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 la fosse aux lions (zax)

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MessageSujet: la fosse aux lions (zax)   Dim 25 Juin - 17:47

La nuit qui touche à sa fin et l'insomnie toujours à ses côtés, Zyki veut juste prendre l'air, se balader, respirer, trouver un truc à faire pour arrêter de bouillonner. L'idée du siècle qui s'présente à lui, quand il passe devant l'une des caravanes dont la fenêtre est restée ouverte. Il est presque sûr que c'est celle d'une copine d'Hali – Igrid ou Lena ou il sait pas, il les mélange toutes et au final il en a pas grand-chose à foutre. Il sait juste qu'elles sont jolies, alors peu importe laquelle c'est ça lui va, de toute façon il est pas compliqué. Y a son tournevis qui lui brûle la poche et le stratagème à la con qui germe en moins de dix secondes. Il réfléchit pas, il s'introduit. C'est plus compliqué qu'il aurait cru parce que ses gestes sont mal coordonnés, ses membres s'emmêlent comme ses pensées et il maudit les foutus médocs qu'il a pourtant arrêtés y a deux jours. Trois. Cinq ? Putain il sait plus.

Il manque de se casser la gueule mais il se rattrape de justesse, et quelques secondes d'immobilité suffisent à le convaincre qu'il a réveillé personne. Il tâtonne dans l'obscurité, cogne son genou contre un meuble et heurte une embrasure de porte. Il finit par trouver la salle de bains, se faufile, ferme la porte. Quand il allume ça l'éblouit et il plisse les yeux mais y a un sourire qui étire ses lèvres, de ceux qu'affichent les mômes en s'apprêtant à faire une connerie. Un peu comme lui, quand il se cale dans la douche, tournevis en main. Ça lui prend une minute pour démonter le pommeau, quatre pour retrouver les vis qu'il a fait tomber, deux pour ramasser les flacons qui ont valsé dans le processus. Il coupe sommairement un bout de serviette en tissu, le cale dans le pommeau, le revisse. Avec ça, l'eau aura du mal à passer et prendre une douche risque de devenir compliqué. Il veillera au grain pour jouer le sauveur et s'attirer des faveurs, ou juste l'inviter à se laver chez lui à la place. S'il s'en souvient d'ici là – c'est pas gagné. Mais ça lui paraît trop léger et tant qu'à faire il devrait pousser le vice, mettre toutes les chances de son côté, rendre la farce plus drôle pour tout le monde. Il s'met à bidouiller la tuyauterie et la vérité c'est qu'il sait même pas ce qu'il veut faire exactement, c'est juste que c'est plus fort que lui, c'est juste que maintenant qu'il est là il sait plus où s'arrêter. Alors il démonte, remonte, se trompe et fixe un truc à l'envers, il bougonne et recommence, il paume une pièce et la remplace avec l'une de celles qui traînent constamment dans ses poches. Il perd la notion du temps et il s'acharne, jusqu'à sentir un filet d'eau couler sur ses mains. Faut croire qu'il a touché un truc qu'il fallait pas et ça coule et ça coule et il arrive pas à l'arrêter. Il sait même pas ce qu'il a fait, et il regarde son œuvre à mi-chemin entre la perplexité et l'hilarité. Y a une fuite et c'est pas assez conséquent pour faire du bruit ou être dramatique, mais ça coule assez pour devenir problématique d'ici une heure ou deux. Peut-être moins. Il en sait rien et au final tant pis, il sait pas comment réparer ça et il a plus envie. Il abandonne le front et fait le chemin inverse pour ressortir, son pied qui reste accroché au rebord de la fenêtre quand il grimpe et il s'écrase par terre lamentablement. Quand il lève la tête, il remarque qu'il est déjà l'aube, le soleil commence à poindre et il n'a toujours pas dormi. Mais l'pire c'est quand il se retourne – il s'est planté. C'est la caravane de Mr Loyal, pas d'une copine d'Halina, et il sait même pas comment il a pu confondre même s'il blâme la pénombre. Maintenant le mal est fait et il s'fait pas prier pour s'éclipser, en espérant qu'on ne le soupçonnera pas – en vérité il sait très bien qu'il sera démasqué mais il s'en soucie pas, c'est ni la première ni la dernière fois.

P't'être bien qu'il devrait rentrer et essayer de dormir au moins un peu, p't'être bien qu'il en a fait assez pour aujourd'hui et même demain, p't'être bien qu'il le sait. Mais à quelques mètres y a une silhouette qui s'détache dans les couleurs matinales et il la reconnaîtrait entre mille. C'est Jax. C'est Jax et immédiatement Zyki se fige, parce qu'il en est arrivé à s'demander s'il le reverrait, parce qu'il a presque cru que cet abruti était parti. Trois jours c'est pas grand-chose mais c'est déjà beaucoup trop avec ce qui les a précédés ; leur dispute bien sûr, mais pas que. Les autres ont parlé. Les autres ont dit ce qu'ils ont vu, Jax et le sang sur ses mains, Jax et l'horreur qu'il a semée. Y a un temps où il glaçait le sang des gens en lançant des couteaux et il s'attirait leur admiration et il provoquait les applaudissements. Et maintenant quoi ? Maintenant il terrorise et il fracasse et il érige les supplications ? Zyki comprend pas, Zyki le reconnaît pas. Zyki fonce.

