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 l'art raffiné de l'ecchymose (madney)

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Coyote
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MessageSujet: l'art raffiné de l'ecchymose (madney)   Dim 29 Juil - 12:02

Sid, 23h48
pq tu m'as appelé ? ça va ?
???


Mads, 00h12
pour rien
je t'expliquerai

Sid, 00h13
ok...
t'es sûre que ça va ??
mads ?


Sid, 04h47
dis-moi qd t'es réveillée stp

Sid, 10h00
j'espère que ça va

Sid, 14h26
rep stp

Sid, 15h07, message vocal
« Hey, c'est moi. J'sais pas si t'es occupée ou si tu dors encore ou... j'sais pas... Tu peux me rappeler quand t'as un moment ? Ou au moins m'envoyer un SMS ? Comme tu veux. Juste, réponds-moi s'te plaît. J'm'inquiète. »

Sid, 17h14
bon srx mads ????
tu me fais la gueule ? j'ai fait un truc ??


Sid, 19h38
j'veux juste savoir si tu vas bien
stp


Sid, 20h45
???????

Sid, 22h23, message vocal
« Ça fait trois fois que j't'appelle. Réponds. J'suis comme un con en train de... P'tain. Écoute, si d'ici une heure j'ai pas de nouvelles, j'arrive. Alors réponds. S'il te plaît. »



Il compte les minutes et même les secondes, son regard qui fait des allers-retours entre l'écran de son téléphone et celui de la télé, entre les aiguilles de l'horloge et le joint qu'il roule pour essayer de se calmer – il est obligé de s'y reprendre à trois fois. Au final ça marche même pas, son esprit s'enraye mais ça ne suffit pas à chasser l'angoisse et les questions laissées sans réponse. Il s'acharne sur la télécommande et change de chaîne compulsivement, sans jamais réussir à se concentrer. Les programmes idiots se succèdent et plus ça va, plus il a du mal à suivre. Tout ce qui résonne dans sa tête c'est Mads Mads Mads comme une litanie. Incapable de se focaliser sur autre chose qu'elle.

Vingt-trois heures. Toujours rien. Il tente d'appeler à nouveau, tombe sur le répondeur.
Cette fois il ne laisse pas de message.

Il supporte plus de rester là sans rien faire, pendu à son téléphone en attendant désespérément qu'elle donne signe de vie. Pourtant ça fait des jours qu'il l'évite lui, des jours qu'il esquive quand elle demande à le voir, des jours qu'il lâche des prétextes ridicules pour ne pas avoir à la croiser. Parce qu'il n'arrive pas à oublier la soirée. Parce que ses lèvres ont brûlé les siennes et continuent à le faire – l'impression d'avoir un tas de braises dans la poitrine mais aucun espoir de voir le feu reprendre. Il est pas sûr de pouvoir lui faire face en sachant qu'elle a dérapé puis oublié trop facilement, qu'elle n'en garde aucun souvenir alors que ça continue de le hanter. Il voudrait demander. Savoir pourquoi elle l'a fait, si elle se rendait compte que c'était lui et pas un autre, si elle comprenait ce que ça représentait pour lui. Mais il demandera jamais parce qu'il sait que ça virerait au drame ; peut-être aussi parce qu'il a peur de la réponse. Peur de récolter un ç'aurait été un autre que toi, c'était pareil. Et il repasse la scène en boucle dans sa tête et il repense à tout ce qu'il aurait pu faire et dire et il rumine, encore encore encore. Il se torture depuis des jours en essayant de bâtir des barrières pour se protéger, mais il a suffi d'une fois pour que tout vole en éclats.

Un appel manqué et tout s'effondre.

Il sent bien que quelque chose cloche sans savoir quoi, mais plus il retourne la situation dans sa tête, plus l'angoisse sature ses veines. Il pense à tout ce qui se passe en ville et tous les gens qui viennent déclarer des agressions et l'enquête qui piétine mais le type louche qu'ils ont dans le collimateur – celui qui traîne au motel. Celui qui est trop près de Mads.

Tout s'accélère, le sang bat dans ses tempes et ses muscles se crispent un à un, son cœur se serre. Il peut pas rester là. L'inquiétude l'assassine et il sent qu'il va devenir fou s'il n'obtient pas de réponse.

Il se lève sans prendre la peine d'éteindre la télé ou le joint posé au coin du cendrier. Il se dirige vers la chambre rapidement, sans se soucier de Vic qui est en train de dormir. Elle marmonne mais il n'écoute pas, attrape les premières fringues qui viennent pour les enfiler à la va-vite. Il oublie de refermer la porte de la chambre, se met à tourner en rond au salon en cherchant ses clés, parlant tout seul sans s'en rendre compte. Il n'entend pas Vic arriver derrière lui. « C'est ça qu'tu cherches ? » Il sursaute, lève les yeux vers elle et les clés qui pendent au bout de son doigt. Il la rejoint mais elle retire sa main avant qu'il puisse les attraper. « Tu vas où ? » Ses mâchoires se contractent. Il tend une main. « Une urgence. S'te plaît. » Elle esquisse un sourire désabusé et comme chaque fois ça lui pince le cœur. « Mads, hein ? » Il soupire, mais il ne répond pas. Elle tourne les talons sans un regard après lui avoir donné les clés, claquant la porte de la chambre derrière elle. Il fait la même chose en quittant l'appartement.

Arrivé au motel en un temps record, il se gare rapidement et avance à grandes enjambées jusqu'au bâtiment. Quand il entre, il n'y a personne au comptoir. « Mads ? » Il fait le tour et rejoint la petite pièce attenante, la trouvant assise au bureau, penchée sur un tas de papiers. « Sérieusement ? Tu pouvais pas prendre trente secondes pour me répondre ? » Ça sonne trop sec et soudain il se demande si elle a même pris la peine de regarder ses messages, ou si elle a fait semblant de perdre son téléphone pour ne pas affronter son insistance. Il sait pas quelle option l'énerve le plus. « Je m'inquiète depuis hier soir putain, t'abuses. Pourquoi... tu... » Elle lève la tête, il perd ses mots. Son regard glisse sur son rouge à lèvres et ses yeux maquillés. Elle prend jamais la peine de se maquiller. Ou en tous cas pas comme ça – c'est assez inhabituel pour le plonger dans la confusion. « Euh... T'attends quelqu'un ou ? » Il fronce les sourcils et fait un pas en avant, la scrutant avec un peu trop d'intensité. Elle esquisse un mouvement, ses cheveux bougent. Il aperçoit son cou.

Les traces sombres lui glacent le sang.

