entends ? » qu'elle réplique avec froideur, ou avec cette autre chose qui lui fait calculer la distance à laquelle il serait sain et sauf. Juste sauf. Juste entier. Et derrière le poison c'est l'antidote, puisqu'il aime se faire mal, il peut pas y résister. Elle réalise pas le plan à sa tête. Les étapes se déroulent à son insu. C'est la foutue main qui se rebelle, les larmes qui grossissent, ce qui avait d'enfoui dans les premières années après la naissance de son frère qui refait surface. C'est essayer de le sauver sans s'en rendre compte, de l'éloigner du bord, de l'éloigner des autres. A coups de provocation pour le faire avancer vers elle. « Quoi. T'as qu'à m'en faire descendre, si t'y tiens tant qu'ça, vas-y. » Elle croit reculer pour prendre le large. Elle recule pour l'inciter à suivre. « J't'attends, frangin » A coups de surnoms qu'elle lui a jamais donnés. « Lucian avait raison en fait » A coups bas. « Tu sers à rien. T'es même pas foutu de t'ramener là. »

Prouve-lui le contraire.
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MessageSujet: Re: R.I.P. 2 my youth (eleven)   Dim 2 Sep - 12:22

« T'auras mis du temps à l'comprendre, putain. C'est triste. » Tellement triste qu'il se marre encore une fois et dans l'fond s'il rit c'est parce qu'il a perdu la faculté de chialer, parce qu'il l'a plus jamais fait depuis ce soir-là avec Elena. Tu vois pas que j'suis comme toi ? Et quatre ans plus tard ça n'a pas changé, il tangue toujours sur le même fil. Il s'demande si c'est toujours pareil pour elle aussi – si tous les jours elle a encore l'impression de sauter.

À défaut de plonger dans le vide c'est son regard qui s'y perd, les images de cette nuit-là qui reviennent et le happent, c'est comme s'il y était. Il peut presque sentir les larmes qui l'ont trahi et la douleur dans ses poings qui cognaient ce type venu les interrompre, le sang qui lui maculait les mains comme le sel lui encrassait les joues. Il se souvient des yeux de Lena et de ses mots, il se souvient qu'elle s'en tapait et qu'elle s'en tape toujours, il se souvient de l'acide qu'ils se sont craché. Celui qui a continué de le ronger quand elle est jamais revenue. T'façon tu manques à personne il a menti parce qu'elle lui a manqué à lui, parce qu'il a attendu en vain qu'elle réapparaisse et qu'elle l'emmène, qu'elle lui dise de tout effacer et qu'elle l'embarque dans sa spirale infernale – ça lui semblait toujours mieux que rester à Savannah. Sûrement qu'il serait mort comme un chien la gueule ouverte, oublié au fond d'un caniveau sans personne pour venir récupérer sa dépouille. Mais au moins il serait parti. Au moins il aurait eu l'illusion de la liberté, jusqu'à en crever.

Mais d'illusion il n'y a que celle des images du passé, ça s'efface pour laisser place à la Lena d'aujourd'hui et c'est la même scène qui se rejoue à l'infini.

Elle pleure.
Pas lui.

Il la hait et il hait son môme et il hait tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle fait. Tout ce qu'elle lui a fait. « Ta gueule, Seven. Tu dis rien sur lui. Jamais. » Les dents qui se dévoilent dans un rictus tordu, il a les yeux qui se plissent, l'écume de la rage au bord des lèvres. Pourtant il est parfaitement calme, quand il souffle sur le ton de la confidence : « J'le déteste. » Par principe, par envie, par jalousie. Parce qu'Elena est ce qu'elle est mais il reconnaît la lueur dans ses yeux – il sait qu'elle pourrait crever ou tuer pour Matei. Peut-être qu'elle hésiterait même pas à le tuer lui. Et il déteste le bambin d'avoir droit à ça alors que lui ne l'a jamais eu, ni avec elle ni avec les autres. Quelques mois sur Terre à peine et il a l'impression qu'le gosse a reçu plus d'amour que lui n'en aura jamais.