Il se rue jusqu'à lui et sûrement que Jax a largement eu le temps d'le voir venir – il est tout sauf discret quand son cerveau est dans cet état. Il freine un peu trop tardivement, manque de lui rentrer dedans, titube d'un pas ou deux avant de retrouver son équilibre. « Bah alors qu'est-c'tu fous là ? Tu t'es perdu ? » Y a le ton de reproche dans sa voix parce qu'il se voyait déjà l'effacer, l'éradiquer, faire comme s'il n'avait jamais existé. Et malgré tout, malgré la rancœur la douleur et le vide immense qui les sépare, il est soulagé d'le voir rentrer. Pourtant ça crépite, dans ses yeux, dans ses veines. Il a les doigts qui tremblent et la carcasse trop agitée, plus que d'habitude. Il a du mal à rester concentré sur lui et il regarde ses yeux puis ses mains puis le sol puis le ciel puis son front puis rien, son regard a du mal à faire le point. Mais ses mains sont encore capables d'agir. Elles l'attrapent par le col et si le mouvement est offensif, il est bien trop maladroit pour paraître réellement agressif. Il le tient à peine, c'est pas une vraie attaque. « T'en as eu marre de défoncer des pauvres gars alors tu t'es dis qu'tu pouvais revenir ? » Et y a son regard qui crie oui je suis au courant oui ils m'ont dit et comment t'as osé bordel t'es en train de devenir quoi ? Il arrive pas à articuler les mots comme il le voudrait et sa langue est trop lourde mais ses yeux parlent pour lui, ses yeux n'ont jamais su mentir, jamais pour de vrai. « Tu fous quoi encore hein ? C'est quoi ton problème ? » Il le repousse brutalement, tellement que ça le fait tituber encore une fois. Toute la colère qu'il a ressenti en apprenant c'que les autres ont vu vient lui tordre les boyaux, parce qu'il a eu envie d'le confronter, le secouer, peut-être même le cogner. Mais il était pas là. Et pendant trois jours, il a cru qu'il serait plus jamais là.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Lun 14 Aoû - 21:18

Il frotte et frotte ses mains, encore et encore, presque à s'en arracher la peau. Il les badigeonne de savon et les noie dans le lavabo de la petite maison qu'il vient de visiter. Le visage impassible, il vient ensuite les sécher sur le chiffon pendu juste à côté, laissant dessus quelques maigres tâches de sang qu'il n'avait pas réussi à faire partir. Il n'y prête pas attention. Il n'y prête plus attention. Il retourne dans la cuisine, le pas calme, récupère son couteau et essuie la lame. Méthodique. Comme s'il venait d'effectuer son numéro de cirque. Pourtant, ce n'est pas de la sciure de bois qui recouvre ses lames désormais. Liquide rougeâtre et épais qui ne l'émeut même plus. Il a eu peur au début. Ça l'a dégoûté. Il a voulu tout arrêter. Vraiment. Mais Ellis s'est infiltré partout dans sa tête. Il est devenu proche, il est devenu un ami essentiel. Et Jax ne voit pas quel jeu macabre se joue autour de lui. Ellis le marionnettiste et Jax le pantin. Dupé parce qu'il le veut bien. Parce qu'il veut combler cette solitude effrayante qui s'engouffre en lui et qui construit des remparts trop difficiles à franchir autour de lui. Il ne veut plus ressentir ce vide. Alors il laisse Ellis gagner du terrain. Parce qu'Ellis prend toute la place, il est bruyant, envahissant, fascinant. Alors Jax s'exécute sagement, devient hermétique à ce qui lui donnait la nausée au départ. C'est pour la bonne cause ; qu'il se dit. Enfant solitaire pourtant fatigué d'avancer sans personne à ses côtés. Il range son couteau dans sa veste, attrape le sac de sport rempli de billets et s'accroupit devant sa victime de la soirée, vautrée par terre, le visage tuméfié et les bras lacérés. — Je reviens dans deux jours chercher le reste. Ellis ne va pas être content. Je vais me faire engueuler et ensuite, c'est moi qui vais être fâché. Il vaut mieux pour toi qu'il ne manque pas un seul centime dans deux jours. Ce serait peut-être même bien s'il y avait un bonus. L'homme hoche la tête et Jax se relève et s'en va, sans jeter un regard en arrière. Il se ferme à tout, c'est plus facile comme ça. Comme si tout ceci n'était rien, pas si grave. Il se concentre uniquement sur la mission. Rien d'autre. Son cerveau ne traite pas les autres données, comme si elles n'existaient pas. Mais elles sont bien là. Et elles reviennent la nuit, quand il arrive un peu à dormir. Par flashs. Et ça le réveille. Sueurs froides qu'il s'efforce d'ignorer. C'est rien, c'est rien, un mauvais rêve, ça va passer ; qu'il se répète à chaque fois.

Il est allé déposer l'argent au Bureau d'Ellis. Par chance, il n'était pas là, simplement un de ses sous-fifres. Il a fait son regard de pitbull pas content quand Jax a dit qu'il n'y avait pas le compte, mais il n'a rien dit. Et Jax s'est tiré en vitesse, exténué. Il est retourné au motel à la sortie de la ville dans lequel il se planque depuis plusieurs jours. Parce que tout est devenu trop compliqué au cirque. Les regards, les rumeurs. Ses parents. Halina. Zyki. C'est comme s'ils s'étaient tous ligués pour le rendre fou. Mais ce soir, alors qu'il bloque devant la porte du motel, il réalise que ça lui manque. Les caravanes, la chaleur humaine, les rires. Ses parents, Halina.

