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 dare me or don't (nutie)

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MessageSujet: dare me or don't (nutie)   Jeu 26 Oct - 18:12


Catch your breath, take an hour, fall apart, come back.
Ça n’a jamais été aussi vrai, aussi nécessaire. Sauf que ça ne m’a pas pris qu’une heure, mais une semaine. Six jours que j’ai pas mis les pieds à la coloc. Quasi cent quarante quatre heures, seule avec le souvenir d’une noyade manquée, la poigne fantôme de Seven sur mon corps. Mais l’apparition de Bo hier m’a réveillé de ma léthargie, de l’illusion isolée que je m’étais créée et dans laquelle je baignais. Parce que j’avais pas besoin d’eux pour me sécuriser, me réconforter, me soulager. Faut que je m’en remette toute seule sinon je risque de rester paralyser à la moindre mine détectée -et il m’aura bien bousillée. C’est ce que je croyais alors que c’était aussi pour ne pas revoir la pitié affligée dans leurs yeux, reflet de celle qui avait percée le regard de Peadar. Oui, finalement, moi aussi je n’arrivais pas à comprendre la vérité misérable. Je ne voulais pas la voir. Alors hier soir, après avoir rempli le mini-bar pour mieux me resservir en vodka et tout vider une nouvelle. Avant une dernière larme et puis dodo, j’ai fait un compromis avec moi-même. Troisième fois dans ma vie. Il me faut les deux : la retranchement et eux. Ils me manquent. J’ai besoin d’eux. J’sais pas ce qu’il m’a pris. J’le sais que je crains l’exil. L’expérience dans ces circonstances ne pouvait rien donner de viable, j’suis trop friable.

L’ironie, c’est que mon retour à la réalité des vivants a débuté par la pire journée qui soit : reprendre avec l’internat de traumatologie. “Service spécialisé dans l’étude et le traitement de l’ensemble des chocs physiques et psychiques pouvant affecter une personne de façon violente et soudaine”, qu’ils vous vendent. Service que j’ai choisi moi-même. L’énormité de la situation résonne en moi comme une grande sale blague. Vulgaire moquerie de l’univers -que j’emmerde accessoirement. Mais c’est pas grave, je vais travailler jusqu’à exclure le reste encore quelques heures. Ça va me remettre sur pieds. Le sol ne se dérobera pas aujourd’hui pour une flaque d’eau sombre. Même si on a déjà pointé du doigt ma façon d’Interragir à l’extrême avec les patients, soit beaucoup trop attachée, soit stoïque comme un automate. À montrer ce dont j’ai besoin seulement quand c’est trop tard il paraît. Révélation : je ne suis pas si brillante que ça finalement, un peu lente à la comprenette pour une étudiante en médecine. J’vais en decevoir plus d’un si ça continue.

Troquer le silence de la chambre d’hôtel par le grouillement ambiant de l’hôpital est plus difficile à accepter que je ne l’aurais cru. Tout m’agresse, tout m’irrite. Mélange de sable et de sel frotté contre ma chair. J’suis prise de sueurs froides par moment, de fièvre à d’autres. C’est psychologique, je le sais. Faut que je gère mes sens aux aguêts pour un rien. Les excentricités de certains patients me fatiguent. Les interrogations des collègues aussi. J’ai encore menti. Un petit choc en voiture justifie plus ou moins bien la minerve qui cache mes hématomes. Et l’explication de la semaine d’absence ? Enrobée sous des “problèmes familiaux”. Haha. Oui j’ai la poisse en ce moment, j’enchaîne. On va dire ça et je mets de côté la culpabilité et les défauts qui pèsent le poids d’un monde sur mes épaules. J’suis fatiguée.

