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 (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.

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Ariel Walker

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MessageSujet: (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.   Sam 31 Mar - 21:00

C’est la mère qui t’a emmené avec cette voiture cassée, et déjà tu es angoissé. Bébé, les autres sont impatients de te retrouver, tes « amis », les choses vont encore s’aggraver aujourd’hui. Mais c’est pas grave. Bébé, il est fort. Bébé il est pas humain, c’est juste un fils de putain. Bébé, il peut encaisser sans jamais tombé, c’est qu’un automate, c’est pas bien grave s’y on vient y rajouter quelques stigmates. T’as le cœur repli de cauchemars, t’en as déjà marre, t’étouffes au milieu de ces couloirs, tous ces visages tournés vers toi, t’as l’impression d’être une bête sauvage. Quoi ? Qu’est-ce’t’as ? C’est ce que tes yeux leur disent, putain oubliez-moi, c’est ce qui bat dans ta poitrine. T’as cette impression d’être nu, que l’on vient détruire la ruine, d’être malvenu, un étranger que l’on doit écarter. Discriminer. Rien n’a changé, lorsque sur ta chaise, la tête envahi de malaise, t’essaies de disparaitre au fond de cette salle, à rêver d’un idéal, les yeux fixés ailleurs, vers l'extérieur. Mais tu les sens ces regards moqueurs couler sur ton visage et tes cheveux sales. Tu restes sage, à n’envoyer aucun regard noir, à ne pas partir te réfugier dans les couloirs, à rester simplement sur ta foutue chaise, la tête tournée vers le ciel. C’est juste un jour. Un jour à endurer. C’est rien dans une vie. En fait… Il te reste combien d’années petit ?

Tu gribouilles sur ta feuille ce qui ressemble à une rose, t’écoutes le professeur un peu distrait, un peu absent. Même lui tu l’aimes pas. T’aimes personne. C’est bien mieux comme ça. Tu t’amuses à faire les ombres, à t’appliquer sur les pétales, bébé on dirait que t’essaies de retenir quelques larmes. Puis on te lance une boule de papier au visage, ça percute ton front avant de venir cacher ta fleure, t’as tout de suite mal au cœur. Ce papier tu sais qu’il va te détruire, tu sais qu’il va fendre un peu en deux les quelques os solides qu'il te restait. Mais t’es con Ariel, puis les autres veulent te voir effondrer. Tu le déplies et puis tu lis, les sourcils froncés parce que tu les vois flous ces mots.

Alors la pute est toujours vivante ?

Tu te mords les lèvres, la tête baissée, t’essaies de la cacher. Ça fait mal. Tu l’admets simplement. On te mets la tête sous l’eau. On te laisse couler. On t’encourage à pas remonter à la surface, t’es trop fracasse. T’es moche. Tu pues. Quand est-ce qu’elle meurt la pute ? Sérieusement tu sers à rien. Tu serais pas une grand perte bébé. T’as les larmes qui menacent alors t’as les cils qui papillonnent lorsque t’éloignes ce fichu bout de papier. Puis l’eau t’arrive pas à la couler Ariel, ça devient dur de résister alors tu poses  ta tête sur ton bras pour pas que les autres te voient, voient la goutte sur ta joue et puis tu continues juste de dessiner ta fleur. Ça t’aide un peu. Pas assez. T’écoutes plus rien au cours, de toute façon tu vas mourir pas vrai ? Tu vas crever. Avant les autres, quand maman ne pourra plus payer le remède. Tu vas mourir comme ça, parce que t’es Ariel. Parce que t’es ça. Cette chose dégoutante. Tu l’as mérité hein ? Bien sûr que tu l’as mérité.

La sonnerie sauve ton cadavre. Trois heures après la mort te semble-t-il. T'essuies discrètement tes joues avant de ranger rapidement les quelques papiers dans ton sac, le faisant n'importe comment, tu veux juste partir, courir jusqu'à chez toi, voler une bouteille, te saouler sous tes draps. Tu te lèves quand tout le monde est déjà un peu loin, tu regardes le carrelage, tu veux pas affronter son visage. Celui du professeur. Tu jettes à la poubelle ce papier mortel et puis sans un au revoir, tu fuis déjà jusqu'à la porte. Tu le sais que tu n'aurais pas dû venir. Mais maman elle ne sait pas ces choses-là. Tu sais pas qui tu cherches vraiment à préserver mais ce n'est certainement pas toi.