Zyki.
Putain.

Il pose son front contre la porte, confus, ne sachant pas quoi faire. Un coup de poing plus tard contre le bois et le voilà qui fait demi-tour : direction la maison. Quand il arrive enfin sur le terrain vague, le soleil pointe déjà le bout de son nez. Il retrouve les odeurs familières et ça le soulage autant que ça lui fait mal. Peut-être qu'il n'aurait pas dû revenir finalement. Peut-être qu'il n'aurait jamais dû revenir. Et cette sensation se confirme encore plus lorsqu'une voix l'interpelle de loin, alors qu'il pensait pouvoir faire un retour inaperçu à cette heure-ci. — Bah alors qu'est-c'tu fous là ? Tu t'es perdu ? Il frémit de la tête aux pieds mais ne se retourne pas, surtout pas. Il continue d'avancer, déterminé. Mais Zyki fonce, comme toujours et manque de lui rentrer dedans. Il ne se contrôle pas, il ne s'est jamais contrôlé. Trop brusque, trop rapide, comme un gosse qui apprendrait à marcher. Mais Jax fait la sourde oreille. Il n'est pas d'humeur. Il ne veut même pas le regarder. Il l'ignore royalement et continue de marcher, comme s'il était tout seul. Mais Zyki insiste. Il insiste toujours. Surtout lorsqu'on ne lui prête pas attention ; c'est le pire des gosses. Zyki l'attrape par le col, à la volée, l'obligeant à s'arrêter et à lui faire face. Mais Jax ne réagit toujours pas. Il se laisse faire, lui fait face, le fixe durement. Mais aucune émotion ne traverse ses yeux clairs. Il a l'air ailleurs, comme déconnecté. — T'en as eu marre de défoncer des pauvres gars alors tu t'es dis qu'tu pouvais revenir ? Jax ne bronche toujours pas. Insensible. Sûrement trop las pour se mettre encore en colère. Pour s'indigner et paniquer à l'idée que Zyki sache tout de lui et de ses activités nocturnes. Il ne réagit pas, attend simplement. — Tu fous quoi encore hein ? C'est quoi ton problème ? Il souffle tranquillement et hausse un sourcil, avant de demander. — C'est bon, t'as terminé ? J'peux y aller maintenant ? Et ça ne lui plait pas à Zyki. Il le repousse brutalement, un peu trop sûrement. Jax titube en arrière et se ramasse à moitié contre une des caravanes, faisant tomber son couteau de sa veste. — Putain. Il frotte son épaule endolorie par le choc et ramasse l'objet du délit, avant de le ranger rapidement, comme une preuve honteuse qu'il faudrait absolument cacher aux yeux du monde. Il se redresse, soupire sèchement et tourne la tête vers Zyki, le regard noir. — T'es pas ma mère Zyki. Lâche-moi un peu. Ça n'devrait pas être trop dur, t'es entrainé depuis toutes ces années. Il demeure d'un calme glaçant avant de pivoter pour reprendre sa route. — Occupe toi d'toi plutôt, y a déjà bien assez d'boulot comme ça. Petite pique acerbe lancée gratuitement, parce que la provocation c'est finalement tout ce qu'ils leur reste à ces deux idiots. Et Jax s'éloigne à nouveau, bien décidé à en rester là et à aller disparaitre dans sa caravane. Se lover dans son lit, dans le noir et ne plus en bouger pendant les deux prochains jours, jusqu'à sa prochaine escapade musclée. Mais y a tout son corps qui se tend, comme un mauvais pressentiment. Zyki ne va pas en rester là. Zyki n'en a jamais assez.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Mar 22 Aoû - 16:09

Jax l'ignore. Jax l'ignore et putain ça l'fait bouillonner ça l'agace ça lui donne envie de gueuler. Il voudrait l'attraper le secouer lui hurler dessus, tout faire jusqu'à le forcer à le regarder.

Jax l'ignore et ça l'enrage et il sait bien que c'est hypocrite. C'est ce qu'il a fait toutes ces années c'est ce qu'il a fait jusqu'à se croire immunisé. Mais quand les rôles s'inversent y a un truc qui brûle dans ses veines et il supporte pas – Zyki il aime pas quand on l'voit pas. Jax a pas le droit d'faire ça il peut pas jouer à ce jeu-là. Pas quand c'est aussi important pas quand Zyki essaie de lui parler ; cette fois c'est pour de vrai.