L'inquiétude remonte en flèche et il s'approche d'elle, mais elle se dérobe. Il soupire, s'immobilise. « C'est quoi ça ? » L'index pointé vers son cou, il continue de l'observer attentivement. Il a les poings serrés et les tripes nouées, mais il ne bouge pas. Il reste d'un calme olympien, malgré son envie de l'attraper et la passer aux rayons X, lui faire un putain d'interrogatoire pour tout savoir dans les moindres détails. « Le maquillage, c'est pour cacher quelque chose ? » Sa voix est si posée que ça sonne faux. Pas de vague, pas d'intonation. Rien d'autre qu'un calme de façade. Il la jauge comme s'il cherchait à analyser le moindre mot, le moindre geste. Utiliser ses réactions pour confirmer ses craintes, alors qu'il donnerait tout pour qu'elle se marre et lui dise qu'il a tout faux. Mais il est assez lucide pour savoir que ce qui viendra n'aura rien d'agréable. Au fond, ce qu'il attend, c'est l'impact.
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MessageSujet: Re: l'art raffiné de l'ecchymose (madney)   Lun 13 Aoû - 2:10

Son téléphone vibre encore entre ses mains, elle n'en peut plus. Le regard rivé sur la porte numéro 18, porte qu'elle a fait condamner depuis 'l'incident'. Quand les clients ont posé des questions, elle s'est contenté de dire que c'était suite au traitement de la moquette, une histoire de produits chimiques, pour l'entretien annuel, des conneries. Plus ou moins. Un mec est bien venu faire un lavage complet de la chambre. Un truc radical. Il a même remplacé certains objets pétés et ceux desquels le sang refusait de partir. Trop incrusté dans le moindre interstice. Elle baisse lentement ses yeux vers le téléphone, c'est Sid. Encore. Elle ne peut plus. Il est trop insistant, elle voudrait lui dire de la lâcher. De lui foutre la paix. Il n'était pas là quand elle avait besoin et maintenant qu'elle veut l'éviter il est omniprésent. Pas foutu de faire les choses correctement. Et dès que l'appel se termine elle éteint son téléphone, se sachant incapable de faire face à un énième message ou appel. L'objet toujours entre ses mains, elle reste bloquée encore une bonne demi-heure devant la porte, comme hypnotisée. Les clients qui passent de temps en temps la dévisage avec suspicion. Elle sait que si elle reste là, ils vont finir par poser d'autres questions. Des interrogations auxquelles elle ne pourra pas répondre. Alors elle finit par bouger, retourne s'isoler dans sa chambre un instant alors qu'elle sent déjà l'air lui manquer. Elle referme la porte à clé derrière elle. Elle le fait tout le temps maintenant. Complètement paniquée à l'idée que quelqu'un puisse y rentrer subitement, même en pleine journée. Elle vient prendre appui sur sa commode et très vite, elle ne peut plus respirer du tout. Troisième crise d'angoisse depuis hier soir. La sensation que les murs se rapprochent d'elle, prêt à l'écraser, l'étouffer. Les poumons en feu et l'estomac qui se retourne subitement. Elle tremble, ne tient plus debout et très vite se met à pleurer alors qu'elle cherche désespérément son souffle, avant l'air bruyamment et rapidement. Les flashs se succèdent, avalanche d'images dégueulasses, elle pose ses mains sur sa bouche pour ne pas pleurer encore plus fort. Il lui faut bien une dizaine de minutes avant de réussir à se calmer complètement, allongée inerte sur le sol de sa chambre. Elle se laisse encore quelques instants avant de se mouvoir. Elle voudrait pouvoir rester enfermée là pour l'éternité. Ne plus jamais avoir à sortir, voir l'extérieur, voir les gens. Mais le motel doit tourner et sa mère a besoin d'elle. Poussée par ses obligations elle migre dans la salle-de-bain et attrape un mouchoir pour venir essuyer ses larmes et se moucher. Et alors elle s'observe minutieusement dans la glace. Et elle ne supporte plus son reflet et ses traces. Elle hoquète, à deux doigts de se remettre à chialer et doit se faire violence pour s'en empêcher. Ses mains qui agrippent le rebord de l'évier alors qu'elle ferme les yeux tout en se concentrant sur sa respiration. Une fois la nouvelle vague de larmes passées, elle passe en mode automatique et se contente de se remaquiller correctement. Exagérant sur le fond de teint, usant de toutes les techniques qu'elle connait pour camoufler le bleu qui orne son œil gauche, mais elle ne peut rien faire contre sa paupière gonflée. Elle a mis de la glace dessus autant que possible pour limiter les dégâts, mais ça n'a rien de miraculeux. Elle insiste aussi sur la légère coupure sur sa joue, à cause de la bague de l'irlandais. Et un rouge à lèvre sombre et épais sur sa bouche pour masquer le fait que sa lèvre inférieure soit fendue. Elle trésaille à chaque fois qu'elle passe sur ses blessures, la douleur est encore vivace. Mais elle n'est rien comparée à la souffrance psychologique à laquelle elle doit faire face. Elle s'éternise ensuite sur les marques dans son cou, mais la couleur des traces et si vivace qu'elle n'arrive qu'à l'atténuer un peu sans pouvoir la faire disparaitre pour autant. Et quand elle s'observe maintenant, c'est pire qu'avant. Tout ce maquillage, ce n'est pas elle. Ça ne la sublime pas, ça rend son visage étrange, boursouflé au niveau de l'oeil et avec d'étranges volumes et couleurs par endroit. Elle soupire et quitte sa chambre rapidement, préférant ne plus se voir. Elle s'arrête dans la chambre de sa mère pour vérifier que tout va. Elle dort et ça l'arrange. Elle l'a évité toute la journée, lui apportant ses repas et ses médicaments quand elle somnolait. Et finalement, elle va se terrer dans le petit bureau à l'arrière de l'accueil. Elle voudrait fermer à clé, mais elle doit rester disponible pour les clients et laisser la porte ouverte pour les entendre arriver. Et ça lui coûte. Ça lui coûte tellement. La porte dans son dos, elle ne peut rien voir venir. Après une brève hésitation, elle finit par aller récupérer un petit miroir qu'elle pose sur le bureau, pour office de rétroviseur et voir ce qu'il se passe derrière elle en permanence.

