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 if I could dive into the other (attizuki)

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MessageSujet: if I could dive into the other (attizuki)   Dim 28 Mai - 19:24

La fille alanguie dans son lit s'appelle Olivia. Il le sait mais à sa place il voit Hannah qui vient le hanter alors qu'elle n'est même pas morte. Il émerge difficilement d'un sommeil trop lourd mais pas assez profond, trop court surtout, et son cerveau lui joue des tours. Il referme les yeux et fait courir sa main sur le corps maigre d'Olivia, caresse du dos de ses doigts l'arrête que forme l'os saillant de sa hanche et l'attire contre lui pour lui dévorer le cou. Ce n'est définitivement pas Hannah. Il aimerait se débarrasser d'elle, à la fin. Quand il se réveille à nouveau une bonne heure plus tard, il entend vaguement Olivia qui lui dit qu'elle doit partir. C'est la fin d'un après-midi pas franchement productif. Il ouvre ses yeux bouffis pour la regarder s'habiller, et puis il entend des pas raisonner sur le pont du voilier. Nemo ? Il finit par se tirer hors de son lit et enfile son kimono noir pour raccompagner Olivia et accueillir son nouveau visiteur. Il espère simplement que ce n'est pas la conquête d'une autre nuit, il n'aime pas beaucoup les voir se croiser au cas où ça mène à des conversations assommantes.

Mais en émergeant de l'escalier, c'est une explosion de rose bubble gum qui s'offre à lui, entre les cheveux de Kizuki couverts d'un chapeau improbable et les barbes à papas qu'il tient dans chaque main. Atticus éclate de rire, épaté par le fait que Kizuki se soit rappelé son adresse et amusé de le voir s'y pointer avec les friandises promises dans un texto. Lui-même avait oublié, il planait à quinze mille quand il lui a écrit. « Salut, Kissu Kissu. » Il embrasse Olivia sur la joue pour lui dire au revoir et la laisse filer sans plus de mots. Elle jette un regard intrigué au jeune Japonais en partant et Atticus ne peut que la comprendre. Lui aussi, la première fois qu'il l'a vu, il n'a pas pu le quitter des yeux. Ce n'est pas une vulgaire question d'exotisme, ce n'est pas à cause de la couleur de ses cheveux, même si forcément ça lui a attiré le regard. C'est autre chose, c'est cette impression d'un secret à exhumer d'entre ses côtes, de quelque chose qu'il ne lui cédera pas facilement mais qui en sera d'autant plus précieux. Il scrute sur le visage de Kizuki à la recherche d'une réaction quant à la fille qui vient de quitter son lit. Intérêt, curiosité, jalousie, il aimerait bien. Et puis, avec un sourire encore ensommeillé, il pointe une barbe à papa du doigt. « Je vois qu'on peut te faire confiance, alors tu peux entrer si tu veux. »

Il laisse Kizuki le précéder dans l'escalier. La cabine est basse de plafond, tout juste deux mètres qui ne laissent pas beaucoup de marge à Atticus et son mètre quatre-vingt-dix. Il a l'habitude de courber un peu la nuque lorsqu'il passe les portes. Une fois en bas, il ferme la porte de la chambre microscopique et ouvre un peu plus grand la fenêtre de plafond au-dessus du coin salon. « Fais comme chez toi, » il dit à Kizuki en désignant la banquette qui forme un angle autour de la table. C'est dans son lit qu'Atticus se vautre la plupart du temps pour lire ou fumer, mais ça ne se fait pas de recevoir directement les gens dans son lit, n'est-ce pas. En quelques mois, il a totalement imposé son style à l'intérieur du voilier paternel, à commencer par les piles de livres qui oscillent dans tous les coins, à défaut d'avoir la place pour une bibliothèque assez grande. Sur la banquette traîne son violon et, à côté, posée sur son trépied, sa guitare. Il a beau supporter d'être à l'étroit dans son petit chez lui, il a dû abandonner le piano et le violoncelle à la maison parentale — surtout le piano, oui. Il se sert un café et se tourne vers Kizuki. « Tu veux quelque chose, thé, café, bière ? Je me réveille donc c'est le petit dèj' pour moi, désolé. » Et en effet, il arbore de jolies poches sous les yeux, mais ça ne l'empêche pas de dévorer Kizuki du regard comme s'il était une œuvre d'art.
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MessageSujet: Re: if I could dive into the other (attizuki)   Lun 29 Mai - 15:15

