La guerre de Noël

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 crimewave (branton)

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dragostea din teï

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MessageSujet: crimewave (branton)   Sam 2 Déc - 16:34

Devant lui le corps sans vie, entre ses lèvres des putain putain putain comme une litanie. Il regarde ses traits figés, ses yeux vitreux un peu cachés par ses cheveux. Elle fait peur comme ça, Ipo. Putain ce qu'elle peut être moche quand elle est morte. Et Bran ne sait pas quoi faire, Bran prend son crâne entre ses mains en observant le carnage – la trace de ses doigts sur sa gorge, le sang sur son visage, la flaque sous son crâne. Il voulait pas il le jure, mais maintenant c'est trop tard et y a tout qui se mélange. Elle est morte pour quoi ? Pour rien ? Elle a même pas parlé, il a pas avancé et maintenant il a un sacré merdier à gérer. Il sait pas où est Lim, il sait pas quoi faire de ce cadavre, il sait pas comment le dire aux autres. Surtout à Anton.

Quand il tache l'écran de son téléphone il serre les dents, le rouge qui glisse de ses doigts qui se colle contre son oreille, et les bip qui ne trouvent pas de réponse. Y a personne au bout du fil, personne qui daigne répondre. Sûrement que certains sont en train de bosser et qu'ils ont pas entendu sonner, sûrement que d'autres ont pas envie de lui parler. Lazar est le seul à décrocher mais quand il entend sa voix il raccroche, quand il entend sa voix il est pas foutu de lui avouer ce qui vient de se passer. Il voit déjà la déception chaque fois qu'il croise son regard depuis que Lim s'est enfuie, il est pas prêt à affronter ça ce soir. Et puis il sait même plus ce qu'il doit penser de lui, il sait plus s'il peut lui faire confiance ou s'il doit garder une main sur son flingue quand il est avec lui. Il sait pas il sait plus et y a Ipo qui le fixe comme si elle l'accusait. « PUTAIN. » Sa voix résonne entre les murs de la ruelle mal éclairée alors qu'il fond sur elle, ferme ses paupières d'un geste tremblant, grogne au contact de sa peau qui commence déjà à se refroidir. Faut qu'il agisse et il est pas en état de s'occuper de tout ça seul, il le sait – il risquerait de merder. Mais le seul qu'il reste c'est Anton et il sait déjà ce qui l'attend, le courroux qu'il devra affronter et les représailles qui viendront l'écraser. Il a pas l'choix.

Ses dents serrées quand il se décide à l'appeler, quand il l'entend décrocher.

« C'est moi. J'ai un problème. J'te raconterai sur place, retrouve-moi à la sortie d'la ville d'ici une demie heure. » Et déjà il raccroche pour l'empêcher de poser la moindre question, pour s'assurer de n'pas avoir à s'expliquer. Il sait qu'Anton viendra et il essaie de se rassurer avec ça, de s'dire qu'au moins ils s'en occuperont ensemble. Il veut pas penser aux autres, à ce qu'il lira dans les yeux de Lazar, à ce qu'il devra dire à Lim si un jour il arrive à la retrouver. Et c'est moche mais ça fait germer une idée, parce qu'il est désespéré, parce qu'il la connaît. Si elle ne répond pas pour lui elle répondra pour Ipo et il réfléchit pas quand il brandit son téléphone à nouveau, quand il cadre pour prendre son cadavre en photo. Il sait pas vraiment ce qu'il veut en faire, il sait juste que ça pourra être utile et il s'attarde pas, il se met en mouvement. Il l'abandonne le temps d'aller jusqu'à sa voiture pour la rapprocher, se garant n'importe comment pour que son coffre soit aussi proche que possible, camouflé par l'ombre des bâtiments. Il tache ses vêtements quand il attrape Ipo, quand il la porte maladroitement – le sang qui s'incruste dans le tissu, qui imprègne sa chair. Il n'est pas délicat quand il tire sur ses membres pour les plier, luttant parce qu'ils ont commencé à se raidir. Il a la gorge un peu nouée quand il regarde ce qu'il a fait ; ce corps inanimé, recroquevillé dans le coffre de sa voiture.

