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 delicate (praggart)

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MessageSujet: delicate (praggart)   Sam 28 Juil - 10:58

« Eoin, regarde le ballon ! » murmure une voix dans sa tête alors qu’il pédale. « Il est énorme. » Elle sourit et elle rit, des années auparavant, des siècles auparavant, valse dans sa tête dans un amas de pensées et de souvenirs désordonnés. Il y a la première fois qu’il l’a vue, la façon dont son coeur a tiré vers elle, la façon dont il a attrapé sa main, la boue sur leurs vêtements et les rires qui perçaient l’air, la première fois qu’ils se sont disputés, le bouquet de tournesols qu’il lui a ramené et les dvds et le popcorn et son visage dans son cou pendant qu’il pleurait, soulagé d’être pardonné, soulagé qu’elle soit encore à ses côtés, il y a la première fois qu’il s’est dit qu’elle aurait pu être la femme de sa vie, penchée au-dessus d’un pont, découpée par la lumière du soleil derrière elle, à raconter quelque chose dont il ne se souvient plus mais dont il aimerait pouvoir se rappeler, quelque chose sur les poissons qui passaient en dessous, peut-être, quelque chose sur la façon dont ils allaient rentrer chez elle après, s’enrouler dans une couverture et s’endormir là, blottis l’un contre l’autre, pas besoin de réfléchir, interdiction de penser, la main dans la sienne pour la protéger du monde entier, un bras autour d’elle pour faire barrage.

C’était pas suffisant. Il freine brutalement. C’était pas suffisant. Il a de l’amertume plein la gorge. Il a pleuré, pourtant. Il a pleuré, déjà, tout contre Mihail, pendant longtemps. Il a pleuré. Il devrait pas avoir besoin de recommencer maintenant, il devrait pas être dans cette situation, la respiration étranglée et les mains tremblantes. Il devrait pas, il devrait pas, il devrait pas, mais il est là quand même, perdu au milieu de la nuit, pas assez, pas suffisant. Ce sera pareil pour tous les autres. Ce sera pareil pour Mihail et pour Casper et pour Finn, ce sera pareil, pareil, pareil, il peut pas s’empêcher de penser même alors qu’il remonte en selle, pas assez, pas suffisant, toujours à une seconde de les perdre, à un millimètre de les laisser s’échapper, verres en cristaux qui glissent entre les doigts, produisent des milliers d’échardes brillantes tout contre le sol. Y a trop de larmes qui coulent et qui sèchent avant qu’il arrive chez Casper, trop de souvenirs qui remontent et qui s’enroulent, trop de choses qui le font trembler.

C’est trop, et il est fissuré de partout lorsqu’il frappe à sa porte d’un geste tremblant. C’est trop et il se sent comme un noyé, encore une fois. C’est trop, c’est trop, c’est trop et il se souvient d’une nuit qui lui paraît des siècles auparavant où il a pensé la même chose pour tellement de raisons différentes, se rappelle de l’eau dans ses poumons et de ses yeux sur Casper, de la façon dont tout son corps priait. Il se souvient et peut-être que c’est pour ça qu’il n’hésite pas, lorsque la porte s’ouvre, peut-être pour ça qu’il se jette sur lui, enfoui contre son torse, un mélange étrange d’Eoin et de quelque chose qui n’est pas tout à fait lui, cramponné à Casper parce que c’est sa dernière chance, son dernier espoir, parce qu’il a besoin de reprendre son souffle, besoin d’arrêter de survivre en apnée. Il tâtonne, fébrile, enroule ses bras autour de lui, comme pour se fondre à sa peau, incapable de parler tout de suite, incapable de laisser échapper quoi que ce soit de ses lèvres fermement closes, parce que c’est plus dur en personne, plus dur en face à face, parce que ça voudrait dire avouer qu’il a besoin de lui comme on a besoin d’oxygène, parce que ça voudrait dire murmurer qu’il est là parce qu’il avait peur de continuer à se briser s’il ne le voyait pas, parce que c’est trop fort, beaucoup trop fort, parce qu’il a pas les mots, parce qu’il a pas le droit de parler de ça si tôt après Veronica.

« Merci de m’avoir attendu. » Il chuchote, à la place. Merci d’être là, merci d’être réveillé, merci d’être toi, merci pour tout ça, les mains tremblantes pressées au creux de ses reins et tout son corps qui semble incapable de ne pas vibrer, incapable de contenir les énergies qui hurlent à l’intérieur de lui, prêt à se fendre, à se fissurer. Il aurait besoin de scotch ou de glue, de quelque chose pour maintenir les bouts en place, peut-être, pour être autre chose qu’une immense pile de débris, quelque chose d’autre qu’un dégât collatéral, bâtiment effondré, trace d’une catastrophe plus grande encore. Il essaye de se coller un peu plus à Casper, essaye de se fondre à lui, essaye de disparaître contre son corps, les yeux désespérément fermés pour ne pas laisser s’échapper à nouveau ses pleurs. « Je suis désolé d’être comme ça. »