"When I die / I don't care what happens to my body / throw ashes in the air, / scatter 'em in East River /bury an urn in Elizabeth New Jersey, B'nai Israel Cemetery / But l want a big funeral / St. Patrick's Cathedral, St. Mark's Church, the largest synagogue in Manhattan"

Allen Ginsberg... Kizuki demeurait assis à même le sol et pensif, le dos contre le mur, un recueil sur les genoux et la cigarette à la main. Il exhumait ses vieux désirs, s'exaltait à la lecture de ces quelques mots qui résonnaient en son âme comme tout autant de mets nécessaires à la confection de sa propre poésie. Il vivait pour écrire et pour mourir : c'était à ses yeux les deux plus beaux cadeaux que l'homme avaient à faire durant son existence; l'un le rapportait à la condition de mortel, l'autre le rendait éternel. Ces deux choses étaient indissociables dans son esprit : "Philosopher, c'est apprendre à mourir", disait Montaigne, et cela, il ne l'avait jamais oublié. Il fallait dire aussi que Kizuki, il avait peur d'être oublié, ignoré ou pire encore, esseulé. Avec ses différences qu'il cultivait avec soin, il laissait une marque dans l'esprit de chacun, à croire que cela lui était nécessaire. D'ailleurs, il espérait qu'un jour, ce serait ses écrits qui parleraient pour lui, que ce serait son travail qui parlerait pour lui, et qu'il pourrait alors se retirer sereinement tandis que bien des années après sa mort, Kizuki, on en parlerait encore.

Aujourd'hui, oui, il se la jouait Beatnik : un vinyl de jazz tournait inlassablement sur la platine, la nicotine émanait de son corps, l'odeur de café envahissait la pièce et il avait comme des envies de Benzédrine. Il n'y avait que le col roulé qui était resté au placard car le temps ne lui permettait guère cette extravagance. Dommage, qu'il pensait, dommage car il savait que son thanatopracteur aurait adoré. Il avait rencontré Atticus - croqueur de cœurs morts - quelques temps auparavant, il ne se rappelait même plus exactement comment. Ça avait été un coup de foudre spirituel, artificiel peut-être aussi, mais indéniable.

Kizuki avait songé à lui rendre visite le matin-même, puis il s'était rappelé de son mode de vie et avait alors reporté à l'après-midi. Après quelques messages et un détour à la foire des alentours, il avait débarqué chez lui, deux barbes à papa à la main. La dernière fois, c'était un poisson qu'il avait acheté à la pêche au canard; un grand enfant diraient certains mais pour lui, c'était tout naturel. A peine avait-il terminé de se féliciter quant à ses aptitudes à retrouver seul un lieu où il n'avait encore jamais mis les pieds, qu'un jeune marin pointait le bout de son nez. A sa vue, le japonais ne put s'empêcher de sourire, forcé de constater qu'Atticus savait visiblement bien s'entourer. Il promena alors son regard de bas en haut sur la jeune femme qui venait de quitter l'embarcation, passablement étonné. "Tu t'emmerdes pas toi.", et il sourit avant de remarquer la tenue légère de son hôte - "Tiens, Atti-chan en kimono, n'est-ce pas like super mignon ?".