Il se pose pas de question, il ferme son blouson pour cacher les traces rouges qui maculent son t-shirt, se met derrière le volant. Il respecte les limitations pour n'pas attirer l'attention, se range sagement sur le bord de la route quand il sort enfin de la ville, quand il trouve un coin sombre pas loin de la nationale, quasi sans circulation. Calé contre l'habitacle, il sort une clope et l'allume même s'il doit s'y reprendre à trois fois, tête basculée en arrière pour regarder le ciel. Les étoiles sont plus visibles ici, loin des lumières de la ville. Et il s'demande si c'est elles qui font tout merder, si c'est elles qu'il doit blâmer. Il a pas l'temps d'y réfléchir, déjà il entend un moteur approcher et ralentir, reconnaît la caisse d'Anton qui vient se garer. Il reste silencieux, attend de le voir arriver près de lui, croise son regard en crachant un nuage de fumée. « Promets d'pas t'énerver. » C'est la seule salutation qu'il donne mais il attend pas vraiment de réponse, tirant à nouveau sur sa cigarette alors qu'il va se placer devant son coffre. Il n'le regarde pas quand il appuie lentement, quand il tient le métal pour l'empêcher de s'ouvrir complètement. Juste assez pour reconnaître Ipo, pour deviner qu'elle a arrêté de respirer. « J'ai pas fait exprès. » C'est tout ce qu'il trouve à dire pour sa défense – comme un môme qui aurait cassé le jouet préféré de son frère, qui le montre en cachette pour pas s'faire punir par les parents. À ses yeux c'est un peu ça, il est juste content qu'Ipo n'ait jamais eu de valeur particulière pour Anton ou le gang. Juste une fille de plus, qu'elle soit là ou pas personne le verra, personne sauf Lim, et certainement d'autres filles. Mais il sait que c'est pas ça l'problème, il sait comment Anton réagit quand on touche aux filles. « J'l'ai pas encore dit à Lazar. » Il l'a dit à personne d'autre qu'Anton pour l'instant, et quand il tourne la tête pour le regarder il s'demande si c'est vraiment une bonne idée. Il sait plus sur qui il peut compter Bran, tout l'monde devient suspect. Y a trop de poison partout et il sait pas où trouver l'antidote.
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MessageSujet: Re: crimewave (branton)   Mar 12 Déc - 21:53

Il y a des soirs qui sentent le désastre. Comme l’orage ça flotte dans l’air, c’est lourd, électrique. Comme dans les films les animaux semblent agités, le silence murmurer. Le truc c’est que dès qu’on s’est persuadé que quelque chose n’allait pas, on est prêt à imaginer tous les signes pouvait le confirmer. A tourner comme un lion en cage il attend le coup de fusil. Si ça ne pète pas ce soir ça pètera au réveil, c’est sûr, enfin s’il arrive à s’endormir avec l’anticipation. Mama elle disait que c’était des signes de Dieu les pressentiments. L’Eternel il n’a pas bien tendance à l’écouter sauf quand ça vient sous cette forme-là. Les signes d’allégresse, les voies ouvertes aux bonnes actions, les chances de salut, Anton ne les voit jamais ou bien il détourne le regard sciemment, trop content de la facilité de ses œillères. Ce n’est que quand l’atmosphère flaire le sang qu’il ouvre grand les yeux, qu’il y croit. Il en a passé des nuits à se ronger les ongles en attendant l’explosion sans jamais qu’elle vienne. Faut croire que c’est pas infaillible. Les lampes à lave sont éteintes, ça ne sert à rien, le bougre ne cherche pas à se calmer. Cigarette sur cigarette il attend. Cela semblerait sans doute plus légitime si le ciel hurlait son présage mais tout semble calme. Jusqu’au moment où plus rien ne le sera.