Et elle se penche sur la paperasse, mais ça ne donne rien. Elle n'arrive pas à se concentrer. Les lignes qui semblent se déformer, les lettres et les mots qui se mélangent sous ses yeux, devenant illisibles, incompréhensibles. Et ça la frustre. Elle a envie de crier, de déchirer les pages et de tout envoyer valser. Mais elle reste complètement stoïque. Elle a peur d'éclater, peur de tomber en petits morceaux et de ne pas pouvoir se relever ensuite. Le temps passe et elle est tellement obnubilée par son malêtre qu'elle oublie de regarder son miroir et de tendre l'oreille. Elle n'entend pas Sidney arriver. — Sérieusement ? Tu pouvais pas prendre trente secondes pour me répondre ? Elle sursaute et étouffe un cri d'effroi, le cœur qui dégringole subitement dans sa poitrine et tous ses muscles qui se tendent. Elle se met à trembler sans pouvoir le contrôler, la gorge nouée, l'air ne passe plus. Elle a envie de chialer. Son regard se braque sur le miroir alors qu'elle n'ose pas encore se retourner. Et quand elle reconnait le visage de Sid dans le reflet, elle se détend un peu. Elle ne se retourne pas tout de suite, prend le temps de rassembler ses esprits. C'est Sid, c'est Sid, tout va bien, tu ne crains rien, qu'elle se répète en boucle, à toute allure. Elle ne veut pas devenir ce genre de personne. Elle ne veut pas devenir une petite bête chétive qui sursaute au moindre bruit et qui panique. Elle contrôle sa respiration et tente de gagner un peu de temps en râlant, mais sa voix est faible. — Putain, t'es con, tu m'as fait peur. Elle tente de justifier sa réaction un poil excessive, même de dos. Et dès qu'elle s'en sent capable elle fait volte face et se lève, après avoir pris soin d'ajuster ses cheveux de façon à cacher son cou et le côté gauche de son visage. — Je m'inquiète depuis hier soir putain, t'abuses. Pourquoi... tu... Elle le fusille du regard, fâchée. Il ne devrait pas être là. Il n'aurait jamais dû venir. Il aurait dû lui laisser le temps de guérir, au moins en surface. Elle ne veut pas de ses questions, elle le connaît. Il ne la lâchera pas de si tôt. Il va douter de sa version des faits, insister, enquêter, la surveiller. Et elle doit éviter ça à tout prix. C'est trop risqué. S'il découvrait quoi que ce soit, qu'est-ce qu'il adviendrait d'eux ? Son cœur se serre à cette pensée. Sentiment de malaise qui l'envahi et la laisse fébrile. Son regard s'échappe du sien un instant à peine, comme pour le lui cacher avant de lui refaire face. Et pourtant, une partie d'elle ne peut pas s'empêcher d'être soulagée par sa présence. L'envie de se réfugier entre ses bras, de le supplier de rester avec elle en permanence, ne plus la laisser seule, pas une seule seconde. Parce qu'elle est morte de trouille. Parce qu'elle a mal. Et que y a que lui pour changer ça. — Euh... T'attends quelqu'un ou ? Elle fronce les sourcils et retrousse légèrement le nez, ne comprenant pas où il veut en venir ni pourquoi il lui demande ça. Elle ne pense pas au maquillage et aux questions que ça peut soulever. Il s'approche et dans un réflexe incontrôlable, elle recule vivement, se heurtant au bureau derrière elle. Sa tête qu'elle bouge sans y penser pour regarder le meuble avant de reporter son attention sur lui. Elle n'aurait pas dû bouger. Elle voit les yeux de son ami se fixer dans sa nuque et un long frisson glacé la traverse de la tête aux pieds. Il vient à sa rencontre et c'est plus fort qu'elle, elle prend la fuite, complètement flippée. La pièce est petite mais elle le contourne légèrement par la gauche, le regard noir pour le dissuader d'approcher encore plus. Elle veut lui hurler d'arrêter, de s'éloigner. Elle veut se recroqueviller dans un coin, disparaitre et attendre que le temps passe. S'endormir et revenir à la réalité uniquement quand ça ira mieux. Sid n'insiste pas et s'immobilise, se contentant de lui faire face pour l'instant. — C'est quoi ça ? Elle soupire, tente de se cacher derrière son attitude désinvolte, tente de faire la gueule comme d'habitude, mais elle a du mal. Ça lui demande trop d'efforts, ce n'est pas naturel ce soir. Et ce n'est pas ce qu'elle veut vraiment. Mais elle n'a pas le choix, elle est coincée. Elle sait déjà que ses mensonges vont l'énerver, qu'il va penser qu'elle pinaille et qu'elle est chiante. Mais cette fois, elle a une vraie raison. Cette fois, elle veut juste le protéger. Et ça la tue de ne pas pouvoir lui dire. — Le maquillage, c'est pour cacher quelque chose ? Il est si calme qu'il en devient presque froid et ça la déstabilise. Elle a besoin de sa chaleur. Elle réajuste ses cheveux, pour s'assurer de continuer à tout bien cacher. Elle se redresse, bien droite, le menton relevé comme si rien ne l'atteignait, alors qu'à l'intérieur elle ne tient même plus debout. — C'est rien, deux junkies se sont battus hier soir c'pour ça que j't'ai appelé je savais pas quoi faire. Mais comme tu répondais pas et que ça s'envenimait j'ai voulu intervenir. Elle hausse les épaules et roule des yeux. — Ben j'aurais pas dû, voilà. Elle soupire, comme si le simple fait de parler de ça la gonflait et qu'elle tentait de lui faire comprendre qu'il n'a pas intérêt à insister là-dessus. — Et bon, ça fait un peu mauvais genre d'accueillir les clients avec la gueule un peu amochée alors le maquillage c'est pour ça. Elle décroise ses bras et les agite brièvement avant de retourner vers le bureau. En passant à côté de lui elle voudrait poser ses mains sur lui pour le forcer à se pousser de son chemin mais elle n'y arrive même pas. Elle appréhende le contact, comme si elle craignait que ça ne déclenche quelque chose de terrible en elle. Alors elle se contente de se faufiler entre lui et le mur en priant pour qu'il ne tente rien. — Bref j'ai pas le temps là, j'ai pris du retard dans les papiers faut que je m'occupe de tout ça donc tu tombes assez mal. J'te ferais signe quand tu pourras revenir. De préférence quand la chambre 18 sera rouverte. Elle espère d'ailleurs qu'il n'a pas remarqué. Un mensonge est déjà bien suffisant et bien assez dur à tenir. Alors si elle doit se mettre à mentir à toutes ses questions, elle ne va pas tenir longtemps.
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MessageSujet: Re: l'art raffiné de l'ecchymose (madney)   Jeu 16 Aoû - 10:42

« Putain, t'es con, tu m'as fait peur. » Il sait. Il a vu la façon dont elle a sursauté avant de se crisper, les tremblements qui l'ont secouée comme si elle n'était qu'une feuille. Il a vu et il comprend pas – il s'est pas annoncé avant d'entrer et parler mais c'est pas la première fois que ça arrive. Il l'a jamais vue réagir aussi violemment. Ça lui fait froncer les sourcils mais il se contente d'un « Désolé » rapide avant de continuer sur sa lancée, trop fâché pour vraiment réfléchir à sa réaction. Jusqu'à ce qu'elle se tourne pour lui faire face. Son maquillage le déstabilise complètement et soulève trop de questions, alors qu'elle se met à fuir son regard. Il détaille le pourpre sur ses lèvres et les ombres qui accentuent son regard, la couche de poudre qui semble couvrir son visage. Ça lui ressemble pas, il a trop l'habitude de la voir au naturel – le contraste est brutal. Elle a l'air d'avoir abusé de tous les côtés et il comprend pas pourquoi. Même quand il la voit partir en rencard, même quand elle va en boîte de nuit, elle dénature pas ses traits comme ça.

C'est quand il s'approche qu'il comprend que quelque chose ne va vraiment pas. Un pas suffit à la faire reculer, si brusquement qu'elle se cogne au bureau. Sa tête bouge et ses cheveux avec elle, il voit les marques sur son cou, se fige. Quand ses yeux remontent à son visage et qu'il perçoit le gonflement de sa paupière, mal camouflé par le maquillage, il se crispe de la tête aux pieds. La seconde suivante il s'élance vers elle, poussé par l'inquiétude et l'envie de découvrir ce qu'elle cache exactement. Mais encore une fois elle se dérobe, avec une telle ferveur que ça le cloue sur la place. Il l'observe le contourner et s'éloigner, comme si elle cherchait à mettre toute la distance du monde entre elle et lui. Pendant une seconde, il se demande ce qu'il a fait. Puis il revoit son premier sursaut quand il est arrivé, et il comprend ; le problème ne vient pas de lui. Quelque chose cloche et il a envie de l'attraper, lui frotter la peau jusqu'à découvrir jusqu'où s'étendent les dégâts qu'il devine à peine, la prendre dans ses bras pour effacer cet air d'animal apeuré, acculé, comme s'il était le prédateur venu la bouffer. Il voudrait lui poser toutes les questions en même temps et continuer jusqu'à avoir tous les éléments, jusqu'à comprendre ce qu'il s'est passé dans les moindres détails et pouvoir agir en conséquence.