Il tangue trop près du bord et il en arrive à s'dire que c'est pas grave de toute façon, c'est le vent qui décidera de quel côté il tombera. Sur le béton du toit ou sur le bitume en bas, il en a plus rien à foutre. Vingt ans c'est un score honorable. De toute façon il a tout cramé par les deux bouts et il reste plus grand-chose à tirer, il a déjà passé les trois quarts il en est sûr. Souvent il s'dit qu'il lui reste deux ans, peut-être cinq à tout casser. Sa seule certitude c'est qu'il passera jamais la barre des trente. C'est même pas triste c'est juste la fatalité, celle qui les a fait naître dans la mauvaise famille et qui inonde les joues d'Elena malgré les trous noirs qui lui servent d'yeux. « Arrête de chialer. » Et il recommence à rire parce qu'il sait pas quoi faire d'autre, parce que sa sœur pleure et que son corps a besoin de réagir mais qu'il le laisse pas faire. Quand il est sobre il s'énerve, mais la drogue sature ses veines et grésille sur la fréquence – il ricane comme une hyène. « J'suis pas revenue pour vous. » Un hoquet. Il s'étouffe dans son rire raté, fracassé en plein vol. Tout s'arrête quand son regard croise le sien. « J'préférerais revenir pour ton toit que pour vous, t'entends ? » Il entend. Il imprime. Chaque mot résonne dans sa boîte crânienne, chaque syllabe s'incruste dans son myocarde au fer rouge. Il vaut pas mieux qu'un putain de toit. Il vaut rien du tout et dans l'fond ça le surprend même pas. Il boit ses paroles, il croit tout ce qu'elle dit et la seule chose qu'il est capable de faire, c'est hausser les épaules. « J'sais. » De la misère on n'fait pas naître des fleurs ou elles étouffent – suffit de regarder Anca et ses cicatrices, putain ça y est il a envie de gerber. La crasse enseigne la crasse, il sera jamais plus que ça. Le reflet déformé de ses aînés. « T'façon t'es morte à l'intérieur. » C'est pour ça qu'elle s'en fout d'eux, de lui, qu'elle a fait que l'oublier jusqu'à disparaître. Face à lui il n'y a qu'un spectre, un putain de cadavre ambulant qui préfère lui dévorer le cœur plutôt que la cervelle.

Il préfère se dire que sa sœur est morte plutôt qu'elle ne l'aime pas.

« Quoi. T'as qu'à m'en faire descendre, si t'y tiens tant qu'ça, vas-y. » Elle recule et il voudrait qu'elle continue jusqu'à la porte, qu'elle s'en aille comme elle sait si bien le faire et qu'elle revienne pas cette fois. Il est fatigué d'encaisser les allées et venues de ceux qui l'ont abandonné. « J't'attends, frangin. » Il tique. Tête qui se penche sur le côté, sourcils froncés. Elle donne pas de surnoms Elena, pas ceux-là, pas ceux qui sont censés être affectueux. Dans sa bouche ça sonne comme une insulte. « Lucian avait raison en fait. » Son cœur remonte sa trachée brutalement – il arrive plus à respirer. « Tu sers à rien. T'es même pas foutu de t'ramener là. » Le temps est en suspens. Le vent sur sa peau dénudée est chaud, pourtant il crève de froid. C'est les ondes du glaçon qu'Elena a dans la poitrine, qu'il a soudain envie de lui arracher pour le faire fondre entre ses mains, le regarder couler jusqu'à ne plus rien en laisser. Jusqu'à ce qu'elle en crève à genoux devant lui.

Elle a pas le droit de dire tout ça. Pas le droit de lui asséner des coups encore et encore, à utiliser Lucian comme balle quand elle vise le cœur. Il en a toujours un, lui. « Il a raison d'quoi ? Hein ? » Un pas en avant. Il quitte le bord. « Qu'il ferme sa gueule. Il est en taule. » Il a plus rien à dire. Il peut plus l'atteindre maintenant il est loin, il risque plus rien – alors pourquoi y a cette tempête qui se lève en lui chaque fois qu'on prononce son nom ? Pourquoi même à travers la drogue et la douleur et la nuit, ça continue à le toucher ? « Toi aussi ta gueule. » Il avance, réduit la distance qui les sépare petit à petit, le pas chancelant et la carcasse toujours prête à s'effondrer. « Vos gueules à tous en fait, vous êtes pas là. » Lucian et Valerian en taule, Lavinia qui n'a jamais levé le petit doigt, Serghei à l'armée, Iulia qui s'est barrée, Elena à moitié morte, Anca qui voudrait l'être, Ioan en plein naufrage et les jumeaux qui le détestent sûrement un peu. Qu'ils aillent tous se faire foutre. Ils sont pas là et lui il est coincé, il a pas bougé parce qu'on l'a oublié, parce que personne est jamais venu le chercher. « Dégage. » Il arrive enfin à sa hauteur, loin du vide maintenant, pourtant il a l'impression de tomber. Peut-être parce que c'est le gouffre dans la poitrine de sa sœur qui l'a avalé. « J'veux pas t'voir, j'veux juste que tu t'casses une bonne fois pour toutes et qu't'arrêtes de revenir. » Il peut pas contrôler la douleur dans sa voix, les reproches qui la brisent parce qu'ils pèsent trop lourd. « T'es qu'une lâche, une sale pute qu'en a rien à foutre de personne alors casse-toi. » Ses mains viennent s'abattre sur ses épaules férocement pour la faire reculer. Pupilles éclatées, elles dégoulinent de toute sa rancœur quand elles se posent sur elle, quand elles la transpercent de part en part. « T'aurais dû sauter y a quatre ans. » C'est plus facile de détester un fantôme. Ça lui éviterait d'appréhender le moment où elle plongera ses griffes dans sa chair pour tout arracher.

Il est sûr qu'elle sait pas combien ça fait mal. Elle peut pas savoir, et c'est pas vraiment d'sa faute.
C'est juste qu'elle, elle n'a plus rien entre les côtes.
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