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 la fosse aux lions (zax)

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MessageSujet: la fosse aux lions (zax)   Dim 25 Juin - 17:47

La nuit qui touche à sa fin et l'insomnie toujours à ses côtés, Zyki veut juste prendre l'air, se balader, respirer, trouver un truc à faire pour arrêter de bouillonner. L'idée du siècle qui s'présente à lui, quand il passe devant l'une des caravanes dont la fenêtre est restée ouverte. Il est presque sûr que c'est celle d'une copine d'Hali – Igrid ou Lena ou il sait pas, il les mélange toutes et au final il en a pas grand-chose à foutre. Il sait juste qu'elles sont jolies, alors peu importe laquelle c'est ça lui va, de toute façon il est pas compliqué. Y a son tournevis qui lui brûle la poche et le stratagème à la con qui germe en moins de dix secondes. Il réfléchit pas, il s'introduit. C'est plus compliqué qu'il aurait cru parce que ses gestes sont mal coordonnés, ses membres s'emmêlent comme ses pensées et il maudit les foutus médocs qu'il a pourtant arrêtés y a deux jours. Trois. Cinq ? Putain il sait plus.

Il manque de se casser la gueule mais il se rattrape de justesse, et quelques secondes d'immobilité suffisent à le convaincre qu'il a réveillé personne. Il tâtonne dans l'obscurité, cogne son genou contre un meuble et heurte une embrasure de porte. Il finit par trouver la salle de bains, se faufile, ferme la porte. Quand il allume ça l'éblouit et il plisse les yeux mais y a un sourire qui étire ses lèvres, de ceux qu'affichent les mômes en s'apprêtant à faire une connerie. Un peu comme lui, quand il se cale dans la douche, tournevis en main. Ça lui prend une minute pour démonter le pommeau, quatre pour retrouver les vis qu'il a fait tomber, deux pour ramasser les flacons qui ont valsé dans le processus. Il coupe sommairement un bout de serviette en tissu, le cale dans le pommeau, le revisse. Avec ça, l'eau aura du mal à passer et prendre une douche risque de devenir compliqué. Il veillera au grain pour jouer le sauveur et s'attirer des faveurs, ou juste l'inviter à se laver chez lui à la place. S'il s'en souvient d'ici là – c'est pas gagné. Mais ça lui paraît trop léger et tant qu'à faire il devrait pousser le vice, mettre toutes les chances de son côté, rendre la farce plus drôle pour tout le monde. Il s'met à bidouiller la tuyauterie et la vérité c'est qu'il sait même pas ce qu'il veut faire exactement, c'est juste que c'est plus fort que lui, c'est juste que maintenant qu'il est là il sait plus où s'arrêter. Alors il démonte, remonte, se trompe et fixe un truc à l'envers, il bougonne et recommence, il paume une pièce et la remplace avec l'une de celles qui traînent constamment dans ses poches. Il perd la notion du temps et il s'acharne, jusqu'à sentir un filet d'eau couler sur ses mains. Faut croire qu'il a touché un truc qu'il fallait pas et ça coule et ça coule et il arrive pas à l'arrêter. Il sait même pas ce qu'il a fait, et il regarde son œuvre à mi-chemin entre la perplexité et l'hilarité. Y a une fuite et c'est pas assez conséquent pour faire du bruit ou être dramatique, mais ça coule assez pour devenir problématique d'ici une heure ou deux. Peut-être moins. Il en sait rien et au final tant pis, il sait pas comment réparer ça et il a plus envie. Il abandonne le front et fait le chemin inverse pour ressortir, son pied qui reste accroché au rebord de la fenêtre quand il grimpe et il s'écrase par terre lamentablement. Quand il lève la tête, il remarque qu'il est déjà l'aube, le soleil commence à poindre et il n'a toujours pas dormi. Mais l'pire c'est quand il se retourne – il s'est planté. C'est la caravane de Mr Loyal, pas d'une copine d'Halina, et il sait même pas comment il a pu confondre même s'il blâme la pénombre. Maintenant le mal est fait et il s'fait pas prier pour s'éclipser, en espérant qu'on ne le soupçonnera pas – en vérité il sait très bien qu'il sera démasqué mais il s'en soucie pas, c'est ni la première ni la dernière fois.

P't'être bien qu'il devrait rentrer et essayer de dormir au moins un peu, p't'être bien qu'il en a fait assez pour aujourd'hui et même demain, p't'être bien qu'il le sait. Mais à quelques mètres y a une silhouette qui s'détache dans les couleurs matinales et il la reconnaîtrait entre mille. C'est Jax. C'est Jax et immédiatement Zyki se fige, parce qu'il en est arrivé à s'demander s'il le reverrait, parce qu'il a presque cru que cet abruti était parti. Trois jours c'est pas grand-chose mais c'est déjà beaucoup trop avec ce qui les a précédés ; leur dispute bien sûr, mais pas que. Les autres ont parlé. Les autres ont dit ce qu'ils ont vu, Jax et le sang sur ses mains, Jax et l'horreur qu'il a semée. Y a un temps où il glaçait le sang des gens en lançant des couteaux et il s'attirait leur admiration et il provoquait les applaudissements. Et maintenant quoi ? Maintenant il terrorise et il fracasse et il érige les supplications ? Zyki comprend pas, Zyki le reconnaît pas. Zyki fonce.

Il se rue jusqu'à lui et sûrement que Jax a largement eu le temps d'le voir venir – il est tout sauf discret quand son cerveau est dans cet état. Il freine un peu trop tardivement, manque de lui rentrer dedans, titube d'un pas ou deux avant de retrouver son équilibre. « Bah alors qu'est-c'tu fous là ? Tu t'es perdu ? » Y a le ton de reproche dans sa voix parce qu'il se voyait déjà l'effacer, l'éradiquer, faire comme s'il n'avait jamais existé. Et malgré tout, malgré la rancœur la douleur et le vide immense qui les sépare, il est soulagé d'le voir rentrer. Pourtant ça crépite, dans ses yeux, dans ses veines. Il a les doigts qui tremblent et la carcasse trop agitée, plus que d'habitude. Il a du mal à rester concentré sur lui et il regarde ses yeux puis ses mains puis le sol puis le ciel puis son front puis rien, son regard a du mal à faire le point. Mais ses mains sont encore capables d'agir. Elles l'attrapent par le col et si le mouvement est offensif, il est bien trop maladroit pour paraître réellement agressif. Il le tient à peine, c'est pas une vraie attaque. « T'en as eu marre de défoncer des pauvres gars alors tu t'es dis qu'tu pouvais revenir ? » Et y a son regard qui crie oui je suis au courant oui ils m'ont dit et comment t'as osé bordel t'es en train de devenir quoi ? Il arrive pas à articuler les mots comme il le voudrait et sa langue est trop lourde mais ses yeux parlent pour lui, ses yeux n'ont jamais su mentir, jamais pour de vrai. « Tu fous quoi encore hein ? C'est quoi ton problème ? » Il le repousse brutalement, tellement que ça le fait tituber encore une fois. Toute la colère qu'il a ressenti en apprenant c'que les autres ont vu vient lui tordre les boyaux, parce qu'il a eu envie d'le confronter, le secouer, peut-être même le cogner. Mais il était pas là. Et pendant trois jours, il a cru qu'il serait plus jamais là.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Lun 14 Aoû - 21:18