Mais il la dévisage, et il peut pas s'y résoudre.

Il veut pas la brusquer en envahissant son espace alors qu'elle a l'air de mal contenir sa panique – s'il se montrait intrusif, ça pourrait la braquer complètement et il refuse de prendre ce risque. Alors il reste planté là. Bras ballants, le cœur qui cogne comme un forcené dans sa cage thoracique, un masque calme pour ne pas l'assaillir avec ses propres émotions. Il ravale son inquiétude du mieux qu'il peut, s'adressant à elle comme il le fait dans le cadre de son travail, avec les victimes les témoins les suspects. Il met un peu trop de distance, parce qu'il a trop peur qu'elle se sente piégée s'il libère tout ce qui lui secoue les entrailles. Il a des nœuds dans le bide alors qu'elle réajuste ses cheveux comme si ça changeait quelque chose maintenant qu'il a compris, son menton levé comme lorsqu'elle essaie de jouer la forte tête, cherchant à reprendre le dessus. Ça sonne faux. « C'est rien, deux junkies se sont battus hier soir c'pour ça que j't'ai appelé je savais pas quoi faire. Mais comme tu répondais pas et que ça s'envenimait j'ai voulu intervenir. » Il déglutit difficilement, sans prêter attention à la désinvolture qu'elle affiche. C'est qu'un mécanisme de défense et il le sait. « Ben j'aurais pas dû, voilà. » Il visualise la scène et ça lui glace le sang – il supporte pas d'imaginer Mads récolter la violence, peu importe le contexte autour. Et il ouvre la bouche, prêt à déverser le flot de questions qui le taraudent, mais elle le coupe avant même qu'il n'ait produit le moindre son. « Et bon, ça fait un peu mauvais genre d'accueillir les clients avec la gueule un peu amochée alors le maquillage c'est pour ça. » Il serre les dents. Elle approche, visant sûrement le bureau comme point de chute, mais pour ça elle doit l'affronter. Il voit bien qu'elle a pas envie de passer trop près. « Bref j'ai pas le temps là, j'ai pris du retard dans les papiers faut que je m'occupe de tout ça donc tu tombes assez mal. J'te ferai signe quand tu pourras revenir. » Il aurait pu lâcher un rire incrédule, s'il était pas si figé. Les pieds comme deux blocs de bétons, cœur enclume qui semble plonger au creux d'ses entrailles pour tout dévaster au passage.

Elle lui ment. Il sait pas jusqu'à quel point exactement, il sait juste qu'elle ment. Elle essaie de garder la face et il voit bien qu'elle se retranche derrière son masque habituel – celui qui lève les yeux au ciel et souffle comme si Sid était l'être le plus exaspérant sur Terre. Il sait ce qu'elle veut faire. Le repousser avant qu'il ne pose trop de questions, le forcer à s'éloigner pour pas avoir à l'affronter, pour se donner le temps de panser ses plaies toute seule, dans son coin.

Il la laissera pas faire.

Sa main attrape son poignet avant qu'elle n'ait pu s'installer au bureau, la coupant dans sa fuite. Sa poigne est douce mais ferme et il l'attire vers lui, la relâchant une fois qu'elle croise son regard. « Me prends pas pour un con, s'te plaît. » Aucune agressivité dans sa voix, juste une demande sincère. Ses yeux dans les siens, il lutte contre l'envie de l'attraper à nouveau, la toucher, s'assurer qu'elle est bien entière et que rien n'a été cassé. Il se contente de rester proche, bras le long du corps, ses mains qui le démangent. « Explique-moi c'qui s'est passé. » Il peut se retenir de l'agripper mais pas de la questionner – c'est plus fort que lui. « Ils t'ont fait quoi ? Ça s'est terminé comment ? T'as prévenu quelqu'un, après ? » Quelqu'un d'autre que lui, puisqu'il n'a pas eu de nouvelles après l'appel manqué. Il se déteste de n'pas avoir été là pour répondre – la culpabilité lui obstrue la gorge. « Tu les connaissais ? C'est des clients réguliers ? Genre si tu les revois, tu penses pouvoir les identifier ? » Il pense déjà à comment procéder pour les retrouver, les coincer, les faire assumer les conséquences de leurs actes. Il voit pas qu'il fait exactement ce qu'il voulait éviter, à l'ensevelir sous ses questions un peu trop méthodiquement. « On va pas les laisser s'en sortir comme ça, ok ? » Sa voix se radoucit, retrouvant un peu de sa chaleur alors qu'il continue de l'observer. Il fait un pas en avant, prudent. « Pourquoi tu me l'as pas dit ? J't'ai envoyé plein de messages, je m'inquiétais. J'aurais pu venir. » Il aurait trouvé une explication à donner à son boss pour décaler ses horaires ou ne pas y aller du tout, il se serait débrouillé pour rester avec elle. Il comprend pas pourquoi elle s'est enfoncée dans le silence. « J'suis désolé. » Il sait même pas pourquoi il s'excuse – c'est ce vieux réflexe qui revient toujours, quelle que soit la situation. Et il finit par tendre la main vers elle parce que c'est trop dur de rester loin, dans un geste assez lent pour qu'elle puisse le repousser si elle veut pas qu'il la touche. Il cherche à venir pousser ses cheveux doucement, frôler son visage du bout des doigts, lui transmettre un peu de sa chaleur comme si ça pouvait suffire à la recoudre. Mais s'il est le fil, c'est elle l'aiguille. L'un sans l'autre, ça n'marche pas.
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MessageSujet: Re: l'art raffiné de l'ecchymose (madney)   Dim 19 Aoû - 11:40