Après tout, à quoi ça sert de sauver ça ?
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Casper Pryce

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MessageSujet: Re: (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.   Dim 8 Avr - 18:19

Serre les dents.
C’est une rengaine répétée, serinée à chaque fois qu’il entre dans cette salle de classe, qu’il voit les têtes enfarinées de ses étudiants, déjà préparé à l’idée de ne rien leur apprendre, de ne rien leur inculquer, impuissant face à l’ignorance cinglante qu’ils lui imposent sans même s’en apercevoir. Serre les dents. Il faut au moins ça, quand on y pense, pour supporter la bêtise humaine, la lâcheté, pour se souvenir de sa propre histoire en reflet. Les brimades que subissent les plus faibles lui renvoient l’image en pleine face, le souvenir d’années à se planquer, se faire plus petit qu’il n’était déjà, à raser les murs des couloirs, se cacher pour échapper aux brutes, aux gros bras sans cerveau. Serre les dents. Sa mère lui avait dit que les gosses étaient cruels et il n’avait pas voulu la croire, à l’époque, lui trop gentil, trop naïf, trop étranger à l’humanité telle qu’elle est vraiment, crue, moche, brutale. Il n’avait pas voulu anticiper sur les mauvais sentiments, la jalousie, la perfidie, n’avait pas envisagé qu’elle pouvait avoir raison, maman, quand elle lui disait que le monde n’était pas aussi magnifique que les contes le racontaient. Et peut-être avait-ce été le point de départ de toutes ses velléités, ses ambitions candides pour changer les choses à son échelle, desseins ascensionnels voués à rester dans l’atmosphère, à ne pas aller s’éparpiller dans le cosmos. Des plans dont l’avenir à court terme est de s’écraser sur la terre après un mini vol dans les nuages.
Serre les dents.
Il pourrait dire qu’il n’a rien vu, Casper. Ça serait tellement simple pour lui, d’adopter l’attitude distante des autres adultes, ceux qui ferment trop facilement les yeux devant les troubles adolescents parce qu’ils ne prennent pas ça au sérieux, parce qu’ils pensent que les hormones amplifient les choses, déraisonnent les esprits. Diapason foiré, pour sûr, il n’y a pas besoin de regarder très loin pour comprendre que la violence morale est parfois plus forte que les coups et le sang. Pas besoin non plus de vraiment savoir ce qu’il se passe pour décoder entre les lignes, voir les regards qui se croisent, se cherchent, se battent à distance, combat psychologique perdu d’avance pour la présumée victime. Et la rose qu’il dessine semble presque se faner sous les larmes qui coulent discrètement. En temps normal, Casper n’aurait pas épargné le dessinateur. Il se serait approché, lui aurait demandé de lever les yeux, de répéter ce qu’il venait de dire. Cynisme au bout de la langue, il aurait déroulé un savant argumentaire pour faire comprendre à l’artiste qu’il existait un cours spécial pour ce genre de chose et que ce n’était certainement pas celui de littérature, aurait sûrement pris sa rose par les pétales avant de la jeter à la poubelle. En temps normal, oui, il aurait tout fait pour imposer un brin d’autorité, montrer ce que tous les élèves qui viennent ici savent déjà : qu’il est là pour leur apprendre des choses et pas pour emmener leurs neurones en balade. Sauf que cette fois, il a remarqué le petit papier, les sourires goguenards, la larme le long de la joue et la tête baissée, il a entendu les murmures, les ricanements à peine dissimulés, sans avoir évidemment le temps de réagir. La cloche retentit trop vite, offre aux maltraitants une échappée toute trouvée. Ariel est le dernier à se lever, bizarrement. Il ne se souvient pas l’avoir souvent vu en cours, ces dernières semaines. Dans les couloirs, pourtant, c’est fréquent qu’il le croise alors qu’on le malmène, dos poussé contre un casier, tête enfoncée dans les toilettes. C’est fréquent et ça doit faire plusieurs semaines qu’il gère les choses à sa manière, donnant à ses réprimandes des accents passifs-agressifs lorsqu’elles s’adressent aux sales gosses, prenant soin de ne jamais punir Ariel pour son manque d’assiduité ou indolence manifeste.

Mais ça ne lui ressemble pas. Il a besoin de comprendre.

Il n’est pas discret lorsqu’il attrape la poubelle juste après qu’Ariel y a mis le petit papier froissé en boule, ni lorsqu’il le sort et le déplie, laissant tomber la corbeille dans un bruit sourd. Pas besoin de le lire à voix haute. Pas besoin de remuer le couteau dans la plaie. En revanche, ça ne lui indique toujours rien ; Casper n’a jamais été du genre à écouter les bruits de couloir ou à leur prêter la moindre attention. « Ariel », il interpelle l’adolescent, s’assied sur un coin de son bureau, le papier toujours serré dans la main. Finit par appuyer la paume sur le bureau, incapable de lâcher la note assassine. « Peux-tu fermer la porte, s’il te plait ? » Trop de formes qui ne ressemblent pas au professeur acariâtre qu’il peut parfois être. Peut-être n’a-t-il pas envie de râper la peau du lycéen davantage, d’aiguiser ses dents contre la corne de son épiderme. Il en a suffisamment bavé, surtout aujourd’hui. C’est sûrement pour ça qu’une fois la porte close, il lui indique l’une des places à proximité, lui fait signe de s’asseoir. Il n’a pas vraiment l’habitude de ça, Casper, s’occuper des cas désespéré, outrepasser sa fonction, même s’il aime voir des gens heureux, même si sentir que ses élèves l’apprécient est sûrement la sensation la plus grisante qui soit. « Tu vas m’expliquer ou tu me laisses jouer aux devinettes ? » Et cette fois, il lève la main gauche, exhibe le papier griffonné, les mots qui l’ont tellement blessé.
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MessageSujet: Re: (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.   Jeu 12 Avr - 20:18