Son téléphone sonne. Est-ce le glas ? Ah, non, c’est Bran. Il manque de raccrocher, se disant ‘pas ce soir, j’attends une tragédie’. Puis il se dit qu’en attendant le drame on peut toujours s’occuper, que ça ne se fait pas d’ignorer un frère. Alors il décroche. « C'est moi. J'ai un problème. J'te raconterai sur place, retrouve-moi à la sortie d'la ville d'ici une demie heure. » Au début l’idée ne lui vient pas que c’est peut-être ça le désastre, lui tout ce qu’il se dit c’est ‘quelle sortie de la ville ?’. Alors il s’apprête à rappeler. Puis ça le frappe comme ça, c’est le boomerang qui finit encore sa courbe pour l’avoir dans la nuque. C’est ça. Le désastre, le drame, la tragédie, l’explosion. C’était dans le voix de Bran dans ces tremblements qu’il a entendu, dans l’empressement. Il avait raison. Dieu ne lui donne pas que de faux pressentiments. Alors il bondit, faisant sursauter les chiens et enfile sa veste aussi vite que ses bras lui permettent. Sur le pas de la porte il s’arrête et jette un œil aux pitbulls curieux. Est-ce que c’est le genre de situations où il faut des chiens de combat ? Mieux vaux se préparer au pire mais d’un autre côté s’il faut être discret ce n’est peut-être pas la meilleure option. Un autre jour alors. Le serbe ferme à double tour la porte sur les molosses et bondit dans sa bagnole.

Lui vient à nouveau la réflexion qu’il ne sait pas de quelle sortie de la ville il parle, après tout ce n’est pas très grand mais il y en a plus d’une. Il s’apprête à rappeler puis la main du destin l’arrête. C’est une matière sérieuse. Il ne troublera pas le fil du destin simplement pour demander des directions. Une seule solution, mettre le pied au plancher pour avoir le temps de changer de sortie s’il s’est trompé. En dix minutes il est aux portes de la ville. Aucun signe de Bran. En dix minutes de plus il est aux portes de la ville d’un autre côté. Il manque de repartir avant de remarquer la voiture garée à l’écart de la route, dissimulée. Doucement, il vient se garer à côté, éteint ses phares, rejoins la silhouette qui vaque à côté de l’autre véhicule. Dans tous les tons de gris de la nuit seule la braise de sa cigarette tranche comme un soleil, illuminant son visage à chaque fois qu’il tire une latte. « Promets d'pas t'énerver. »

C’est que ça commence mal ces histoires. Promets de pas t’énerver, le premier signe qu’Anton va perdre les pédales, que quoi que ce soit qui soit arrivé, il ne le supportera pas. Bran a la mort au fond des yeux et ça il ne faut pas avoir un diplôme pour le reconnaître, il faut juste l’avoir déjà vu. Habituellement elle ne vient pas avec toute cette culpabilité qui suinte, avec ces excuses. Il ne dit pas un mot le brun, il attend, il se met aux côtés de son ami pour attendre la révélation. Le coffre se soulève, les ampoules à l’intérieur crèvent l’obscurité comme un trésor. Mais Anton ferme les yeux. Anton ferme les yeux parce qu’il a vu ce qu’il y avait à voir. « J'ai pas fait exprès. » Putain comme si ça changeait quelque chose. Pourquoi il dit ça comme un gosse qui a fait une bêtise ? Elle est morte bordel de merde il a pas juste cassé un vase ! Elle valait pas grand-chose, ouais, c’était pas la meilleure, la plus utile, la plus belle, mais elle était pas à lui. Ipo c’était son problème, son joug. Son contrôle. Sans un mot il pose les coudes sur le coffre, prends sa tête entre ses mains un instant, tandis que chaque fibre de son corps commence à s’échauffer. « J'l'ai pas encore dit à Lazar. » Bien sûr que non il l’a pas dit, Anton ne serait pas là sinon, le boss aurait envoyé Vlad. Donc c’est lui la première personne qu’il a appelée ? Peut-être que ça pourrait baisser sa rage mais ça suffit pas.