Elle n'est pas dupe. Elle voit bien qu'il ne la croit pas. Pas complètement en tout cas. Elle le connait trop bien et réciproquement ; malheureusement. Elle aurait voulu savoir mieux mentir. Paraître plus détendue, plus sincère. Ne pas donner l'impression de réciter quelque chose qu'elle aurait appris par cœur pour le débiter à tout ceux qui poseraient des questions. Mais elle n'y arrive pas, elle n'a jamais été une bonne menteuse. Pas quand ça concerne des choses aussi grave. Et encore moins quand elle est dans un tel état. Les émotions en vrac, la peur au ventre et le sommeil qui commence à lui manquer. Elle est trop fragile pour être crédible. Surtout devant lui. Elle tente malgré tout de le repousser, de l'inciter à s'en aller sans plus insister. Elle espère qu'il comprenne qu'elle ne peut rien dire de plus. Qu'il doit abandonner cette fois. Mais il n'en fait qu'à sa tête, il n'écoute que sa propre envie : celle de tout savoir. De tout découvrir. Elle ne sait pas si c'est son instinct de flic ou leur relation qui le pousse à insister. Peut-être un mélange des deux. Dans tous les cas, elle le maudit pour ça. Elle a besoin de souffler et lui ne fait que la priver d'air par sa simple présence. C'est pas de sa faute, c'est vrai. Mais elle lui en veut quand même de la mettre dans cette situation. De l'obliger à lui mentir, de lui donner encore plus peur pour lui, pour eux. Elle tente de fuir vers le bureau et il l'intercepte. Sa main qui attrape son poignet, elle se crispe aussitôt. Mais elle se fait violence pour ne pas surréagir. Elle se laisse faire, opposant une légère résistance. Il la relâche dès qu'elle est face à lui et elle en profite pour reculer de deux pas. Elle croise les bras sur sa poitrine en signe de fermeture et son regard évite soigneusement le sien. Elle a trop peur qu'il puisse lire dedans, tout découvrir. — Me prends pas pour un con, s'te plaît. Elle ne le prend pas pour un con. Ses yeux se gorgent de larmes, elle se sent démunie, prise au piège. Si elle lui dit la vérité, il risque de se lancer dans un truc qui mènerait à sa perte. Si elle continue de mentir, il va être blessé et probablement lui en vouloir. Dans tous les cas, elle est perdante. Mais au moins, dans le deuxième, Sidney ne signe pas son arrêt de mort. Elle serre les dents et déglutit, ravalant ses larmes pour les empêcher de couler. — J'te prend pas pour un con. C'est soufflé tout bas, la voix un peu étouffée par la boule dans sa gorge. La tête basse, elle laisse sa tignasse venir la recouvrir - on ne voit presque plus son visage. — Explique-moi c'qui s'est passé. Ils t'ont fait quoi ? Ça s'est terminé comment ? T'as prévenu quelqu'un, après ? Et voilà, ça commence. Elle voudrait juste pouvoir éclater en sanglots et se réfugier dans ses bras. Mais elle n'a pas le droit, elle ne peut pas. Elle serre ses bras encore plus fort contre elle, comme pour s'empêcher de tomber. Elle plante ses doigts dans sa peau, comme si elle s'y accrochait. Elle va devoir lui mentir, encore et encore. Raconter n'importe quoi alors que la vérité la dévore de l'intérieur. Elle voudrait lui dire à quel point elle a eu peur lorsque l'irlandais la tenait plaquée sur la voiture. Elle voudrait lui dire ce qu'elle a vu dans la chambre ensuite, pour qu'il vienne chasser les images de sa mémoire d'une simple étreinte. Mais elle ne dit rien de tout ça, elle ne peut même pas évoquer Novak. — Ils m'ont fait quoi ? Qu'elle répète, feintant la colère. — Quoi, tu veux tous les détails ? Tu veux que j'te rejoue la scène aussi peut-être ? Elle voudrait monter le ton encore plus, lui crier dessus, mais elle n'a plus aucune puissance à cause de sa gorge nouée. — P'tain t'es trop glauque quand tu t'y mets. Elle tente de retourner les choses contre lui, d'éviter ses questions pour ne pas avoir à inventer n'importe quoi. Elle a peur de s'y perdre, de ne pas avoir la même version à chaque fois. Et déjà qu'il se doute de quelque chose, elle ne veut pas lui donner d'éléments supplémentaires pour la faire tomber. — Tu les connaissais ? C'est des clients réguliers ? Genre si tu les revois, tu penses pouvoir les identifier ? On va pas les laisser s'en sortir comme ça, ok ? Elle perd patience, Sid l'oppresse. Il parle trop, pose trop de questions et elle, elle perd pieds. Elle voudrait aller s'écrouler dans sa chambre, à l'abri des regards. Mais Sidney la retient en otage ici. Elle peine de plus en plus à camoufler son trouble, les larmes qui forcent les portes de ses yeux de plus en plus violemment. — J't'ai rien demandé Sid, j'ai pas b'soin de toi. C'est tout ce qu'elle arrive à articuler pour le moment. Refusant toujours de répondre à ses assauts. Elle veut juste le repousser, le faire abdiquer. Et si pour ça faut qu'elle le blesse, elle n'hésitera pas. Elle préfèrerait éviter, mais il risque de ne pas lui laisser le choix. — Pourquoi tu me l'as pas dit ? J't'ai envoyé plein de messages, je m'inquiétais. J'aurais pu venir. Elle serre les dents plus fort, narines dilatées sous l'effet de la colère alors qu'elle se met à respirer un peu plus fort, un peu plus vite. Il lui dit qu'il est désolé et ça lui donne envie de vomir. Les larmes se mettent à rouler en silence sur ses joues maquillées, traçant des sillons colorés dans son fond de teint. Il tend la main vers elle et tente de glisser ses doigts dans ses cheveux pour les ramener en arrière mais sa réaction est immédiate. Elle se redresse subitement et repousse férocement sa main en venant taper dessus. Elle recule d'un pas au passage et se met à hurler. — MAIS T'ES PAS VENU ! Elle ne parle pas d'aujourd'hui. Elle parle d'hier soir. Il n'est pas venu et tout a dérapé à cause de lui. Elle n'arrive plus à se contenir, elle se met à hoqueter, les sanglots qui soulèvent douloureusement sa poitrine. Elle vient essuyer ses larmes tant bien que mal, mais elles sont trop nombreuses. — J'veux que tu t'en ailles putain, tu comprends ça ? J'veux que tu te casses. Tout de d'suite ! Elle pose ses mains sur son torse et le repousse en arrière en direction de la porte. — J'me suis débrouillée sans toi, j'ai pas b'soin de toi. Bien sûr que si. Elle ne veut pas qu'il s'en aille, elle ne veut pas finir la nuit toute seule. Elle a trop peur. Mais si Novak revient ? S'il découvre que Sidney soupçonne quelque chose ? Et pire encore, qu'il est flic ? Elle est foutue, il est foutu. Elle ne veut pas que ça se termine comme ça. Elle a survécu, elle s'en remettra, elle va se démerder. Elle ne veut pas voir d'autres cadavres. Encore moins celui de Sidney. Elle n'y survirait pas cette fois.
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MessageSujet: Re: l'art raffiné de l'ecchymose (madney)   Dim 26 Aoû - 15:47

« J'te prends pas pour un con. » Sa voix étranglée, ses yeux gorgés des larmes qu'elle ne laisse pas couler – son corps tout entier lui hurle de la prendre dans ses bras et serrer jusqu'à la fondre en lui pour que le reste du monde ne puisse plus jamais la heurter. Pourtant il ne le fait pas. Les réactions de Mads le figent sur place et il sait plus quoi faire. « Mais tu me mens. » C'est pas un reproche, seulement une affirmation. Il manque d'éléments mais il la connaît assez pour le savoir, et sûrement qu'elle sait aussi qu'elle ne l'a pas dupé. Tout ce qu'il aimerait c'est qu'elle laisse tomber l'armure et qu'elle lui parle, qu'elle explique tout, qu'il puisse la tenir contre lui et essayer de tout effacer. Mais elle fuit le contact, baisse la tête comme si elle ne voulait même plus le regarder et ça le tue. C'est peut-être pour ça qu'il finit par dérailler, oubliant toutes les règles qu'il connaît pourtant sur le bout des doigts ; l'assaillir de questions, c'est la brusquer.

Il peut pas s'en empêcher.