Lorsque tu rallonges les secondes pour ranger fleurs fanées et crayons dans ton sac, juste pour que pour tes camarades attentionnés partent sans toi devant, t’oublient l’espace d’un instant, tu te dis que tu as certainement eu l’idée de génie de la journée. Celle qui va sauver les derniers ossements de ton cadavre, celle qui t’aidera à embrasser ta mère avec un sourire convaincant ce soir. Celle qui va t’éviter les coups dans les dents, les crachas sur les joues, le dos au sol et la brise légère du vent. T’essuies rapidement tes pommettes d’un coup de manche, à renifler en te voulant discret puis lorsque tu ne vois plus tes tendres amis, tu te dis que c’est bon. La voie est libre jusqu’à la maison. A ton tour de t’avancer à travers les tables, en abandonnant le papier mortel, tu le jettes dans cette poubelle mais c’est une erreur. Tu le sais trop tard, et c’est encore la preuve que tu n’es qu’un idiot. Ou peut-être que tu l’as fait exprès ? Que tu voulais qu’il lise le papier ? Tu ne t’attardes pas quand tu vois le poubelle voler vers le professeur, tu fais semblant de rien, dernier dans la classe, t’accélère juste le pas. Puis tu as juste fait que de la merde. Comme à chaque fois. Parce qu’en face, contre les casiers, y’a tous ces cons qui t’attendent sagement, à te faire des coucous, t’entends déjà les rires moqueurs, avec ce Ariel dit par le professeur. Génial. Là c’est le moment de sauter par la fenêtre c’est ça ? De prendre son envol parce que de toute façon, tu ne seras jamais assez fort pour affronter les problèmes. Y’a la violence physique qui t’attend si tu traverses cette foutue porte, y’a le professeur qui t’appelle et tu ne sais pas ce que veut dire ce Ariel. « Ne prenez pas l’habitude de me voir » que tu as déjà envie de lui cracher, après tout c’est ça qui l’intéresse non ? Quel jour tu voudras bien passer tes contrôles et faire baisser ta moyenne ? Peut-être le jour où tu arriveras à les lire correctement. Peut-être jamais aussi. Très probablement. T’es piégé de tous les côtés, t’essaies d’activer les engrenages de ton cerveau mais dans cette partie d’échec qui commence à peine, tu sais déjà que t’es échec et mat. « Peux-tu fermer la porte, s’il te plait ? », avec moi derrière ? Aucun problème professeur, tu pourrais jouer au con, aucun ne serait dépaysé après tout. Ne pas l’écouter ne te gêne pas, c’est vrai tu pourrais juste filer. Puis te faire casser la gueule après. Mais t’es pas prêt alors encore une fois tu rallonges un peu le temps. Tu fermes la porte. Avec toi devant. Dans leurs regards stupides tu sais déjà ce qu’ils se disent. « Tu crois qu’il va le sucer ? », « obligé ! », tu le détestes le professeur.

Quand tu te retournes, aucune surprise en le voyant lire le papier, tu penses que tu aurais dû le déchirer avant de le jeter. Mais t'es con. Ça t’aurait éviter ce dilemme et quelques rumeurs en plus. Sa voix est calme, toi qui t’attendait à ce qu’il te gueule dessus parce que t’es qu’un élève détaché de son avenir, qui bosse jamais, et qui fait semblant de ne pas écouter en cours. Peut-être qu’il veut même en rajouter avec ce papier. Sagement, et sans faire de bruit, tu t’assois là où il te le dit, attendant une quelconque sentence puis au pire il y a toujours les fenêtres pas loin. Sauter c’est une option que tu n’as pas encore écarté de ta pensée. Qui sait peut-être que t’as un don et que tu sais voler. Tu prends une grande inspiration et lui il a la bonne idée de te montrer le bout de papier raturé, tes yeux verts qui se fixent à celui-ci avant de se reporter sur le professeur assez éloigné pour que tu puisses le discerner à travers les contours flous de tes pupilles abimées. Ouais ? Il veut que tu lui lises ? A sa question tu hausses les épaules, tes mains sous le bureau à te défoncer les ongles. Quoi, tu stresses ? Pourtant t’abordes le visage de celui qu’en a rien à foutre, rien à branler. Toi avoir mal ? Non jamais ! « Ils me demandaient de mes nouvelles… C’est gentil de leur part, non ? », si tu n’as aucune explication, tu fais au moins preuve de dérision. T’as hésité avec « rien qui vous concerne, j’en ai bien peur », on peut au moins te féliciter. Puis tu as bien envie de savoir ses devinettes.
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MessageSujet: Re: (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.   Jeu 19 Avr - 19:31