Désolé d’être difficile à aimer. Désolé d’être compliqué à serrer dans ses bras. Désolé, désolé, désolé, et il enfouit son visage contre son épaule, incapable de respirer tout à fait.
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MessageSujet: Re: delicate (praggart)   Sam 28 Juil - 23:49

Cauchemar. Les écorces de son encre se brisent sur la copie qu’il est en train de corriger, maigre refuge qui prend l’eau, n’arrive pas à l’épargner des vagues qui se brisent contre ses murs de paille. Ce n’est pas qu’il n’aimerait pas être plus fort, un grotesque manque de volonté qui l’entraverait dans ses ambitions. Il y a beaucoup de choses qu’il n’oserait rêver d’être pour Eoin, un roc, une maison, quelque chose au-delà des baisers et des fausses promesses jetées à la mer, pas un autre écueil, pas un nouveau drame, un après, un futur, un champ d’hypothèses et de possibles. Ce n’est pas ça, non. C’est aujourd’hui une limite, un point de non-retour, sa respiration qui se coupe au plus profond de sa poitrine en parlant avec un Eoin anéanti à l’autre bout du combiné qui paraît glacial entre ses doigts, c’est le silence un peu trop pesant qui se fait une place confortable à l’instant où il raccroche. La pointe du stylo est muette sur le papier, incapable de déchiffrer les gribouillis de son actuelle victime. Il a la tête pleine, l’esprit accaparé par un fantôme trop frais et les pensées qui dégringolent sur une pente vertigineuse, à lui arracher des larmes au coin des yeux. Si l’on accuse ses tristes divagations, il prétendra que le coupable est en réalité le vent. Et si l’on se moque de lui, les billes d’eau redoubleront, à tracer des fossés sur sa mâchoire crispée de peur. Il ne devrait pas être là et il le sait, il devrait être aux portes de l’hôpital à scruter les couloirs à la recherche d’une ombre trop familière, il devrait s’être jeté cent, mille fois dans ses bras pour tenter d’éponger la tristesse, d’aspirer le mal, de dégoupiller la grenade du deuil avant qu’elle ne lui explose entre les mains. Un cri, sourd, terrible, à en faire vibrer les murs et bientôt, la tête entre les mains, il éclate en même temps que sa voix et c’est celle de Nova qu’il entend rapidement filtrer à travers la porte, douce et chaude, inquiète aussi. Elle lui demande si ça va, il croit, pas sûr qu’il comprenne encore grand-chose, ne répond rien. Elle sait, Nova, connaît les mécanismes de son être, comprend que dans ses silences y a trop d’interdits et que dans ses cris y a de l’amour, du désespoir aussi, qu’il évacue comme il peut et que c’est la seule manière qu’il connaisse tout de suite, maintenant, la seule solution qu’il ait. Trois pas, elle a tourné le dos, filé loin de sa colère sourde et de son chagrin assourdissant.
Toc toc toc. Il ne sait plus à quel moment il a muté vers le salon, sûrement quand il n’avait plus de coin de page à gribouiller, plus de larmes à pleurer, plus de prières à adresser à un dieu qu’il ne connaît pas. Il ne sait pas non plus comment il arrive à se déplacer jusqu’à la porte, avec ces jambes qui ne le portent presque plus et ce cœur au bord de la tachycardie, et ses yeux qui cherchent partout pour tenter de retrouver des repères qui sont pourtant ancrés au plus profond de sa chair parce qu’il connaît cet appartement comme sa poche mais s’y sent aujourd’hui comme un étranger. Même dans sa propre peau, il n’est pas bien, à l’étroit, jusqu’au bout de son âme et aux grains de cocaïne qu’il sent encore rouler entre ses veines. Il s’est enfilé un bon rail quelques minutes plus tôt, quand ses yeux avaient fini de voir trouble et qu’il avait pu trouver son matériel derrière les bouquins de Shakespeare accumulés sous sa table de chevet. Il s’est enfilé un bon rail et il sait qu’Eoin désapprouve, il sait qu’il déteste, il sait que ça pourrait parfaitement le tuer s’il s’en apercevait, ce soir entre tous, parce qu’il n’a sûrement pas envie de laisser une autre personne qu’il aime entre les griffes de la Mort et qu’il connaît suffisamment Casper pour savoir qu’il n’est pas raisonnable et que ses excès pourraient facilement avoir raison de lui. Les pupilles dilatées et le cœur à l’arrêt, il ne comprend pas tout à fait lorsqu’Eoin se jette au creux de lui et qu’il s’agrippe à son corps comme à une bouée. Comme s’il était la solution à tout ça, un remède miracle qui marche au radar, va sûrement finir par briser son écume contre la même grève que Veronica. « Je », bégaiement succinct, lointain, il flotte hors de lui-même et ne cherche même pas à le cacher, à être discret, déglutit bruyamment pour essayer de faire partir la boule qui lui encombre a gorge. Sans succès. Paumes moites, il attrape enfin la silhouette d’Eoin, glisse ses doigts sur sa nuque pour lui rendre son étreinte, pour lui faire comprendre qu’il est là, qu’il essaie, que ce n’est sûrement pas son point fort mais qu’il n’a pas envie d’ajouter un nouveau nom à la liste des démissionnaires, de ceux qui l’ont écorché du bout des ongles. « Allez », il murmure alors qu’il referme la porte d’une main tremblante, recule de quelques pas sans se détacher d’Eoin, brusque dans sa douceur alors qu’il effleure ses cheveux, dépose un baiser contre sa tempe. Loin de là, son cœur se déchire, il l’entend à peine dans sa cage thoracique, perdu, perdu, perdu, les yeux trop rouges qui dévoilent une Nova indiscrète dans l’entrebâillement d’une porte. « Tu peux me laisser seul avec mon copain, s’il te plait », la civilité toujours au bout de la voix même quand il ordonne, la voix remplie de sanglots à ras-bord, conscient qu’il jette un pavé dans une mare gluante, où les sentiments de son amie sont comme un millier de mains qui entravent les chevilles. Mon copain, sans réfléchir, il couche avec des dizaines de personnes en ce moment mais aucune ne le vaut, aucune ne l’égale, aucune ne pourrait même espérer arriver à planter son drapeau au même sommet dans son estime. « Sois pas désolé », il arrache un baiser à son front, laisse ses bras l’encercler davantage, respire un peu trop fort contre sa peau, « c'est moi qui le suis, je suis tellement désolé, Eoin », il ajoute, un frisson le long du dos qui s’ajoute à tous ceux qui s’amoncelleront en petit tas après les soirées passées à la pleurer, après l’enterrement, après les centaines de nuits à ne pas dormir à côté de lui de peur de s’apercevoir qu’il s’est foutu en l’air le lendemain. Après un instant à rester debout, à se tenir l’un l’autre comme une arche bancale, il pense qu’il laisse lui-même échapper un sanglot.
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MessageSujet: Re: delicate (praggart)   Lun 30 Juil - 0:11