L’impression d’avoir les yeux encore explosés par le coup de sang de Seven. Ma main cherche à essuyer l’épuisement hors de mon crâne. J’me pose mollement par terre le long du mur même si c’est humide après l’orage. Y a ces gestes mécaniques comme les voyants lumineux et automatiques d’une voiture en détresse. Et puis y a la mémoire du corps contre celle de la raison. Mes pieds m’ont conduits jusqu’ici sans que mon esprit l’ait réellement voulu. Ou alors, maintenant, je me mens aussi.. C’est notre planque. À Arthur et moi. Le vieux passage abandonné qui menait vers l’aile ouest et qui sert de lieu de stockage des archives. Un petit pont décrêpi reliant les deux bâtiments où personne ne va. Où on prend l’air pour partager clopes et moments de la journée. Les trucs affreux, les trucs dégueu. Les ragots trop drôles pour être vrais, les prochains plans de soirées, les prochaines magouilles et râleries à la coloc (toujours parier entre Rhoan et Bo). Bref un peu tout mais surtout cette complicité insouciante qui fait péter des câbles à Fanny -elle a dû être satisfaite de ma disparition soudaine. Suffit d’un sms et on s’débrouille toujours pour s’y retrouver. Sauf que là, y a rien quand je relis nos échanges. Rien à part un de mes derniers mensonges en date. J’ferme les yeux de rage, respiration coupée. Putain quelle conne ! En plus, j’ai pas choisi le bon sujet pour mentir. Il m’a pris de court aussi à insister autant pour savoir ce que je fichais ! Alors qu’il faisait la gueule depuis la dernière soirée à la coloc avec Tyfy, d’un coup Monsieur fait des siennes. C’est toujours comme ça avec lui.J’ai envie de le voir, il m’a manqué ce petit con. Mes doigts hésitent à l’appeler, puis j’me ravise. Dérangée et résignée. Ce soir. À la coloc. Je leur dis. Pas avant. Si Bo a tenu sa langue comme je le lui ai fait promettre. Que la journée passe et me prépare. C’est ce que j’ai décidé bordel. J’ai l’impression de me trouver devant quelque chose d’inextricable. Une sorte de noeud… Énorme par la quantité de mensonges engoncés à l’intérieur. Je ne sais pas comment m’extirper de tout ça. Je sais pas sur quel fil tirer. Si j’attrape le mauvais et que tout se resserre finalement encore plus, plus besoin de Seven Popescu pour m’étrangler. De rage… peut-être bien emmêlé d’un certain désespoir désopilant, j’écrase mon mégot contre le bitume et cherche à défaire… presque arracher la minerve à mon cou alors que je me relevais. Mais le claquement de la porte métallique stoppa mes gestes.

Cardiomyopathie hypertrophique, vous savez ce que c’est ? C’est quand votre coeur ne peut pas supporter la vitesse à laquelle il bat. Et c’est un peu ce qui se passe là dans cette fichue cage d’os. Pourquoi faut qu’ils me niquent tous mes plans les deux là ?! Pourquoi j’arrive plus à m’en tenir à mes décisions ? À mes putain de mauvais choix ?! Pourquoi les engrenages se coincent ? Pourquoi j’suis leurrée à ce point ?! Salut. J’articule sans aplomb en espérant qu’il n’a rien vu ou qu’il fera comme si il n’a rien vu. Et j’le laisse venir… Parce que je l’ai cherché… Et parce qu’Artie a toujours un truc à (re)dire. Parce que son humeur imprimée dans ses yeux va parler pour nous deux -trop souvent sur la même onde- et que j’ai besoin peut-être besoin de ça plus que je ne veux bien l’admettre. Qu’il dise ce que je pense. Que je réplique l’inverse. Qu’il fasse le premier pas… Que je fasse le second… Et qu’il y ait cette foutue collision.
