La guerre de Noël

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 if we want to get used (nuro)

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MessageSujet: if we want to get used (nuro)   Mar 5 Déc - 18:35


Je n’ai pas de foi particulière. Nos parents n’ont jamais voulu nous imposer quoi que ce soit vu notre pays d’origine. Et moi j’ai juste préféré m’attacher aux sciences plutôt que de croire en un seul être, une seule voix ou encore en l’Humain. Parfois il suffit d’une inconnue pour niquer ou sublimer l’équation. Les formules ne sont jamais les mêmes et les résultats tout aussi indécis. J’me sentirais presque coincée si je devais me contenter d’une seule inspiration. Peut-être pour ça que ma moralité est floue, que mes croyances sont changeantes, au gré des situations, des gens et des moments de vie.

Mais en ce moment : autant dire que je ne crois pas en grand chose. L’esprit de noël qui a inondé la ville m’agace autant qu’il me calme. J’essaye. J’essaye vraiment de reprendre le cours de ma vie normalement. Pas comme si je n’avais jamais croisé Seven, mais comme si je m’en remettais. C’est juste que les conséquences se sont diffusées à plus que des marques sur ma peau et des peurs de noyade à la moindre goutte d’eau -et j’en suis pleinement responsable. Sauf que comme d’habitude, tout se casse la gueule quand je dis les choses à voix haute. Et après on me reproche le repli, le refoulement ou l’éloignement. Mais le flot d’émotions est trop pesant ces temps-ci. Je ne parviens pas à m’exprimer posément. Trop sur les nerfs, trop dans l’affect. J’finis par blesser les autres. Bo en a fait les frais pendant un moment. Au tour d’Arthur et Rhoan. Même si je leur en veux, dans l’fond, j’espère qu’ils le savent que malgré tout, j’suis une amie fidèle… simplement soumise à mes humeurs. Sans compter sur mon sens de la contradiction -j’aime dire non-, ma capacité à vriller avec entêtement et à exploser lorsqu'il s'agit de régler mes comptes. Alors que la moitié d’la coloc ne puisse pas piffrer Tyfy, c’est ajouter une couche au tableau déjà assombri.

La seule note dorée de l’histoire, c’est Bo. Même si je l’étriperais bien avec ses smiley qui font des clins d’oeil à tout bout d’champ et dont il abuse par sms, il est beaucoup plus adorable qu’avant. Ou c’est peut-être pas le bon mot… Attentionné ? Rassurant ? En tout cas, il me parle plus et ça ne part pas en sucette au moindre mot plus haut. Il a probablement pitié, trop de compassion, mais j’peux pas changer ça, c’est trop tard, j’y peux rien, j’abandonne l’idée de tout contrôler. Il a vu l’épave, je ne peux pas l’en blamer. Mais il est là. Finalement, il est toujours là Bo, toujours tout près, à graviter. C’est juste moi qui me suis éparpillée et qui l’aie perdu de vue. Plus jamais. Alors j’suis contente de le retrouver. J’veux en profiter. Promis Artie, j’te vole pas ton meilleur ami. Mais si j’peux avoir quelques moments à moi, avec lui, j’les prends. Tous capricieux, tous diva. Ça doit être pour ça que ça ne tourne pas rond dans cet appart’.

Loin des drames, des complications et des crises, je m'extirpe de l’hôpital et de son odeur antiseptique fatiguée par le rythme que j'enchaîne depuis mon retour à la surface et cette nécessité de marcher sur des oeufs -que j'casse quand même de temps à autre, brusquement. Mais aujourd’hui j’aime l’ambiance qui crépite à City. Ça fait du bien. Ça donne un peu d'énergie aussi, éveille une hâte que je n'ai pas éprouvée depuis quelques temps.
J’ai beau être parée d’mon plus beau manteau beige, écharpe et gants assortis, j’ai le bout des oreilles gelées. Faut que je m’achète un bonnet. J’ai peut-être appris à tricoter, mais faut pas pousser. Pas l’choix, je missionnerai Bo pour le dégoter avec moi. Et comme promis, je l’attends devant le grand sapin illuminé qui ouvre la grande allée de chalets. Ça sent bon, faut le reconnaître. Chocolat ou vin chaud ? Mon coeur balance. Mais viiite, j’ai un petit creux. Et j’ai un peu froid. Besoin d’un baume. Besoin de Bo. Vite, vite. Ah. Il est là.