Il a beau l'attraper au col, le forcer à lui faire face, l'engueuler, rien n'y fait. Ses yeux dans les siens mais il voit rien, rien d'autre qu'un mur de glace que Jax est trop doué pour bâtir. Le problème c'est qu'il l'a jamais fait pour lui jamais comme ça et soudain Zyki ne sait plus ce qu'il veut ou ce qu'il doit faire. « C'est bon, t'as terminé ? J'peux y aller maintenant ? » C'est froid bordel c'est tellement froid que ça le glace jusqu'au sang – c'est le froid qui fait mal le froid mordant. Celui qui brûle qui fissure qui fait mal en-dedans. « Non ! » Et c'est ridicule cette façon qu'il a de s'exclamer comme un gosse indigné, rien de plus qu'un pauvre gamin vexé. Mais de gamin il n'a que les réactions, sa force est celle d'un homme quand il pousse Jax quand il le fait tituber quand il le regarde s'écraser contre une caravane. Il s'en fout. La seule chose qu'il voit c'est le couteau qui glisse de sa veste. « Putain. » « Putain. » Ils l'ont dit en même temps et c'est aussi en même temps qu'ils se penchent pour le ramasser. Mais Jax est plus rapide Jax est mieux coordonné – Zyki est trop brusque trop maladroit, le temps qu'il tende la main l'objet n'est déjà plus là.

« T'as trouvé un autre endroit pour répéter ton numéro ? » Il aurait préféré, peu importe combien ça l'aurait enragé de voir Jax faire ça ailleurs qu'au cirque. Ça serait toujours plus acceptable que la réalité, celle qui lui fait écarquiller les yeux un peu trop grand, celle qui lui donne cet air un peu dément. « Ah non j'suis con, c'est juste que maintenant tu préfères lancer tes couteaux sur les gens hein ? » Et il voudrait rire mais il y arrive pas, ça l'prend à la gorge il comprend pas. Il sait pas à qui il fait face maintenant, ce type il le connaît pas. Il le connaît plus il sait pas ce qu'il est devenu.

« T'es pas ma mère Zyki. Lâche-moi un peu. Ça n'devrait pas être trop dur, t'es entrainé depuis toutes ces années. » Le contraste entre le reproche dans ses mots et son calme apparent le glace jusqu'aux os. Bien sûr une part de lui sait que Jax fait ça pour s'protéger, il se mure derrière son armure pour n'pas être atteint pour n'pas avoir mal et s'il creuse assez peut-être qu'il réussira à le retrouver. Il le sait mais il arrive pas à réfléchir il arrive pas à s'y faire, il est paumé quelque part dans le tourbillon d'ses propres émotions et y a trop de choses en même temps pour qu'il puisse les gérer. Il est en colère que Jax puisse tomber dans de tels travers, déçu de n'avoir rien vu, écœuré de n'plus savoir qui il est, fatigué du jeu qu'il a lui-même érigé révolté parce qu'il comprend plus triste parce qu'il a l'impression de l'avoir perdu. Y a tout qui s'mélange dans sa tête et il est pas foutu de faire le tri, les pieds ancrés dans le sol comme deux blocs de béton la langue tellement lourde qu'il arrive pas à parler il est juste figé. Coincé là à attendre il n'sait trop quoi, alors que Jax recommence déjà à s'éloigner. « Occupe toi d'toi plutôt, y a déjà bien assez d'boulot comme ça. » Et l'pire c'est qu'il n'a pas tort Zyki le sait Zyki s'épuise tout seul. Mais de mémoire Jax ne l'a jamais traité comme ça – pas même quand il a joué au con pendant tout c'temps.

Jax lui tourne le dos putain il peut pas accepter ça.

Il peut pas le regarder partir sans rien dire, il peut pas le laisser filer alors qu'il essaie de discuter de comprendre même s'il s'y prend trop mal même si c'est sa fierté qui prend le dessus. Il refuse de s'laisser mettre de côté si facilement – il voit pas qu'il lui a fait subir exactement la même chose, il s'rend pas compte de l'hypocrisie dans laquelle ça le plonge.

« Reste là j'suis en train de te parler ! » Mais Jax n'écoute pas, Jax n'écoute plus rien Jax glisse entre ses mains. Il sait pas comment le retenir et p't'être bien que ça lui fait peur. « Jax ! » Encore une fois il se précipite jusqu'à lui, ses doigts qui l'agrippent pour le forcer à se retourner, ses paumes qui se plaquent contre son torse trop fort, une fois puis deux puis trois. Il le pousse encore et encore, le force à reculer alors qu'ils s'enfoncent plus loin dans le cirque, s'éloignant des caravanes pour arriver près de la zone d'entraînement, près des stocks de matériel des enclos des animaux. « Depuis quand tu t'barres en pleine discussion ? » Ses yeux lancent des éclairs mais ses yeux sont trop épuisés, cernés de violet injectés de sang un peu exorbités. Il est pas dans son état normal ça s'voit. « Tu vois pas que tu pars en vrille ? Tu cognes les gens maintenant ? Tu les poignardes ? » D'un geste aussi ample que maladroit il désigne la veste de Jax, là où il sait qu'un couteau reste planqué. Il a peur de savoir à quoi il a servi. « C'est ça l'boulot que t'as trouvé ? C'est pour ça que tu nous laisses tomber ? Tu t'es découvert une âme de psychopathe ? MAIS PUTAIN JAX ! RÉVEILLE-TOI ! » Il gueule parce qu'il sait pas comment exprimer la rage qui lui tord les entrailles à cette idée, la rage de voir qu'ils sont devenus des étrangers. Il croyait le connaître par cœur mais faut croire qu'il s'est planté, le Jax qu'il a aimé comme un frère c'est pas lui, c'est pas ça. Il comprend pas. Il sait pas comment il a pu se perdre comme ça – comment ils ont pu en arriver là.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Dim 10 Sep - 21:04