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MessageSujet: Re: dare me or don't (nutie)   Mar 31 Oct - 16:42

La porte claque derrière moi et y a l’air frais de l’automne qui me fouette le visage. Je passe une main sur mon visage, je suis fatigué, j’compte plus les heures que j’ai passé ici, parce que je suis interne maintenant, parce que j’dois me taper les études de cas des revues médicales en plus de mes 90 heures par semaine et des soirées médecines que je continue à organiser. Alors, j’ai voulu faire une pause, et au lieu de bouffer une pomme, comme les autres internes, en trois minutes chrono avant de reprendre le boulot, j’y suis allé. Dans mon endroit, notre endroit. Enfin, quand la porte claque, donc, je pense même pas à regarder devant moi. Parce que cet endroit il n’appartient qu’à moi. Qu’à Nur et moi. C’est ce que je me plais à croire en tout. Pis Nur, elle est pas là. Et c’est seulement quand je sors de de la poche de ma blouse blanche mon paquet de mentholée que je la vois, à quelques mètres. Je tressaille à peine, et me fige une seconde. Je m’attendais pas à la voir. Je m’attendais pas à ce qu’elle soit là, parce qu’elle ne me l’a pas dit. Parce qu’elle ne m’a ni dit qu’elle reprenait le taf, ni qu’elle était revenue de chez ses parents, ni même qu’elle était partie prendre une pause clope dans notre endroit. Elle a rien dit Nur. En fait, on a plus parlé depuis des millénaires tous les deux. Et ce n’est que maintenant que je l’ai en face de moi, que je me rends compte à quel point elle m’a manqué. Et à quel point je lui en veux. J’ai pas un air rieur, pas indifférent, pas triste, juste énervé. J’ai le regard dur, j’ai les joues rouges, j’ai l’air fatigué. J’ai envie de lui crier dessus. Pourquoi tu m’as pas prévenu hein ? Pourquoi je ne suis pas la première personne que t’appelles quand t’es de retour, celle que t’appelles le soir pour me raconter ta journée ? Moi j’avais des millions de choses à lui dire pendant ces quelques jours. Comme par exemple, qu’ils ont remis du cappuccino caramel dans le distributeur du 3e. Ou bien que Mrs Pearson, la comateuse, je l’ai entendu roter, mais que j’ai pas osé le dire à un responsable, parce que j’avais rien à foutre dans la chambre d’une comateuse. Et puis je me suis disputé avec Fanny - encore. Ah, et aussi avec Bo. Et en plus y a Zoé qui voit un mec en ce moment. Et Trish, elle a fait une crise d’hystérie. J’me suis acheté un t-shirt vert, mais je me suis rendue compte que le vert, c’est hyper moche sur moi. Je sais pas si je veux me spécialiser aux urgences, peut-être bien que j’ai envie de faire de la gynéco finalement. Et y a l’intégration des premières années à organiser aussi. Et puis tout, merde ! NUR T’ÉTAIS OÙ ? Que je cris dans mon fort intérieur pendant les dix secondes qui s’écoulent où j’me contente de la regarder d’un air absent. Salut. Elle articule d’une voix éteinte. Je m’approche d’elle d’un pas décidé, un pas, deux pas, trois pas, je grignote tout ce qui nous sépare, j’écrase ma colère, ma rancoeur. J’ai vu sa minerve, et j’en frissonne d’avance. Parce que je sais. Je sais ce que c’est. Parce qu’Andrew a pu passer du frère idéal, que j’aime, que j’adore, que j’idôlatre même au plus gros connard de l’univers, parce qu’il m’a fait tombé dans les escaliers, une fois où j’essayais de l’empêcher d’aller voir son dealer. Parce que j’ai cette peur au fond du bide chaque fois que je reçois un coup de fil, parce que dès que je pense à mon frère, y a mes viscères qui s’enflamment. Parce que y a eu des soirs où j’avais juste envie de plus avoir de frère, où j’me disais qu’il ferait mieux de faire une overdose. Y a des soirs où c’est tellement horrible d’être son frère que je préfèrerais ne pas en avoir. Ces jours où j’devais bosser mais que j’ai dû le récupérer dans ces endroits craignos, d’autres encore où on m’appelait car il avait fait une TS, et puis ces jours, ces semaines, ces mois où il disparait et que c’est comme si on m’avait poignardé en plein coeur. Alors, j’te pardonne Nur. Et quand je suis face à elle, je l’attire contre moi