– Bo ! Les lèvres qui se courbent et rebondissent comme une rime sur son prénom, les pas qui vont à sa rencontre. Mais y a du monde, probablement trop. Ça va faire tanguer mon humeur, mais peut-être aussi la sienne. C’est plutôt sûr même. Et nos regards dirigés en même temps vers la marée humaine agglutinée devant les étales festifs nous donnent un haut-le-coeur commun. Bon, il nous faut une tactique. Tu restes au centre de l’allée, tu repères ce que tu veux à distance, ou on le fait ensemble, puis j’me faufile pour te le récupérer. Okay ? Sourire d'attaque, prêt à passer à l’action alors qu’on s’engouffre vers le marché... alors que je ne lui ai même pas demandé comment il allait. Ça a été ta journée ? J’me rattrape comme je peux, à défaut de m’accrocher à son bras comme je pourrais le faire avec Felix ou Rhoan. Sauf que j’ai un peu de pression aujourd’hui. Ça ressemble à un nouveau départ entre nous, j’veux pas foirer. Manquerait plus que je nous plante à nouveau. Non. Interdit.

J’le supporterais pas.
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MessageSujet: Re: if we want to get used (nuro)   Sam 6 Jan - 7:47

    Je commence à regretter ma proposition, au fur et à mesure que je m'approche du marché de Noël. Pas par rapport à Nur, bien au contraire. J'ai envie de passer du temps avec elle, même si c'est difficile de l'admettre. Même si ça me stress un peu. Peut-être à cause de notre dernier moment en tête à tête. Comme si j'avais peur qu'elle ait vu en moi plus que je ne voulais. Comme si j'avais peur qu'elle ait compris que mon amitié pour elle dérapait dangereusement vers d'autres sentiments. J'ai déjà du mal moi-même à accepter cette éventualité, alors qu'elle le sache aussi à quelque chose de terriblement angoissant et gênant. Est-ce qu'elle pense que c'est un rencard ? Et d'ailleurs, est-ce que c'en est un ? J'enfonce un peu plus profondément mes mains dans mes poches, me raidis un peu, de plus en plus nerveux. Allez, avance Bo, avance, ne réfléchis pas. Et surtout, surtout, ne pense pas à la foule. Aux gens qui te percute, qui te bouscule. N'y pense pas. J'inspire, expire. C'est comme à la fac. Rentre dans ta bulle et oublie le reste. Mais j'ai du mal aujourd'hui. Beaucoup de mal. Je réajuste mon écharpe, celle que Nur m'a offerte. J'espère que ça lui fera plaisir de me voir la porter. En tout cas moi, j'suis ravi. Elle est agréable et tient bien chaud, je n'en demandais pas plus. Je cherche du regard notre point de rendez-vous et m'approche, finissant par apercevoir sa petite silhouette à travers la masse. Et ça me serre le cœur. Parce que je devine les marques encore présentes cachées sous ses couches de vêtements. Je les ai vues, je sais qu'elles sont là. Témoins d'un acte horrible dont je ne sais rien. Elle ne dira jamais rien, je le sais, j'ai finit par l'accepter. Mais ça me coûte et ça me ronge. Et je suis en colère que celui qui lui a fait ça continue de cavaler, comme si de rien était. Tranquillement. Et je suis sûr que lui, il dort bien la nuit. Elle ne le sait pas Nur, mais je prie. Je prie pour qu'elle se rétablisse complètement, oui. Physiquement et moralement. Mais surtout, je prie pour qu'on retrouve le coupable et qu'il paie pour ça. J'espère que Dieu m'entendra. Je l'espère vraiment.
   — Bo !
   Je le souris, avec cette sincérité neutre qui me caractérise. Attitude lisse, bienveillante et distante à la fois, toujours là, mais toujours sensiblement en retrait. Sauf quand je fais l'idiot avec Arthur et que je me donne en spectacle. Et aujourd'hui plus que jamais, je me cache et me protège derrière cette vieille habitude. Pour ne pas lui laisser entrevoir le souci que je me fais pour elle. Mais surtout, pour ne pas qu'elle puisse deviner un peu plus toute l'étendue de l'impact de sa présence sur moi. De mon sang qui pulse plus rapidement, de mon rythme cardiaque qui augmente sensiblement, de mes tripes qui dansent lentement dans mon ventre. Mais mon regard quitte le sien une seconde, le temps pour moi d'aller jeter un coup d’œil nerveux du côté de la foule. Je ne suis pas serein et elle le sent aussitôt.
