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 Jouons comme Wendy et Peter Pan▲ Nara

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MessageSujet: Jouons comme Wendy et Peter Pan▲ Nara   Mer 14 Juin - 14:14

These are the times of dreamy quietude, when beholding the tranquil beauty and brilliancy of the ocean's skin, one forgets the tiger heart that pants beneath it; and would not willingly remember, that this velvet paw but conceals a remorseless fang.

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Nate.
Il avait toujours aimé regarder les gens droits dans les yeux. Pour voir lequel des deux baisserait son regard en premier. Pour effleurer de la pointe de son âme cette insaisissable tension qui précède chaque confrontation. On dit que ce n'est pas poli pourtant. On dit que ça déstabilise. On dit que les regards tuent, que les regards blessent. Mais Nate, il n'est pas assez puissante pour flinguer quelqu'un d'une œillade. Oh, il aimerait, vraiment. Comme il aimerait pouvoir déchiffrer quelqu'un en un regard. Comme il avait voulut pouvoir crevé les globes oculaire de son paternel juste pour ne plus avoir à supporter l'encre de ses yeux... Ses yeux si vides, si noirs, si absent. Ces yeux déjà mort qui ont criblés ses rêves d'enfants de fausses intentions, d'espoir anéantit sous des litres et des litres de whisky . Ces lueurs assassines. Ces coups d'oeil digne de Scarface. Ces yeux si vides, si noirs, si absent qu'il avait pourtant aimé jusqu'à l'ultime seconde. Il avait simplement attendu qu'ils renaissent. Qu'il soit un peu plus que le géant de pierre. Juste ça.


Mais aujourd'hui Nate, il n'avait pas le temps pour ça.
Il n'avait pas le temps de se perdre dans le labyrinthe de ses souvenirs d'enfants ni même l'envie. S'il se tapait une queue interminable dans cette foutue gare dès l'aube c'est parce qu'il avait promit une surprise à Nora. Et que cette foutue surprise commençait par attendre derrière Mamie Germaine et sa floper de marmots qui ne savaient plus si Henry l'attendait à Denver ou à Jacksonville. Mamie Germaine qui s'en foutait bien de son regard qui la criblait de balles ou de ses soupirs qui indiquaient gaiement "putain, tu m'emmerdes la vielle". Non, mamie l'invectivait sans délicatesse et lui faisait lever les yeux au ciel, ne lui laissant que son gobelet de café pour patienter. A se dire qu'il l'avait bien cherché en ne réservant pas les billets à l'avance sur le net. Qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui même sur ce coup. Et qu'il valait mieux laisser Nora attendre à la terrasse du café. Qu'à sa place, elle aurait fait un carnage et que jamais ô grand jamais ils n'auraient put voir les banquettes de ce foutu train. Parce que Nora, à force, il la connait. Il connaissait ces sursauts de fierté qui soulevaient ses flancs, l'éclat rancunier qui embrasait parfois son regard. Ces intonations rauques qui modulaient sa voix comme ces impulsions, ces coups de chaud qui tendaient son corps comme une liane. Cet amas de force insoupçonné et d'indifférence, il avait apprit à l'anticiper, à en prévoir les situations catastrophes et à les éviter. Nora, il avait souvent l'impression que c'était elle qui l'avait adopté et pas l'inverse. Qu'elle l'avait prise sous son aile, et qu'elle s'en foutait bien que ce soit lui le grand frère. Et il aurait aimé pouvoir détester ça. Pouvoir lui rappeler sur le ton de l'ironie de temps à autres qu'il était le numéro tres, el grande hermano et d'autres conneries du genre. Qu'il servait un peu à ça quand même Nate. A la protéger de tout. Du monde et du reste. Mais Nora, elle le faisait rire. Nora, elle creusait ses joues dans la douceur des sourires. Nate, il n'aurait jamais songé à lui retirer ça, sa force. A lui dénier ce qu'on ne pouvait que consciemment lui accorder, cette bête de caractère qui lui avait permit de survivre jusqu'ici. Qui ne la faisait pas rentrer dans la moule, mais la rendait plus belle sous bien des aspects à ses yeux. Parce qu'elle aimait avec force Nora, avec rage. Il n'y avait pas de faux semblant, pas de mensonge avec elle. Tout était solaire. Explosif. Mais monsieur était bien conscient qu'il n'était nullement objectif. Nate, qui écrase son gobelet dans son poing et achète enfin les billets sur la borne. Qui rejoint sa soeur en brandissant leurs saint graals, un discret sourire jouant sur ses lèvres, rictus enjoué qu'elle lui connait si bien.