Petit malin. Le compliment déguisé en insulte, murmuré dans un coin de son cerveau. Petit malin, à essayer de s’échapper comme un voleur, tête la première, petit malin ou pas assez, le papier dans la poubelle est un indice que même le plus piètre assassin au monde n’aurait pas laissé sur la scène de crime. Petit malin, aucune idée de qui est cette pute dont le mot parle, s’il s’agit seulement du petit sobriquet affectueux dont l’auraient affublé les autres élèves ou de quelque chose d’autre. Il les voit, à se foutre de sa gueule derrière la vitre teintée de la salle de classe, il les devine, agglomérés comme des mouches sur une bouse de vache, à ne pas savoir par quel côté commencer. Il les voit et ça le met en colère, encore plus qu’il ne l’est déjà. Ça claque des battements asymétriques dans son cœur, ça dépouille sa langue de sa gouaille habituelle. Il aimerait attraper chacun d’entre eux par le col et leur coller la tête dans le cul, mais aucun moyen que le rectorat passe à côté d’un tel traitement de faveur. Aucun moyen qu’il garde son poste. Tout ce qu’il  peut faire, c’est essayer de crever l’abcès à la base, comprendre de quoi il en retourne auprès du principal intéressé… pas intéressé du tout, visiblement. Ton condescendant, ça vrille lorsque le sens qu’il prétend donner à l’insulte se fond dans sa voix, prouvant que le sarcasme lui va décidément très mal. Il faut être un professionnel en la matière pour s’essayer à un exercice aussi périlleux, sourire alors qu’on est au sol. Faut être Casper, au moins, savoir manier le mensonge avec élégance, ne pas se vautrer dans l’absurdité de clichés régurgités, savoir danser avec les émotions contraires. Comprendre pourquoi on a mal. « D’accord », il acquiesce simplement, assis sur son coin de bureau, les yeux rivés sur Ariel. Il ne voit pas grand-chose, en somme, à part qu’Ariel est un môme paumé, un ange déchu, une sirène échouée, qu’il lui manque un tout petit fond de conviction pour qu’il puisse accrocher à son histoire, mordre à l’hameçon. Il n’est pas si étranger que ça, Casper, quand il s’agit de prendre en considération la misère humaine, de lire les larmes derrière les sourires. Traducteur de l’impossible. Il baisse de nouveau les yeux vers le bout de papier chiffonné, gratte les lettres du bout de l’ongle, tic nerveux, à essayer de lisser le bout de papier si méticuleusement froissé. Les lèvres qui bougent un peu en lisant les mots, en les relisant, en les lisant encore, et ça dure peut-être deux, trois minutes avant qu’il ne parle de nouveau. « Du coup, la pute va bien ? » Ça fend l’air, il n’a pas la moindre excuse à faire. C’est ça, son boulot, le pousser dans ses retranchements, l’inciter à lui dire d’aller se faire foutre, l’inviter à lui mettre un pain en pleine tronche. « Parce que d’ici, j’ai l’impression que ce n’est pas du tout le cas. » D’ici, de là où je suis, de mon monde d’adulte. Petit Casper qui se croit grand, qui porte des chaussures dix tailles au-dessus. Petit Casper qui a grandi trop vite, catapulté dans la noirceur de la vie, des échanges, des humains, qui aimerait bien parfois troquer un bout de responsabilité pour un peu d’insouciance vaguement retrouvée. Quinze minutes à la plage, allongé sur le sable et le nez dans le soleil, à inhaler l’iode sans s’entendre dire qu’il ne fait pas les choses correctement. Il se racle la gorge, dépose soigneusement le mot sur son bureau, pièce à conviction à ne jeter sous aucun prétexte. Il ne sait pas, vraiment, pourquoi il essaie, pourquoi il fait l’effort de parler, de chercher, pourquoi il tente de comprendre des concepts qui lui semblent flous, des personnes qu’il ne connaît pas, un Ariel qui se pointe une fois tous les six mois et dont il ne sait finalement rien. « C’est ce que tu veux ? » La question n’est pas posée méchamment, sert juste à dresser un pénible état des lieux. Ça, l’acharnement autour de lui, les insultes. A ce rythme là, sa débâcle ne prendra jamais fin, il y aura toujours un problème de plus à fuir. « Tu veux faire comme si de rien n’était ? Tu veux les laisser continuer ? Tu veux devenir tellement lassé de la vie que la seule pensée qui te viendra sera de te tuer ? » Parce que c’est ce qui arrivera, fatalement, même si Casper énumère les faits de manière beaucoup trop froide et distante. Il l’attend, la réponse de l’adolescent. Savoir quel sera le prochain argument dont il pourra user.
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MessageSujet: Re: (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.   Sam 5 Mai - 12:48