   — Bon, il nous faut une tactique. Tu restes au centre de l’allée, tu repères ce que tu veux à distance, ou on le fait ensemble, puis j’me faufile pour te le récupérer. Okay ?
   Je repose mon attention sur elle, échappe un léger rire, les lèvres toujours closes et mon sourire s'agrandit un peu plus, pour devenir chaleureux.
   — J'savais pas que t'étais aussi garde du corps lors de ton temps libre.
   Que je lance pour la taquiner un peu. Mais avec un peu de sérieux, je ne peux que constater sa bonne idée. La tactique me semble plutôt cohérente et devrait pouvoir s'avérer efficace.
   — Mais ça me convient, on peut tenter ça !
   Je n'ose pas lui demander si pour elle, ça ira toute cette foule. Si elle ne se sent pas trop oppressée, si elle n'a pas peur d'avoir la sensation d'étouffer. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais les marques autour de son cou étaient suffisamment explicites pour que je devine une tentative d'étranglement, ou quelque chose dans ce goût-là en tout cas. Et voilà, la colère qui remonte en flèche. Je souris de plus belle, pour enterrer tout ça. Et je ne demande rien, parce que je ne veux pas la fâcher. Elle m'a clairement fait comprendre qu'on ne devait plus jamais parler de tout ça. Et je sais pertinemment qu'elle ne supporte pas qu'on ait pitié d'elle. Alors je m'efforce de ne pas la contrarier sur ces points-là. On se met en mouvement et je suis de moins en moins serein à l'idée d'affronter ce raz-de-marée humains. Je deviens nerveux et je sens déjà que dans ma tête, ça commence à faire des nœuds, à se mélanger. Inspire, expire, inspire, expire.
   — Ça a été ta journée ?
   Je bloque un peu. La vérité, c'est que non, je ne vais pas bien. Pas du tout. Et ça n'a rien à voir avec elle - bien que son cas n'aide pas à améliorer mon humeur. Ça ne va pas parce que je reste terrorisé à l'idée de refaire une réaction allergique. Les médecins m'ont expressément dit que je pourrais avoir des effets secondaires dorénavant. Et cette simple idée me file la nausée. Mais ce n'est même pas le pire ; c'est pour dire. Non, ça ne va pas, parce que mes parents ont décidé d'envoyer Jemima dans un hôpital psychiatrique. Au début, c'était juste pour un examen, juste pour une nuit. Et finalement, elle n'est pas ressortie. Ils ont donné leur consentement. Malgré mes hurlements et mes protestations. Je n'ai rien pu faire. Jemima est enfermée là-bas à cause de mon incapacité à être un bon frère, à veiller sur elle. Et ça, je n'arrive pas à me le pardonner. Je ne pourrais pas, jamais. Et ça me tue. Mais je n'en ai parlé à personne, pas même à Arthur. Je n'ai pas envie que les gens sachent. Je n'ai pas envie de partager ça avec qui que ce soit. Alors, je reste impassible et espère qu'elle ne remarque pas à quel point mon âme est brisée dans le fond de mes prunelles. D'un ton léger, je réponds.
   — Oui, les cours quoi, tu sais c'que c'est. Et toi ?
   Je ne m'attarde pas sur mon cas et espère qu'elle a plus de choses à dire que moi pour combler le vide, pour ne surtout pas parler de moi. Mon téléphone vibre dans ma poche, quelqu'un m'appelle. Je le sors distraitement de mon blouson et me raidis en voyant la photo et le nom qui s'affiche en gros sur l'écran : Fanny. J'ignore l'appel et range le téléphone, continuant d'avancer en tentant d'éviter soigneusement les gens, tant que c'est possible en tout cas. Mais très vite, mon portable vibre à trois reprises. Je le sors et le maintient plus discrètement, pour éviter que Nur voit ça. Si elle le répète à Arthur, je suis foutu. Les trois sms proviennent bien de Fanny qui me demande ce que je fais et si ça me dirait d'aller au marché de Noël avec Arthur et elle. Je ne réponds rien et mets mon téléphone sur silencieux avant de le ranger définitivement cette fois-ci. Je lance un sourire nerveux à Nur et profite d'un stand de chocolat chaud pour lancer.
   — Oh dit voir, je meurs de faim, tu nous prendrais pas des chocolats chauds ?