▬  Voilà ! Je les ai !

Et il aurait tout aussi bien put offrir au monde une paix éternelle qu'il n'aurait pas eut l'air moins fière. Nate qui l'avait juste appelé au plein milieu de la nuit avant de la trainer jusqu'ici. Qui lui servait ses yeux de chats et de sa bouille de grand gosse pour endormir sa méfiance, anesthésié les insultes qui lui trottaient sans doute sous le front en l'observant. Qui avait refusé d'expliquer quoi que ce soit, avec son sac à dos qui lui mangeait le dos et son bonnet enfoncé sur le crâne. Qui faisait toujours ça, ces choses improbables, d'apparence inexplicables.

▬ J'espère que t'avais rien de prévu aujourd'hui par contre, ça risque de nous prendre toute la journée.

Et puis sourit le grand con. Comme s'il n'y avait pas besoin de plus que ça.
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MessageSujet: Re: Jouons comme Wendy et Peter Pan▲ Nara   Dim 18 Juin - 7:05

la nuit. malgré l’heure tardive, t’avais suivi le regard clair et légèrement trop malicieux de nate au bout de la ville. marcher les rues sombres, la brise légère du clair de lune pour vous accompagner. l’air grognon. renfrogné. les cheveux en bataille, à peine réveillée. rien que des vêtements enfilés les uns par dessus les autres, et ce vieux blouson que tu traînes avec toi depuis la nuit des temps. troué. sali. cette veste qui avait perdu de sa couleur avec le temps. c’était rien, t’y faisais à peine attention de toute façon. t’avais jeté l’oreiller sur nate un peu plus d’une fois en espérant qu’il finisse par te laisser dormir. t’étais pas d’humeur pour ses jeux insensés et t’avais fini par laisser sil, de l’autre côté du lit, pour t’éclipser avec lui. parce que nate gagnait toujours. avec son sourire maudit et son regard damné. quoi que t’y fasses, tu pouvais jamais y résister, jamais, et c’était bien ça qui te perdrait. ta seule faiblesse, c’était lui. eux. et il en profitait chaque fois qu’il le pouvait, tâchant que t’étais rien d’autre qu’humaine, comme toutes les autres. un peu trop attachée à ce que t’avais de plus précieux.