Il frotte et frotte ses mains, encore et encore, presque à s'en arracher la peau. Il les badigeonne de savon et les noie dans le lavabo de la petite maison qu'il vient de visiter. Le visage impassible, il vient ensuite les sécher sur le chiffon pendu juste à côté, laissant dessus quelques maigres tâches de sang qu'il n'avait pas réussi à faire partir. Il n'y prête pas attention. Il n'y prête plus attention. Il retourne dans la cuisine, le pas calme, récupère son couteau et essuie la lame. Méthodique. Comme s'il venait d'effectuer son numéro de cirque. Pourtant, ce n'est pas de la sciure de bois qui recouvre ses lames désormais. Liquide rougeâtre et épais qui ne l'émeut même plus. Il a eu peur au début. Ça l'a dégoûté. Il a voulu tout arrêter. Vraiment. Mais Ellis s'est infiltré partout dans sa tête. Il est devenu proche, il est devenu un ami essentiel. Et Jax ne voit pas quel jeu macabre se joue autour de lui. Ellis le marionnettiste et Jax le pantin. Dupé parce qu'il le veut bien. Parce qu'il veut combler cette solitude effrayante qui s'engouffre en lui et qui construit des remparts trop difficiles à franchir autour de lui. Il ne veut plus ressentir ce vide. Alors il laisse Ellis gagner du terrain. Parce qu'Ellis prend toute la place, il est bruyant, envahissant, fascinant. Alors Jax s'exécute sagement, devient hermétique à ce qui lui donnait la nausée au départ. C'est pour la bonne cause ; qu'il se dit. Enfant solitaire pourtant fatigué d'avancer sans personne à ses côtés. Il range son couteau dans sa veste, attrape le sac de sport rempli de billets et s'accroupit devant sa victime de la soirée, vautrée par terre, le visage tuméfié et les bras lacérés. — Je reviens dans deux jours chercher le reste. Ellis ne va pas être content. Je vais me faire engueuler et ensuite, c'est moi qui vais être fâché. Il vaut mieux pour toi qu'il ne manque pas un seul centime dans deux jours. Ce serait peut-être même bien s'il y avait un bonus. L'homme hoche la tête et Jax se relève et s'en va, sans jeter un regard en arrière. Il se ferme à tout, c'est plus facile comme ça. Comme si tout ceci n'était rien, pas si grave. Il se concentre uniquement sur la mission. Rien d'autre. Son cerveau ne traite pas les autres données, comme si elles n'existaient pas. Mais elles sont bien là. Et elles reviennent la nuit, quand il arrive un peu à dormir. Par flashs. Et ça le réveille. Sueurs froides qu'il s'efforce d'ignorer. C'est rien, c'est rien, un mauvais rêve, ça va passer ; qu'il se répète à chaque fois.

Il est allé déposer l'argent au Bureau d'Ellis. Par chance, il n'était pas là, simplement un de ses sous-fifres. Il a fait son regard de pitbull pas content quand Jax a dit qu'il n'y avait pas le compte, mais il n'a rien dit. Et Jax s'est tiré en vitesse, exténué. Il est retourné au motel à la sortie de la ville dans lequel il se planque depuis plusieurs jours. Parce que tout est devenu trop compliqué au cirque. Les regards, les rumeurs. Ses parents. Halina. Zyki. C'est comme s'ils s'étaient tous ligués pour le rendre fou. Mais ce soir, alors qu'il bloque devant la porte du motel, il réalise que ça lui manque. Les caravanes, la chaleur humaine, les rires. Ses parents, Halina.

Zyki.
Putain.

Il pose son front contre la porte, confus, ne sachant pas quoi faire. Un coup de poing plus tard contre le bois et le voilà qui fait demi-tour : direction la maison. Quand il arrive enfin sur le terrain vague, le soleil pointe déjà le bout de son nez. Il retrouve les odeurs familières et ça le soulage autant que ça lui fait mal. Peut-être qu'il n'aurait pas dû revenir finalement. Peut-être qu'il n'aurait jamais dû revenir. Et cette sensation se confirme encore plus lorsqu'une voix l'interpelle de loin, alors qu'il pensait pouvoir faire un retour inaperçu à cette heure-ci. — Bah alors qu'est-c'tu fous là ? Tu t'es perdu ? Il frémit de la tête aux pieds mais ne se retourne pas, surtout pas. Il continue d'avancer, déterminé. Mais Zyki fonce, comme toujours et manque de lui rentrer dedans. Il ne se contrôle pas, il ne s'est jamais contrôlé. Trop brusque, trop rapide, comme un gosse qui apprendrait à marcher. Mais Jax fait la sourde oreille. Il n'est pas d'humeur. Il ne veut même pas le regarder. Il l'ignore royalement et continue de marcher, comme s'il était tout seul. Mais Zyki insiste. Il insiste toujours. Surtout lorsqu'on ne lui prête pas attention ; c'est le pire des gosses. Zyki l'attrape par le col, à la volée, l'obligeant à s'arrêter et à lui faire face. Mais Jax ne réagit toujours pas. Il se laisse faire, lui fait face, le fixe durement. Mais aucune émotion ne traverse ses yeux clairs. Il a l'air ailleurs, comme déconnecté. — T'en as eu marre de défoncer des pauvres gars alors tu t'es dis qu'tu pouvais revenir ? Jax ne bronche toujours pas. Insensible. Sûrement trop las pour se mettre encore en colère. Pour s'indigner et paniquer à l'idée que Zyki sache tout de lui et de ses activités nocturnes. Il ne réagit pas, attend simplement. — Tu fous quoi encore hein ? C'est quoi ton problème ? Il souffle tranquillement et hausse un sourcil, avant de demander. — C'est bon, t'as terminé ? J'peux y aller maintenant ? Et ça ne lui plait pas à Zyki. Il le repousse brutalement, un peu trop sûrement. Jax titube en arrière et se ramasse à moitié contre une des caravanes, faisant tomber son couteau de sa veste. — Putain. Il frotte son épaule endolorie par le choc et ramasse l'objet du délit, avant de le ranger rapidement, comme une preuve honteuse qu'il faudrait absolument cacher aux yeux du monde. Il se redresse, soupire sèchement et tourne la tête vers Zyki, le regard noir. — T'es pas ma mère Zyki. Lâche-moi un peu. Ça n'devrait pas être trop dur, t'es entrainé depuis toutes ces années. Il demeure d'un calme glaçant avant de pivoter pour reprendre sa route. — Occupe toi d'toi plutôt, y a déjà bien assez d'boulot comme ça. Petite pique acerbe lancée gratuitement, parce que la provocation c'est finalement tout ce qu'ils leur reste à ces deux idiots. Et Jax s'éloigne à nouveau, bien décidé à en rester là et à aller disparaitre dans sa caravane. Se lover dans son lit, dans le noir et ne plus en bouger pendant les deux prochains jours, jusqu'à sa prochaine escapade musclée. Mais y a tout son corps qui se tend, comme un mauvais pressentiment. Zyki ne va pas en rester là. Zyki n'en a jamais assez.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Mar 22 Aoû - 16:09

Jax l'ignore. Jax l'ignore et putain ça l'fait bouillonner ça l'agace ça lui donne envie de gueuler. Il voudrait l'attraper le secouer lui hurler dessus, tout faire jusqu'à le forcer à le regarder.

Jax l'ignore et ça l'enrage et il sait bien que c'est hypocrite. C'est ce qu'il a fait toutes ces années c'est ce qu'il a fait jusqu'à se croire immunisé. Mais quand les rôles s'inversent y a un truc qui brûle dans ses veines et il supporte pas – Zyki il aime pas quand on l'voit pas. Jax a pas le droit d'faire ça il peut pas jouer à ce jeu-là. Pas quand c'est aussi important pas quand Zyki essaie de lui parler ; cette fois c'est pour de vrai.