T'as trouvé un autre endroit pour répéter ton numéro ? Il ne pipe toujours pas mot. Il ne le regarde plus, comme s'il n'existait pas finalement. Comme s'il n'entendait rien, hermétique à ses regards, ses reproches, ses sous-entendus. Jax se contente de soupirer brièvement, comme s'il s'ennuyait. Comme s'il attendait la fin d'un spectacle barbant afin de pouvoir se tirer et rentrer enfin chez lui. Alors, il croise ses bras sur sa poitrine, attitude de replis, de rejet. Fous-moi la paix, que lui hurle son corps tout entier. Mais comme toujours, Zyki n'y prête pas attention. Et il surenchérit. — Ah non j'suis con, c'est juste que maintenant tu préfères lancer tes couteaux sur les gens hein ? Et ses mots le brûlent de part en part. La réalité glaçante qu'il refuse d'assumer, d'affronter. Ses lames, ses bébés, celles qui sont faites pour se planter dans le bois et frôler la peau de son amour insolent. Celles-là même qui, aujourd'hui, sont salit par l'hémoglobine, la honte et la chute de leur propriétaire. Jax s'est salement vautré à terre, il n'a plus rien de sa splendeur d'antan, de son charisme, de sa lumière. Les étoiles se sont éteintes l'une après l'autre, pour simplement laisser place à l'obscurité. Celle qui refile la chaire de poule et qui gèle le cœur. Mais Jax refuse de lui donner raison. Refuse de laisser entrevoir le moindre signe de faiblesse ou de culpabilité. Alors, après avoir fait claquer sa langue sur son palais, avec une lassitude irritante, il repose enfin son regard sur lui. Y a comme une lueur de mépris et de fatigue au fond de ses yeux clairs. — J'avais jamais remarqué à quel point tu brassais d'l'air en permanence. Ça claque, comme ça, sans prévenir. Le sujet tabou évité, l'attaque esquivée et il a même relancé, histoire de le dévier de sa trajectoire initiale. Histoire qu'on l'oublie un peu lui, lui et toutes ses fautes, lui et toutes les merdes qu'il traine dans son sillage crasseux. Alors, il se dresse devant lui, l'assène d'encore quelques phrases chargées de reproches, teintées d'une amertume douloureuse. Et puis, il se tire. Parce qu'il ne veut pas revivre leur dernière confrontation. Il en a marre de tourner en rond, ça ne sert à rien. Leurs disputes ne mèneront jamais nulle part, il en est convaincu ; résigné même. Zyki a déjà tourné la dernière page de leur histoire, le bouquin est terminé, y a pas de volume deux. Jax a fini par accepter cette idée, aussi révoltante et douloureuse soit-elle. Alors il pivote, il lui présente son dos, comme si c'était la couverture de fin de leur roman. Un roman qu'a pris l'eau, les pages abimées, tâchées, l'encre a coulé au rythme des larmes silencieuses. Les pages ont jaunit avec les années qui ont passé, bien trop nombreuses. La poussière le recouvre, fine pellicule d'ignorances répétées, qui ont finalement tout gâché.