Ses poings s’abattent sur le capot avec un cri rageur. « PUTAIN ! » Il se retourne, fout une grande claque à l’arrière du crâne de Bran, il jure encore. Les mains dans ses cheveux il essaie désespérément de les lisser, faisant les cent pas, essayant autant de réfléchir que de ne pas gueuler encore. Finalement les deux tentatives échouent. Il pousse le tondu violemment contre la bagnole, sans la moindre intention de plus lever la main sur lui. « Putain mais qu’est-ce t’as fait ? Putain mais t’es con c’est pas vrai putain ! Qu’est-ce que je m’en branle moi que t’aies pas fait exprès ? » Il s’éloigne, se ronge un ongle, il n’arrive pas à rester en place. « T’as merdé Bran t’as merdé putain, t’avais pas le droit merde ! »
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MessageSujet: Re: crimewave (branton)   Jeu 14 Déc - 13:42

« PUTAIN ! » Il le regarde rager il l'écoute gueuler, clope aux lèvres il ne bouge pas. Pas même quand il récolte une claque à l'arrière du crâne comme s'il n'était qu'un gamin se faisant réprimander par son aîné. Il serre les dents serre les poings, regarde la cigarette qui lui a échappé sous la force de l'impact, le point rougeoyant qui s'éteint sur le sol comme Ipo l'a fait un peu plus tôt. Anton fait les cent pas et il ne dit rien, il sait que c'est pas l'moment – faut attendre, laisser la tempête éclater pour ensuite essayer de la calmer. Il bronche pas Bran, il se laisse bousculer, tressaille à peine quand son dos heurte violemment la tôle de la voiture. Il sait qu'il a merdé alors il tente même pas de se protéger ou de riposter, il sait qu'il vaut mieux laisser Anton se défouler. De toute façon il ne lèvera pas la main sur lui ou en tous cas pas pour l'instant, alors il ne fait rien pour le stopper. Il est silencieux, tellement que ça lui ressemble pas, pendant qu'à côté Anton explose. « Putain mais qu’est-ce t’as fait ? Putain mais t’es con c’est pas vrai putain ! Qu’est-ce que je m’en branle moi que t’aies pas fait exprès ? » Il sait bien que ça change rien, Ipo est morte qu'il l'ait voulu ou non. Elle est morte elle reviendra pas et il se fout de c'que ça veut dire pour le gang, pour Anton, pour lui-même quand les représailles viendront. Tout ce qui tourne dans sa tête c'est Lim et ce qu'elle fera quand elle saura, il sait qu'elle va pleurer crier vouloir le tuer – rien que d'y penser il a les phalanges qui s'mettent à trembler. Et il reste planté là comme un con, collé à la bagnole alors qu'Anton continue de s'agiter dans tous les sens. « T’as merdé Bran t’as merdé putain, t’avais pas le droit merde ! » Ses mots se répercutent dans sa boîte crânienne dans des échos qui ne s'arrêtent plus, ça tourne en boucle ça lui donne mal à la tête il a les oreilles qui bourdonnent il le voit s'arracher les cheveux c'est trop. Il peut pas il peut plus.

« ARRÊTE PUTAIN ! » Sa voix résonne dans la nuit alors qu'il passe une main sur son crâne rasé, se force à reprendre son souffle, plante ses yeux dans les siens. « Ferme-la t'es en train d'me stresser. » Ça lui arrive jamais pourtant, pas pour ces choses-là – pas face à la mort, il l'a trop souvent côtoyée pour qu'elle lui fasse de l'effet. Mais là c'est différent, c'est une fille du gang et il sait qu'il a fauté, il sait qu'Anton va lui en vouloir et c'est rien en comparaison de Lazar, il veut pas lui dire il veut pas affronter son regard. Quant à Lim il préfère même pas y penser sinon il sait qu'il va vriller. « J'sais que j'ai merdé, pas la peine de m'le répéter. » Il a pas besoin qu'Anton vienne l'enfoncer. « Si j't'ai appelé c'est pour qu'tu m'aides, pas pour que tu m'engueules ok ? » Bien sûr il savait que ça arriverait mais maintenant qu'Anton a lâché sa rage il a besoin d'lui. Il le laissera pas le laisser.