Il le précéda ensuite dans la petite descente vers son entre, baissant la tête par réflexe face à l'espace qui s'amenuisait mais bien conscient pourtant qu'il passait aisément. Il était plutôt grand pour un japonais d'ailleurs mais il fallait dire qu'Atticus devait être aussi plutôt grand pour un américain - alors la tête qui les séparait l'un de l'autre ne se gênait pas de leur donner une allure plus drôle encore. Une fois à l'intérieur, le jeune homme détailla avec soin chaque recoin du lieu de vie de son atypique favori; faire comme chez lui ne devait pas être une lourde tâche tant il se sentait déjà bien à l'aise. Lorsqu'il s'installa finalement sur la banquette, ce fut le violon qui ne put s'empêcher de retenir son attention. "Tu ne m'avais pas dis que tu jouais du violon. J'ai toujours rêvé de savoir en faire... un peu à la Danse Macabre de Saint-Saëns, tu vois ?", un sourire illumina alors son visage, faisant grandir des étoiles dans ses yeux chocolat - "Tu me feras une petite démonstration, n'est-ce pas ?". Et dans le fond, il ne lui laisserait pas le choix car même trois notes lui auraient suffit - l'esprit critique se devait bien de rester au placard, il n'y connaissait rien.

Kizuki opta pour une bière - même si l'odeur du café chaud lui excitait les narines comme un requin à la vue du sang. "Tu as déjà essayé le café et la bière en même temps ?", il but une gorgée avant de continuer - "C'est moins dégueulasse que ça en a l'air... en fait, tu fais une mousse d'expresso sur une bière a fermentation haute et un petit shot d'expresso glacé avec.". Le cerveau du jeune homme était rempli d'anecdotes diverses et avariées, plus improbables les unes que les autres et il y avait fort à parier qu'à ce stade, il fallait juste apprendre à vivre avec. Lorsque Atticus le rejoignit finalement à table, il fut un peu pris de court par les expressions lorsqu'il advenait de lever son verre -"Kanp... attends. Qu'est-ce qu'on dit ici déjà ?". Il avait beau s'atteler ardemment à l'apprentissage de la langue, il demeurait encore des lacunes béantes. Ce fut exactement quelques secondes avant qu'une nouvelle idée farfelue ne lui traverse l'esprit.

"Au fait, je lisais un poème qui parlait funérailles ce matin et j'ai songé à écrire de nouvelles directives dans ma lettre post-mortem. Déjà, je voudrais que mes cendres soient dispersées dans l'espace mais surtout, je veux une tasse de café dans mon cercueil avant la crémation, pour cette odeur de petit-déjeuner du Dimanche, tu vois ? Et si je meurs avant toi, t'as intérêt à me mettre le chapeau le plus surprenant que tu peux trouver, c'est ton boulot après tout, non ?"

Le jeune japonais fit un clin d’œil à son interlocuteur qu'il savait actuellement entrain de le dévorer de ses yeux endormis. Si pour beaucoup la mort mettait mal à l'aise, pour Kizuki, c'était juste une partie de la vie qui n'avait aucune raison d'être occultée. "Au fait ta barbe à papa, tu comptes la manger maintenant ?", au même titre que les sucreries.
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MessageSujet: Re: if I could dive into the other (attizuki)   Dim 18 Juin - 18:08

Atticus sourit aux remarques de Kizuki, et à Atti-chan. Il en sait assez sur le japonais pour savoir qu'on place généralement ce suffixe derrière les noms des filles et des enfants, et que Kizuki est soit particulièrement affectueux aujourd'hui, soit un brin malicieux. Il se contente d'un sourire en coin et pince l'étoffe noire entre deux doigts. Il ne porte pas toujours son kimono de façon strictement traditionnelle, il arrive que ça s'apparente davantage à une robe de chambre un peu plus classe que la moyenne. À vrai dire, il aimerait en avoir un vraiment élégant, du genre qu'il pourrait porter en guise de tenue de soirée. « Je vis pas mal en kimono en fait. J'espère que tu ne vis pas ça comme de l'appropriation culturelle malvenue. » Il n'est pas réellement inquiet bien sûr, il sourit même en le disant parce qu'il se rappelle la fille à l'air belliqueux qui l'en a accusé deux jours plus tôt.