Il a beau l'attraper au col, le forcer à lui faire face, l'engueuler, rien n'y fait. Ses yeux dans les siens mais il voit rien, rien d'autre qu'un mur de glace que Jax est trop doué pour bâtir. Le problème c'est qu'il l'a jamais fait pour lui jamais comme ça et soudain Zyki ne sait plus ce qu'il veut ou ce qu'il doit faire. « C'est bon, t'as terminé ? J'peux y aller maintenant ? » C'est froid bordel c'est tellement froid que ça le glace jusqu'au sang – c'est le froid qui fait mal le froid mordant. Celui qui brûle qui fissure qui fait mal en-dedans. « Non ! » Et c'est ridicule cette façon qu'il a de s'exclamer comme un gosse indigné, rien de plus qu'un pauvre gamin vexé. Mais de gamin il n'a que les réactions, sa force est celle d'un homme quand il pousse Jax quand il le fait tituber quand il le regarde s'écraser contre une caravane. Il s'en fout. La seule chose qu'il voit c'est le couteau qui glisse de sa veste. « Putain. » « Putain. » Ils l'ont dit en même temps et c'est aussi en même temps qu'ils se penchent pour le ramasser. Mais Jax est plus rapide Jax est mieux coordonné – Zyki est trop brusque trop maladroit, le temps qu'il tende la main l'objet n'est déjà plus là.

« T'as trouvé un autre endroit pour répéter ton numéro ? » Il aurait préféré, peu importe combien ça l'aurait enragé de voir Jax faire ça ailleurs qu'au cirque. Ça serait toujours plus acceptable que la réalité, celle qui lui fait écarquiller les yeux un peu trop grand, celle qui lui donne cet air un peu dément. « Ah non j'suis con, c'est juste que maintenant tu préfères lancer tes couteaux sur les gens hein ? » Et il voudrait rire mais il y arrive pas, ça l'prend à la gorge il comprend pas. Il sait pas à qui il fait face maintenant, ce type il le connaît pas. Il le connaît plus il sait pas ce qu'il est devenu.

« T'es pas ma mère Zyki. Lâche-moi un peu. Ça n'devrait pas être trop dur, t'es entrainé depuis toutes ces années. » Le contraste entre le reproche dans ses mots et son calme apparent le glace jusqu'aux os. Bien sûr une part de lui sait que Jax fait ça pour s'protéger, il se mure derrière son armure pour n'pas être atteint pour n'pas avoir mal et s'il creuse assez peut-être qu'il réussira à le retrouver. Il le sait mais il arrive pas à réfléchir il arrive pas à s'y faire, il est paumé quelque part dans le tourbillon d'ses propres émotions et y a trop de choses en même temps pour qu'il puisse les gérer. Il est en colère que Jax puisse tomber dans de tels travers, déçu de n'avoir rien vu, écœuré de n'plus savoir qui il est, fatigué du jeu qu'il a lui-même érigé révolté parce qu'il comprend plus triste parce qu'il a l'impression de l'avoir perdu. Y a tout qui s'mélange dans sa tête et il est pas foutu de faire le tri, les pieds ancrés dans le sol comme deux blocs de béton la langue tellement lourde qu'il arrive pas à parler il est juste figé. Coincé là à attendre il n'sait trop quoi, alors que Jax recommence déjà à s'éloigner. « Occupe toi d'toi plutôt, y a déjà bien assez d'boulot comme ça. » Et l'pire c'est qu'il n'a pas tort Zyki le sait Zyki s'épuise tout seul. Mais de mémoire Jax ne l'a jamais traité comme ça – pas même quand il a joué au con pendant tout c'temps.

Jax lui tourne le dos putain il peut pas accepter ça.

Il peut pas le regarder partir sans rien dire, il peut pas le laisser filer alors qu'il essaie de discuter de comprendre même s'il s'y prend trop mal même si c'est sa fierté qui prend le dessus. Il refuse de s'laisser mettre de côté si facilement – il voit pas qu'il lui a fait subir exactement la même chose, il s'rend pas compte de l'hypocrisie dans laquelle ça le plonge.

« Reste là j'suis en train de te parler ! » Mais Jax n'écoute pas, Jax n'écoute plus rien Jax glisse entre ses mains. Il sait pas comment le retenir et p't'être bien que ça lui fait peur. « Jax ! » Encore une fois il se précipite jusqu'à lui, ses doigts qui l'agrippent pour le forcer à se retourner, ses paumes qui se plaquent contre son torse trop fort, une fois puis deux puis trois. Il le pousse encore et encore, le force à reculer alors qu'ils s'enfoncent plus loin dans le cirque, s'éloignant des caravanes pour arriver près de la zone d'entraînement, près des stocks de matériel des enclos des animaux. « Depuis quand tu t'barres en pleine discussion ? » Ses yeux lancent des éclairs mais ses yeux sont trop épuisés, cernés de violet injectés de sang un peu exorbités. Il est pas dans son état normal ça s'voit. « Tu vois pas que tu pars en vrille ? Tu cognes les gens maintenant ? Tu les poignardes ? » D'un geste aussi ample que maladroit il désigne la veste de Jax, là où il sait qu'un couteau reste planqué. Il a peur de savoir à quoi il a servi. « C'est ça l'boulot que t'as trouvé ? C'est pour ça que tu nous laisses tomber ? Tu t'es découvert une âme de psychopathe ? MAIS PUTAIN JAX ! RÉVEILLE-TOI ! » Il gueule parce qu'il sait pas comment exprimer la rage qui lui tord les entrailles à cette idée, la rage de voir qu'ils sont devenus des étrangers. Il croyait le connaître par cœur mais faut croire qu'il s'est planté, le Jax qu'il a aimé comme un frère c'est pas lui, c'est pas ça. Il comprend pas. Il sait pas comment il a pu se perdre comme ça – comment ils ont pu en arriver là.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Dim 10 Sep - 21:04

T'as trouvé un autre endroit pour répéter ton numéro ? Il ne pipe toujours pas mot. Il ne le regarde plus, comme s'il n'existait pas finalement. Comme s'il n'entendait rien, hermétique à ses regards, ses reproches, ses sous-entendus. Jax se contente de soupirer brièvement, comme s'il s'ennuyait. Comme s'il attendait la fin d'un spectacle barbant afin de pouvoir se tirer et rentrer enfin chez lui. Alors, il croise ses bras sur sa poitrine, attitude de replis, de rejet. Fous-moi la paix, que lui hurle son corps tout entier. Mais comme toujours, Zyki n'y prête pas attention. Et il surenchérit. — Ah non j'suis con, c'est juste que maintenant tu préfères lancer tes couteaux sur les gens hein ? Et ses mots le brûlent de part en part. La réalité glaçante qu'il refuse d'assumer, d'affronter. Ses lames, ses bébés, celles qui sont faites pour se planter dans le bois et frôler la peau de son amour insolent. Celles-là même qui, aujourd'hui, sont salit par l'hémoglobine, la honte et la chute de leur propriétaire. Jax s'est salement vautré à terre, il n'a plus rien de sa splendeur d'antan, de son charisme, de sa lumière. Les étoiles se sont éteintes l'une après l'autre, pour simplement laisser place à l'obscurité. Celle qui refile la chaire de poule et qui gèle le cœur. Mais Jax refuse de lui donner raison. Refuse de laisser entrevoir le moindre signe de faiblesse ou de culpabilité. Alors, après avoir fait claquer sa langue sur son palais, avec une lassitude irritante, il repose enfin son regard sur lui. Y a comme une lueur de mépris et de fatigue au fond de ses yeux clairs. — J'avais jamais remarqué à quel point tu brassais d'l'air en permanence. Ça claque, comme ça, sans prévenir. Le sujet tabou évité, l'attaque esquivée et il a même relancé, histoire de le dévier de sa trajectoire initiale. Histoire qu'on l'oublie un peu lui, lui et toutes ses fautes, lui et toutes les merdes qu'il traine dans son sillage crasseux. Alors, il se dresse devant lui, l'assène d'encore quelques phrases chargées de reproches, teintées d'une amertume douloureuse. Et puis, il se tire. Parce qu'il ne veut pas revivre leur dernière confrontation. Il en a marre de tourner en rond, ça ne sert à rien. Leurs disputes ne mèneront jamais nulle part, il en est convaincu ; résigné même. Zyki a déjà tourné la dernière page de leur histoire, le bouquin est terminé, y a pas de volume deux. Jax a fini par accepter cette idée, aussi révoltante et douloureuse soit-elle. Alors il pivote, il lui présente son dos, comme si c'était la couverture de fin de leur roman. Un roman qu'a pris l'eau, les pages abimées, tâchées, l'encre a coulé au rythme des larmes silencieuses. Les pages ont jaunit avec les années qui ont passé, bien trop nombreuses. La poussière le recouvre, fine pellicule d'ignorances répétées, qui ont finalement tout gâché.