Il pleure. Il pleure et c’est un torrent, une avalanche, il pleure et il craque enfin, fait sauter les ponts, fait péter les digues, parce qu’il est en sécurité, parce que y a les lèvres de Casper contre son front, contre sa tempe, ses bras autour de lui, parce qu’il est à l’abri, parce qu’il peut se le permettre. Et il s’en fout d’être vu, cette fois, il s’en fout de la fille qui l’observe comme s’il sortait du néant, se moque bien de faire du bruit. Il pleure parce qu’il a tout retenu, il pleure et c’est salvateur, il pleure et ça cesse de faire mal, une seconde, tout cesse d’être si lourd, tout cesse un peu parce que tout dévale sur ses joues et que l’odeur de Casper emplit ses narines, parce qu’il est là, il est là, il est là, que ça crie par tous les pores de sa peau, là, là, , les doigts fermement accrochés à lui et le visage pressé contre son cou, les inspirations fragiles et le corps tremblant. Casper est là, là, là et y a tout qui explose, tout qui se fissure, Eoin qui s’effrite et les sanglots qui redoublent. Il pleure pour annihiler l’image du corps étendu au sol, il pleure pour oublier le chat qui pleurait tout bas, il pleure pour effacer, récurer, faire place à quelque chose de moins dégueulasse et de moins triste, il pleure parce qu’il pourra pas le faire plus tard, lorsqu’il devra parler à l’enterrement, lorsqu’il devra appeler Finn, lorsqu’il faudra mettre de l’ordre, trier, jeter, garder, il pleure parce qu’il a la liberté de s’effondrer, un battement de cœur, une seconde, il pleure parce qu’il sait que Casper ne va pas le lâcher. Il pleure parce qu’il peut enfin se laisser aller.

Il ne sait pas combien de temps il pleure mais il sait qu’il finit par s’arrêter. Il n’est pas sûr d’avoir bougé, pas sûr du temps passé mais il essuie ses larmes du plat de la main, inspire, se redresse, se déplie. Il a pas tué la peine, rien ne pourra jamais la tuer. Il le sait, depuis le temps, il s’est habitué. Il se connaît bien, incapable d’oublier, incapable de laisser filer, des fantômes plein la peau et la gorge nouée lorsque l’air souffle un parfum familier. Ça ne fait que commencer et ça durera des années. Ça vient de débuter mains il appuie son front contre la gorge de Casper et ferme les yeux, suit les mouvements de sa pomme d’Adam, se laisse une minute de répit avant de parler, avant de laisser quelque chose d’autre que des sanglots informes franchir ses lèvres. Ronnie mérite mieux. Casper mérite mieux. Mihail mérite mieux. Mieux que des sanglots, mieux que des mots qui ne veulent rien dire, mieux qu’une bouillie informe d’être humain, mieux que tout ça. Mieux, mieux, mieux. Il ne peut pas continuer à s’affaisser, doit rétablir son équilibre, retomber une seconde sur ses pieds, juste le temps d’agripper la main de Casper et de la porter à ses lèvres, embrasser sa paume, doucement, avant de s’écarter.