et la serre dans mes bras. Parce qu’elle m’a manqué. Beaucoup trop en fait. Comment tu vas ? Que je demande alors qu’elle est plaqué contre moi. Je finis par la lâcher, aussi bien parce que je m’entend se plaindre, je serre trop fort. Je me recule d’un pas, garde mes mains sur ses épaules et l’observe. J’vois bien l’éclat cassé dans ses yeux, elle est cassée, ouais. Sourire compatissant. Et Jeira alors, ça a donné quoi ? Je la lâche enfin et coince la clope dans ma bouche en l’allumant. C’est lui qui t’a fait ça ? J’indique du menton la minerve qu’elle porte, qu’elle n’arrête pas de tripoter nerveusement. Ça va t’inquiète, j’sais ce que c’est. Je la rassure. Elle peut me parler à moi, sans que je la juge, sans que je juge son frère, sans que je juge quoi que ce soit. Elle peut me le dire, j’ai eu les mêmes blessures, les mêmes inquiétudes. Je sens que y a un truc qui va pas, ça me noue la gorge. Nur et moi, on commence à bien se connaître. Je crois qu’en fait, on commence à trop se connaître. Et ça se bouscule dans ma tête, l’autre nuit, cette nuit. Celle où on a dérapé, celle qu’on était sensé oublié. Et puis les nuits qui ont suivi, mes pensées perverties par son corps, ses lèvres, et chaque putain de parcelle dont j’étais tombé amoureux ce soir-là, juste celui-là. Et puis ce matin, Tyfy, la drogue, l’alcool, mes mots de travers, ses yeux qui envoyaient des éclairs, ma jalousie, celle de Fanny, ensuite. Tout ça. Tout ce qui nous a séparé ces derniers temps, en plus de la distance géographique. Je baisse les yeux, me passe une main dans les cheveux, tire une latte. Nur, j’suis désolé pour l’autre fois. J’inspire profondément. Pour toutes les autres fois. N’importe laquelle, celle qui lui fait avoir cet air si triste. J’veux qu’on efface tout et qu’on recommence. Parce qu’elle me manque, immensément, trop en fait.
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MessageSujet: Re: dare me or don't (nutie)   Lun 6 Nov - 15:29


J’la détecte trop bien sa colère, ça se passe au niveau d’mon plexus solaire. Même pas besoin de regarder droit dans ses yeux noisette pour voir l’électricité qui y crépite. Alors j’attends. J’attends qu’il explose dans un cri, des reproches, des mots salés, une scène. Comme il en fait souvent. Mais plus avec Fanny ? Normal, Nur, c’est parce qu’ils sont ensemble. Ce genre de disputes, c’est réservé au couple. Entre amis, c’est censé être différent. Pourtant, elle est la tension retenue dans sa mâchoire, elle est là la fatigue qui creuse ses joues. Il a les nerfs en pelote. Et j’me dis qu’il va craquer. Que la détermination qu’il affiche tout à coup en venant vers moi va me faire l’effet d’une nouvelle gifle. Alors j’attends qu’il craque. J’le mérite. Il ne sait juste pas encore à quel point. Et dans un sens, oui c’est une baffe. Plus douce. Plus surprenante. Plus poignante aussi. J’m’attendais tout sauf à ça. Et pendant une seconde, je me dis qu’il sait déjà tout, que Bo lui a tout raconté et qu’il ne m’en veut pas. J’suis presque soulagée, j’me détends au creux d’ses bras. Il est là. Ça fait du bien. Même si y a… Son odeur qui se colle à moi quand il me tient comme ça tout contre lui. C’est comme un baiser à la menthe. Ces trucs qu’on adore quand on est gosse. Ces trucs trop addictifs que les parents tentent d’interdire avec acharnement. Ces trucs que j’adore justement. Et ça m’ramène à il y a quelques semaines. Sa chambre. Son lit. Notre ivresse. Nos désirs. Je peux encore sentir sa ferveur dans mon cou, sa voix, sa chaleur, l’odeur de sa peau, tout est là. Tout est là… Suffit d’y penser. Cette nuit où j’ai failli être à lui. Où j’aurais pu être à lui et lui à moi. Ouais, suffit d’y penser pour pas oublier. C’est pas l’moment, Nur. Pas quand il demande aussi sincèrement comment je vais et que ma seule réponse est de m’accrocher au bleu de sa tenue d’interne qui lui va un peu trop bien… Que je vois un peu mieux maintenant qu’il me relâche. J’étais bien pourtant. Et ça aurait été plus simple d’y rester. Parce que dès qu’il a prononcé le prénom de mon frère, j’ai su que c’était fichu.