Tu joues au plus fort, au plus intelligent, tu fais semblant d’être marrant, à faire l’effort de déguiser ces mots meurtriers en mots amoureux, en mots attentionnés. Pourtant, tu ne joues en rien la comédie, ton visage reste mort d’émotions, tes yeux blessés par le papier et sa question. Mais ce bout de feuille griffonné, chiffonné, tu ne l’as pas jeté par hasard. Tu aurais pu le garder, le brûler dans ton évier pour détruire les preuves de ta mort comme tu le fais à chaque fois, tu aurais pu le garder, le montrer au directeur du lycée, te battre pour ta liberté comme tu le fais jamais. Mais tu es un peu timide et tu n’aimes pas déclaré forfait, tu n’aimes pas avouer. Mais tu serais un peu déçu si le professeur laissais tomber. Tu fixes ses iris un temps, avant de ne plus en avoir le cran, tu viens ronger tes ongles pour t’occuper, te distraire de cette panique qui martyrise ton cœur, la boule au ventre comme si tu passais devant un tribunal. Un semblable à ceux que tu as déjà vécu. Où on te regarderait avec pitié pour ensuite te faire passer pour un taré. Des minutes interminables passent, où le silence prend la place, où toi tu ronges tes ongles avec toujours plus d’insistance, où le professeur lit le papier avant de répéter l’expérience. Et puis « du coup, la pute va bien ? » jeter à la gueule, tu retiens ton cœur de saigner encore, et tu la fermes sagement. C’est pourtant évident. Qu’il n’y a rien qui va, que tout se casse la gueule dans ton petit monde immonde, que toi, tu n’as plus envie de rien, plus envie de battre, de combattre, et que ta mère elle crèvera seule parce que le Dieu que tu ne cesses de prier en a décidé ainsi. Il répond à sa propre question, toi tu as envie de l’envoyer chier, « bravo, vous êtes si perspicace » que tu retiens au bord de tes lèvres avec tes dents. Mais qu’est-ce que tu pourrais lui répondre d’autre ? C’est ton langage, tu ne connais pas les autres, ni celui des signes, on ne t’a rien appris, et toi il a fallu qu’un jour t’apprenne à te défendre, ou au moins te protéger, sans les mains, sans le courage de faire du mal, mais ça a merdé. Parce que tu ne sais finalement pas manier par excellence les mots, et celui que tu devais protéger, il a crevé. Alors tu ne réponds rien, tu n’en as pas l’inspiration, ni l’envie. Tu hausses simplement les épaules comme un « ça ne fait rien », « n’en faisons pas une grande affaire », mais ça signifie que trop bien que tu es au pied du mur et que les arguments manquent contre la thèse adverse. Celle qui a raison. D’un oeil discret, tu le regardes poser le papier à ses côtés, tu captes maintenant que cette preuve tu ne pourras pas l’effacer, tu t’en veux. S’il l’a montre, s’il l’ébruite, ce sont les autres camarades adorés qui vont rappliquer, eux et leurs jolies mains. « C’est ce que tu veux ? » qu’on te casse la gueule ? Non, honnêtement tu passerais bien ton tour. Mais un coup de plus ou de moins sur la pute, il n’y a que toi qui y verra une différence, il n’y a que toi qui aura mal, alors on s’en fout. C’est pas grave. Même ta mort elle ne sera pas grave. Même ta mère rendue seule et encore plus malheureuse ce ne sera pas grave. Tu sais que t’es piégé, que tu as faux sur toute la ligne, que tes petits mensonges pour arriver à fermer les yeux sont maintenant vains devant cet adulte qui semble déjà tout connaître de la vie. Certainement qu’il ne connait pas la tienne. Tu as au moins cette arme contre lui. Et il arrive à t’arracher un rire à sa dernière question, un rire nerveux, ou purement sarcastique. Tu passes tes mains sur ton visage pour te frotter les yeux alors que le sourire du gamin égaré, piétiné, épuisé, n’arrive pas à quitter tes lèvres. Tu ris encore, tes épaules qui tremblent. Pourquoi donc le professeur parle au futur ? Il ne fait que décrire un présent. Présent imaginaire où il aurait le cran « de se tuer ». « Professeur soyez rassuré, la pute n’a aucun courage pour s'tirer une balle ou s’ouvrir les veines » parce que c’est cette vision-là qu’il avait, non ? Et il voulait que tu lui expliques le bout de papier ? Très bien. « en revanche la pute est malade, la malheureuse ! Ce n’est pas un secret, tout le monde le sait. Même ses camarades qui lui ont laissé un charmant papier qui demande quand est-ce qu’exactement sa maladie, son erreur, aura raison d’elle. Je dis son erreur car selon vous, les adultes, elle l’aurait cherchée » tu dénonces, tu dénonces même quand le procès a déjà été perdu. T’aimes pas les adultes et donc t’aimes pas le professeur, et tu ne veux pas de son aide. Ça c’est le mensonge. « Alors il ne se passe pas un jour sans qu’elle pense à la mort. Mais entre nous... » tu penches ton buste sur la table, comme pour faire la confidence, « elle a peur de mourir » que tu chuchotes comme un secret, tes yeux noirs de toute cette haine, cette peur qui remonte à la surface. La vérité c’est que tu demandes cruellement de l’aide. Puis tu te redresses, « d’autres questions ? » professeur.