« Casper. » Il a envie de répéter son nom, encore et encore et encore, comme pour l’encrer dans sa peau, l’ancrer dans ses veines, se convaincre qu’il est bien là, qu’il ne va pas s’enfuir, pas disparaître, se fondre dans la nuit, qu’il ne se réveillera pas un matin à côté d’un corps, les pupilles dilatées et les veines gonflées, trop parti pour réaliser, trop haut pour comprendre même qu’il est en train de le quitter. Casper, il a envie de le répéter, et le mot prend différente signification entre ses dents, confiance et abri et prudence et tendresse et envie, réconfort, risque et peur, et il colle sa bouche contre la sienne pour ne pas tout déverser et parce qu’il a besoin de le toucher, parce qu’il a besoin de se rassurer, besoin de savoir que ce n’est pas un rêve, pas un mirage, pas une fin en soit, que Casper est brûlant et vivant sous ses doigts, le cœur battant et les veines palpitantes, la main toujours rivée dans la sienne. « J’en ai marre de pas dire ce que je veux dire parce que j’ai peur d’être abandonné. »

Ça pèse lourd contre sa langue. Ça pèse une tonne dans sa bouche. C’est lourd et significatif, parce qu’il sait qu’il est au point de rupture, parce qu’il sait qu’il est au bout de la corde. Y a trop de choses qu’il a pas pu dire à Ronnie parce qu’il pensait avoir jusqu’à demain, trop de choses qu’il a pas pu dire à sa sœur parce qu’il a jamais pensé qu’elle pourrait plus lui répondre, trop de choses qu’il dit pas à Mihail, à Alice, à Jem, à son psy, trop de choses qu’il a gardé pour lui, soigneusement emballées parce que c’était plus simple de tout avaler plutôt que de tout avouer, plus simple d’ingurgiter que de cracher, plus simple, plus simple, plus simple. Il peut plus continuer. Il peut plus, c’est plus possible, plus envisageable, plus maintenant parce que Casper l’a appelé son copain, plus maintenant parce qu’il attrape sa main pour le tirer jusqu’à sa chambre, retrouve les marques de la soirée où il l’a ramené, à l’impression de rentrer alors qu’il n’est pas chez lui lorsqu’il se laisse tomber sur le lit. Il demande pas la permission, prend le risque, saute à pieds joints, en apnée. Il sait pas s’il va se noyer mais il sait que ça a pas d’importance, pas cette fois, parce qu’il est épuisé de craindre de nager.

« Je me sens chez moi, quand tu me prends dans tes bras. » Il murmure, tout bas, et c’est une invitation à venir tout près. « J’aime ton odeur. J’aime la façon dont tu me touches. J’ai l’impression que t’allumes des incendies. J’ai envie de passer tellement de matins avec toi que tu pourras plus me voir. » Il a un rire un peu mouillé, un vrac de sentiments au bout de la langue. « J’ai peur de pas être assez bien pour toi. J’ai peur que tu me vois sous médocs et que ça te fasse flipper. J’ai peur que tu m’aimes plus quand je vais moins mal. » Y a trop d’insécurités pour qu’il les liste toutes, trop de trucs pétés pour qu’il en fasse une liste exhaustive. « J’ai peur que tu penses que je crois que t’es parfait et que tu risques de me décevoir. »

Il marque une pause, essuie machinalement les larmes qui commencent à couler.

« Je sais que t’es pas parfait, tu sais. Mais je sais que t’es ce dont j’ai besoin d’une façon tellement viscérale que je saurais pas l’expliquer. »

Il ferme les yeux, jette un bras sur son visage comme pour se dissimuler.

« Shakespeare a dû dire la même chose en mieux, mais là, rien ne me vient. »

Lentement, ses poumons se déplient.
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MessageSujet: Re: delicate (praggart)   Mar 31 Juil - 0:25

Peur.