Quand il le regarde il a l'air d'un môme paumé, pauvre gosse qui sait pas ce qu'il a fait – dans ses yeux on devine même les remords. Il s'approche de lui et l'attrape par le col de sa chemise mais y a pas de violence dans son geste, rien d'autre que de la détresse. Ses prunelles qui brûlent dans les siennes, sa voix qui baisse de volume comme s'il avait peur qu'on les entende alors qu'y a personne d'autre qu'eux à des kilomètres à la ronde. « J'suis désolé, j'te jure que j'ai pas fait exprès. Maintenant arrête de criser parce que j'ai besoin d'toi mec. » Il finit par le relâcher mais il reste toujours aussi près, comme s'il avait peur de s'effondrer s'il s'éloigne trop du pilier qu'Anton représente. Il regarde ses fondations céder les unes après les autres et il sait plus sur lesquelles compter.

Ce soir il compte sur lui, plus que jamais.

« J'sais pas quoi faire d'elle. » Il sait pas quoi faire du corps, il sait pas quelle est la meilleure manière de l'faire disparaître, il sait pas s'il doit s'en débarrasser au plus vite ou le ramener à Lazar. Un peu comme le ferait un animal domestique en laissant un cadavre sur le paillasson pour montrer sa dévotion. « Tu crois qu'on peut l'cacher à Lazar ? » Il veut pas assumer ça face à lui, il enchaîne trop les échecs ces derniers temps et après Lim ça serait l'erreur de trop il le sait. « Si on dit qu'elle s'est barrée pour rejoindre Lim ou j'sais pas ? » Il ne réfléchit qu'à moitié, ne voit pas que s'ils faisaient ça c'est Anton qui serait blâmé – Ipo est sous sa surveillance à lui. Lazar supportera pas deux évasions à la suite.

En silence il se sort une nouvelle clope et galère encore à l'allumer, les doigts trop tremblants pour y arriver du premier coup. C'est les relents d'la colère et l'inquiétude qui coulent dans ses veines, l'amertume qui tapisse son palais et les doutes qui lui étreignent la gorge. Si Anton refuse de lui tendre la main, c'est que cette fois il n'a vraiment plus rien.
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MessageSujet: Re: crimewave (branton)   Jeu 14 Déc - 16:29

Il ne réagit pas Bran, il reste figé, à se faire malmener, à prendre les bousculades. Il a compris qu’il faut retenir son souffle, laisser la vague passer, attendre la fin de l’orage. Il a compris que c’était inévitable, que ce n’était que la première conséquence de ses actions dans la cascade qui risque de l’engloutir. Et Anton ne peut faire que ça, gesticuler dans le vide parce que les coups qu’il a envie de donner il ne les mettra pas à son frère. Ils ont tous les deux l’air perdus dans leur propre désert, perdus dans les acouphènes qui leur vrillent les tympans. L’un ne sait que faire de la rage qui semble lave, qui manque de dégouliner de ses doigts. L’autre semble gelé dans la nuit, paralysé dans la culpabilité et l’incompréhension. Qu’est-ce qu’ils vont faire ? Ils ne sont pas faits pour se poser ce genre de questions, ils ne sont bons qu’à exécuter les ordres, pas s’en sortir tous seuls. Ils vont y passer la nuit et ça le brun le sait déjà. « ARRÊTE PUTAIN ! » Parce que c’est à lui d’arrêter ? Parce qu’il a pas le droit de gueuler ? Pas le droit de péter une durite ? Le coupable ici ce n’est pas lui, ce qu’a fait Bran ça le met dans la merde, alors il gueulera autant qu’il veut. « Ferme-la t'es en train d'me stresser. » C’est vrai qu’ils sont là comme deux poissons hors de l’eau, comme une poule devant un putain de couteau, comme s’ils n’avaient jamais vu de cadavre alors qu’ils ont déjà massacré toute la basse-cour avec une machette. Le sang, la mort, ça ne les a jamais dérangés, ils ne devraient pas paniquer comme des innocents. Mais c’est que ça n’a jamais été un accident. Le proxénète prend le crâne de son pote entre ses mains et le secoue. « Te stresser ? Mais putain j’espère bien que tu stresses abruti ! » Parce que maintenant lui aussi il stresse et c’est loin, très loin d’être dans ses habitudes. Au contraire, il a plutôt tendance à ne jamais être assez investi dans les situations pour qu’il en découle de l’angoisse.