C’est lui qui t’a fait ça ? Ça va t’inquiète, j’sais ce que c’est. J’ai même pas le temps de lui dire que non, c’est pas ça. J’en ai même pas la force à vrai dire. J’me sens dépassée, impuissante, ficelée à cette fichue toile de sable et de sel. Et j’me contente de baisser la tête et de vouloir disparaître. Parce que je sais. Je sais que dans son monde à lui, un frère sous l’emprise de la drogue et du manque peut en arriver à blesser sa propre famille. Il le sait mieux que personne. Je le sais aussi parce qu’il me l’a déjà raconté. On s’dit beaucoup d’choses. Beaucoup trop peut-être ? Nur, j’suis désolé pour l’autre fois. Pour toutes les autres fois. Non.
Non, non, non, non, non, non, non, et non ! Arthur ne peut pas s’excuser avant moi. C’est pas possible. Ça m’désarçonne autant que ça m’transperce de part en part. Ça a l’mérite de me sortir de ma léthargie quand j’m’approche d’un seul coup et plaque mes doigts sur sa bouche. Non. S’il te plaît, t’excuses pas. T’excuses surtout pas Arthur. Arthur et pas Artie. C’est toujours plus sérieux quand j’l’appelle ainsi. Faut que j’t’avoue quelque chose... Est-ce qu’il le voit que c’est soudain difficile de lui faire face ? Est-ce qu’il le voit au fond d’mes yeux levés droit dans les siens ? Droit dans l’mur malgré le moment de flottement. Je finis par me reculer et rompre le contact. La nervosité s’emmêle à mes gestes. Lèvres mordues et rire sans vie secouante mes épaules. J’sais que tu vas m’détester et m’en vouloir. Faut que j’me fasse à l’idée… Inconsciemment, c’est comme si j’faisais les cents pas, mais réduit à cet espace confiné entre un pont délabré et une de mes personnes préférées sur cette planète. C’est à moi d’m’excuser..., que je commence à avouer tout en cherchant fébrilement à allumer une nouvelle cigarette. Mais je me coupe moi-même pour défaire l’élastique retenant mes cheveux. C’est débile. Comme si ça pouvait encore cacher mes bêtises. Ça suffit. J’ai plus le droit de fuir. Je l’ai fait pendant six jours et ça n’a pas apporté grand chose. Alors j’inspire profondément et souffle pour me donner le courage d’hisser à nouveau mes iris dans les siens. Jeira va bien. Je t’ai menti. Je déglutis. J’ai menti à tout le monde. J’étais pas chez mes parents. J’étais dans un hôtel à Tybee. Je- On s’en fout de ça. Allez, crache l’autre morceau. Je. J’ai croisé le chemin d’un mec qui fallait pas. Il m’a blessé et… Mes mots se sont tirés, mes neurones aussi. J’sais même plus comment j’étais censée raconter que, oui j’ai été agressée, mais parce que je l’ai cherché. On récolte ce qu’on sème. C’est plutôt vrai j’dirais. Mais est-ce que je méritais d’y passer ? D’être maintenue la tête sous l’eau jusqu’à ce que tout l’air, toute vie sorte de mon corps ? J’étais terrorisée Arthur. J’me suis terrée dans un coin et j’ai attendu que ça passe. Que j’oublie le mal féroce qui saccage Seven et qui m’a atteint. Parce que j’sais très bien que je ne suis qu’un dommage collatéral pour ce type, et qu’il y a un autre dicton pourri qui s’avère un peu trop vrai. Au mauvais endroit, au mauvais moment. Pardon de t’avoir menti Arthur. Mais j’savais pas quoi faire. J’voulais pas que tu m’vois dans cet état. J’voulais que personne ne me voit tout court... Les rires mustang troqués contre des bris de voix. J’voulais pas que tu me vois comme ça parce que le regard que tu as sur moi, il compte beaucoup. Beaucoup trop.