Reste là j'suis en train de te parler ! A quoi bon ? Alors Jax continue d'avancer, il ignore son second appel, gavé de rage et de frustration. Mais il n'a jamais répondu lui, alors qu'il a hurlé pendant plus de 11 années. Et Jax aussi sait faire la sourde oreille, faire l'égoïste, faire celui qui s'en fout, qui n'entend pas, que rien n'atteint. Lui aussi il peut enfiler le masque de l'indifférence et feindre de n'en avoir rien à foutre de lui, de son existence. Et il espère que ça le poignarde aussi fort que pour lui, il espère qu'il en bave au moins autant que lui. Puis, tout à coup, y a les mains brusques de Zyki qui l'empoigne et le force à jouer les danseuses débutantes ; demi-tour mal effectué, il manque de se casser la gueule. Il grogne un peu, comme ça, dans le vide, pour le principe. Puis, il se sent décoller une première fois, éjecté en arrière par les deux mains impétueuses du brun sur son torse. Trois fois de suite. Et Jax qui glisse à chaque fois, qui agite les bras pour retrouver son équilibre et ne pas finir le cul par terre. Même pas le temps de riposter, il est trop concentré sur le fait de rester dressé sur ses deux pieds. Et quand enfin ça s'arrête, quand le vent de colère de Zyki retombe et ne le bouscule plus, il serre les poings et se plante devant lui ; contrarié. Pourtant, c'est toujours avec ce regard-glacier qu'il le dévisage. Le bleu de ses yeux qui devient orageux, qui change, qui bouge, au rythme de son palpitant furieux. Au final, y a bien que son regard qui prouve qu'il est encore vivant et qu'il ressent encore des choses. Le reste est stoïque, et il reste planté là, avec son allure inébranlable. — Depuis quand tu t'barres en pleine discussion ? Depuis quand tu me parles ? Qu'il a envie de répondre. Mais il ne répond rien. Il a décidé de ne plus jouer à ce petit jeu là, de ne pas rentrer dans ce schéma. Alors, il reste placide, sans dire un mot, à attendre que l'orage passe. Il se dit qu'il va bien finir par se lasser de parler à un mur. Se lasser de ses silences éloquents. — Tu vois pas que tu pars en vrille ? Tu cognes les gens maintenant ? Tu les poignardes ? Et Jax lutte pour ne pas suivre du regard ce que désigne Zyki. Il ne veut pas regarder, il ne veut pas voir. Il ne veut pas affronter la veste, la lame et tout ce que ça implique. Il serre les dents, la mâchoire qui se crispe, l'armure qui se fendille. Et il pince ses lèvres, de toutes ses forces, pour s'empêcher de répondre à ses questions. Parce qu'il a envie de lui hurler que oui, que c'est ce qu'il fait. Qu'il zèbre la peau d'inconnus pour leur faire cracher de la thune. Qu'il leur pète des phalanges et le nez. Qu'il détruit leur baraque et qu'il commencerait presque à y trouver un certain plaisir. Parce que ça lui permet d'évacuer tout ce qui le ronge, tout ce qui l'habite et dieu sait qu'il y a trop de choses pour une seule personne. Trop de choses sous sa peau. Ça pique, ça rend fou, ça le maintient éveillé. Et moins il dort, plus il vrille. Il voudrait ajouter aussi une dernière supplique, un appel à l'aide. Lui demander de le tirer de ce mauvais pas, de faire ça pour lui, parce qu'il lui doit bien ça. Mais la simple idée de lui demander quoi que ce soit le répugne. Alors, il se tait. Bombe le torse dans une brève inspiration insolente et souffle bruyamment, excédé. Ce tête à tête lui semble interminable. Zyki est plus agité et nerveux que jamais. Il l'a rarement vu comme ça. Et il n'est pas certain de savoir à quoi c'est dû. Son absence, ou sa prise de médicaments ? Peut-être les deux. Ça lui gonfle le cœur de le voir dans cet état et de ne rien pouvoir faire pour apaiser tout ça. Ça lui fait peur, parce qu'il craint que ça aille trop loin, ou qu'un jour il dérape complètement et ne puisse plus jamais faire marche arrière. Pourquoi personne n'est foutu de s'occupe de ce grand con correctement depuis qu'il n'est plus là ? Pourquoi personne ne veille sur lui ? Pourquoi on lui refile des médocs à la con ? Il n'en a pas besoin, il n'en a jamais eu besoin. Mais Jax n'a pas le temps de s'apitoyer sur l'état de son ancien ami, celui-ci revient à la charge. Encore une fois. Une dernière fois. La fois de trop. — C'est ça l'boulot que t'as trouvé ? C'est pour ça que tu nous laisses tomber ? Tu t'es découvert une âme de psychopathe ? MAIS PUTAIN JAX ! RÉVEILLE-TOI ! L'armure explose, Jax vire au rouge, le sang se met à circuler brusquement, brûlant tout sur son passage. Il se jette sur Zyki, lui empoigne le col des deux mains et l'attire vers lui, avant de se mettre à le secouer comme une poupée de chiffons, déchainé, hors de lui. On dirait un animal sauvage au bord de la folie. — MAIS ARRÊTE, MERDE ! ARRÊTE ! Y a cette montée d'adrénaline qui le gagne, la même que lorsqu'il est sur le terrain pour Ellis. Et il a subitement envie de faire mal à Zyki. Parce que y a beaucoup trop de rancœur accumulée dans ses veines et que tout sort d'un coup, bien trop vite, bien trop fort. Ça vient obscurcir ses pensées et son jugement. Il déraille, s'enlise dans ses travers, et il veut cogner. Il veut faire mal, se défouler, lui faire payer ces 11 dernières années. — JE N'VEUX PLUS TE VOIR, T'ENTEND ? Il continue de le secouer et au fond c'est un peu pour s'empêcher de faire autre chose. Pour s'empêcher de lui éclater la tête contre le sol alors que ses mains le démange. — J'en ai plus rien à foutre de toi, de ton avis, de c'que tu penses de moi, TU COMPRENDS ? Va t'faire foutre Zyki, toi et ton grand retour dans ma vie. J'suis mieux sans toi, j't'ai rien demandé, ALORS CASSE TOI ! Il le relâche enfin, en le rejetant violemment en arrière, dans une impulsion brutale. — J'déconne pas Zyki, j'te conseille de me foutre la paix, d'oublier que j'existe ! Il vient porter sa main sur sa veste, là où niche son couteau. — Parce que sinon j'n'hésiterais pas à m'en servir contre toi pour faire passer l'message plus clairement. C'est n'importe quoi. Il va trop loin et il ne le réalise même pas. Il vient de se faire totalement engloutir, il est parti à la dérive et personne ne l'a retenu à temps. Trop loin du bord, sans soutien, épuisé, il s'est noyé ; fin de l'histoire. Il retire sa main de sa veste et passe les deux sur son visage en reculant de quelques pas. Le cœur qui tambourine, les tripes au bord des lèvres. Il se sent fébrile, il se sent mal. Comme si son subconscient lui hurlait dessus ; qu'est-ce que fais mec ? Qu'il doit beugler, indigné, paniqué. Et ça le rend malade. Il a envie de vomir et il pâlit. Il finit par souffler. — T'sais quoi, laisse tomber, c'est moi qui m'casse. Il aura finalement fallut une deuxième confrontation foireuse pour qu'il prenne enfin sa décision. Et il s'éloigne déjà, prêt à terminer un autre livre. Et celui-là aussi, laisse déjà sur sa langue un arrière goût d'inachevé et de regrets.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Mar 14 Nov - 18:02