   Que je propose, enthousiaste, en sortant de ma poche un peu d'argent pour nous payer la première tournée. Elle s'éclipse un moment pour aller nous chercher ça et je reste planté là, avec la sale sensation d'être pris en étau dans cette allée bondée. Je finis par ressortir mon téléphone et je réponds brièvement a Fanny.
   Dsl, j'y suis déjà avec Nur.
   Et je le range à la hâte lorsque Nur revient vers moi. J'attrape mon gobelet qui me réchauffe aussitôt les mains et ce n'est pas désagréable.
   — Mercii !
   On se remet en route et je bois quelques gorgées du liquide brûlant, grimaçant un peu. Finalement, de reprend la parole.
   — Au fait, ça te gêne pas qu'on soit que tous les deux ? J'veux dire, si tu veux que les autres nous rejoignent, ça me dérange pas.
   Bien sûr que ça me dérange. Bien sûr que j'ai envie de rester tout seul avec elle. Mais j'ai peur que cette envie ne soit pas si partagée que ça. J'ai peur qu'elle se dise qu'elle aurait bien aimé qu'Arthur et Tyfy soit là par exemple. J'ai peur de m'être imposé et qu'elle ait accepté par politesse, pour ne pas me blesser, ni me vexer. C'est bête, je sais, faut que j'arrête de cogiter. Mais c'est plus fort que moi. Y a toute cette incertitude qui me bouffe. Cette différence entre moi et les autres gars, qui ne changera jamais. Qui me mettra toujours sur la touche, j'le sais bien. Et j'ai beau faire celui qui s'en fout, ça me prend la tête, nuit et jour. Et j'y pense là, plus que jamais. Alors que j'aimerais bien saisir sa main. Mais j'peux pas. Et je deviens dingue.
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MessageSujet: Re: if we want to get used (nuro)   Lun 15 Jan - 0:14


— J'savais pas que t'étais aussi garde du corps lors de ton temps libre. Le sourire en coin en premier mot et l’image de Peadar qui se greffe sous mes paupières. J’me diversifie au cas où j’échoue en médecine. Y a probablement un problème de carure dans l’équation. Mais si je pouvais être aussi efficace et solide, ça m’irait parfaitement. Mais ça me convient, on peut tenter ça ! Je hoche la tête et on se met en route. Mais mon regard reste accroché à son profil, essayant de décrypter toutes ses expressions même les plus petites, juste pour anticiper le moindre mal, toutes les implosions qu’il tentera d’étouffer en lui à cause de ce bain de foule. Parce que même si on n’a pas été aussi proches qu’on l’aurait voulu, je sais quand et comment, ou alors j’le sens quand il enfouit tout dans sa cage d’os, surtout quand il est juste à mes côtés. Mais Bo n’en parle jamais, il porte juste le truc comme son propre fléau, il dit rien. Y a juste eu cette fois, où il s’est forcé pour moi et je ne l’oublierai pas. Alors oui, jouer les gardes du corps inutiles et faire comme si il n’était pas en train de vivre l’enfer, je peux faire si c’est ce qui lui convient. Pourtant à sa réponse banale, je sens aussi qu’il ment. C’est basé sur rien mis à part ce trou dans l’estomac -instinct, pressentiment ou que sais-je. J’ai juste cette mauvaise impression que quelque chose cloche. Et si il se force à être là ? Et si il m’avait invité juste parce que sa compassion l’y oblige ? Est-ce que ça va être comme ça à chaque fois pour lui et Peadar ? La bienveillance qui dégouline et les regards peinés par ce qu’ils ont vu de moi ? L’éventualité me retourne les entrailles, l’électricité dans les veines, j’en oublie de répondre à sa question et c’est son téléphone qui extirpe mes pensées de ma cacophonie interne. Aperçu furtif. J’suis même pas sûre d’avoir bien vu. Mais pourtant, ça avait l’air d’être elle. Fanny. Et quand ça insiste, dans ma tête, ça se confirme. Y a qu’elle pour être aussi reloue. Alors Artie n’était pas simplement en train de baliser ? Ils se parlent... Oh dit voir, je meurs de faim, tu nous prendrais pas des chocolats chauds ? Ça ressemble presque à une excuse pour que je m’éloigne et qu’il ait le temps de lui répondre, mais okay, c’est peut-être maintenant moi qui me fais des films. Yep, bonne idée. Je m’exécute et troque juste mon chocolat contre du vin chaud, priant pour ne rien renverser et ne surtout pas mélanger les verres en checkant Bo. J’ai un mauvais souvenir de ces moments alcoolisés. Enfin dans tous les cas, il est vraiment en train de lui parler. Sa gestuelle rapide et trop enjouée pour lui le trahissent. C’est obligé putain. Et l’échange de sms avec Artie me revient. Bo amoureux de Fanny. Bo pas si bloqué que ça avec les filles. Ça tourne un peu en boucle et y a comme une étrange pique dans un coin de mon coeur. Et depuis quand je devrais être jalouse de cette meuf ?! C’est vachement le moment en plus ! Bordel.