Peut-être que c’est l’absolu du mot qui effraie, sa globalité, l’impression de se prendre les pieds dans le tapis et de chuter d’une hauteur trop grande, l’envie insatiable de goûter au confort de son absence mais la crainte que si elle disparaît, on ne ressente plus vraiment rien. Peur, et ça se greffe dans chacun de ses organes alors qu’il étreint Eoin, peur qu’il se réveille un jour pour apprendre qu’un désaxé de Savannah a fait sauter une bombe à la Maison Blanche, peur que leur relation pâtisse des vices qu’il entasse sans jamais essayer de les éradiquer. Peur qu’il ne veuille plus de lui, d’eux, qu’il y ait autre chose de plus puissant qui le fasse tenir debout et que Casper ne soit pas une béquille suffisamment d’aplomb pour lui permettre d’avancer, peur de se fracasser contre le mur de glace qu’il a pris soin d’ériger depuis de nombreuses années. Peur, envie, qu’il s’arrête de pleurer, qu’il continue, ambitions contradictoires. Il ne sait pas quelle solution est la pire, Casper, de sa tour d’ivoire qui fond sous ses larmes, pourquoi elle est morte et pas lui, ça se répète, pourquoi il est vivant et pas elle, ça s’insinue froidement, arrache à son habituelle apathie des accents de remords. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, il ne devrait pas être en train de pleurer dans ses bras, il devrait être avec Veronica, à se demander comment il avait pu s’attacher à son ancien professeur, comment il avait pu laisser ses travers l’entraîner aussi bas, comment rebondir sans lui et trouver la réponse si simple, si évidente dans les yeux de son amie et sous le claquement de sa langue alors qu’elle aurait sûrement dit de lui que c’était son destin, qu’il était écrit comme ça, qu’une pomme gâtée jusqu’au trognon ne pouvait décemment pas se récupérer. Il déteste faire ça, Casper, mettre des mots dans la bouche d’une autre personne, surtout d’une morte. Il déteste mais c’est plus fort que lui et ça resserre un étau sur sa boîte crânienne, l’empêche de penser, de parler, de respirer, pourquoi, Eoin serré tout contre lui, le corps agité de soubresauts, pourquoi, la brisure dans sa voix et dans le moindre de ses sanglots, pourquoi, l’irremplaçable, le combat perdu d’avance. Pourquoi est-ce qu’il est là à le consoler et pas au sous-sol de l’hôpital avec une étiquette autour du gros orteil. Quand il sent que le corps d’Eoin cesse enfin de s’agiter, la question ne l’a pas quitté. Elle l’obsède. Elle l’achève. Pourquoi. « Eoin », réponse en écho à son prénom et à peine le temps de réagir lorsqu’il l’embrasse à pleine bouche, étourdi, les lèvres qui se tendent par automatisme comme s’il avait été privé de lui pendant des siècles. Bien sûr qu’il n’est pas assez bien. Bien sûr qu’il l’occulte, pour l’instant. Casper n’a jamais été de ceux qui laissent leurs remises en question les dévorer. C’est lui qui mange, lui qui rogne, qui mâche, déguste les bouts d’autres que lui comme s’il était au restaurant, se repait des jolies âmes qu’il vole. Pas lui, pourtant. Certainement pas lui. C’est sûrement pour cela qu’il l’écoute, qu’il le suit.

Le chagrin qui ne parle pas murmure en secret au cœur surchargé de se rompre.

Il ne sait plus tout à fait comment il arrive à sa chambre, au lit trop bien fait et aux livres trop bien rangés, au désordre ordonné qui y règne, aux étoiles phosphorescentes qui se font la course sur son plafond et à la télé qui prend la poussière dans un coin à l’écart. Il ne sait plus parce que ses jambes le portent à peine et parce qu’il se sent obligé d’appuyer son dos contre le chambranle pour tenir encore debout. Je t’aime, il aimerait lui dire. Le répéter en boucle jusqu’à ce que les mots s’impriment dans son cerveau, ses veines, sous sa peau, lui montrer à quel point il est désolé de ne pas pouvoir faire plus, de ne rien pouvoir faire, d’être impuissant face à la mort, lui qui l’a pourtant si souvent défiée. Je t’aime, il aimerait lui dire, mais il ne le peut pas parce qu’Eoin parle et que c’est soudain trop, trop de choses qu’il ne mérite pas, qu’il ne mérite plus, qu’il aurait pu obtenir dans une vie antérieure s’il n’avait pas mis ses principes à la poubelle, trop de choses qui appelleraient tellement de réactions différentes mais qui ne parviennent à en susciter qu’une seule, à cet instant. Peur. Que tout ce qu’il dise soit faux, que ça soit vrai, que ça lui fasse miroiter un futur de magazine alors qu’il n’est pas taillé pour ça, ne l’a jamais été. Peur qu’il s’évapore entre ses doigts parce qu’Eoin c’est de la fumée, parce qu’Eoin c’est un incendie, parce qu’on ne peut pas le contenir, l’enfermer dans une boite, parce qu’il finit fatalement par tout consumer et que ça sera un jour son tour, parce que deux brasiers qui se rencontrent n’ont jamais donné juste une étincelle, juste un éclat.