« J'avais jamais remarqué à quel point tu brassais d'l'air en permanence. » La violence de la remarque le fait hausser les sourcils. Y a ses yeux qui s'écarquillent un peu, son regard qui s'attarde sur les alentours comme s'il cherchait à qui Jax aurait pu s'adresser – comme s'il refusait d'accepter que c'est bien lui qui est visé. Il a pas l'habitude Zyki, il a jamais vraiment fait les frais du courroux de Jax. Pas comme ça, pas avec ce ton-là. Il est pas sûr de savoir comment réagir, la surprise qui se mélange à la colère, la déception qui vient étrangler l'excitation, il sait plus sur quel pied danser et sa cervelle mouline à l'envers. Et puis soudain il s'met à rire. Ça lui échappe sans qu'il puisse le contrôler, ça sonne détraqué, un peu névrosé. Il se marre alors qu'y a rien de drôle, alors que ses tripes se tordent et ses neurones s'entrechoquent. « Ah c'est l'moment où tu vas cracher ton venin ? » Il s'y prépare comme il peut – au fond il sait qu'il l'a mérité, Jax aurait dû le faire un tas de fois au cours des onze dernières années. Alors il se dit que c'est un mal pour un bien, que s'il le laisse déverser sa rancoeur il pourra le retenir. Peut-être que ça suffira à le soulager au point qu'il arrêtera ses conneries, peut-être qu'il a juste besoin de ça pour réaliser qu'il peut pas quitter le cirque.

Il est prêt Zyki, le torse bombé et les poings serrés. Il attend l'impact.
Tout ce qu'il récolte c'est trois phrases acerbes et un dos tourné.

Jax ne crache pas, Jax s'en va. Y a comme un vent de frustration en lui, il attendait l'implosion mais tout ce qu'on lui donne c'est le silence et ça lui convient pas. Alors il gueule, il l'appelle, il lui court après. Les rôles s'inversent et c'est lui qui doit empêcher Jax de s'en aller. Y a sa rage qui prend le dessus, sa poigne qui le retourne, ses mains qui le repoussent. Il ne lui laisse pas le temps de riposter, revenant à la charge encore et encore jusqu'à voir l'orage pointer dans les iris de son vieil ami. Peut-être bien que c'est ce qu'il cherche, peut-être bien qu'il a plus que ça pour le faire réagir. Et quand les mots prennent le relais il est confronté à un froid glacial ; ça s'infiltre entre ses côtes et ça paralyse le train d'ses pensées. Le silence le heurte comme un mur de briques. Puisque Jax ne veut pas répondre il hausse le ton, puisqu'il n'a pas de réponse il se met à crier. Il a besoin qu'il se réveille, besoin que son pilier retrouve sa stabilité. Si même Jax se met à s'écrouler, comment il est censé empêcher ses fondations de trembler ? Il a beau l'ignorer depuis trop d'années, ça reste un repère quand il sait plus ce qu'il fout. Mais cette fois c'est Jax qui s'est perdu.

Quand son col est soudainement agrippé il a pas le temps de réagir, il arrive à peine à assimiler le geste. Il s'fait secouer, l'impression d'être pris au milieu d'un tremblement de terre alors que son cerveau frappe contre les parois de sa boîte crânienne. « MAIS ARRÊTE, MERDE ! ARRÊTE ! » Et il comprend plus rien, ses yeux qui papillonnent, ses mains qui s'accrochent aux épaules de Jax pour garder un semblant d'équilibre, pour ne pas s'effondrer. C'est trop à gérer d'un coup – les mots, les secousses, la fureur trop palpable, ça tourbillonne et ça le noie sous les informations à prendre en compte. « JE N'VEUX PLUS TE VOIR, T'ENTENDS ? » Il entend, il a juste du mal à trouver le sens des phrases qui lui sont jetées à la gueule, luttant déjà trop pour tenir debout. Il arrive pas à réfléchir. « J'en ai plus rien à foutre de toi, de ton avis, de c'que tu penses de moi, TU COMPRENDS ? Va t'faire foutre Zyki, toi et ton grand retour dans ma vie. J'suis mieux sans toi, j't'ai rien demandé, ALORS CASSE TOI ! » Soudain Jax le lâche et sans lui il a plus d'équilibre, sans lui y a tout qui déraille. Ses jambes ne le portent plus, ses pieds s'emmêlent, son corps part à la renverse. Il tombe en arrière et s'étale de tout son long dans la terre, les os qui protestent sous l'impact, un voile noir sur les yeux l'espace d'une seconde. « J'déconne pas Zyki, j'te conseille de me foutre la paix, d'oublier que j'existe ! » Il peut pas faire ça – il veut pas. Si Jax s'en va il le fera il le sait, il l'a déjà fait c'est comme ça. Mais il veut pas que ça s'finisse comme ça, il veut pas avoir à l'effacer de sa vie, à faire comme s'il n'avais jamais existé, jamais compté. À le traiter comme l'étranger qu'il a pourtant déjà l'impression d'avoir face à lui. Il reste à terre, ses prunelles faisant tout juste le point sur les mains de Jax, sur celle qui plane trop près de la poche où il a rangé son couteau. « Parce que sinon j'n'hésiterais pas à m'en servir contre toi pour faire passer l'message plus clairement. » Une seconde, deux, dix, trente-six. Il vient de comprendre les mots, le geste. Il recommence à rire.