Ça déborde de tous les côtés et ça manque de chaleur, c'est paumé entre l'inquiétude et la déformation professionnelle, le cul entre deux chaises un peu comme lui. Bien sûr que c'est voué à l'échec. « Ils m'ont fait quoi ? Quoi, tu veux tous les détails ? Tu veux que j'te rejoue la scène aussi peut-être ? » Elle a l'air fâchée mais il manque la fougue, elle crie pas, elle s'agite pas. La flamme est aux abonnés absents, il ne reste qu'une bougie soufflée et ça lui ressemble pas. Elle a perdu sa lumière. « P'tain t'es trop glauque quand tu t'y mets. » Il soupire, ses dents qui pincent sa lèvre inférieure alors qu'il secoue la tête doucement, détournant les yeux une seconde. « C'est pas ça, tu sais que j'demande juste pour... » Il sait même pas pourquoi il s'entête à se justifier. Elle s'en fout. « Laisse tomber. » Elle le jette dans le rôle de l'équilibriste alors qu'il n'en a jamais eu l'étoffe, il voit que le fil qui les relie est soudain trop fragile, il sait plus sur quel pied danser. Il ose pas la toucher, chaque fois qu'il ouvre la bouche il a l'impression de la braquer, quoi qu'il fasse c'est le mauvais choix. À défaut de trouver la bonne parade il se rabat sur ce qui lui est arrivé, sur les enfoirés qui ont laissé leur marque. Ça n'marche pas non plus. « J't'ai rien demandé Sid, j'ai pas b'soin de toi. » Des balles à la place des mots, elle vise en plein cœur. Quand il est sa cible, elle ne se loupe jamais. « Je sais. » Sa voix est aussi étouffée que lui. Sûrement que c'est vrai de toute façon ; si elle avait eu besoin de lui, elle aurait rappelé plus tard, elle aurait répondu à ses messages. Si elle l'a pas fait c'est qu'elle a trouvé quelqu'un d'autre vers qui se tourner, pas vrai ?

Il a pressé les mauvais boutons. Elle se met à respirer plus fort et il retient son souffle, comme s'il voulait lui laisser plus d'oxygène pour ne pas qu'elle suffoque. Quand il voit ses larmes enfin couler ça le heurte de plein fouet, sa main qui se tend vers elle par automatisme. Il le regrette à l'instant où elle la chasse d'un coup sec. Elle recule, il se fige à nouveau. « MAIS T'ES PAS VENU ! » Il sait. Il a même pas d'excuse valable à lui donner, ou en tous cas rien qui puisse la calmer. Il peut pas lui dire qu'il a pas vu son appel parce qu'il était avec Vic, parce qu'ils ont essayé de passer la soirée ensemble et qu'il sent encore l'amertume rouler sous sa langue. S'il lui avouait ça n'ferait qu'empirer la situation, alors il se tait. Paraît que c'est ce qu'il fait de mieux.

Les hoquets et les sanglots de Mads sont trop douloureux à entendre, ça lui noue la gorge autant que le bide, ses traits qui se tordent alors qu'il lutte pour pas tenter de la toucher. « J'veux que tu t'en ailles putain, tu comprends ça ? J'veux que tu te casses. Tout d'suite ! » Il ne riposte pas quand elle le pousse, docile sous l'impact, les pieds qui titubent vers l'arrière. « J'me suis débrouillée sans toi, j'ai pas b'soin de toi. » Et peut-être qu'il devrait l'écouter. De toute façon elle veut ni lui répondre ni le laisser approcher, il a l'impression de n'avoir aucune prise sur elle alors à quoi bon s'acharner ?

Peut-être qu'il devrait s'en aller c'est vrai, mais il en est incapable. Pas alors qu'elle se fissure face à lui.

« J'vais pas partir. » Ses yeux dans les siens, il finit par approcher à nouveau, lentement pour qu'elle ait le temps de le voir venir et qu'elle ne le perçoive pas comme une agression. Il voit bien qu'elle reste sur la défensive. « C'est moi, Mads. C'est juste moi. » Comme s'il était obligé de lui rappeler qu'elle n'est plus face à son agresseur, qu'il n'est que Sid et qu'il lui fera rien. Il s'arrête avant d'envahir son espace personnel, même s'il crève d'envie de venir l'attraper et essuyer ses larmes. Quelque chose l'en empêche encore, pieds cloués au sol trop loin d'elle à son goût, bras ballants le long de son corps. « Si tu veux pas en parler, j'te forcerai pas. » Il sait qu'elle a menti quelque part dans son explication, son comportement prouve bien qu'elle a été plus ébranlée qu'elle ne veut l'admettre. Mais c'est justement pour ça qu'il veut pas la brusquer – elle a l'air suffisamment traumatisée comme ça, même si ça le tue de n'pas avoir les détails pour l'instant. « Et je viendrai pas plus près si t'as pas envie. Mais s'il te plaît, arrête de m'fuir. » La voix toujours aussi posée, ses yeux la supplient pourtant. « C'est fini. Tu risques plus rien maintenant, j'suis là. » Il aurait dû l'être plus tôt. « J'te laisserai pas, d'accord ? » Plus jamais. Jusqu'à la prochaine fois.
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MessageSujet: Re: l'art raffiné de l'ecchymose (madney)   Dim 9 Sep - 13:00