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MessageSujet: Re: (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.   Mer 16 Mai - 20:23

Il y a du sirupeux derrière l’apparente politesse d’Ariel, de l’apitoiement aussi, deux choses avec lesquelles Casper a un mal fou à composer parce que ce ne sont pas des artifices qu’il maitrise totalement, parce que lui, il préfère affronter les problèmes plutôt que de courber le dos et surtout parce qu’il a l’impression que ce fatalisme qu’arbore l’adolescent prend facilement les traits de la lâcheté. Du bout des ongles, il aimerait gratter ce vernis qui recouvre le véritable Ariel, celui qui a peur, celui qui tremble, celui qui rase les murs, histoire de savoir pourquoi il en est là et comment l’aider. Parce que ça revient doucement, ça démange sa peau, colle des boutons sur ses principes, ça le titille comme une furieuse envie de pisser de fin de journée, les oreilles à demi fermées lorsqu’il lui raconte sa pathétique histoire parce qu’il n’en a rien à foutre, finalement. Rien à foutre, ce qu’il lui dévoile n’est que la partie émergée de l’iceberg et ce n’est pas le plus fascinant, pas le plus terrible, pas le plus inextricable. Juste une énumération déclamée dans un style presque théâtrale avec l’explication en bout de course, et Casper comprend soudain de quoi il s’agit. Il n’a jamais vraiment prêté attention aux bruits de couloir parce que ça lui passe au-dessus de la tête, professeur sur son nuage de coke, y a quatre-cent gosses dans ce bahut et pas le temps de se préoccuper de tous, de s’intéresser à eux, pas le temps de le feindre du moins, derrière les briques noircies de l’éducation précaire. Pas le temps de prendre deux minutes pour s’asseoir dans une salle de classe et discuter posément des problèmes, tenter de leur trouver une solution. Il pense, sans grande conviction, que le dossier d’Ariel est déjà passé entre ses mains mais à aucun moment il ne s’est inquiété de sa santé ou de ses antécédents. Sûrement parce qu’il fait partie de ces gens qui pensent que la vie des autres ne les regarde pas, sûrement parce qu’il sait pertinemment qu’il a raison. Opinion qui se confirme quand Ariel avoue avoir peur de mourir. Ça lui fait quelque chose, bien qu’il ne souhaite pas le montrer. Ça lui glisse des frissons sous la peau, ça entaille ses convictions les plus farouchement acquises, ça dessine des hypothèses auxquelles il préfèrerait ne pas penser. Aucun gosse de dix-sept piges ne devrait penser à la mort. Merde. Un battement raté de plus et il faudra qu’on lui greffe un nouveau cœur, un battement de raté de plus et autant se coucher dans la housse mortuaire tout de suite.
Une seconde passe et Casper décolle ses fesses du bureau, fait quelques pas, tire une chaise pour s’asseoir un peu plus près de l’adolescent. Un peu plus près de la mort, métaphoriquement. Ce n’est pas ce qu’il est, quasiment ? Ce n’est pas ce qu’il veut être ? Parce qu’il fait bien semblant, putain. Foutrement bien semblant. « Pourquoi tu ne te bats pas ? » Quoi, il lui a demandé s’il a d’autres questions, et il se trouve qu’il en a pas mal. La première étant celle-là, évidemment. Pas facile pour lui de comprendre les motivations d’un mort-vivant à respirer artificiellement, à bouffer des soins palliatifs jusqu’à ce que son heure vienne. « Tu as peur de mourir mais tu vis comme si tu étais déjà mort, et je t’avoue que j’ai du mal à comprendre. » Du mal, non, il ne comprend pas du tout. Y a ses yeux qui font le manège entre Ariel et le fond de la classe, la porte fermée derrière laquelle il imagine déjà plusieurs paires d’oreilles collées. Promis, celui-là il ne le baisera pas. Surtout s’il risque d’en crever lui aussi. Les yeux qui se reposent chastement sur le gamin malade, il l’observe, la chaise racle sur le sol alors qu’il se rapproche pour pouvoir parler le moins fort possible. « Je ne peux pas. Je ne peux pas prétendre être un bon professeur et me soucier de mon boulot si je te laisse te faire ce que tu es en train de faire. Te laisser crever à petit feu. » Les mâchoires qui se serrent et l’air un peu trop dur alors qu’il voudrait montrer une autre facette de lui, rester détaché, distant, cynique. Il aimerait mais c’est difficile dans ces conditions, difficile alors qu’il y a un gamin qui joue déjà la marche funèbre à même pas un mètre.
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Ariel Walker

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MessageSujet: Re: (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.   Mer 23 Mai - 17:27