Il décapsule une bière fraîche et la pose sur la table devant Kizuki, auquel il adresse un sourire amusé. « Oh, non, je ne t'ai pas encore tout dit sur moi, Kissu Kissu. Je joue du piano aussi, et j'ai commencé le violoncelle cette année. » En plus de la guitare, bien sûr, mais il ne prend pas la peine de le préciser puisque Kizuki est assis à côté de sa guitare électro-acoustique, celle qu'il a traînée avec lui dans tous ses voyages et qui en porte les traces. « Je la connais, la Danse macabre, je te la jouerai tout à l'heure si tu veux. Mais je crois que ça fait longtemps, m'en veux pas si ça vire à la boucherie. » Il observe la réaction de Kizuki, pas certain qu'il soit familier du mot au sens figuré. « Si je la massacre. » Pas mieux. « Si c'est mauvais, quoi. » Kizuki s'en sort extrêmement bien en anglais. Atticus essaie de faire attention, il articule et évite de faire sauter les négations, mais il peut s'emporter. Et puis il est parfois surpris d'entendre le Japonais utiliser des expressions très argotiques, alors il ne sait jamais si ses précautions sont nécessaires ou non, mais dans le doute...

Il n'est pas particulièrement enchanté par l'idée de mélanger de la bière et du café. Il arbore une grimace sceptique jusqu'à ce que Kizuki en détaille la recette, et c'est tout de suite plus convaincant. « Oh, j'essaierai alors. Pour aujourd'hui, je vais me contenter d'enchaîner les deux. » Il s'installe et trinque avec lui : « Cheers ! », en réponse à sa question. Il trempe les lèvres dans sa tasse de café encore brûlant en écoutant Kizuki lui parler de ses futures funérailles comme si c'était aussi naturel que de raconter sa journée. Pour Atticus, justement, raconter sa journée implique régulièrement de parler de funérailles — d'une certaine étape dans leur organisation, en tout cas —, alors ça ne le dérange pas. Et puis il n'y a rien de morbide dans la façon dont Kizuki en parle, et surtout aucun empressement à lui briser le cœur comme il le sent chez son petit frère lorsque le sujet est évoqué. Il sort de sa rêverie au son de « barbe à papa » et en attrape une.

« Oh, oui, excuse-moi. Merci pour le petit déjeuner équilibré. J'ai l'impression de manger tes cheveux, » ajoute-t-il après une première bouchée, si on peut appeler ça une bouchée quand ça fond immédiatement sur la langue. Nul doute que les cheveux de Kizuki n'ont ni cette texture, ni ce goût sucré, et ce n'est pas là qu'il poserait les lèvres en premier s'il en avait l'occasion, mais passons. « Si tu meurs avant moi, j'en prends note. Ce sont de jolis plans. Mais dis, tu comptes mourir à Savannah, Kiss Kiss ? J'espère que ça veut dire que tu comptes y vivre jusqu'à tes cent ans. T'es japonais, il y a des chances que ça t'arrive non ? » Les Japonais ont toujours la plus longue espérance de vie au monde, à sa connaissance. Il n'est pas sérieux pourtant, parce qu'il sait que Kizuki n'a pas franchement un mode de vie exemplaire, mais il a quand même des chances de vivre plus vieux qu'Atticus. « Moi, j'aime aussi le principes des urnes et des capsules funéraires qui font de ton corps l'engrais pour un arbre, en quelque sorte. Soit tes cendres sont placées dans une urne qui contient la graine d'un arbre et qu'on enterre, soit on place ton corps en position fœtale dans une capsule biodégradable, et on plante un jeune arbre au-dessus. C'est peut-être un peu romantique de ma part, mais je dois avouer que l'idée me séduit assez. » Il hausse les épaules et vide d'un trait son café encore un peu trop chaud. « Mais bon, être dispersé parmi les étoiles, c'est plein de poésie aussi. Sans doute moins écologique, par contre, » conclut-il. Il se lève à nouveau pour se prendre une bière, comme promis, et tend la bouteille pour trinquer avec Kizuki comme il se doit, cette fois. « À quoi ? À la planète, aux étoiles, au temps qu'il nous reste à vivre, au sucre, à la fin du monde ? »
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