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MessageSujet: Re: dare me or don't (nutie)   Mer 15 Nov - 11:56

Elle fait un pas vers moi, et ses doigts froids sur ma bouche me force à me taire. Mes paupières se ferment toutes seules et je me mords l’intérieur de mes joues. Elle m’a manqué. Sa présence, son rire, ses yeux immenses, ses cheveux en bataille le matin, ses sous entendus, ses regards en coin. Elle me plait tellement Nur que quand elle n’est plus là, y a tout qui parait moins drôle, moins beau, moins cool. Nur j’ai l’impression que je passe ma vie à la chercher, pour qu’on continue notre petit jeu dangereux. Elle m’a manqué, trop manqué. Non. S’il te plaît, t’excuses pas. T’excuses surtout pas Arthur. Pendant une seconde je pense juste qu’elle va me dire que ce n’était pas grave, que Tyfy m’avait poussé à bout et qu’elle n’aurait jamais dû prendre son parti (ce qui est vrai, soyons honnête). Mais ça n’a plus d’importance. Je m’en fiche de savoir pourquoi on s’est pris la tête, je m’en fiche vraiment. Je lui ai pardonné la seconde qui a suivi. Je suis pas rancunier comme mec. Enfin, pas que je sache en tout cas. Mais voilà, au fond de son regard y a une culpabilité plus forte que ça. Je fronce légèrement les sourcils. Faut que j’t’avoue quelque chose... Je sais même pas à quoi je suis sensé me préparer. Elle recule d’un pas et j’ose même plus bouger. J’me contente de la regarder, comme on ne le fait jamais. Y a rien de sérieux entre nous, jamais rien. On se parle parce que c’est facile de le faire, même quand je lui ai raconté en long en large et en travers les drames de la famille Teague, du divorce de mes parents, au fait de gérer un père à tendance dépressive, écrivain dans la lune, papa poule. Sans parler d’Andrew. C’était facile de lui raconter tout ça, vraiment. Parce que ça coule de source avec elle. Là, je sens comme un mur qui s’érige entre nous. J’sais que tu vas m’détester et m’en vouloir. Faut que j’me fasse à l’idée… Elle sait plus quoi dire, elle sait pas comment parler, elle tourne autour du pot et ça a le don de m’agacer autant que ça me déstabilise. Ca me terrifie. Où tu veux en venir ? J’comprend que dalle ! Que je finis par lâcher en bloquant la menthol que j’avais oublié d’allumer entre mes lèvres. Je tire longuement dessus, elle est encore en train de galérer à aligner deux mots. C’est à moi d’m’excuser... Je me repasser les quatre dernières années de médecine dans ma tête pour savoir où est-ce que ça aurait pu merder, mais je tilt pas. On m’a souvent dit que j’étais surdoué (j’ai un peu l’impression qu’on sort ça dès qu’un gamin sait résoudre une équation), mais faut bien comprendre que dès que ça ne concerne pas la logique, je suis complètement handicapé. Et puisque j’en peux plus de ses silences et de ses bafouillis coupables, j’enchaîne avant elle : Si tu parles de Tyfy, t’inquiètes, tu fais ce que tu veux. J’ai pas trouvé ça cool que tu t’affiches comme ça ou que tu prennes sa défense plutôt que la mienne mais, c’est bon j’ai tourné la page et- Jeira va bien. Je t’ai menti. Deux secondes de bug. Ah.

Ça fait un peu le même effet que quand on joue à la balle au prisonnier et qu’on vous envoie une balle à pleine vitesse dans le bide. J’étais nul à la balle au prisonnier. Vraiment très nul. Et Nur, elle est très douée. J’ai la respiration coupée et je ne percute que trois secondes plus tard ce que ça veut dire. Elle m’a mentie. Ok, donc elle préfère me mentir plutôt que de m’avouer ses problèmes. Elle a choisi son mensonge. Elle a pris le truc qui me ferait taire le plus vite. Elle s’est servi d’Andrew. Elle s’est servi de ce qui me fait le plus mal dans ma vie pour que je la laisse tranquille. Ok, ok. Je tire sur ma mentholée et regarde sur le côté, je supporte plus son petit air triste, parce que