Tu veux qu’il te laisse tranquille. Tu lui dis va te faire foutre de façon subtile mais ça marche pas. Il fait quelques pas et s’installe devant toi. Tu le regardes s’approcher, venir roder, alors le premier réflexe, c’est de te reculer. Dos contre le dossier, t’as l’cœur qui construit déjà millier et millier de murs, armure fissurée, armes en plastique. Le visage baissé vers tes chaussures, tu regardes les siennes, proches des tiennes. Même tes pieds tu les reculent. Pourquoi tes messages ont ne les comprend pas ? C’est pourtant évident que tu ne peux pas l’insulter lui, t’es prêt à te faire virer et puis tu n’es pas assez bourré. Tu es d’ailleurs trop sobre pour garder la face, t’as usé ta salive pour rien, pour qu’en face, il ne te dise même pas « va-t-en si c’est ce que tu veux ». Tu regardes derrière lui, le tableau à moitié effacé, la poubelle où tu as laissé ton papier, t’aurais mieux fait de le brûler, les tables décorés d’encre bleue et les ciseaux qu’ont raturé le bois pour qu’on oublie pas le passage des élèves. Tous ces détails que t’arrivent pas à voir. Tu regardes l’extérieur, tes mains devant le visage qui cachent les dents assassines sur tes lèvres victimes, tu regardes les oiseaux voler, les feuilles des arbres bouger. Et la professeur ? Oh, lui tu ne le regardes pas une seconde. Tu n’as pas le cran de te lever, de lui dire « faites-moi pas chier », de partir, de plus jamais revenir. Tu n’as pas le cran de dire, d’avouer avoir besoin d’aide. La honte, t’imagines ? Ça se serre dans ta poitrine. Il te pose une autre question, celle de trop, celle à laquelle tu ne veux pas répondre. Parce que tu n’as pas la réponse. Parce que peut-être que tu n’aimes pas la réponse.

T’es un lâche. C’est ça la raison.

Tu te bats pas parce que tu ne sais pas rendre les coups face à ses gamins minables et cruellement plus chanceux que toi, tu te bats pas parce que tu n’as pas l’assurance de répondre aux mots tueurs, de les faire taire, de les enterrer. Tu te bats pas parce que… Parce que t’es pas assez courageux. T’es pas assez ambitieux. T’es pas assez tout. Et t'es trop réservé. Tu réponds pas, silencieux comme une image, tes ongles qui viennent arracher les peaux mortes de tes doigts comme pour te distraire, l’esprit en fuite. Tu veux qu’il te laisse tranquille. Et le professeur il comprend pas Ariel, pourquoi t’es si frêle, pourquoi t’es mort-vivant, pourquoi t’as peur souvent. « J’ai toujours été nul en comédie et j'vous avoue que ces derniers temps ça pète pas la forme… » t’expliques presque dans un murmure, la voix basse quand dans le silence tu crois entendre quelques pas derrières les murs. Derrière la porte. Qu’une bête de foire. C’est ce que t’es sûrement. Purement et simplement. Peut-être que le professeur a oublié que toi aussi, t’es humain. Que t’as les mêmes caractéristiques qu’un enfant de riche, que quelque part dans ta cervelle y’a des millions de peurs qui construisent un Empire, que tous tes rêves de gosse, elles les piétinent, elles les jettent dans la fausse. « J’ai… J’ai peur de... de c’que j’peux pas contrôler… Comme la mort. L’argent. La faim… La maladie, l’autrui. A peu près tout finalement parce que… Y’a pas mal de chose que j’contrôle  pas », t’échappes un rire mais tu ne ris pas, bruit amère, à t’en faire saigner les doigts tellement tu t’y acharnes. T'es persuadé de parler dans le vide, que le professeur te prend juste pour une grosse victime. Et le pire c'est que n'as pas d'arguments contre. Même ton corps, t’en a pas eu le contrôle. On te l’a piqué, on s’est bien marré, et puis on t’a laissé.

« …Mais j’vis avec. »
Pour maman.

« J’essaie… » ça s’entend presque pas, et tu le regardes toujours pas. Tu vois bien qu’il se rapproche encore, t’aimerais reculer jusqu’au fond de la salle. Et honnêtement, t’aurais préféré qu’il ferme sa gueule. Peut-être que tu interprètes mal, peut-être qu’il veut te sauver en preux chevalier, peut-être qu’il veut te secouer, te faire une perfusion de tout ce qui te manque. Peut-être bien ouais ! Mais quand tu lui balances un sourire qui fane bien vite sur tes lèvres, tout ce que t’entends c’est qu’il en a rien à foutre. Que l’important ça reste lui, son boulot, son apparence de bon professeur. T’essaies de garder la face. Peut-être que tu te trompes pas vrai ? Peut-être que tu lui fais pas pitié. T’aimes bien les peut-être. Ce sont les plus doux mensonges à tes oreilles. « Les autres y arrivent très bien pourtant », les autres professeurs, les autres. Tout ceux qu’ont bien compris que quelque chose n’allait pas, mais qui restent là à croiser les bras, « j’suis pas votre meilleur élève, j’suis presque jamais là. Vous devriez être en train de me foutre des heures de colles, me virer, j’sais pas… » appeler ma mère mais ça tu le dis pas. Tu viens te frotter les yeux. Pas le meilleur élève, t’es très fort pour prendre ce rôle. Faut dire que le peu de contrôles que tu as passé, t’écrivais même pas sur les lignes. Un vrai débile ! Et si on te demandait de détailler ses traits, à ce professeur qu’est trop près, sûrement que tu n’y arriverais pas. Oh et puis…
Tu as changé de sujet !
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MessageSujet: Re: (CASPER) Jusqu'à qu'il crève.   Lun 4 Juin - 11:07