Reste là j'suis en train de te parler ! A quoi bon ? Alors Jax continue d'avancer, il ignore son second appel, gavé de rage et de frustration. Mais il n'a jamais répondu lui, alors qu'il a hurlé pendant plus de 11 années. Et Jax aussi sait faire la sourde oreille, faire l'égoïste, faire celui qui s'en fout, qui n'entend pas, que rien n'atteint. Lui aussi il peut enfiler le masque de l'indifférence et feindre de n'en avoir rien à foutre de lui, de son existence. Et il espère que ça le poignarde aussi fort que pour lui, il espère qu'il en bave au moins autant que lui. Puis, tout à coup, y a les mains brusques de Zyki qui l'empoigne et le force à jouer les danseuses débutantes ; demi-tour mal effectué, il manque de se casser la gueule. Il grogne un peu, comme ça, dans le vide, pour le principe. Puis, il se sent décoller une première fois, éjecté en arrière par les deux mains impétueuses du brun sur son torse. Trois fois de suite. Et Jax qui glisse à chaque fois, qui agite les bras pour retrouver son équilibre et ne pas finir le cul par terre. Même pas le temps de riposter, il est trop concentré sur le fait de rester dressé sur ses deux pieds. Et quand enfin ça s'arrête, quand le vent de colère de Zyki retombe et ne le bouscule plus, il serre les poings et se plante devant lui ; contrarié. Pourtant, c'est toujours avec ce regard-glacier qu'il le dévisage. Le bleu de ses yeux qui devient orageux, qui change, qui bouge, au rythme de son palpitant furieux. Au final, y a bien que son regard qui prouve qu'il est encore vivant et qu'il ressent encore des choses. Le reste est stoïque, et il reste planté là, avec son allure inébranlable. — Depuis quand tu t'barres en pleine discussion ? Depuis quand tu me parles ? Qu'il a envie de répondre. Mais il ne répond rien. Il a décidé de ne plus jouer à ce petit jeu là, de ne pas rentrer dans ce schéma. Alors, il reste placide, sans dire un mot, à attendre que l'orage passe. Il se dit qu'il va bien finir par se lasser de parler à un mur. Se lasser de ses silences éloquents. — Tu vois pas que tu pars en vrille ? Tu cognes les gens maintenant ? Tu les poignardes ? Et Jax lutte pour ne pas suivre du regard ce que désigne Zyki. Il ne veut pas regarder, il ne veut pas voir. Il ne veut pas affronter la veste, la lame et tout ce que ça implique. Il serre les dents, la mâchoire qui se crispe, l'armure qui se fendille. Et il pince ses lèvres, de toutes ses forces, pour s'empêcher de répondre à ses questions. Parce qu'il a envie de lui hurler que oui, que c'est ce qu'il fait. Qu'il zèbre la peau d'inconnus pour leur faire cracher de la thune. Qu'il leur pète des phalanges et le nez. Qu'il détruit leur baraque et qu'il commencerait presque à y trouver un certain plaisir. Parce que ça lui permet d'évacuer tout ce qui le ronge, tout ce qui l'habite et dieu sait qu'il y a trop de choses pour une seule personne. Trop de choses sous sa peau. Ça pique, ça rend fou, ça le maintient éveillé. Et moins il dort, plus il vrille. Il voudrait ajouter aussi une dernière supplique, un appel à l'aide. Lui demander de le tirer de ce mauvais pas, de faire ça pour lui, parce qu'il lui doit bien ça. Mais la simple idée de lui demander quoi que ce soit le répugne. Alors, il se tait. Bombe le torse dans une brève inspiration insolente et souffle bruyamment, excédé. Ce tête à tête lui semble interminable. Zyki est plus agité et nerveux que jamais. Il l'a rarement vu comme ça. Et il n'est pas certain de savoir à quoi c'est dû. Son absence, ou sa prise de médicaments ? Peut-être les deux. Ça lui gonfle le cœur de le voir dans cet état et de ne rien pouvoir faire pour apaiser tout ça. Ça lui fait peur, parce qu'il craint que ça aille trop loin, ou qu'un jour il dérape complètement et ne puisse plus jamais faire marche arrière. Pourquoi personne n'est foutu de s'occupe de ce grand con correctement depuis qu'il n'est plus là ? Pourquoi personne ne veille sur lui ? Pourquoi on lui refile des médocs à la con ? Il n'en a pas besoin, il n'en a jamais eu besoin. Mais Jax n'a pas le temps de s'apitoyer sur l'état de son ancien ami, celui-ci revient à la charge. Encore une fois. Une dernière fois. La fois de trop. — C'est ça l'boulot que t'as trouvé ? C'est pour ça que tu nous laisses tomber ? Tu t'es découvert une âme de psychopathe ? MAIS PUTAIN JAX ! RÉVEILLE-TOI ! L'armure explose, Jax vire au rouge, le sang se met à circuler brusquement, brûlant tout sur son passage. Il se jette sur Zyki, lui empoigne le col des deux mains et l'attire vers lui, avant de se mettre à le secouer comme une poupée de chiffons, déchainé, hors de lui. On dirait un animal sauvage au bord de la folie. — MAIS ARRÊTE, MERDE ! ARRÊTE ! Y a cette montée d'adrénaline qui le gagne, la même que lorsqu'il est sur le terrain pour Ellis. Et il a subitement envie de faire mal à Zyki. Parce que y a beaucoup trop de rancœur accumulée dans ses veines et que tout sort d'un coup, bien trop vite, bien trop fort. Ça vient obscurcir ses pensées et son jugement. Il déraille, s'enlise dans ses travers, et il veut cogner. Il veut faire mal, se défouler, lui faire payer ces 11 dernières années. — JE N'VEUX PLUS TE VOIR, T'ENTEND ? Il continue de le secouer et au fond c'est un peu pour s'empêcher de faire autre chose. Pour s'empêcher de lui éclater la tête contre le sol alors que ses mains le démange. — J'en ai plus rien à foutre de toi, de ton avis, de c'que tu penses de moi, TU COMPRENDS ? Va t'faire foutre Zyki, toi et ton grand retour dans ma vie. J'suis mieux sans toi, j't'ai rien demandé, ALORS CASSE TOI ! Il le relâche enfin, en le rejetant violemment en arrière, dans une impulsion brutale. — J'déconne pas Zyki, j'te conseille de me foutre la paix, d'oublier que j'existe ! Il vient porter sa main sur sa veste, là où niche son couteau. — Parce que sinon j'n'hésiterais pas à m'en servir contre toi pour faire passer l'message plus clairement. C'est n'importe quoi. Il va trop loin et il ne le réalise même pas. Il vient de se faire totalement engloutir, il est parti à la dérive et personne ne l'a retenu à temps. Trop loin du bord, sans soutien, épuisé, il s'est noyé ; fin de l'histoire. Il retire sa main de sa veste et passe les deux sur son visage en reculant de quelques pas. Le cœur qui tambourine, les tripes au bord des lèvres. Il se sent fébrile, il se sent mal. Comme si son subconscient lui hurlait dessus ; qu'est-ce que fais mec ? Qu'il doit beugler, indigné, paniqué. Et ça le rend malade. Il a envie de vomir et il pâlit. Il finit par souffler. — T'sais quoi, laisse tomber, c'est moi qui m'casse. Il aura finalement fallut une deuxième confrontation foireuse pour qu'il prenne enfin sa décision. Et il s'éloigne déjà, prêt à terminer un autre livre. Et celui-là aussi, laisse déjà sur sa langue un arrière goût d'inachevé et de regrets.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Mar 14 Nov - 18:02