« Ce qui n'est pas exprimé reste dans le cœur et peut le faire éclater. »
Murmure. Ça parle d’eux, sûrement. Ça parle de ça, de ce soir, de la mort et de la vie et de l’amour et de l’appréhension. « J’ai peur de te décevoir. » Parce qu’il a raison, Eoin. Parce que Casper est un maniaque du contrôle et qu’il aimerait que tout soit toujours parfait, que tout se déroule sans soucis, il rêverait d’une vie réglée au métronome, d’une femme et de gamins et d’une maison en périphérie, il crèverait pour la vie parfaite que ses parents lui ont longtemps promis, quand ils fondaient encore tous leurs espoirs sur sa réussite. « Je veux me marier et avoir des enfants. » La confession sonne étrange entre ses lèvres parce que quiconque prétend le connaître sait qu’il n’a pas l’habitude de fréquenter les mêmes draps, qu’il convoite trop souvent ce qu’il n’a pas et s’attarde un peu trop sur les plaisirs charnels. La vérité, promis, juré. En fait, il est pétrifié de peur. Désirer tout ça. L’espérer. Avec lui. « J’ai peur que tu ne veuilles pas ce que je veux. J’ai peur que tu le veuilles différemment. J’ai peur que tu t’en ailles. » Et ça se serre dans sa gorge, l’aveu rêche et amer qui chuchote sèchement à son oreille, le diable d’épaule qui se frotte les mains. Il n’a pas bougé, dos à la porte. Il n’a pas bougé parce qu’il craint de se liquéfier s’il ose le moindre pas. « Reste. » Et c’est stupide parce qu’à aucun moment Eoin n’a parlé de partir, mais la requête fait écho à des peurs muettes qu’il n’arrive pas à taire. Son regard se lève alors qu’il ose avancer, s’asseoir à côté de lui sur le lit, la paume qui vient se poser sur son genou, l’agrippe avec une tendresse qu’on ne retrouve que chez les vieux amants. « Je suis désolé. Vraiment. Je suis désolé de ne pas savoir quoi faire pour t’aider. » Sanglot en fin de phrase. Son pouce caresse la peau à travers le tissu. « Ne doute jamais de mon amour. »
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MessageSujet: Re: delicate (praggart)   Jeu 16 Aoû - 1:52

Il est loin, Casper, contre la porte, il est loin, trop loin, et Eoin a l’impression que l’océan les sépare, un océan de vagues acérées et de douleurs, de mots déversés et de paroles qu’on aurait dû ravaler. Il est loin et Eoin a peur d’avoir trop lâché prise, trop avoué, trop donné. Il est loin et il a peur, se redresse sur le lit, en tailleurs, les yeux rivés sur sa silhouette contre la porte et quelque chose dans la gorge qui ne cesse de grossir. Il a trop espéré, peut-être, trop lu dans ses yeux et dans ses gestes, dans ses doigts et dans sa bouche, dans sa façon de le tenir comme s’il pouvait le briser, dans la façon acerbe de lui parler, extrapolé, encore et encore, comme si on pouvait vraiment l’aimer. Il est prêt à fuir, à ce moment-là, son cœur posé sur les draps du lit, prêt à détaler plutôt que de s’entendre rire au nez, plutôt que de voir Casper le tenir à bout de bras. Ça tourne dans sa tête encore et encore, ça dure une éternité et une demi-seconde, le temps est relatif lorsque la terreur enfonce ses griffes dans sa peau, relatif parce que tout l’est aujourd’hui, parce que rien ne l’est, parce que tout est important et futile, essentiel et risible. Ça dure des décennies et une poussière de temps et tout retombe parce que Casper ouvre la bouche, enfin, parce que Casper parle, parce que Casper lui dit des choses et que ça le retourne, que ça le remue, qu’il baisse les armes, attend qu’il s’approche, qu’il vienne, attend qu’il soit tout près parce que c’est comme ça qu’il l’aime le plus, à quelques centimètres de sa peau, parce que c’est comme ça qu’il l’aime les plus, ses doigts pressés contre lui. Il ne bouge pas, au début. Il ne bouge pas parce qu’il le regarde, étudie son visage, étudie ses traits. Il lui parle d’avenir et Eoin n’est pas sûr de pouvoir en rêver. Il lui parle d’avenir et Eoin s’est toujours imaginé mort avant de pouvoir même y penser. Il lui parle d’avenir et ça fait enfler quelque chose dans ses poumons, quelque chose de tendre, comme la pression contre son genou, quelque chose de terrifiant, comme ce qu’il ressent. Il lui parle d’avenir et ça fait baisser les yeux à Eoin. Il lui parle d’avenir et il se demande si Veronica aussi rêvait de cela. Elle aurait mérité, elle, une maison avec un jardin, deux chats, trois enfants, deux filles et un fils, des dents de lait qui passent leur temps à tomber et des rires dans la cuisine. Elle aurait mérité ça, un porche en bois sur lequel ils auraient pu s’asseoir pour fumer pendant qu’elle jouait de la musique. Elle aurait mérité ça, une grande maison peinte en blanc, un mari qui l’aime et qui lui fait des pancakes le matin, un futur de série télé clichée où quelqu’un la fait danser dans la cuisine. Elle aurait mérité, Veronica, et Eoin le mérite tellement pas. Il mérite pas ça, lui. Lui il mérite la violence et les cris et les hurlements et la colère, le sol du goudron et personne pour soigner le sang qui coule de ses lèvres, « aurait pu faire mieux » gravé sur sa tombe pour sceller ses échecs avec son corps. C’est elle qui aurait mérité ça, pas lui, mais c’est à lui qu’on en parle, à lui qu’on insuffle un peu de vie, un second souffle et il avale sa salive, doucement, tend la main pour la glisser dans les cheveux de Casper, tracer du pouce le contour de son oreille, laisser ses doigts flirter contre les angles de sa mâchoire avant de se presser contre le creux de son cou.