Rarement des aveux lui ont semblé plus déchirants que ceux qu’Ariel lui confie dans sa barbe, les yeux rivés sur ses mains ou sur le bureau esquinté aux pointes de compas, impossible à dire. En tout cas n’importe où sauf sur lui, mais il a l’habitude des élèves timides à l’idée de se confier à un mec qui pourrait être leur grand-frère mais surtout pas leur père. À un mec, aussi, dont on dit qu’il aime bien baiser ses élèves, même s’il se tue à expliquer qu’il ne faut pas écouter les racontars mais se faire sa propre idée sur les gens. Comme si des enfants de seize piges pouvaient comprendre quoi que ce soit à la complexité de la nature humaine. Si c’était le cas, il y aurait sûrement moins de suicides dans cette tranche de la population, moins d’adolescents désœuvrés avec en tête la seule idée de claquer. Il n’a jamais été fin psychologue, Casper, parce qu’il a grandi trop vite et dans une bulle, et qu’il n’a que vaguement connu ces gamins-là lorsqu’il avait leur âge. Ce n’était pas un manque d’intérêt mais plutôt un manque d’opportunités, puisqu’il avait été très vite forcé à analyser les adultes autour desquels il gravitait. Tout ça pour finir prof. Y a de quoi en rire, comme dit Eoin, sûrement, de quoi s’arracher les cheveux parce qu’il a gâché son potentiel, foutu son génie aux orties. Ce ne sont pas les petites pièces qu’il écrit pendant son temps libre qui lui permettent vraiment de s’épanouir, d’ouvrir ses ailes. D’écarquiller les yeux de gamins trop paumés pour comprendre que le théâtre est le reflet de la vie, exhorte une poésie, une curiosité, un intérêt que peu de choses suscitent habituellement. Les yeux rivés sur Ariel, Casper se demande s’il a bien choisi son métier, au fond. S’il n’aurait pas dû faire quelque chose de plus bureaucratique, distancié des problèmes adolescents, des doléances abrasives auxquelles la seule réponse est l’écoute. C’est bien tout ce qu’il peut faire, présentement. Lui accorder une oreille plus ou moins négligente.
C’est ce qu’il fait alors que ses lèvres se pincent, resserrent sur ses dents l’étau étrange de la culpabilité, le regret de s’être aventuré sur un terrain trop glissant. Il aimerait remonter le temps, laisser Ariel sortir indemne de la salle de classe, ne le revoir que le mois suivant, peut-être une heure ou deux. Ne pas chercher à gratter le vernis. On peut trouver des choses étranges sous l’écaille de la peinture. « Le fait d’avoir peur ne sert à rien. » C’est dit plutôt froidement, comme s’il ignorait ce que ressent l’adolescent alors qu’il a vécu tout ça, la solitude et la douleur, la peur et la tristesse, au même âge et pas mal d’années plus tard. Il devrait comprendre, il devrait savoir. Ou au moins faire semblant pour qu’Ariel se sente moins isolé, incompris, qu’il ait l’impression qu’un adulte au moins porte une oreille attentive à ses lamentations. « Regarde-moi », l’ordre se fait impérieux dans sa bouche, le bout des doigts qui attrape le menton du gamin pour l’obliger à lever les yeux vers lui. Ça ne lui ressemble pas, cette psychologie de fond de tiroir, ce sentimentalisme débridé qu’il n’arrive même pas à exprimer avec ses amis les plus proches. Pourquoi aujourd’hui, pourquoi avec un gosse qui n’en a rien à foutre. Ça devrait être interdit de forcer des pieux dans la chair des gens qui n’ont rien demandé pour ça, se sont contentés d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Lui, typiquement, à se faire violence pour faire preuve d’un peu de douceur avec un gosse paumé, là où il aurait plutôt tendance à souffler des mots meurtriers. « Ça ne sert à rien », il ajoute une deuxième fois les yeux dans les siens, son vert-gris qui se mélange au lagon bleu d’Ariel. Il n’est pas aussi tendre qu’il le souhaiterait, plus acerbe que délicat, les mots qui se tranchent au bout de sa langue comme s’ils lui brûlaient la bouche. Ça ne sert à rien d’avoir peur parce qu’il y a d’autres choses plus importantes que de craindre un ennemi invisible et qui viendra nous chercher tôt ou tard. Peut-être même qu’il escortera Casper bien avant Ariel, la sirène de la cocaïne encore trop oppressante pour lui permettre d’espérer survivre quelques années de plus. C’est sûrement ce qui le dérange, au fond. Le fait que les insécurités de l’adolescent réveillent les siennes, les rendent plus réelles, palpables. Donnent raison à des gens comme Eoin qui fustigent les drogues et ne perdent pas une occasion pour montrer leur désapprobation lorsqu’il ose abuser de substances plus ou moins licites. « Tu n’as aucune envie pour l’avenir ? Aucun souhait ? » Ça c’est quelque chose qui le sidère, lui qui a toujours eu des rêves un peu trop grands pour lui, un peu trop réels. Lui qui ne les a jamais réalisés, a préféré se vautrer dans les shoots, héro, adrénaline, à rouler à fond de cale sur son skateboard en risquant toujours de passer sous les roues d’une bagnole. Au fond, il ne sait pas s’il fait la psychanalyse d’Ariel ou la sienne.
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