il te fallu un peu plus de temps que nécessaire pour te rendre compte que c’était ça, la surprise qu’il t’avais promise quelques jours plus tôt. et étonnamment, ça ne faisait que serrer un peu plus ton estomac. de crainte. presque de mésaventure. t’aimes pas les surprises, tu détestes. et pourtant, nate s’évertuait à vouloir te faire changer d’avis. pensait que s’il t’en faisait une, aussi travaillée soit-elle, rien ne pourrait mal se passer. idiot. nate vivait la plupart du temps sur un nuage, à des années lumières de ton monde à toi. ton monde noir et sombre. mais nate s’en fichait presque tout autant, et c’est ce qui rendait toute insulte, complainte, tout mécontentement inutile. avec nate, y avait qu’à se laisser glisser. c’est pas toi qui décide avec nate, parce que nate fait seulement ce que bon lui semble. nate, t’as toujours pensé qu’il venait pas de la même planète que vous. si l’un de vous devait être le fils du facteur, c’était certainement lui. trop différent. trop heureux, sans doute. tout ce que tu peinais à parvenir à comprendre. mais c’était tout ce qui faisait sa beauté, à nate. nate, il scintille dans la nuit comme la plus belle des étoiles. ta propre galaxie. celle dans laquelle tu gravites, parfois sans trop savoir où aller. celle à laquelle tu te raccroches, encore plus fort qu’à la vie, parce que nate est trop précieux pour ce monde. trop fragile. avec nate, t’as ce besoin de protection encore plus vif que pour tes deux autres frères, parce que nate ne s’en remettrait pas. s’il arrivait quelque chose, nate ne s’en remettrait pas et c’est bien ce qui t’effraie le plus. nash, néo. même toi. vous vous en remettez toujours. mais pas nate. nate, il a besoin de voir la beauté du monde pour se sentir bien. nate, il a besoin de croire que tout ira bien, c’est certainement la seule chose qui lui donne envie de se lever le matin. et c’est sans doute tout aussi bien la seule chose qui t’empêche de vouloir briser ses espoirs. de lui faire croire que tu peux partager les siens, parfois, quand l’un comme l’autre savez que ce n’est pas la vérité. alors tu bougonnes toute seule, de ton côté, en cette matinée à peine éveillée. le jour n’est même pas encore levé. il pointe à l’horizon, à travers le ciel qui s’éclaircit juste un peu. et tu t’accroches à ton chocolat chaud pour éviter de retomber dans le sommeil. ou bien de geler sur place. et tu fronces un peu les sourcils, quand tu le vois revenir vers toi, brandissant ses tickets à travers la gare presque déserte. qu’est-ce que c’est ? t’essayes de les attraper, d’y jeter un coup d’oeil de plus près, en vain. ils t’échappent à quelques centimètres à peine. saleté. tu lances un regard à demi-noir, ça manque un peu d’enthousiasme. mais tu hausses quand même un sourcil à sa remarque, à l’idée que ça prenne toute la journée. toute la journée, loin de cette ville moisie. et quelque part, peut-être bien que y a une étincelle d’excitation qui se réveille au fond de ton estomac. tu vas enfin me dire où tu m’emmènes ou j’vais devoir user de la force ? y a le poing qui rencontre son épaule comme une menace de ce qui pourrait arriver. et puis la vague idée qui te traverse l’esprit, d’abandonner tout pour la journée. les emmerdes. et même le smoking dog. t’imagine la gueule de nash en se rendant compte que tu viendras pas. qu’il devra gérer le bar à bout de bras, à trop compter sur toi pour faire tourner l’endroit, et ça te rend étonnamment joyeuse. peut-être qu’il se rendra compte qu’il a besoin de toi. que quoi qu’il dise, tu fais partie de ce bar autant que lui. alors tu te redresses soudainement, le torse un peu bombé. fière. t’as pas de sac à dos, toi, qu’est-ce que t’aurais dû y mettre de toute façon ? nate veut pas te dire où vous allez. et même si ça t’agace, peut être bien que t’es prête à faire l’impasse.
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MessageSujet: Re: Jouons comme Wendy et Peter Pan▲ Nara   Ven 23 Juin - 18:38

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Nate avait envie de rire et de tout lui dire - mais pas encore, non, pas encore. Il fallait être patient, et le jeune homme en avait fait un art de vivre. La tentation était forte, elle grouillait sous sa peau comme un millier de courant électrique, mais il savait que plus il attendrait, meilleure serait sa récompense. Alors il retint son rire et ses aveux, et se contenta d'un sourire radieux. Il croisa ses mains sur son ventre, encaissant le coup balancer contre son épaule dans une moue de circonstance - grimace à mi chemin entre la douleur et l'amusement. Mais Nate avait l'enthousiasme des grands gamins qui nimbait son visage: c'était le soleil en bandoulière sur les lèvres charnues, c'était cette joie irrationnel qui lui seyait mieux que n'importe quel parure superflus. Et il espérait bien qu'il parviendrait à l'en réchauffer, Nora. Il espérait que cette fois ci il parviendrait à cueillir ses rires comme ses sourires. Cette idée lui réchauffa le coeur alors que, toujours plein de cette volonté qui n'avait dû appartenir qu'aux grands hommes de ce monde, ô immuable conquistador des bacs à sables, il abandonne sa chaise pour s'avancer vers leurs quais, faisant signe à Nora de le suivre.

▬  Tu pourras dormir dans le train si tu veux, je crois qu'on en a bien pour trois heures de trajet de toute façon.