« Tu peux pas faire plus, Casper. » C’est pas un échec, c’est une réalité, c’est comme ça que c’est. Il peut rien faire de plus, personne peut rien faire de plus, personne peut la ramener, personne peut lui empêcher d’être kidnappée, personne peut la réparer, personne peut la sortir de la tombe, personne peut rien faire pour lui parce que personne n’a rien pu faire pour elle, c’est aussi simple que ça, aussi douloureux, aussi cru, et il secoue la tête, lentement, se laisse retomber allongé sur le lit parce qu’il a l’impression que son corps pèse une tonne, que sa cage thoracique va se détacher de sa carcasse. « Tu es là. C’est tellement plus que ce que je mérite. » Tellement plus que ce qu’il attendait du monde, tellement plus que ce qu’il attendait de la vie, tellement plus que ce qu’on lui a offert jusqu’ici. Le matelas sous son dos n’est pas fait de cendres et il tend les bras vers Casper, pour qu’il le rejoigne, s’allonge à côté de lui. Il est secoué. Il est secoué et Eoin a envie de l’embrasser, de lui dire que ça va aller, de faire de sa peine la seule chose sur laquelle il peut se consacrer pour éviter de penser à la sienne, de transformer la situation en autre chose, de transformer son deuil en le deuil d’un autre. Il peut pas faire ça à Veronica. Il peut pas lui faire l’affront de ne pas la pleurer. Il peut pas la transférer dans le cœur d’un autre, clé usb de son torse jusqu’au ciel. Il peut pas, il le sait, ça, alors il se recroqueville et ferme les yeux, enfonce son visage dans l’oreiller pour ne sentir que Casper, replie les doigts, replie les genoux, pour prendre le moins de place possible, pour éviter de s’étaler, de se laisser submerger.

« J’ai jamais pensé à ça tu sais. » Il murmure et il espère que Casper comprendra de quoi il parle, les enfants et la maison. Il a jamais pensé à ça parce qu’il a jamais pensé à vivre, il a jamais pensé à ça parce qu’il a passé toute sa vie à rêver de révolutions, il a pas pensé à ça parce que c’était pas pour lui, parce que c’était pour les autres, parce que personne l’aimerait jamais assez pour vouloir de ça avec lui, parce que personne pourrait vouloir s’infliger ça et que c’était mieux de faire en sorte que ce soit son propre choix. Il a jamais pensé à ça et il passe ses mains sur son visage parce que c’est difficile d’articuler sa pensée, difficile parce qu’il rougit, difficile parce que tout se bouscule, parce qu’il a envie de dire oui, parce qu’il a envie de dire d’accord, parce qu’il a envie de penser qu’il en est capable mais que c’est pas le moment parce qu’il sait pas où sera Casper quand il ressortira la tête de l’eau, s’il tiendra la distance, si l’idée de passer sa vie avec lui lui semblera aussi attirant. « Je crois. » Y a sa voix qui bute, sa voix qui tremble, sa voix qui se casse la figure et il referme les mains autour de ses oreilles pour qu’on ne puisse pas repérer la façon dont elles flambent. « Je crois que j’aimerais mais que j’en suis pas là. »

Il a envie, il a envie, il a envie, mais il peut pas penser à plus tard quand il refuse de penser à maintenant.

« J’ai jamais pensé que j’allais vivre et maintenant je... »

Il déglutit.

« Maintenant j’ai jamais eu autant envie. Je pars pas, Casper. Jamais. »

Il peut pas. Pour elle, pour Mihail, pour Casper, pour Finn, pour Pounce, pour Epinard, pour trop de gens, pour trop de choses, pour trop de trucs insignifiants qui prennent trop d’importance à présent.
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MessageSujet: Re: delicate (praggart)   Lun 20 Aoû - 0:13