« J'sais que j'ai merdé, pas la peine de m'le répéter. » Il a vraiment cru qu’Anton allait lui apporter immédiatement des éléments nouveaux et pertinents, qu’il allait pas péter un câble ? Mais dans quel monde vit-il ? Il a surestimé son pote. « Si j't'ai appelé c'est pour qu'tu m'aides, pas pour que tu m'engueules ok ? » L’un ne va pas sans l’autre, l’un ne va jamais sans l’autre même. Soit il engueule les gens soit il se fout de leur gueule, y a pas vraiment d’autre mode à part face à ses supérieurs. Mais peu à peu ça marche, finalement la vague passe. Les courants restent meurtriers mais la surface se calme, il commence à essayer de réfléchir. Bran l’a entraîné dans sa merde, c’est salaud. Il aurait fait la même chose de toute façon, tant qu’à couler autant le faire à deux la route est plus agréable. Sauf qu’il pédale dans la semoule, que tant bien que mal il veut trouver une solution mais qu’il ne pense qu’aux conséquences. Il a perdu une des filles putain. Son job même c’est de les protéger des attaques extérieures. Il avait pas vu venir l’attaque intérieure. C’est comme un bug dans sa matrice, dans son programme bien huilé. Il sent des mains qui l’agrippent, qui le secouent, le sortent de sa torpeur. « J'suis désolé, j'te jure que j'ai pas fait exprès. Maintenant arrête de criser parce que j'ai besoin d'toi mec. » Il a besoin de toi et ça doit être le seul appel au monde qui te fait accourir, à part le son des fouets de Lazar. Comme un réflexe animal de venir au secours de Bran, entériné depuis des décennies dans ton système. Il acquiesce.

« J'sais pas quoi faire d'elle. » Vous saviez même pas vraiment quoi faire d’elle de son vivant, même si c’est pas la question du jour. Ce qu’il faut faire d’elle c’est se débarrasser du corps, faire en sorte que la police ne la retrouve jamais. Mais il y a une raison pour laquelle ils ne l’emploient pas comme tueur dans le gang. Parce qu’il est bordélique, c’est terrible, c’est génial pour envoyer un message à un gang adverse mais quand il s’agit d’être discret il est le pire outil du monde. Alors il fixe le coffre sans vraiment savoir quoi faire. « Tu crois qu'on peut l'cacher à Lazar ? » Il interrompt les réflexions sur les méthodes pour faire disparaître un cadavre. C’est comme prononcer le nom du seigneur des ténèbres ça, si on ne veut pas qu’il soit au courant c’est une mauvaise idée. Il se retourne vers son compagnon, les yeux quasiment empreints de terreur. « Si on dit qu'elle s'est barrée pour rejoindre Lim ou j'sais pas ? » C’est clairement la pire idée du monde ça, c’est le jeter gratuitement sous le bus comme s’il n’allais déjà pas se prendre du shrapnel dans cette explosion.