« J'avais jamais remarqué à quel point tu brassais d'l'air en permanence. » La violence de la remarque le fait hausser les sourcils. Y a ses yeux qui s'écarquillent un peu, son regard qui s'attarde sur les alentours comme s'il cherchait à qui Jax aurait pu s'adresser – comme s'il refusait d'accepter que c'est bien lui qui est visé. Il a pas l'habitude Zyki, il a jamais vraiment fait les frais du courroux de Jax. Pas comme ça, pas avec ce ton-là. Il est pas sûr de savoir comment réagir, la surprise qui se mélange à la colère, la déception qui vient étrangler l'excitation, il sait plus sur quel pied danser et sa cervelle mouline à l'envers. Et puis soudain il s'met à rire. Ça lui échappe sans qu'il puisse le contrôler, ça sonne détraqué, un peu névrosé. Il se marre alors qu'y a rien de drôle, alors que ses tripes se tordent et ses neurones s'entrechoquent. « Ah c'est l'moment où tu vas cracher ton venin ? » Il s'y prépare comme il peut – au fond il sait qu'il l'a mérité, Jax aurait dû le faire un tas de fois au cours des onze dernières années. Alors il se dit que c'est un mal pour un bien, que s'il le laisse déverser sa rancoeur il pourra le retenir. Peut-être que ça suffira à le soulager au point qu'il arrêtera ses conneries, peut-être qu'il a juste besoin de ça pour réaliser qu'il peut pas quitter le cirque.

Il est prêt Zyki, le torse bombé et les poings serrés. Il attend l'impact.
Tout ce qu'il récolte c'est trois phrases acerbes et un dos tourné.

Jax ne crache pas, Jax s'en va. Y a comme un vent de frustration en lui, il attendait l'implosion mais tout ce qu'on lui donne c'est le silence et ça lui convient pas. Alors il gueule, il l'appelle, il lui court après. Les rôles s'inversent et c'est lui qui doit empêcher Jax de s'en aller. Y a sa rage qui prend le dessus, sa poigne qui le retourne, ses mains qui le repoussent. Il ne lui laisse pas le temps de riposter, revenant à la charge encore et encore jusqu'à voir l'orage pointer dans les iris de son vieil ami. Peut-être bien que c'est ce qu'il cherche, peut-être bien qu'il a plus que ça pour le faire réagir. Et quand les mots prennent le relais il est confronté à un froid glacial ; ça s'infiltre entre ses côtes et ça paralyse le train d'ses pensées. Le silence le heurte comme un mur de briques. Puisque Jax ne veut pas répondre il hausse le ton, puisqu'il n'a pas de réponse il se met à crier. Il a besoin qu'il se réveille, besoin que son pilier retrouve sa stabilité. Si même Jax se met à s'écrouler, comment il est censé empêcher ses fondations de trembler ? Il a beau l'ignorer depuis trop d'années, ça reste un repère quand il sait plus ce qu'il fout. Mais cette fois c'est Jax qui s'est perdu.

Quand son col est soudainement agrippé il a pas le temps de réagir, il arrive à peine à assimiler le geste. Il s'fait secouer, l'impression d'être pris au milieu d'un tremblement de terre alors que son cerveau frappe contre les parois de sa boîte crânienne. « MAIS ARRÊTE, MERDE ! ARRÊTE ! » Et il comprend plus rien, ses yeux qui papillonnent, ses mains qui s'accrochent aux épaules de Jax pour garder un semblant d'équilibre, pour ne pas s'effondrer. C'est trop à gérer d'un coup – les mots, les secousses, la fureur trop palpable, ça tourbillonne et ça le noie sous les informations à prendre en compte. « JE N'VEUX PLUS TE VOIR, T'ENTENDS ? » Il entend, il a juste du mal à trouver le sens des phrases qui lui sont jetées à la gueule, luttant déjà trop pour tenir debout. Il arrive pas à réfléchir. « J'en ai plus rien à foutre de toi, de ton avis, de c'que tu penses de moi, TU COMPRENDS ? Va t'faire foutre Zyki, toi et ton grand retour dans ma vie. J'suis mieux sans toi, j't'ai rien demandé, ALORS CASSE TOI ! » Soudain Jax le lâche et sans lui il a plus d'équilibre, sans lui y a tout qui déraille. Ses jambes ne le portent plus, ses pieds s'emmêlent, son corps part à la renverse. Il tombe en arrière et s'étale de tout son long dans la terre, les os qui protestent sous l'impact, un voile noir sur les yeux l'espace d'une seconde. « J'déconne pas Zyki, j'te conseille de me foutre la paix, d'oublier que j'existe ! » Il peut pas faire ça – il veut pas. Si Jax s'en va il le fera il le sait, il l'a déjà fait c'est comme ça. Mais il veut pas que ça s'finisse comme ça, il veut pas avoir à l'effacer de sa vie, à faire comme s'il n'avais jamais existé, jamais compté. À le traiter comme l'étranger qu'il a pourtant déjà l'impression d'avoir face à lui. Il reste à terre, ses prunelles faisant tout juste le point sur les mains de Jax, sur celle qui plane trop près de la poche où il a rangé son couteau. « Parce que sinon j'n'hésiterais pas à m'en servir contre toi pour faire passer l'message plus clairement. » Une seconde, deux, dix, trente-six. Il vient de comprendre les mots, le geste. Il recommence à rire.

Il y croit pas.

Jax peut pas, il pourrait jamais le blesser, pas vrai ? Au fond il sait même plus s'il a raison, il le reconnaît plus alors il devrait peut-être s'attendre à tout. Mais il refuse de croire que Jax est tombé si bas, il peut pas lui avoir échappé à ce point là. « Bordel mais t'es complètement malade. » Pourtant il le dit en se marrant, comme si c'était qu'une blague, comme si Jax lui faisait une foutue farce. « T'sais quoi, laisse tomber, c'est moi qui m'casse. » Il ne l'entend qu'à moitié, ne comprend pas vraiment la teneur de ses mots. Il se relève tant bien que mal, ses mains venant claquer sur son jean pour l'épousseter, ses épaules encore secouées d'un rire qu'il ne maîtrise pas. « Tu vas faire quoi hein ? Tu vas m'jeter tes couteaux dessus ? » Et il repart dans un grand éclat de rire, les yeux un peu exorbités, le souffle saccadé. « T'as kiffé planter Hali ou quoi ? Tu veux retenter ça avec tous les Kida ? » Il sait que c'est salaud, il sait qu'il a pas le droit. Il voit la silhouette de Jax se stopper à quelques mètres, dos à lui. « T'as un putain de problème Jax. » Il a l'impression que c'est désormais lui le plus atteint des deux et il sait pas quoi en penser. Il sait pas comment faire pour le réparer, c'est pas son tournevis et ses astuces à deux balles qui vont fonctionner. Pourquoi on apprend pas à rafistoler un cœur déglingué, un esprit déréglé ? « TU L'SAIS ÇA ? » Il recommence à hausser la voix comme s'il avait peur qu'il ne l'entende pas, que ça suffise pas, qu'il parte quand même. Il le voit esquisser un mouvement et il attend pas de savoir si c'est pour s'éloigner ou se retourner, il fonce tête baissée. Il se rue sur lui et l'attrape, son bras venant s'enrouler autour de son cou pour l'immobiliser, son torse se collant contre son dos. Son esprit se met à dérailler, il sait plus ce qu'il fout, il saisit plus la portée de ses mouvements.

Tout ce qu'il sait c'est que Jax doit rester. Jax doit être recollé. Jax peut pas les abandonner.