Un truc bizarre lui est arrivé en chemin. Il n’y a pas vraiment pensé, entre le divan et les bras d’Eoin, l’écho de leur conversation téléphonique et le fantôme de Veronica, entre le sachet de coke planqué à côté de son lit et ses étagères qui ne prennent pas assez la poussière, les livres qu’il compulse inlassablement et les mêmes films qu’il regarde en boucle. Il s’est passé quelque chose au printemps de sa vie, entre l’école et la maison, entre Nova et Nur, entre les mains, les lèvres et les trop nombreuses caresses qu’il pense ne pas vraiment mériter, il y a eu un changement dans le ciel et dans les lignes de sa main, l’éclipse avant l’aube. Un truc bizarre s’est produit, le cœur sur la patte et le cerveau en vrille parce qu’il a son souffle soudain trop proche d’Eoin sans même l’embrasser, parce que leurs respirations se calquent sur la même cadence chaotique et qu’il se laisse tomber sur le lit à ses côtés, colle son bassin contre ses reins, l’encercle de ses bras pour l’empêcher de disparaître par la première fenêtre ouverte. Fumée. Ombre. Ça serait facile de le croire, de penser qu’il ne cherche pas juste à le leurrer quand il lui dit qu’il croit qu’il aimerait, qu’il croit qu’il voudrait le futur que Casper dépeint, ça serait simple de chercher dans ses mots un fragment de vérité et s’y accrocher comme à une rengaine mélancolique, ça serait mieux aussi, de se laisser aller dans cette douce illusion, d’approuver tout haut en rajoutant une couche d’onirisme, donner de la voix pour éteindre le tumulte qui sévit dans la région nord de sa cage thoracique. Le problème est toujours le même, pourtant, l’aphasie dans laquelle Eoin le plonge et le bord du précipice qui le laisse trop facilement approcher, les mains qui se retiennent doucement à son t-shirt, pas loin du ventre, et les lèvres qui se perdent quelque part dans sa nuque, entre deux mèches collées par une sueur de peur et de solitude et d’effroi, celle qu’on transpire quand on retrouve sa meilleure amie morte, par exemple. Saute pas. Peut-être que ses doutes découlent de sa propre incertitude quant à savoir de quelle manière il aurait bien pu réagir s’il avait retrouvé Nova comme ça. Soubresaut, il a appris à retenir les sanglots, même si ça le casse de l’intérieur. Y a pas moyen qu’il pense à elle comme ça, elle sans vie, elle pas là, y a pas moyen que ça ne lui fasse rien, qu’il ne se mette pas une seule seconde dans les chaussures de sa Cendrillon. Pas moyens qu’il ne resserre pas son étreinte comme si le monde pouvait bien s’arrêter de tourner à cet instant précis, Taggart et lui dans une bulle insonore, à flotter quelque part dans un espace où Veronica va bien, où son cœur bat et où sa peau vibre, et il aimerait lui dire, lui crier qu’il aurait tant voulu la connaître, lui donner la réplique, faire des farces stupides à Eoin, regarder des films stupides ensemble. Il aurait tant voulu. Ça ne sort pas, le disque est rayé, s’encrasse comme un moteur mal huilé. « Bien sûr, c’était stupide, je suis désolé. » Bien sûr qu’il n’en est pas là, qu’il a d’autres chats à fouetter, un enterrement à organiser et toute une vie à redessiner, réapprendre des gestes simples sans un élément du décor, c’est comme revenir dans sa maison d’enfance et s’apercevoir qu’on a repeint les volets. Ça ne change rien mais ça change tout.
Et ce que dit Eoin change tout aussi. Chamboule le décor. Les quilles volent et lui avec, secoué par le déluge, la canine qui s’accroche malgré elle au tissu de son t-shirt parce qu’il faut qu’il retienne des larmes, parce qu’il faut qu’il s’empêche de craquer, parce qu’il ne peut pas se permettre de faillir, d’être faible, misérable, de se laisser aller à un vague à l’âme qu’Eoin s’interdit. Il n’a jamais pensé qu’il allait vivre. Vlan. Qu’il allait. Comme s’il n’avait pas vécu avant, comme si rien n’avait eu d’importance, pas même les bouts de Veronica semés au vent de son enfance, les éclats de rire partagés, les discussions en orbite, pas même le lycée et la première heure passée ensemble, la tasse en mille morceaux et les yeux de Casper sur le seul élève qui n’avait pas bougé d’un cil. Il n’avait jamais pensé. « On n’est pas obligé de parler. » Parce que quand ils parlent, ça lui brise le cœur. Ça fend des envies dans sa caboche, lui donne un excès de volonté pour se gaver de plans, de projets, pour se rêver dans une maison en bord de plage et de deux gamins, un pour chacun, les yeux plein de rires à en éclater des larmes. Il a lui aussi sûrement un peu trop peur de se sentir vivant. Ses lèvres s’échouent quelque part sur les cheveux d’Eoin, à la lisière de ses oreilles, les narines qui essaient d’imprimer chaque particularité de son odeur. « Reste autant que tu le veux. Cette nuit, cette semaine, cette vie. C’est la première fois que nous sommes aussi proches, et la première fois que je me sens à ma place. Je crois que j’aime te serrer dans mes bras. » Il parle beaucoup, il le sait. Il parle trop, sûrement. Sa jambe vient se coller à sa jumelle. Ils sont presque confondus dans le matelas. « Je suis là pour toi, Eoin. »
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