Je retire mes gants pour mieux capter la chaleur à travers le gobelet, quitte à m’y brûler, et la distraction entre mes mains est la bienvenue. Ça me permet de ne pas mesurer encore vraiment ce que ça veut aussi dire pour Arthur. Qu’il avait peut-être raison de s’inquiéter. Au fait, ça te gêne pas qu'on soit que tous les deux ? J'veux dire, si tu veux que les autres nous rejoignent, ça me dérange pas. Okay. Son autre don revient comme une vieille habitude. Il me vexe. Je déglutis et choisis de boire un peu de vin plutôt que de partir au quart de tour. Easy easy easy. Souffler sur le liquide aide un peu. Et puis surtout, si c’est ce dont il a vraiment envie, j’peux être une bonne pote, honnête. Au contraire, j’préfère rien que tous les deux. C’est moins oppressant avec toi… Même si c’est relatif. Mes iris balaient la masse humaine devant nous. Je souffle encore puis me stoppe pour lui faire face, amarrer mes yeux aux siens. Mais si toi tu veux inviter quelqu’un d’autre à nous rejoindre, tu peux, ça ira. J’donne un peu mais ne cède pas tout. Pas d’éclipse. Vraiment ? Good. Tu as l’air très demandé, alors… hésites pas. Je tente un sourire, un autre rattrapage bancal et foireux. Tu voulais pas venir avec quelqu’un dont tu es… plus proche ? J’contrôle pas le détournement juste après avoir voulu lui hurler dessus “me prends pas en pitié !!”. Ça s’comprendrait avec noël tout ça... Ma main qui voltige vers les chalets encombrés, les bons sentiments et la chaleur ambiante. Le vin n’est pas assez fort pour me monter à la tête, mais j’me sens fiévreuse, et j’me doute que ça vient de cette gêne soudaine, de l’embarras dans lequel j’viens de nous fourrer tous les deux. Mais puisqu’on y est… J’sais bien que je suis mal placée pour dire ça dernièrement mais… tu partages trop rarement ce qui se passe dans ta vie Bo. C’est… dommage. Le regard et l’assurance qui se redressent, un peu plus droit, parce que quoi qu’il se passe, quoi qu’il arrive : j’veux savoir.
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MessageSujet: Re: if we want to get used (nuro)   Hier à 10:44

J'aurais dû me taire, c'est évident. Ma question jette un froid et je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas comment le prendre. Elle détourne son regard du mien, souffle sur son verre, boit sans dire un mot et je me retrouve comme un idiot. Je baisse les yeux à mon tour et l'imite, prenant une gorgée brûlante ; aïe. J'ai l'impression de n'être bon qu'à ça. Qu'à mettre les deux pieds dans le plat, à semer le trouble autour de moi. Pourtant, c'est bien la dernière chose que je veux. Je n'aspire qu'au calme, qu'à éviter les ennuis. Pourtant, j'ai un don très agaçant pour les provoquer. Je me mords nerveusement l'intérieur de la lèvre, avec la furieuse envie de disparaitre sur le champ. Et la foule autour de nous n'aide pas.
Au contraire, j’préfère rien que tous les deux. C’est moins oppressant avec toi… Même si c’est relatif.
Sa réponse m'interpelle. Je relève la tête, cherche son regard, dans le mien y a deux points d'interrogations. Je m'attendais à des soupirs, à des reproches. Je m'attendais même à ce qu'elle appelle Arthur sans attendre. Mais clairement, je ne m'attendais pas à ça. A ce qui ressemble à un élan de vérité. Et bon sang, ce que je peux espérer que ce soit vrai. Pas un énième mensonge pour ne pas me heurter. Voilà, je recommence à douter. Je la sonde, le regard insistant, comme si j'essayais de trouver la faille dans ses paroles. J'esquisse un maigre sourire, seulement à moitié convaincu. Les mots ne sortent pas. Hochements de tête et silence pesant.
