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 Confessions d'un never been

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Caïn Devaux
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MessageSujet: Confessions d'un never been   Confessions d'un never been EmptyDim 18 Fév - 1:18

FEVRIER 2018 - LAFAYETTE, LOUISIANE - QUELQUE PART DANS LE BAYOU
C’est de ces jours comme ça, où l’on se demande ce qu’il reste après un ouragan. Plus rien. Juste des décombres, une maison dévastée, des vêtements éparpillés un peu partout entre les branches des arbres survivants, une casserole déglinguée qui se balade sur la route éventrée, toute une vie saccagée, dévalisée, exposée aux yeux du monde entier. Non, plus rien. Il ne reste plus rien. Plus de maison, plus de confort. Juste du vide, une trace d’avant, caravane explosée par le temps et la nature qui reprend ses droits.
C’est des jours comme ça, où c’est douloureusement réconfortant de pousser la porte, tousser un peu avec la poussière qui se soulève quand on pénètre enfin dans l’habitacle, du vide, saccagé, les pieds qui se prennent dans le tapis fatigué et pourtant comme une sorte de chaleur quand la lumière est rallumée, bonbonne de gaz qui fonctionne maladroitement, toute la caravane qui ronfle, s’étire, soupire, s’éveille après tout ce temps. Après tous ces foutus ouragans.  « Bon retour à la maison » comme une voix douce dans les tympans, juste le vent ou des doigts éphémères qui lui caressent les tempes. Il se laisse aller, un instant, ferme les yeux et inspire. Il abaisse les barrières, dernières frontières qui tiennent encore un peu, pâle sourire quand il la sent se lover contre lui. « Je suis de retour oui » fatigué. Si fatigué. Mais si heureux d’être rentré.
Rien n’a changé. Tout est pareil, identique, comme il l’avait laissé avant de partir. Faut croire que les rumeurs vont toujours de bon train, comme une foutue malédiction sur la tôle ondulée, qui éloigne les plus courageux. Eloignez vous de la sorcière dans la forêt. Doucement il s’affaire, sort de son sac de quoi nettoyer, briquer le sol usé, les fenêtres poussiéreuses, chasser le temps qui s’est accumulé. Il avait seize ans quand il était parti. Une moitié d’existence, quand aujourd’hui à trente-deux ans il revient faire le point. La moitié qui s’est écoulé, sans qu’il ne passe un jour où il ne se force pas à se rappeler. Les cartes qui pèsent lourd dans sa poche, comme un besoin en fin d’après midi de s’étaler, il soupire doucement.  « Toujours aussi pressée hein ? »  Un défaut qu’il n’a pas hérité de sa mère, plus patient, comme son père, le même sourire tranquille il parait. Il ne sait pas. Il ne saura jamais. Mais ça lui suffit. Il tire la chaise, s’installe derrière le bureau. « Tu te souviens de comment on fait ? »   « Tu m’insulte là, je te rappelle que je tire tous les jours »   « Mais pas comme ça » Non. Pas comme ça. Jamais comme ça.
C’est sa place à elle. Pas la sienne. Alors il s’efface, doucement, lui tend les rennes, parce qu’il ne voit pas faire autrement. Il la regarde, mélanger les cartes, pas une once de vieillesse sur son visage, les rides dont il se souvient toujours présentent, le grain de beauté juste au coin de l’œil. Il l’effleure. C’est froid. Ou chaud. « Laisse moi me concentrer chéri »  qu’elle murmure distraitement, les cartes qui se mélangent, encore, puis qui s’étalent sur le bureau usé. « Première »  qu’elle marmonne, et lui qui s’exécute,  retourne celle qui l’attire en premier, comme une brulure sur le bout des doigts. XIII La Mort  « J’aurais pu le deviner tout seul ça »  pas de réponse, elle attend la suite, pas besoin de lui souffler, il sait. Trois de Coupes « Ah mon cœur »   « Ne commence pas »  XVIII La Lune comme un goût acide dans la gorge, désagréable, il essaye de son concentrer. De ne pas y penser. « Caïn » hochement de tête, nouvelle carte VI l’Amoureux peut être qu’il invente. Juste un peu. Qui sait. Six de Coupes « Tu es satisfaite ? »   « Et toi ? »  et lui ?
Es tu satisfait Caïn ?
Pas vraiment. Jamais vraiment. « Ne pleure pas mon beau »   « je ne pleure pas »  pourtant il sent les larmes dévaler ses joues, s’écraser sur le bois usé du bureau, sur les cartes retournées. « Laisse toi aller, ça va aller, rien n’est fatalité »  il la laisse le prendre dans ses bras, il la laisse le bercer comme avant, tous les deux auprès du feu, quand il revenait les genoux écorchés d’être trop tombé dans la cours de récrée. « Ca fait si mal maman »  « Je sais chéri, je sais »  comme quand ils lui ont annoncé que son mari était mort, une médaille et une pension, merci pour le service de votre mari madame Deveaux, il a sauvé notre pays.  « Je voudrais qu’elles reviennent »  toutes les deux. Swann et Bambi. La Lune et L’Amoureux, réunies avec La Mort. Comme avant, juste comme avant.  « Elles me manquent »  comme jamais. Trou béant dans la poitrine, elles ont pris chacune une moitié de son cœur et se sont envolé avec, juste des spasmes souvenirs, pour envoyer le sang dans les artères, continuer d’exister. Un foutu fantôme trop vivant. « Les cartes ne mentent jamais Caïn. Lis les bien »  qu’elle lui murmure tout doucement à l’oreille, le forçant à observer de nouveau, ses doigts qui attrapent les deux coupes. « Je ne peux pas faire ça. »   « Mais si tu peux mon doux, tu peux. Tu l’as déjà fait. Comme avec moi » « Non, toi tu es encore là » « Vraiment Caïn ? C’est ce que tu crois ? » Il relève doucement la tête, soudain traversé par un courant d’air, tout son corps qui frissonne un peu trop fort, les poils qui se dressent sur ses bras. « Laissez les partir Caïn. Il est temps d’avancer. De commencer ton prochain cycle »  et la carte qui s’envole, il l’attrape entre son pouce et son index, contemple la Faucheuse qui semble le narguer. Sourire gravé sur un squelette dansant, il soupire. « Merci Maman »
Silence.
Il se redresse lentement, essuie ses joues, soupir qui le transperce alors qu’il ramasse ses cartes, les range dans leur sachet qu’il glisse dans la poche de son manteau. De nouveau c’est tout remettre en place comme avant, éteindre la lumière, le gaz, laissez le temps reprendre ses droits. La clé dans la serrure, il tire la porte, tourne le dos.
A peut être dans seize ans maman.

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