« J'TE LAISSERAI PAS TOUT GÂCHER OK ? J'TE LAISSERAI PAS. » Il peut pas, c'est au-dessus de ses forces. Si personne n'est capable de le retenir il l'attachera, il sait pas il s'en fout – il trouvera. Et il serre encore et encore, sans voir qu'il y met peut-être trop de force et qu'il lui vole son oxygène, son regard s'attardant sur ce qui les entoure. Il remarque que le cadenas de la cage des fauves est mal refermé, et il voit ça comme un signe qu'il peut pas négliger. « Tu vas rester et tu vas arrêter tes conneries ! » Déjà il se met à le tirer dans son sillage, tendant son bras libre pour attraper le cadenas et le retirer, ôtant la chaîne qui maintient la porte. « J'sais pas qui t'a fait ça, j'sais pas qui t'a retourné le cerveau mais ça va pas s'passer comme ça ! Tu sais où tu vas finir si tu continues ? EN PRISON. C'est c'que tu veux ? HEIN JAX ? » Il continue de parler sans même réfléchir à ce qu'il dit, tirant sur le battant de la cage pour l'ouvrir en grand, Jax comme un pantin à sa merci. Il grimpe à l'intérieur tant bien que mal, le maintenant toujours sous sa poigne pour le forcer à suivre, ne le lâchant qu'une fois qu'ils ont passé la grille. Et sans lui laisser le temps de se redresser, il sort et fait coulisser la porte, ramassant la chaîne pour la remettre en place – il est obligé de s'y reprendre à trois fois, ses doigts qui tremblent, son esprit qui tangue. « On va voir si t'aimes ça, être derrière les barreaux ! Tu t'sens comment là ? » Il reprend le cadenas et le place sur la chaîne, le verrouillant soigneusement, tirant dessus pour vérifier qu'il a bien fermé. « T'as pas le droit de tout foutre en l'air comme ça, tu penses à quoi putain ? C'est quoi qui tourne pas rond chez toi ? » Il parle et il parle et il parle, sans même voir qu'il est à nouveau le pire des deux, sans réaliser les conséquences de ce qu'il est en train de faire. « Ici tu pourras plus planter personne. Sauf Alfons, mais touche pas à Alfons. » Il regarde le lion couché au fond de la cage, qui les observe depuis tout à l'heure, sans jamais se dire que ça pourrait représenter un danger. Sans voir la portée de ses actes. « J'fais ça pour ton bien Jax. Si tu pars tu le regretteras, mais ça sera trop tard pour revenir. J'vais te garder ici jusqu'à ce que tu promettes d'arrêter de faire n'importe quoi. » Il croise les bras contre son torse, menton dressé, sûr de lui. Comme s'il était l'adulte responsable, celui qui punit un gosse qui a désobéi, celui qui est responsable et qui sait ce qu'il fait. Il réalise pas à quel point il est en train de disjoncter – les plombs ont fini par sauter.
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Sam 6 Jan - 8:00

Ah c'est l'moment où tu vas cracher ton venin ? Rire défaillant qui camoufle trop mal la chute de son cœur. Jax sait qu'il a visé juste, mais il n'en retire aucune gloire, aucune satisfaction. Alors, il décide de ne rien dire. De ne pas cracher son venin, non. Parce que ça ne servirait à rien. Il n'en a pas envie. Il préfère s'en aller et l'ignorer. Garder pour lui les mots assassins qui le torturent depuis des années. Ces maudits mots qui veulent sortir, toutes griffes dehors, pour venir lacérer Zyki de la tête aux pieds. Lui faire mal comme lui en a bavé, toutes ces fois ou c'est lui qui lui tournait le dos. Ces mots explosifs qui viendraient réduire en poussière le jeune homme et la terre sur plusieurs kilomètres autour d'eux. Ces mots qu'il ravale, sans vraiment se souvenir pourquoi. Sentiments amicaux du passé, pas encore totalement terrassé. Ils survivent dans l'ombre, à l'agonie, oubliés. Et ce soir, ils ressurgissent, dans une dernière tentative désespérée de ne pas tout gâcher. Mais il est déjà trop tard pourtant. Et Jax ne le voit pas. Il ne voit plus rien depuis des mois. Alors il se contente de partir, persuadé de mettre un point final à cette entrevue. A leur histoire ?

Mais non. Parce que Zyki n'est pas d'accord, Zyki n'est pas de cet avis. Pour changer. Sa voix qui vibre dans le sillage de Jax et qui se heurte à son indifférence. Et il sait l'impact que ça a sur lui, il le connait encore, il le connaitra toujours. Alors ça ne le surprend même pas lorsqu'il se met à courir, lorsqu'il le rejoint, l'attrape et le retourne de force, lorsqu'il le secoue et lui hurle dessus. De plus en plus fort, comme pour combler le silence de Jax. Jax qui ne bronche pas, qui ne bouge pas. Concentré sur la colère qui grimpe dans ses veines comme du lierre. Il voudrait la faire taire, la dompter, l'arrêter, la bloquer. Mais il n'y arrive plus. Elle est trop forte, trop rapide, elle prend trop de place. Elle s'est déjà infiltrée partout, elle vient même luire dans son regard devenu fou. Elle bande ses muscles, accélère son rythme cardiaque et saccade son souffle. Jusqu'à ce qu'elle gagne le cerveau, le nécrose, l'attrape entre ses tentacules et le presse pour le faire disjoncter. Et la réaction est immédiate. Pétage de plombs. Jax qui succombe à la violence. Il l'attrape à son tour, le secoue encore plus fort, hurle encore plus fort, hors de lui. Il n'a plus le contrôle, pendant quelques secondes il se sent capable de tout pour le faire taire. Parce qu'il n'en peut plus de l'entendre. De le voir. Il l'a cherché bien trop longtemps, mais ce soir, il veut seulement qu'il disparaisse. Qu'il fasse ce qu'il fait depuis onze ans, bien sagement. Pourquoi faut-il toujours qu'il fasse l'exact opposé de ce que l'on attend de lui ? Pourquoi est-il resté adolescent insolent à l'esprit de contradiction ? Et Jax se sent comme un père qui n'a plus de patience face à la provocation de trop de son fils. Et le grand brun parle, crache ses mots avec une voix enraillée par le trop plein de rage qui le consume. Jusqu'à ce qu'il finisse par jeter Zyki, et ce dernier termine le cul par terre, sans grande surprise. Il a toujours eu l'équilibre d'un gosse de quatre ans. Et Jax lâche la phrase de trop, menace clamée avec trop d'assurance pour être une simple parole en l'air. Et il lui faut au moins autant de temps que Zyki pour percuter ce qu'il vient de dire. Et si le gosse se marre, Jax lui dévie son regard, choqué par ses propres mots. Comme si c'était quelqu'un d'autre qui les avaient crié à sa place avant de se tirer et de le laisser seul pour assumer. Il recule d'un pas, un peu bancal, le cœur de travers. Il a du mal à respirer. — Bordel mais t'es complètement malade. Il commence à se demander. Il ne dit rien, se faisant fuyant. Il passe une main dans ses cheveux, de façon hasardeuse, comme il fait à chaque fois qu'il est perdu dans ses pensées. Des pensées compliquées. Il passe sa langue sur ses lèvres et recule encore, frotte son visage avec ses deux mains, comme pour se réveiller d'un mauvais rêve. Dernière phrase balancée à la vite, la voix incertaine, et il se tire. Il voudrait courir, partir le plus vite possible d'ici, instauré autant de distance qu'il le peut entre Zyki et lui. Pour le protéger. Et se protéger lui aussi. Mais comment on fait pour se protéger de soi-même ? De ses propres démons qui déraillent sévère ? — Tu vas faire quoi hein ? Tu vas m'jeter tes couteaux dessus ? Il n'écoute pas, il veut juste aller se planquer. Retrouver sa tanière et disparaitre pour une éternité. — T'as kiffé planter Hali ou quoi ? Tu veux retenter ça avec tous les Kida ? Il s'arrête brusquement, figé par ses paroles. Sa colonne vertébrale qui se contracte et se tord sous l'effet du mécontentement. Mais tais-toi Zyki, tais-toi bon sang. Les poings de Jax qui se serrent, mais il n'arrive pas à repartir. Il voudrait se retourner, se défendre, lui dire qu'il n'a pas le droit de ressortir ça. Ce foutu incident qu'il n'a toujours pas réussi à se pardonner. Et son égo ne s'en est jamais remit non plus. Lui qui ne rate jamais ses cibles. Seule erreur de son parcours et pourtant, il ne voit que ça. — T'as un putain de problème Jax. Il en a conscience, mais il n'arrive pas à l'identifier, à le gérer, à le régler. Et il ne sait plus à qui demander de l'aide. Il est perdu et il se sent isolé de tout le monde. Zyki qui hurle une dernière fois dans son dos et Jax se décide enfin à l'ignorer. Il reste concentré sur son but premier : partir et se planquer. Alors il s'élance à nouveau, perdu dans le bric-à-brac de son esprit et il n'entend pas les pas derrière lui qui s'approchent à toute allure. Il sursaute quand il sent le bras de Zyki passer autour de son cou, l'attraper et le tirer en arrière. Il perd l'équilibre, ses pieds qui glissent dans la terre sableuse, il n'arrive pas à se remettre debout. Et l'air lui manque, parce que Zyki serre trop fort. La bouche grande ouverte, il tente désespérément de faire rentrer de l'air, et il voudrait crier, lui dire de le lâcher, d'arrêter, qu'il va le tuer s'il continue. Mais les mots ne passent pas, restent bloqués dans l'œsophage à cause de la pression sur sa gorge. Zyki parle, mais il n'entend rien. Ses tympans qui sifflent, ses yeux qui se ferment à moitié, il a l'impression d'être dans une bulle sans oxygène. Tous les sons lui parviennent de terriblement loin et il sent son corps qui commence à faiblir, son cerveau qui n'est plus suffisamment oxygéné et qui ralentit. Deuxième fois qu'un Kida manque de le tuer, s'il n'était pas si borné il finirait peut-être pas en tirer une leçon. D'un coup, il se sent être soulevé, ses pieds qui ne touchent plus terre et son dos qui râpe contre il ne sait quoi. Quelques secondes après, la pression autour de son cou disparait et l'air s'infiltre à nouveau, brûlant tout sur son passage. Et il se met à tousser, à cracher ses poumons, la gorge en feu, il a l'impression d'être de retour sur la plage ce soir-là, et de sentir les milliers de grains de sable irriter ses poumons et sa trachée. Il tousse, tousse, se redresse, se met à genoux, une main devant la bouche et l'autre sur son ventre. La vision qui revient progressivement, encore parsemée de tâches noires mouvantes. — On va voir si t'aimes ça, être derrière les barreaux ! Tu t'sens comment là ? Il ne comprend rien à ce qu'il raconte. Mais y a ce bruit métallique qui raisonne et qui l'inquiète. Il finit par poser ses deux mains sur le sol, il tente de se calmer, de reprendre son souffle. Et c'est là qu'il remarque. Le sol en bois qui n'a rien à foutre là. — T'as pas le droit de tout foutre en l'air comme ça, tu penses à quoi putain ? C'est quoi qui tourne pas rond chez toi ? Il n'écoute toujours pas, il n'entend que son rythme cardiaque qui refuse de ralentir, parce qu'il sent le danger. Et ça ne fait qu'empirer lorsqu'il entend un soupir puissant, des naseaux qui vibrent.