moi, je suis vraiment triste pour le coup. Moi j’ai vraiment un frère qui se suicide à petit feu, un frère tellement toxico qu’il s’est choppé le sida et veut même pas se soigner. Voilà pourquoi je suis triste, MOI. Je secoue la tête pour me calmer et laisse échapper un hoquet cynique, halluciné. L’info remonte enfin. J’ai menti à tout le monde. J’étais pas chez mes parents. J’étais dans un hôtel à Tybee. Je- Je refuse de la regarder, non j’veux pas. J’veux pas. J’veux pas. Tout le monde. Elle a menti à TOUT LE MONDE. Putain mais, j’suis pas tout le monde moi. Si ? J’ai envie de lui poser la question mais je suis bloqué. J’ai même plus envie de la poser, parce que j’ai peur de ce qu’elle va me répondre. Peur qu’elle  me dise que si, j’compte pas plus qu’un autre. Du coup je tire sur ma clope pendant qu’elle m’avoue le secret si bien caché : Je. J’ai croisé le chemin d’un mec qui fallait pas. Il m’a blessé et… J’me met à rire. Oui oui, à rire. C’est nerveux. Enfin, je lui fais face et, sans même m’attarder une seconde sur le fait qu’un type l’a agressé je rétorque, mauvais : Donc, tu t’es dis que c’était plus cool de venir me raconter que ton frère était toxico plutôt qu’un type t’a agressé ? Sérieusement ? Ma voix est tranchante et mes yeux envoient des éclairs. Comment elle a pu putain ? Est-ce qu’elle a juste pas tilté ? Est-ce qu’elle a oublié l’état d’Andrew ? Est-ce qu’elle a cru que je m’en ficherais ? Elle me connait ou quoi ? Y a mon coeur qui s’emballe et y a tout qui se mélange dans ma tête, je me frotte le front de ma main libre. J’me souviens même pas avoir été aussi énervé un jour. J’arrive même plus à penser correctement, non j’arrive à rien faire. J’arrive pas à être lucide, logique, calme. J’arrive même pas à crier. Je suis juste là, assomé. J’étais terrorisée Arthur. J’me suis terrée dans un coin et j’ai attendu que ça passe. Je secoue la tête. À d’autres. Non, non, c’est bon Nur. Arrêtes-là. Avoir un frère qui va crever et rien pouvoir faire pour l’empêcher, ça c’est terrorisant. Si toi, ce qui te terrifie c’est d’me dire qu’un type t’a fait du mal. Bah putain. J’ai jamais été empathique, j’ai jamais réussi à me mettre à la place de qui que ce soit. Là encore moins. Elle me blesse tellement que j’peux pas avoir peur pour elle. J’peux pas me dire que ça craint, j’peux pas me demander qui est ce type qui lui a fait du mal, qu’est-ce qu’il lui a fait ? Non j’peux pas. Je suis focalisé sur un seul truc : elle n’a pas eu confiance en moi. Elle a préféré me mentir, me sortir le pire des mensonges de l’univers juste pour pas que je sache. Je tire encore une fois sur ma clope, pendant qu’elle me demande pardon. Pardon de t’avoir menti Arthur. Mais j’savais pas quoi faire. J’voulais pas que tu m’vois dans cet état. J’voulais que personne ne me voit tout court.. Je secoue ma tête vivement de gauche à droite et lance ma clope par dessus le pont. Sans déconner ? Mon regarde se pose sur elle, j’ai envie de pleurer. Mais c’est quoi ton problème ? T’as pas confiance en moi ? C’est ça ? Tu préfères me mentir à moi ? J’pensais qu’on était un tout petit peu plus proches que ça. J’réalise que ce n’est pas tellement qu’elle se soit servi d’Andrew qui me dérange, non. C’est surtout qu’elle ai ressenti le besoin de me mentir. Qu’elle voulait pas que je l’aide, que j’la vois, que je sois là. Elle préférait être toute seule. J’accuse le coup, difficilement et mes yeux sont remplis de larmes que je retiens avec toute la force qu’il me reste.
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MessageSujet: Re: dare me or don't (nutie)   Hier à 16:50


Il a ri.
Chaque mot a été une flèche piquée de reproches qu’il aurait pu planter à mains nues directement dans mon palpitant. Une occasion de plus pour propager le virus de la culpabilité. Bien joué.