« Mais t’es ouf on dit pas ça ! C’est moi qui vais être dans la merde après, je laisse pas les filles se barrer ! » Il ferait n’importe quoi pour Bran mais pour autant il ne va pas le dédouaner entièrement de toutes les conséquences de ses actions. S’il faut qu’ils tombent à deux okay, tant pis, mais à moins que ce ne soit une question de vie ou de mort il n’y a pas de raison qu’il se sacrifie. Et Bran se ferait pas tuer pour ça, non ? Non ? Il n’est plus sûr de rien. « On peut rien cacher à Lazar, il sait tout, il le découvrira, c’est obligé. » Lazar c’est l’œil omniscient qui plane par-dessus vos épaules avec désaccord, qui menace tout ce que vous avez. Quoiqu’il se passe dans cette ville ça lui remonte toujours aux oreilles. La panique recommence à monter. « Putain merde, tu vois bien qu’on a besoin de Vlad, on en fait quoi nous d’Ipo ? Chais pas cacher un corps, j’sais juste les mutiler moi ! »
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MessageSujet: Re: crimewave (branton)   Jeu 11 Jan - 18:22

« Te stresser ? Mais putain j’espère bien que tu stresses abruti ! » Bien sûr qu'il stresse bordel ça fait des jours qu'il stresse – depuis que Lim est partie. Et il a pas l'habitude Bran, il est pas d'ceux qui s'inquiètent. Il laisse ça à ceux qui gèrent à ceux qui dirigent, il n'est que le petit pion qui se laisse placer sans broncher, le clébard bien dressé qui se contente d'obéir sans réfléchir. Y a tout qui se casse la gueule sans qu'il puisse rien y faire et il est perdu, à tourner sur lui-même comme un chien qui voudrait se mordre la queue. « Ta gueule j'te dis ! » Ils sont ridicules, à se crier dessus sans oser vraiment hausser le ton, comme deux mômes qui cherchent un moyen de faire disparaître le vase qu'ils ont cassé. Bran savait à quoi s'attendre quand il l'a appelé. Il savait la colère qui viendrait, les reproches et cette façon de le blâmer. Il savait qu'Anton serait aussi paumé que lui alors c'est p't'être pas la meilleure décision mais c'est la seule qu'il était en capacité de faire, c'est lui le seul qu'il voulait à ses côtés là maintenant tout d'suite. Peut-être qu'il le regrettera plus tard, quand ils finiront inévitablement par se faire prendre et se faire taper sur les doigts, mais il s'en fout. S'ils n'ont pas le même sang Anton n'en reste pas moins son frère et pour ça il pouvait pas faire d'autre choix.

Il a besoin d'lui. Ce soir plus que jamais.

Il voit la panique qui s'est insinuée dans les veines d'Anton, celle qui le fait s'agiter et fixer le coffre comme si la solution allait apparaître par miracle. Il devine la peur dans ses yeux quand il prononce le nom de Lazar, quand il met sur la table l'élément le plus dangereux, celui qui peut les faire chuter tous les deux. Lui aussi ça l'angoisse pourtant il n'a pas peur, ou en tous cas pas d'la même façon qu'Anton. Lazar l'a toujours impressionné mais il ne l'a jamais terrorisé, il le voit comme une figure paternelle comme le phare dans la tempête comme la main qui l'a nourri toutes ces années – main qu'il s'apprête à mordre. Les choses changent depuis qu'il sait la vérité, depuis qu'il n'est plus sûr de pouvoir se fier à qui qu'ce soit. Alors bien sûr son estomac se noue ses tripes se tordent quand il pense à Lazar et à ce qu'il fera quand il apprendra ; pas si, quand, parce que c'est une certitude. Mais c'est pas pour ça qu'il va abandonner l'idée de tout lui cacher. Ça durera pas il le sait, mais il compte bien repousser l'échéance autant qu'il le pourra, comme un putain d'condamné. « Mais t’es ouf on dit pas ça ! C’est moi qui vais être dans la merde après, je laisse pas les filles se barrer ! » Évidemment qu'Anton ne pouvait pas accepter sa proposition, évidemment que c'était une idée de merde. Pourtant ce qu'il retient c'est pas vraiment le refus ou l'échec de sa suggestion, c'est plutôt la fin d'la phrase. Je laisse pas les filles se barrer et y a comme un moi qui manque pour enfoncer le clou, pour faire la comparaison entre eux, pour montrer que Bran a échoué là où Anton n'a jamais fait la moindre erreur. L'impression d'être pointé du doigt et il n'est pas prêt à l'accepter, il peut pas l'avaler sa gorge est trop nouée. « MOI NON PLUS. » Sa voix qui résonne un peu trop fort, un pas en avant comme pour défier Anton, le fixer de son regard orageux. Il se mord la langue, se force à baisser le volume, mais sa colère reste palpable. « C'est pas d'ma faute putain ! » À l'écouter rien n'est jamais de sa faute de toute façon, il trouve toujours quelqu'un sur qui rejeter tous les torts parce que c'est pas lui c'est jamais lui, c'est à cause des autres. « Commence pas à faire genre j'l'ai laissée se barrer alors qu'c'est pas vrai. T'façon j'vais la retrouver. Alors m'casse pas les couilles juste parce que t'es jaloux. » Jaloux que Lim n'ait jamais été sous sa coupe, qu'elle lui ait toujours échappé parce que Lazar l'avait décidé, parce que Lazar a tout compris dès l'début et l'a collée entre les pattes de Bran pour le tester. Il sait bien qu'Anton n'a jamais vraiment digéré cet affront.