Mais si toi tu veux inviter quelqu’un d’autre à nous rejoindre, tu peux, ça ira.
Je fronce les sourcils et hausse lentement les épaules.
Non, no... Elle me coupe.
Tu as l’air très demandé, alors… hésites pas.
Quoi ? N-non.
Je pâlis, sûrement l'effet du mensonge. La trouille qu'elle puisse savoir quoi que ce soit, qu'elle me vende à Arthur. Je la dévisage, nerveux, la mâchoire qui se crispe et je finis par détourner les yeux. J'ai trop peur qu'elle puisse lire dedans toute la vérité. Je ricane, c'est bancal, mais je veux donner l'illusion qu'elle se plante complètement et que je ne vois pas de quoi elle parle. Pourtant, ça pulse dans mes veines, ça cogne dans ma poitrine, ça se tord dans mes entrailles. J'me sens comme une merde.
Tu voulais pas venir avec quelqu’un dont tu es… plus proche ? Ça s’comprendrait avec noël tout ça...
Je bug un peu, mes yeux qui se noient dans mon chocolat chaud avant de revenir sur elle. Le front plissé, le regard sceptique. Elle me perd, comme d'habitude. C'est un reproche ? Un piège ? C'est sincère ? Et je ne sais pas ce qui me blesse le plus. Je sais que c'est compliqué nous deux, mais je croyais que.. Ouais, je pensais qu'on était proches. A notre façon, c'est vrai. Sourire vexé qui passe furtivement sur mes lèvres, la résignation au fond des yeux. T'es un crétin Bo, arrête de cogiter, arrête de te faire des films. Je fais la moue, soudainement très distant, je me replis dans mes tranchées.
Non, avec toi ça m'allait.
J'attaque comme un foutu gosse piqué dans son égo. Mais ça fait trop mal pour que je fasse comme si de rien était. C'est stupide, je pourrais jouer franc jeu, et lui dire le fond de ma pensée. Après tout, c'était déjà tout ces foutus non-dit qui nous avaient séparé la première fois. Faut croire que je ne suis pas capable d'apprendre de mes erreurs. Pas quand ça me touche en plein cœur. Et je suis à deux doigts de proposer à Fanny de nous rejoindre. Et s'il n'y avait pas cette histoire avec Arthur, je l'aurais fait. Puérilité extrême.
J’sais bien que je suis mal placée pour dire ça dernièrement mais… tu partages trop rarement ce qui se passe dans ta vie Bo. C’est… dommage.
Je la toise quelques secondes, silencieux. Figé même. Peut-être que j'aurais pu lui parler de Jemima. Faut dire que ça commence à me peser sérieusement, ça me ferait peut-être du bien de partager ça avec quelqu'un. Je suis presque sûr que je l'aurais fait s'il n'y avait pas eu tout ça. Ses mots bruts qui sont venus fragiliser encore plus mes fondations déjà fissurées. Et désormais, je n'ai plus envie de partager quoi que ce soit avec elle. Puisqu'on est pas proches, qu'est-ce que ça peut faire hein ? Je hausse les épaules, attitude désinvolte et agaçante.
Parce que y a rien d'intéressant à dire. J'vais en cours et à l'église, rien de palpitant. Si tu veux de l'inédit, va voir Arthur ou Tyfy.
J'en ai trop dit. Je détourne la tête, ma main qui se resserre autour du gobelet. Je m'agite une seconde, nerveux, avant de finalement secouer la tête de gauche à droite.
Laisse tomber. J'ai b'soin d'air.
La foule m'étouffe, à moins que ce ne soit Nur. Comme si elle avait plongé sa main dans ma poitrine et qu'elle serrait mes poumons. L'envie de parler qui se fait la malle, l'envie de se livrer qui va se planquer dans les abysses de mon cerveau et je fais demi-tour, cherchant une échappatoire. Je n'essaye pas de fuir, mais faut vraiment que je sorte de là. D'habitude, je peux encaisser, j'ai appris à gérer depuis les années. Mais pas là. Pas aujourd'hui, pas avec tout ce qui me tombe dessus depuis quelques semaines. J'ai déjà trop de poids à porter, je ne peux pas en rajouter encore plus. Je fends la foule et vais me loger entre deux chalets, à quelques mètres de là à peine. L'oxygène qui rentre brutalement dans mes poumons, ça brûle mais ça fait du bien. Le souffle revient. Mais la tempête dans ma tête continue de tout casser ; je suis fatigué de ce chaos intérieur. Si fatigué.
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