Il y croit pas.

Jax peut pas, il pourrait jamais le blesser, pas vrai ? Au fond il sait même plus s'il a raison, il le reconnaît plus alors il devrait peut-être s'attendre à tout. Mais il refuse de croire que Jax est tombé si bas, il peut pas lui avoir échappé à ce point là. « Bordel mais t'es complètement malade. » Pourtant il le dit en se marrant, comme si c'était qu'une blague, comme si Jax lui faisait une foutue farce. « T'sais quoi, laisse tomber, c'est moi qui m'casse. » Il ne l'entend qu'à moitié, ne comprend pas vraiment la teneur de ses mots. Il se relève tant bien que mal, ses mains venant claquer sur son jean pour l'épousseter, ses épaules encore secouées d'un rire qu'il ne maîtrise pas. « Tu vas faire quoi hein ? Tu vas m'jeter tes couteaux dessus ? » Et il repart dans un grand éclat de rire, les yeux un peu exorbités, le souffle saccadé. « T'as kiffé planter Hali ou quoi ? Tu veux retenter ça avec tous les Kida ? » Il sait que c'est salaud, il sait qu'il a pas le droit. Il voit la silhouette de Jax se stopper à quelques mètres, dos à lui. « T'as un putain de problème Jax. » Il a l'impression que c'est désormais lui le plus atteint des deux et il sait pas quoi en penser. Il sait pas comment faire pour le réparer, c'est pas son tournevis et ses astuces à deux balles qui vont fonctionner. Pourquoi on apprend pas à rafistoler un cœur déglingué, un esprit déréglé ? « TU L'SAIS ÇA ? » Il recommence à hausser la voix comme s'il avait peur qu'il ne l'entende pas, que ça suffise pas, qu'il parte quand même. Il le voit esquisser un mouvement et il attend pas de savoir si c'est pour s'éloigner ou se retourner, il fonce tête baissée. Il se rue sur lui et l'attrape, son bras venant s'enrouler autour de son cou pour l'immobiliser, son torse se collant contre son dos. Son esprit se met à dérailler, il sait plus ce qu'il fout, il saisit plus la portée de ses mouvements.

Tout ce qu'il sait c'est que Jax doit rester. Jax doit être recollé. Jax peut pas les abandonner.

« J'TE LAISSERAI PAS TOUT GÂCHER OK ? J'TE LAISSERAI PAS. » Il peut pas, c'est au-dessus de ses forces. Si personne n'est capable de le retenir il l'attachera, il sait pas il s'en fout – il trouvera. Et il serre encore et encore, sans voir qu'il y met peut-être trop de force et qu'il lui vole son oxygène, son regard s'attardant sur ce qui les entoure. Il remarque que le cadenas de la cage des fauves est mal refermé, et il voit ça comme un signe qu'il peut pas négliger. « Tu vas rester et tu vas arrêter tes conneries ! » Déjà il se met à le tirer dans son sillage, tendant son bras libre pour attraper le cadenas et le retirer, ôtant la chaîne qui maintient la porte. « J'sais pas qui t'a fait ça, j'sais pas qui t'a retourné le cerveau mais ça va pas s'passer comme ça ! Tu sais où tu vas finir si tu continues ? EN PRISON. C'est c'que tu veux ? HEIN JAX ? » Il continue de parler sans même réfléchir à ce qu'il dit, tirant sur le battant de la cage pour l'ouvrir en grand, Jax comme un pantin à sa merci. Il grimpe à l'intérieur tant bien que mal, le maintenant toujours sous sa poigne pour le forcer à suivre, ne le lâchant qu'une fois qu'ils ont passé la grille. Et sans lui laisser le temps de se redresser, il sort et fait coulisser la porte, ramassant la chaîne pour la remettre en place – il est obligé de s'y reprendre à trois fois, ses doigts qui tremblent, son esprit qui tangue. « On va voir si t'aimes ça, être derrière les barreaux ! Tu t'sens comment là ? » Il reprend le cadenas et le place sur la chaîne, le verrouillant soigneusement, tirant dessus pour vérifier qu'il a bien fermé. « T'as pas le droit de tout foutre en l'air comme ça, tu penses à quoi putain ? C'est quoi qui tourne pas rond chez toi ? » Il parle et il parle et il parle, sans même voir qu'il est à nouveau le pire des deux, sans réaliser les conséquences de ce qu'il est en train de faire. « Ici tu pourras plus planter personne. Sauf Alfons, mais touche pas à Alfons. » Il regarde le lion couché au fond de la cage, qui les observe depuis tout à l'heure, sans jamais se dire que ça pourrait représenter un danger. Sans voir la portée de ses actes. « J'fais ça pour ton bien Jax. Si tu pars tu le regretteras, mais ça sera trop tard pour revenir. J'vais te garder ici jusqu'à ce que tu promettes d'arrêter de faire n'importe quoi. » Il croise les bras contre son torse, menton dressé, sûr de lui. Comme s'il était l'adulte responsable, celui qui punit un gosse qui a désobéi, celui qui est responsable et qui sait ce qu'il fait. Il réalise pas à quel point il est en train de disjoncter – les plombs ont fini par sauter.
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la fosse aux lions (zax)

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