Mais tu me mens. Et ça la contrarie qu'elle ne puisse pas lui cacher. Encore trop ébranlée pour pouvoir mentir facilement, pour pouvoir le duper aisément. Mais une part d'elle reste convaincue que ça n'aurait rien changé, que Sid sait lire en elle comme dans un livre ouvert et qu'elle ne peut plus rien lui dissimuler depuis déjà trop d'années. Il la connait trop. Chacune de ses réactions, de ses mimiques, il sait tout interpréter, il sait même l'anticiper. Parfois c'est agréable et d'autres fois, comme ce soir, c'est terriblement frustrant. Ça a quelque chose d'effrayant aussi, de se dire qu'elle ne peut pas avoir de secret pour lui. Quelques palpitations de panique passent dans sa poitrine à cette pensée, avant de repartir aussitôt, chassée par tout le reste. Par son état émotionnel complètement bousillé, elle n'a pas la place pour penser à autre chose. Alors elle hausse les épaules et les sourcils dans un mouvement d'humeur, toujours fuyante. — Si tu l'dis monsieur l'inspecteur. Elle est obligée de railler, de râler, pour ne pas perdre la face devant lui. Pour ne pas lui laisser la moindre miette à laquelle se raccrocher. Mais il tente quand même, avalanche de questions qui lui font perdre ses repères et elle a l'impression de dégringoler une falaise. Corps meurtris qui rebondit contre la pierre, cisaillé par chacun des mots de Sidney. Elle serre les dents, elle voudrait que ça cesse sur le champ, mais le rasé s'obstine et insiste ne lui laissant pas une seconde de répit. Quand il se tait enfin, elle le fusille du regard et tente de se dérober tant bien que mal en retournant les choses contre lui. Elle voudrait hurler et s'agiter, mais elle n'y arrive pas. Comme coincée dans son propre corps. Un corps dont elle aurait perdu le contrôle. Et ça fait étrangement mal. Y a plus que ses mots acerbes qui filent entre ses lèvres et ça semble suffire à lui faire abandonner cette bataille. — C'est pas ça, tu sais que j'demande juste pour... Laisse tomber. C'est lui qui doit laisser tomber et elle espère que c'est ce qu'il va faire. Qu'il va en avoir marre d'elle et qu'il va tourner les talons. Il est plutôt doué pour ça quand il veut. Pour esquiver les sujets qui le dérange lui, pour la fuir quand il n'a pas le courage de l'affronter. Mais ce soir, il n'a pas l'air décidé. — Je sais. Et ça froisse son palpitant. Elle tique un peu, le visage détourné de lui pour ne pas qu'il la voit. Il sait ? Qu'elle n'a rien demandé ou qu'elle n'a pas besoin de lui ? Les deux peut-être ? Mais alors il se plante complètement. C'est évident qu'elle a besoin de lui, ça crève les yeux. Mais parfois, elle a l'impression qu'il comprend tout de travers. Comme s'il avait un filtre devant lui qui venait tout déformer. Parfois ça l'arrange, parfois ça la bouffe. Mais elle ne veut pas y penser pour l'instant. Et puis les mots de Sid lui font perdre patience, la panique qui revient, tout se mélange et elle finit par exploser. Les hurlements qui reviennent, les reproches qui précèdent sa tentative de le repousser. Il se laisse faire, ne dit plus rien, attend que l'orage passe, attend qu'elle ait terminé de se défouler sur lui. Quand elle se calme enfin, elle recule et retourne se mettre dans un coin, prostrée. Le silence qui s'en suit a quelque chose de salvateur et elle voudrait que ça s'éternise. Que Sidney cède et s'en aille sans un bruit, pour la laisser respirer à nouveau et profiter de l'accalmie. Mais il n'en fait qu'à sa tête, convaincu de faire le bon choix. Sans se douter qu'il ne fait qu'empirer la situation et son état. — J'vais pas partir. Elle échappe un hoquet de dépit et vient passer ses mains dans ses cheveux, se prenant la tête, la serrant entre ses paumes, enfonçant ses griffes dans sa crinière. Elle ferme les yeux et murmure tout bas, contrariée. — P'tain, mais c'est pas vrai... Il l'insupporte à lui tenir tête de cette façon. Elle ne sait plus quoi faire pour l'obliger à s'en aller. Elle ne veut pas devenir méchante, elle ne veut pas qu'il parte en faisant la gueule et en claquant la porte. Mais puisqu'il s'obstine à être déraisonnable, il ne lui laisse plus beaucoup d'autres choix. Il s'approche et elle tente de reculer mais elle est déjà collée au mur, sans échappatoire. Le cœur qui cogne de plus en plus fort, mélange d'épuisement et de colère. — C'est moi, Mads. C'est juste moi. Elle retire ses mains de ses cheveux et relève enfin les yeux vers lui, hargneuse. — Oui, c'est bien ça l'problème ! Et c'est lourd de reproches, pourtant ça n'est pas le but initial. Elle veut juste le protéger. Il est flic, il est proche d'elle et il va fouiner. Il doit être le premier sur la liste de ceux à éliminer. Et cette pensée voile son regard qui redevient humide alors qu'elle presse ses lèvres l'une contre l'autre pour s'obliger à ravaler cette appréhension qui lui tord les boyaux. Pourquoi il ne comprend pas ? Pourquoi il n'écoute pas ? Il finit par s'arrêter et ça la soulage un peu. Elle vient essuyer ses joues encore un peu mouillées, renifle et relève la tête pour tenter de rester fière. Autant que possible au milieu de ce chaos. — Si tu veux pas en parler, j'te forcerai pas. Elle déglutit et croise ses bras sur son torse, intransigeante, sévère. Elle hoche la tête, satisfaite. — Tant mieux alors, le sujet est clos dans c'cas. Elle souffle discrètement, soulagée de voir qu'il abandonne enfin. Du moins, c'est ce qu'elle croit, jusqu'à ce qu'il ouvre à nouveau la bouche. Elle aurait dû se douter que ce ne serait pas aussi facile. — Et je viendrai pas plus près si t'as pas envie. Mais s'il te plaît, arrête de m'fuir. Elle serre les dents, les narines qui se dilatent alors que son rythme cardiaque repart de plus belle. Elle plisse légèrement les yeux, mauvaise, proie blessée prête à attaquer pour tenter de sauver sa vie coûte que coûte ; qu'importe si le combat est perdu d'avance. — Si tu veux pas que j'te fuis, faut pas insister alors que tu vois que j'en ai pas envie. C'est lui qui est en tort, pas elle. C'est lui qui insiste alors qu'elle le repousse clairement. C'est lui qui la met dans cet état alors qu'elle tente de tenir la route pour pas se laisser emporter dans le précipice qu'elle longe. — C'est fini. Tu risques plus rien maintenant, j'suis là. J'te laisserai pas, d'accord ? Elle se fige un peu et le fixe longuement, sidérée. Finalement elle se détourne de lui et échappe un léger rire nerveux, passant une main sur son front tandis que l'autre se pose sur ses hanches. Elle s'immobilise dans cette position quelques instants, se mordillant la lèvre inférieure alors qu'elle tente clairement de garder son calme. Mais il ne lui facilite pas la tâche. Elle inspire un grand coup et se redresse, lui faisant face. Elle place ses mains devant elle, doigts légèrement écartés, complètement crispée. — T'es con ou tu l'fais exprès ? Qu'elle demande sèchement, se raccrochant à sa colère pour ne pas laisser sa détresser tout emporter. — C'est exactement l'inverse que j'te demande. J'veux pas que tu sois là, j'veux pas que tu restes avec moi, tu piges ça ? Elle finit par secouer nerveusement ses mains devant elle avant de se remettre en mouvement, lui passant devant pour retourner dans la pièce d'à côté. C'est plus grand, elle pourra mieux respirer. — Ce serait mieux qu'on ne se voit plus pendant quelques temps. Et comme je ne veux pas en parler, tu ne vas pas me forcer, n'est-ce pas ? Elle tente d'avoir l'air sûre d'elle, mais y a toujours cette crainte qui brille au fond de ses yeux. Peur insidieuse qui la ronge, qui s'étend, qui contamine toutes ses cellules. Elle lui demande de disparaitre alors qu'elle voudrait qu'il reste collé à elle en permanence. Mais elle ne peut pas se permettre de penser qu'à ce dont elle a besoin à cet instant. C'est trop grave pour jouer les égoïstes. Elle lui pointe alors la porte du bureau avec son index. — La sortie, c'est par-là. Elle se grandit, pour tenter d'avoir l'air convaincante. Mais sa poitrine qui se gonfle et s'abaisse rapidement continue de la trahir. Elle s'en fout, elle ne se laisse pas démonter. L'enjeu est trop important pour se permettre de pleurnicher sur son propre sort.
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MessageSujet: Re: l'art raffiné de l'ecchymose (madney)   Sam 22 Sep - 2:35

« Si tu l'dis monsieur l'inspecteur. » Bien sûr il sait ce qu'elle essaie de faire, avec ses railleries et son ton qui frôle le mépris. Elle garde la face mais ça n'sert plus rien – il sait qu'elle cache quelque chose. Plus il la dévisage, plus la sensation est dérangeante. Il détaille ses traits avec une telle intensité qu'on dirait qu'il veut la passer aux rayons X, percer à travers la couche de maquillage pour voir la véritable ampleur des dégâts. Son instinct lui hurle encore d'approcher, l'attraper, la toucher. Tout effacer du bout des doigts, la couvrir de douceur pour tenter de lui faire oublier un peu la douleur.