« On peut rien cacher à Lazar, il sait tout, il le découvrira, c’est obligé. » Comme s'il était omniscient, une sorte de force surnaturelle ou même divine – ils oublient trop souvent qu'il n'est qu'un homme, comme eux. Mais Bran sait qu'il a raison dans l'fond, alors il pince les lèvres et fronce les sourcils, à court d'idées pour s'assurer que Lazar ne découvre pas la vérité. Y a pas d'issue il devra l'affronter, et s'il a toujours réussi à le faire jusqu'ici il n'est plus sûr d'y arriver depuis que sa vision de lui a changé. « Fait chier. »

Il soupire, Anton recommence à paniquer. « Putain merde, tu vois bien qu’on a besoin de Vlad, on en fait quoi nous d’Ipo ? Chais pas cacher un corps, j’sais juste les mutiler moi ! » Ça l'emmerde de le voir s'agiter, ça fait grimper son propre affolement et ils ont pas le temps pour ces conneries. Ses mains viennent se plaquer contre les joues d'Anton sans la moindre délicatesse et il appuie, le force à le regarder dans les yeux alors qu'il lutte pour garder son calme. Il a presque l'air responsable, on dirait pas lui. « Arrête. Si tu paniques on va faire n'importe quoi et on sera encore plus dans la merde, alors inspire expire et ouvre tes crachats ou j'sais pas quoi là, fais comme les gonzesses qui vont au yoda. » Il s'plante encore sur les mots mais il s'en rend pas compte, et de toute façon Anton comprendra probablement l'idée quand même. « M'laisse pas tomber putain. » Il finit par le libérer, soupire encore une fois, regarde la clope qu'il a lâchée dans l'agitation sans même l'avoir fumée. Et s'il n'a pas consumé sa cigarette, il peut toujours consumer Ipo, non ? « Et si on la faisait cramer ? » Il s'tourne vers lui, les yeux qui s'éclairent un peu alors qu'il cherche son approbation. « Il restera des morceaux mais balec, c'est plus facile de cacher des bouts d'squelette plutôt qu'un corps entier. J'crois. » Il sait pas trop il est pas expert lui non plus, mais il a passé assez de temps à emmerder Vlad pour obtenir quelques infos – comme le fait qu'un brasier suffira pas à la faire disparaître complètement. Sûrement qu'Anton a raison et qu'ils devraient l'appeler mais il veut pas, il veut mêler personne d'autre à tout ça. Il a plus confiance et peut-être même qu'il doute un peu d'Anton aussi. Il sait pas il sait plus, ça fait déjà un moment que tout devient trop confus.
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