Je savais qu’il serait blessé, qu’il serait mauvais, mais pas à ce point. Il a ri putain. Et sa réaction s’bloque en travers de ma gorge. Coupant toute arrivée d’air et de volonté de répliquer. Pour l’instant en tout cas. J’ai pas la force de lui hurler qu’on a essayé de me tuer. Car ça sonnerait forcément comme une mauvaise excuse, une sale justification à ses oreilles. Il est aussi borné que moi. Et je n’ai qu’une envie, me barricader quelque part et qu’on jette la clé. Parce c’est sûr, c’est vrai, il a raison. Avec le recul, j’le vois que c’est ridicule, que y a rien de comparable. Mais j’ai pas vraiment contrôlé ce que je disais vu l’état dans lequel j’étais. Pourquoi il ne peut pas comprendre ça ? Empathie, indulgence, humanité ? Ça te parle ? T’es un futur médecin bordel ? T’as conclu tout seul qu’il s’agissait d’un problème d’addiction, j’ai jamais dit que l’intervention était pour ça. Certes je l’ai laissé croire ce qu’il voulait, sachant pertinemment combien il peut être égocentrique. Peut-être que je savais que son esprit trouverait tout seul la justification qui le ferait me lâcher. Parce qu’on se connaît si bien qu’on sait ce qui nous touche et c’qui fait mal. On devrait pas être si proches, c’est ça ? Il va me le reprocher aussi ? Mais fais donc. J’en tremble d’avance putain.

Tu peux pas comparer les deux. Moi j’ai pas pu le faire quand c’est arrivé. J’en n’étais pas capable. J’y ai pas pensé. Pourquoi tu piges pas ? T’es censé être brillant, non ? Foutage de gueule sur la marchandise. Proche en carton. Oh oui excuse-moi de ne pas avoir pensé à ton nombril, à ton vécu, quand j’ai failli y rester et que je savais même pas si j’allais sortir un jour de cette chambre. Fallait que ça passe, que je recolle mes morceaux. DÉ-SO-LÉE. Mais je peux même pas lui dire ça, parce qu’il ne sait pas ce qui est arrivé et qu’il peut très justement me le reprocher. Alors il ne le saura jamais. C’est décidé. Il le sait putain que je clame une indépendance forcenée depuis toujours. Que j’ai des choses à prouver. Mais que j’essaye de me détâcher mais que je n’y arrive qu’à moitié, pas assez. Que je suis une acharnée, une putain d’exigeante parce que si je faiblis et que je me ramasse, lire la déception de mes proches me tuera à petits feux, comme ça le fait à cet instant. Il les connaît mes peurs d’enfant qui peuvent ressurgir. Et si ils me renvoyaient à Bagdad parce que je les ai déçu, parce que je suis pas assez forte ? C’est ce qui est arrivé, bordel. Pourquoi t’y penses pas ? Pourquoi tu penses pas à moi plutôt qu’à toi ?

Et tu peux m’dire comment je peux avoir confiance quand tout ce qui compte pour toi c’est ta petite personne, et à la rigueur, Andrew, Fanny et Bo. C’est pas c’que je voulais dire. C’est pas ce que je devrais dire. Mais si je le blesse, il me blesse, et ainsi de suite. Matures, hein ? En réalité, c’est ce mélange de colère et de peine qui parlent pour moi. Quelque chose d’amer et de dégoûtant. Mais j’suis plus à une ruine près. Mâchoire contractée et larmes au coin des cils. J’ose plus le regarder. J’veux plus le regarder ? Non, c’est faux. Jamais. Y aura toujours une part de moi pour capter sa présence, pour la chercher, pour la trouver. Et cette fois, mes yeux sont rougis par sa faute. Alors qu’il les voit quand j’les plante dans les siens. Bah moi aussi j’pensais qu’on était plus proches que ça. Même si tu m’en veux, j’pensais que quand j’faisais des erreurs, t’essaierais de comprendre pourquoi ou que tu me laisserais le temps de venir à toi pour tout te dire. Mais apparemment, non. T’en n’es pas là. Tu veux pas. Alors ouais. C’est pas l’cas. On n’est pas si proches que ça apparemment. Ça dégringole dans ma voix. Mines au fond du coeur. Grenades au bord des lèvres. Si on avait été amis, je t’aurais redis que je suis désolée, que j’ai eu tort, que je me suis trompée, parce que tu m’as putain de manqué, que j’avais besoin de toi plus que ce que j’aurais jamais imaginé. Et t’aurais accepté tout ça. Mais c’est pas le cas. On s’comprend peut-être pas tout compte fait. Alors c’est ça, on n’est peut-être pas grand chose finalement. J’me détourne, douloureuse. Faudrait pas qu’il voit que j’pleure, c’est ça ? Ou que je lui en veux autant qu’il m’en veut. Ou peut-être même plus. J’me sens mal. J’vais vomir.
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