Mais il peut pas le faire. À chaque pas en avant elle en fait trois en arrière, ballet improvisé, il connaît pas la chorégraphie. Mads maîtrise parfaitement ses pirouettes pour l'éviter. Il n'arrive qu'à rester planté là, bras ballants et doigts brûlants. Son cœur se serre quand elle le fusille du regard, quand elle dit qu'elle a pas besoin de lui, quand elle le fuit encore et encore. À croire que c'est lui, qui lui fait mal.

Il veut pas partir. Il veut pas la laisser seule alors qu'elle est en si piteux état. Elle a beau se planquer derrière son masque et son armure fissurée, il voit bien le flot d'émotions qui la tourmentent. Il n'arrive pas à les identifier, mais il sait qu'elles sont là. Il sait que quelque chose ne va pas. « P'tain, mais c'est pas vrai... » C'est douloureux, de se sentir aussi indésirable qu'impuissant. Quoi qu'il fasse, ça n'a pas l'effet escompté. Pas foutu de la faire parler, la calmer, la rassurer. Y a rien qui marche et il sait plus comment s'y prendre. Même quand il lui rappelle que c'est juste lui et qu'elle risque plus rien, il se fracasse les dents contre un mur de béton. « Oui, c'est bien ça l'problème ! » Tous les signaux sont contradictoires. Ses mots assénés trop forts, ses yeux qui se gorgent de larmes à nouveau. La colère qu'il déclenche à chaque tentative et la détresse qu'il devine entre les lignes. Quand il essaie de canaliser l'une, il empire l'autre. L'impression de s'être engagé dans une voie sans issue et maintenant il sait même plus comment faire demi-tour. Tout ce qu'il sait, c'est qu'elle veut pas parler et que ça n'sert à rien de la forcer. Il veut pas la braquer plus qu'elle ne l'est déjà. Alors il met tout ça sur le compte du choc, en se disant qu'elle finira par parler quand elle sera prête, quand les bleus se seront estompés. Ça lui tord les tripes de n'rien pouvoir faire d'autre qu'attendre. « Tant mieux alors, le sujet est clos dans c'cas. » Il serre les dents, mais il hoche doucement le menton. Résigné à taire toutes les questions qui se bousculent encore sous sa langue.

Il abandonne pas pour autant. Il veut pas se résoudre à la laisser seule et sûrement que c'est égoïste dans le fond – le besoin viscéral de se rattraper, réparer son erreur, son absence, rester là pour s'assurer qu'il ne lui arrivera rien d'autre. L'espoir vain qu'elle finisse par s'apaiser à ses côtés, comme elle le fait toujours.

Ce soir, ça ne marche pas.
C'est comme s'il était relégué au rang d'étranger.

« Si tu veux pas que j'te fuie, faut pas insister alors que tu vois que j'en ai pas envie. » Ses dents s'attaquent à sa lèvre inférieure alors qu'il baisse les yeux, gueule de coupable qui se laisse accabler en silence. Un seul mot finit par filtrer. « Désolé. » Elle a raison et il le sait, il devrait ployer au lieu d'insister. Mais la simple idée de s'en aller lui noue l'estomac. Il veut pas la laisser, maintenant qu'il sait. Maintenant qu'il a vu. Maintenant qu'il s'en veut. Alors il tente, encore, une dernière fois. Celle de trop. Il l'observe se détourner et son rire nerveux lui écorche les tympans, sa posture crispée lui donne envie d'approcher pour l'apaiser. Mais il a retenu sa leçon – il ne bouge pas. Prêt à être fusillé quand elle lui fait face à nouveau. « T'es con ou tu l'fais exprès ? » Il encaisse en silence. Ses yeux dans les siens, lèvres pincées, épaules courbées sous un poids invisible. « C'est exactement l'inverse que j'te demande. J'veux pas que tu sois là, j'veux pas que tu restes avec moi, tu piges ça ? » Coup sur coup, elle vise le K.O avec une telle hargne qu'il sent sa résistance s'effriter. Sa défense se casse la gueule et son cœur avec elle. Mads veut pas de lui ; il déteste le froid qui s'installe doucement dans sa poitrine. Il a pas l'habitude de faire face à un tel mur, pas dans ce genre de situation, pas quand elle va mal. À force de persévérance, il finit toujours par percer à travers ses barrières. Mais pas cette fois. Et il comprend pas pourquoi.

Elle quitte la pièce, il suit d'un pas lent, mou. Restant à distance pour ne pas continuer à tout empirer. « Ce serait mieux qu'on ne se voit plus pendant quelques temps. Et comme je ne veux pas en parler, tu ne vas pas me forcer, n'est-ce pas ? » Il lâche un rire dans un souffle, amer, désabusé. Elle a toujours été douée pour ça – retourner tout ce qu'il dit contre lui. Ses yeux restent fixés sur les siens quand elle pointe la porte du doigt. « La sortie, c'est par-là. » Un silence. Il la dévisage, sonde ses prunelles en quête du moindre indice, la moindre lueur qui pourrait le supplier de rester. Il décèle toujours la tempête, mais elle est cachée trop loin derrière le voile d'acier. Il sait qu'il pourra pas le traverser. « C'est vraiment ce que tu veux ? Que j'te laisse ? » Leurs regards s'affrontent. Celui de Mads est empreint d'une telle détermination que le sien se ternit de seconde en seconde. Elle veut pas de lui ici, il peut rien y faire et ça le blesse si profondément qu'il se sent ridicule. Ses mains s'enfoncent dans ses poches alors qu'il tourne la tête de l'autre côté, faisant mine de hausser les épaules. Ça sonne un peu faux. « Ok. Pas de souci. » Sa voix est posée mais ses traits sont trop crispés – il a jamais vraiment su faire semblant. Pas foutu de camoufler combien il est vexé, quand il plante son regard dans le sien à nouveau. « De toute façon t'as pas besoin de moi, hein ? » L'amertume lui laisse un sale arrière-goût en bouche. Mais il veut pas lui faire de reproches, pas alors qu'elle a l'air encore secouée malgré son menton levé. Il a pas le droit de lui en vouloir. Alors il se radoucit, soupirant légèrement. « Appelle-moi, si jamais... » t'as besoin, envie, si tu veux parler, quand tu te décideras à me laisser approcher. Il finit pas sa phrase. Ses pieds qui traînent, godasses qui râpent le sol alors qu'il avance doucement jusqu'à la porte. Un regard lancé par-dessus son épaule. « Fais gaffe à toi, d'accord ? » Il l'observe une seconde de trop, comme s'il attendait encore qu'elle change d'avis et lui demande de rester. Mais elle ne le fait pas. Alors il abdique une bonne fois pour toutes et il s'en va en silence, tête baissée, mine dépitée. Quand il veut pas la lâcher, c'est elle qui le force à le faire, à croire qu'ils ont de plus en plus de mal à se mettre sur la même longueur d'ondes. L'échec est aussi cuisant que frustrant. Et même s'il voyait plus d'issue face à elle, il a l'impression d'avoir fait le mauvais choix.


( RP TERMINÉ )
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