C'est ça, tente d'amadouer le démon.
Sèmes le doute sans jamais rien dire bichon, on passera ça sous silence.
Un rapide coup d'oeil aux alentours pour ne serait-ce  qu'avoir une maigre idée de l'endroit où  leur train se trouverait. Ce même train qui pourrait leur permettre de regagner les berges des coins les plus développé de la Géorgie. Loin de Savannah et de ses allures de vieilles villes, de son quartier populaire où les relents de marijuana se mélangent aux effluves beaucoup plus rances de la sueur et des alcools forts. Savannah, fourbe Savannah. Ville centenaire qui peut tout aussi bien vous horripiler que vous émouvoir. Nate. Il y avait des jours où il se plaisait à grimper sur les toits. Des jours où en se tenant proche, si proche d'en effleurer la cimes des cieux  que le monde le clouait sur place avec une de ces questions sorties de nul part:Que pouvait-on valoir à côté de ça? Quel désamour pouvait-on entretenir envers ce bout de rien lorsqu'ainsi il vous tendait les bras, l'air mutin. Savannah, elle était belle à sa façon. Avec ces ruelles parfois cruelles qui vous écorchaient jusqu'aux artères. Avec son histoire et ses bâtisses aux courbes volages. Si Nate avait eut la fibre artistique, s'il avait encore eut un peu de talent aux bouts des doigts, il se serait plût à en reproduire les contours jusqu'à l'oubli. Mais il n'avait que ses yeux. Il n'avait que ses pupilles grandes ouvertes pour prendre un millier de photographies.

Nate, Nate. Qu'est-ce qui t'attendrait de l'autre côté de la voie ferrée ?Toi qui n'avais jamais prit la peine d'aller exploré ce qui se trouvait au delà de tes frontières bien rangé? Toi qui aimait planer au dessus des nuages, est ce que ça te ferait mal si vraiment tu t'envolais? Si tu partais loin, si loin que plus rien ne t'atteindrait. Est ce que l'envie te prendrait un jour? De tout laisser derrière. De tout envoyer par terre, juste sur un coup de tête? Tu en doutais. Tu en doutais parce que ce n'était pas un quelconque sentiment patriote qui te retenait dans ta petite ville. C'était l'amour. L'amour des tiens. L'amour pour toutes ces personnes qui avaient creusés leur place en ton sein. Et tu ne pouvais pas t'imaginer que cette expérience ci, ce voyage à l'autre bout du monde puisse être attrayant s'ils n'en faisaient pas partis.

▬ Dis No', t'as jamais eut envie de prendre le train pour ailleurs?

C'est demandé soudainement, cette phrase qui sort de nul part, cette question ouverte qu'il lui sert alors qu'à nouveau un sourire lui mange le visage. Nate qui baissait son regard sur cet air sans âge. Une jolie face de jeune femme comme de dame.  Nora, on aurait put la rajeunir comme la vieillir, elle avait ce petit truc là. Cette chose inexpliqué blottit sous la confort de ses sourcils froncés, ce léger détail qui parvenait toujours à titiller le regard lorsqu'on s'attardait sur son joli minois. Elle avait la vie incruster à même la peau Nora. La vraie. Celle qui ne s'embêtait pas de philtre, celle qui ne s'embarrassait jamais de grand élans poétiques ou de pseudos tournures philosophiques. Il se le disait alors que d'un bon il grimpait dans leur wagon. Il se le répétait encore lorsque sa tête vint s'affaler contre son siège alors qu'il la regardait derrière la vitre, Savannah. Est ce qu'elle serait plus heureuse, si elle n'était pas là Nora? Est ce qu'elle méritait mieux que ça? Mieux que cette petite villes qui ne pouvaient s'empêcher de tous stigmatisés, de toujours faire voguer les pensés populaires de clichés en clichés. Nora. Elle s'en sortirait, même sans eux. Elle avait cette force, cette hargne qui lui permettrait de faire tout et n'importe quoi. Mais est ce qu'il s'y ferait Nate, à une vie sans Nora? Une vie passé à tourner son museau à chaque dédale, à chaque couloir, juste dans l'espoir de l'apercevoir? Peut être pas. Peut être aussi que ces choses là, lui, ne comptaient pas.

▬ Qui sait, on pourrait voyager un jour. Aller dans d'autres coin, de l'autre côté de la mer, peut être?

Un jour peut être. Voguer vers une vie meilleure, ailleurs.
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MessageSujet: Re: Jouons comme Wendy et Peter Pan▲ Nara   Dim 9 Juil - 20:03