Putain. de. bordel. de. merde.
Il n'a pas osé.

Ici tu pourras plus planter personne. Sauf Alfons, mais touche pas à Alfons. Si, il a osé. Jax se redresse subitement, son regard qui vrille sur l'énorme lion couché à quelques mètres de lui et qui le fixe avec curiosité. Peut-être une pointe d'agacement, n'appréciant probablement pas de se faire déranger au beau milieu de sa nuit. Félin paresseux qui pourrait pourtant le tuer d'un coup de dent, d'un coup de patte. Aussitôt il se relève, panique, trébuche et tombe en arrière, le dos collé à la paroi opposée, les yeux écarquillés et le cœur qui bat en désordre. — Zyki ! Qu'il s'écrie, les dents serrées. Mais l'autre ne semble pas comprendre le danger qui le guette. — J'fais ça pour ton bien Jax. Si tu pars tu le regretteras, mais ça sera trop tard pour revenir. J'vais te garder ici jusqu'à ce que tu promettes d'arrêter de faire n'importe quoi. Il croit halluciner. C'est lui qui fait n'importe quoi ? Il pivote sur le côté, s'accroche aux barreaux et avance sa tête pour la passer légèrement entre, le visage déformé par la peur et la colère. Et là, froid, cassant, il ordonne. — Écoute-moi bien espèce d'handicapé mental, tu nous feras ta crise de folie une autre fois, ok ? Tu vas ouvrir cette putain d'cage et me laisser sortir avant qu'Alfons décide de voir quel goût j'ai. Tout de suite ! Et il se met à secouer les barreaux frénétiquement, comme si ça allait pouvoir changer quelque chose. Le lion se met à grogner et fait mine de bouger. Jax s'immobilise aussitôt et se recolle contre le fond de la cage, déglutissant avec difficulté. Il n'a jamais eu le feeling avec les fauves, entre Alfons et lui ça n'a jamais collé. Jax préfère les chevaux et surtout, sa chèvre. Au moins elle, elle ne risque pas de le bouffer - quoi que, s'il se tartinait de fromage... Il reprend de plus belle, cris murmurés pour ne pas attiser la colère du roi de la savane. — Ok tu veux parler, on va parler, mais on va le faire ailleurs, laisse-moi sortir d'ici. J'suis désolé d't'avoir menacé comme ça, d'accord ? Alors merde, ouvre cette cage ! Zyki j'déconne pas, tu dérailles sévère là. Tu réalises que tu viens de m'enfermer dans une cage avec un putain d'lion ? Tu fais quoi s'il décide de s'en prendre à moi, hein ? Tu fais quoi Zyki ? Le lion qui grogne à nouveau, de plus en plus énervé par le cinéma des deux garçons. Sa queue qui commence à fouetter l'air de façon frénétique, signe de mauvaise humeur. — Zyki.... c'est maintenant ou jamais. Il a parlé encore plus bas, de façon à peine audible et il tente de maitriser sa peur pour ne pas exciter le fauve. Il n'ose même pas le lâcher du regard. Bon sang, mais pourquoi Zyki n'a toujours pas ouvert la cage ?!
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MessageSujet: Re: la fosse aux lions (zax)   Jeu 11 Jan - 18:27

Il est fier de lui quand il observe Jax reprendre son souffle, quand il le regarde depuis l'autre côté de la cage. Persuadé de faire ce qu'il faut en le foutant derrière les barreaux, en l'emprisonnant comme ça. Il voit ça comme la meilleure leçon qu'il puisse lui inculquer, le meilleur moyen de lui faire ouvrir les yeux. Alors il sourit, convaincu de faire ce qu'il faut, d'avoir pris la bonne décision et d'être le plus responsable des deux. Comme si coller son ancien meilleur ami dans la cage d'un lion était l'idée du siècle, comme si c'était la chose à faire pour le retenir. « Zyki ! » Jax qui se redresse brusquement, qui trébuche, qui se colle à la paroi comme s'il était paniqué. Mais Zyki ne comprend pas, à vrai dire il n'écoute même pas, il est trop obnubilé par ce qu'il tente de faire, la hargne qu'il met à retenir celui qu'il considérait comme son frère. Il fait ça pour son bien il en est persuadé et il est prêt à le répéter toute la nuit s'il le faut, jusqu'à ce que Jax change d'avis et promette de rester avec eux – avec lui. Il déraille complètement et il s'en rend même pas compte.