il n’en disait rien. motus et bouche cousue répétait la voix de gamin dans sa tête. des paroles jamais vraiment lancées en l’air, quand les deux gamins, de la terre plein des doigts, de la crasse jusqu’au jean tâché et troué, se le promettaient. et là, c’était pareil. ce n’était peut-être pas une promesse, c’était rien d’autre qu’une technique pour gagner un peu de temps, repousser le moment fatidique où le voile de la surprise se soulèverait. mais ça n’en restait pas moins l’un de ces moments où malgré tout ce que tu faisais pour lui tirer les vers du nez, il n’en avait que faire. préférant en rire, moquerie douce et terriblement agaçante, plutôt que de lâcher le morceau. un coup à l’épaule, et le sourire du gamin naïf planté sur les lèvres. à l’instant même où il te fit signe pour le suivre à l’intérieur de la rame, t’étais presque certaine que rien n’aurait pu vous arrêter. trois heures ? ça a intérêt à valoir le coup. mais malgré tout, le mystère s’épaissit. où est-ce qu’il pouvait bien t’emmener ? le champ de vos possibilités était plutôt restreint, il l’avait toujours été. pour les caldwell, y avait jamais rien eu d’autre qu’ici. savannah. cette ville et ces gens. étouffants. insupportables. détestables. et pourtant, vous y aviez survécu, depuis vingt ans et plus encore. sans jamais essayer de s’en enfuir, pas même une seule fois. où est-ce que vous pourriez aller, de toute façon ? y avait pas grand chose qui vous attendait, de l’autre côté. elle était là, toute l’ironie de la situation. ne penser qu’à partir tout en sachant qu’il n’y aura jamais rien de mieux pour vous que savannah, georgia. cette même raison qui t’empêchait de détacher des yeux du paysage qui défilait à toute vitesse, à l’extérieur, sous la lumière qui s'éveille doucement. tout le temps. ça sonne comme un aveu, longtemps caché. retenu. enfoui. pas toi ? parce que tout le monde le sait, que t’as pas ta place ici. que tu rêves d’un ailleurs où on te foutrait la paix, mais que tu risquerais de bien trop t’y ennuyer, où que tu sois. parce qu’ils ne seraient pas là. parce que rien ne ressemblerait de ce à quoi tu connais déjà, et que t’as beau dire ce que tu veux, nora, t’es bien trop effrayée à l’idée de te retrouver seule. sans eux. tu pourrais braver les tempêtes et les ouragans, les raz-de-marée et les cyclones, tu pourrais survivre aux flammes et à la destruction s’il le fallait, du moment qu’ils étaient là. sans eux, rien n’avait plus d’importance. parce que t’es pas nora sans les caldwell derrière toi. mais nate ? est-ce qu’il aurait sa place ailleurs, lui ? est-ce qu’il resterait ici, en sachant que tu n’es plus là ? nate, c’est différent. t’as souvent l’impression qu’il n’a besoin de personne, pas même de toi. qu’il pourrait s’en sortir, quoi qu’il fasse. rien ne semble aussi difficile, pour nate. parce qu’il avait cette capacité inouïe à rendre les choses plus simples d’un simple toucher du doigt. d’un regard un peu attendri, il changeait la face du monde. tout ce que tu détestais disparaissait soudainement, sous ses yeux, et là était son pouvoir magique. si je m’en allais, tu viendrais avec moi ? et les deux bulles admiratives quittent un instant le paysage pour se poser sur lui, sans trop comprendre pourquoi. sûrement parce qu’il y a la vague d’inquiétude, de pudeur qui serre ton estomac. parce que tu connais déjà la réponse, en partie en tout cas. c’est exactement comme la dernière fois, au bar. quand nate est coincé entre vous tous, sans trop parvenir à réussir à rassembler tout le monde. mais nate, tu sais bien qu’il quittera jamais son monde. alors tu poses la question tout en connaissant déjà la réponse, et sans doute que tu aurais dû te retenir de la poser. parce que ce sera sans doute trop difficile d’entendre la réponse. qu’il te dise que si tu pars, ce sera sans lui. que si tu veux le garder, il faudra rester. être coincée, ici. pour toute la vie. ou bien peut-être seulement pour un temps, avant de découvrir les terres méconnues, effrayantes. de l’autre côté ? t’y avais jamais vraiment pensé. partir, c’est bien. mais jamais trop loin. nate, il a les yeux plus gros que lui, l’esprit ouvert sur le reste du monde. nate, il voit tout ce que tu ignores, les terres, les océans. les continents, les autres gens, ceux auxquels tu ne penses jamais. est-ce qu’il sait, nate, ce qui l’attend, de l’autre côté ? on a jamais été nulle part, avant. tu sais pas pourquoi t’as besoin de le lui rappeler. peut-être pour dire que c’est trop loin, que t’es pas sûre de pouvoir, prendre un avion alors que tu l’as jamais fait avant. mais peut-être bien que tu peux tester, s’il est à tes côtés.
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