« Écoute-moi bien espèce d'handicapé mental, tu nous feras ta crise de folie une autre fois, ok ? Tu vas ouvrir cette putain d'cage et me laisser sortir avant qu'Alfons décide de voir quel goût j'ai. Tout de suite ! » Il fronce les sourcils alors que Jax passe la tête entre les barreaux, les attrapant à deux mains pour se mettre à les secouer comme un forcené. Dans ses yeux il devine la peur ou alors la colère, peut-être un mélange des deux il sait pas trop, il arrive plus à faire le tri. « Calme-toi putain. » Il n'aime ni le ton qu'il emploie, ni les mots qu'il choisit. « Vu comment tu m'parles, j'vais te laisser poireauter là toute la nuit. » Bras croisés contre son torse il est affreusement sérieux, absolument pas disposé à le faire sortir de là. Son esprit a totalement occulté toute trace de danger, il voit pas le risque qu'Alfons représente ; comme s'il n'était qu'un gros chat, une vulgaire peluche inoffensive. Pourtant la nervosité s'installe en lui sans qu'il sache d'où elle vient, une agitation dans ses membres alors qu'il n'arrive pas à tenir en place, son myocarde qui s'accélère et le sang qui bat à ses tempes. C'est l'angoisse de Jax qui s'étale jusqu'à lui comme une épidémie mais il ne le réalise même pas, complètement déconnecté de la réalité, à mille lieues de ce qui est en train de réellement se passer. Pour lui c'est qu'une formalité, un stratagème hasardeux pour lui remettre les idées en place – du même acabit qu'un gosse qu'on consigne au coin pour le forcer à se calmer et à réfléchir à ce qu'il a fait.

Puis le lion se met à bouger et il sourit comme si c'était rien d'important, mouvement de menton pour le désigner alors que Jax ne le regarde même plus, trop occupé à paniquer. « Regarde, tu vas l'énerver si tu continues. Reste tranquille et réfléchis à ce que je t'ai dit. » Il hausse les épaules avec légèreté, détournant son attention un instant, observant les alentours puis le ciel comme si ce qui se passe dans la cage n'avait aucune importance.

Comme s'il n'était pas en train de risquer la vie de Jax.

Jax qui reprend la parole mais à un volume beaucoup plus bas, Jax qui l'écoute cette fois. Zyki en est certain : s'il baisse le ton c'est seulement pour écouter les conseils qu'il lui a donnés. « Ok tu veux parler, on va parler, mais on va le faire ailleurs, laisse-moi sortir d'ici. J'suis désolé d't'avoir menacé comme ça, d'accord ? Alors merde, ouvre cette cage ! Zyki j'déconne pas, tu dérailles sévère là. Tu réalises que tu viens de m'enfermer dans une cage avec un putain d'lion ? Tu fais quoi s'il décide de s'en prendre à moi, hein ? Tu fais quoi Zyki ? » Y a beaucoup trop de mots pour qu'il réussisse à tous les enregistrer, les phrases qui se mélangent dans sa tête et qu'il peine à remettre dans le bon sens. Y a un long silence, les excuses maladroites qu'il privilégie par rapport au reste, affichant une moue qui rappelle le gamin qu'il était, qui n'a jamais vraiment grandi. « De toute façon la prochaine fois que tu me menaces, tu t'en tireras pas aussi bien. » Il a encore du mal à croire que Jax l'a vraiment menacé de le poignarder – Jax qu'il connaît depuis toujours, Jax qu'il aurait jamais cru capable de telles horreurs. Il laisse couler une fois mais pas deux, si ça se reproduit il lui fera passer l'envie de jouer le caïd avec lui, quitte à ce qu'ils finissent en sang tous les deux. Faut pas qu'il oublie à qui il a affaire, Zyki n'est pas un type lambda qu'il peut espérer effrayer comme ça. Qu'il tente ça avec n'importe qui d'autre du cirque, il sera reçu de la même façon et il le sait probablement.

« Zyki... c'est maintenant ou jamais. » Dans le fond y Alfons qui attire son attention, qui agite sa queue d'un air agacé, baille à s'en décrocher la mâchoire, gueule grande ouverte et crocs apparents. C'est là que le reste du discours de Jax le frappe – tu fais quoi s'il décide de s'en prendre à moi ?

Sur le coup il a envie de dire qu'Alfons ne fera rien, il est bien élevé bien dressé, il le touchera jamais. Et puis il se souvient de ce qui s'est passé quand il l'a approché, lui, quand il a voulu jouer avec lui et le toucher, quand il a évité un coup de patte et que le dresseur est venu l'empêcher de finir bouffé. Il pense à ces crocs quand ils déchirent la viande qu'ils lui donnent, ces griffes capables de mutiler un homme. Il se rappelle du sermon qu'il a récolté quand on l'a éloigné du lion, quand on lui a rafraîchi la mémoire sur le fait que c'est un animal sauvage et pas un chaton. La présence des dresseurs nécessaire pour pouvoir s'en approcher sans danger, si on veut pas se faire dévorer. Y a tout qui lui revient d'un coup et il se fige, regarde Jax, regarde Alfons, regarde le cadenas. Comme s'il sortait d'un trip psychédélique ou même d'un coma, la réalité qui le frappe de plein fouet alors que ses yeux s'écarquillent. « Oh merde. » Il a un train de retard, ses mains qui viennent attraper le cadenas pour tenter de tirer dessus alors qu'il a déjà soigneusement vérifié qu'il l'avait bien fermé. « Merde merde merde. MERDE ! » Il regarde autour de lui sans vraiment savoir ce qu'il cherche, il sait pertinemment que les clés ne sont pas ici. Il tourne sur lui-même, soudainement paniqué, complètement déboussolé. La chute est trop brutale, il a du mal à revenir à la réalité. « Ok, ok, j'vais te sortir de là. Je, merde, putain, bon euh, bouge pas. Bouge pas. J'arrive. » Comme si Jax était en mesure d'aller où que ce soit. Il ne dit pas un mot de plus, n'écoute même pas si Jax a quelque chose à répondre – déjà il se barre en courant, sans même savoir où il va. Il fonce jusqu'à sa caravane à toute allure, se met à fouiller dans ses affaires sans se soucier du chaos qu'il fait régner. Il vide sa boîte à outils sur le sol, fait voler ce qui se trouve sur ses étagères. Il continue jusqu'à trouver sa grosse tenaille trop vieille et trop rouillée, repartant dans l'autre sens sans même prendre la peine de refermer sa caravane. Il court il trébuche il ne ralentit pas, brandit l'outil en l'air quand il arrive vers la cage. « J'SUIS LÀ BOUGE PAS ! » Bien sûr que Jax ne bouge pas, il n'a pas pu se rétrécir pour passer à travers les barreaux entre temps.

Et sans attendre Zyki place la tenaille sur la chaîne, se met à faire pression de toutes ses forces pour la faire céder. Il grogne il souffle il jure dans le vide, force et force encore jusqu'à sentir le bord d'un maillon se briser. Il tourne la chaîne pour s'attaquer à l'autre côté, continue jusqu'à casser la ferraille. « ÇA Y EST ! » Il sait même pas pourquoi il gueule comme ça, à tirer sur la chaîne brisée pour la retirer, ouvrant la cage à la volée. Il attrape le t-shirt de Jax et tire dessus pour le faire sortir plus vite, le faisant tomber à la renverse et perdant son équilibre au passage. Ils s'écroulent tous les deux par terre, Jax sur lui, son squelette qui proteste sous son poids et la force de l'impact. Pourtant il ne bouge pas, enroule un bras autour de lui comme pour s'assurer qu'il est bien là, qu'il s'est pas fait avaler pendant qu'il ne regardait pas. « C'est bon ça va. » Il se rassure lui-même plus qu'autre chose, tente de reprendre son souffle, le cœur au bord des lèvres et le sang qui bat à ses tempes. Pourtant il se met à rire. Sans raison aucune, sans même en avoir vraiment envie. Les nerfs qui lâchent, le trop-plein d'émotions qui s'évacue comme il peut. Il en oublie même qu'ils ont pas fermé la cage derrière eux.
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