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 comme un éclat de rire vient consoler tristesse. (lenny)

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MessageSujet: comme un éclat de rire vient consoler tristesse. (lenny)   Mer 24 Mai - 19:54



LENNY & RUTH

L'après-midi s'annonce incroyable. Elle adore ces instants de bonheur, toutes les fois où cet homme qu'elle se doit de suivre partout s'échoue dans un endroit aussi attractif qu'une bibliothèque. Elle ne sait pas réellement pourquoi il l'emmène avec elle, elle n'a pas compris quel était l'intérêt de s'armer d'une jolie jeune femme pour partir à la conquête de l'imaginaire. Il s'assoit toujours au même siège, près de la fenêtre, avec une vue dégagée sur l'ensemble de l'espace, comme pour avoir un oeil sur elle. Pourtant, elle ne compte s'enfuir pour rien au monde. Il aurait même fallut la traîner de forcer à l'extérieur de la bâtisse pour qu'elle daigne s'en aller. C'est avec un plaisir mal dissimulé qu'elle est sur ses pas, le suivant comme une ombre. Bientôt, elle se détachera de lui, telle l'ombre de Peter Pan prenant son indépendance. Les minutes allaient s'étirer, se transformer en un hamac de douceur dans lequel la jeune Ruth pourrait s'envelopper.
Les pages se tournent au rythme de ses désirs. Elle a envie d'en savoir plus, toujours plus. Les intrigues se noient derrière ses pensées alors qu'elle les imagine toujours plus exceptionnelles. Elle est heureuse de revenir ici, pouvoir partager sa dernière expérience de lecture. Le Comte de Monte Cristo, d'Alexandre Dumas. Elle n'arrivait pas à mettre de mot sur la palette d'émotions qui se présentait à elle, page après page. Elle adorait le personnage de l'abbé Faria, à qui elle s'identifiait par son désir de connaissance. Une libido sciendi partagée par une autre personne dans ce monde oppressant.
Attendant un partage avec une personne en particulier. Elle ne connaissait pas son nom, ni son visage. Mais, peu lui importait jusque là, tout ce qui comptait pour elle était leurs échanges. Ruth adorait l'esprit de son interlocuteur, à la fois adroit dans ses paroles et fin dans ses pensées. Elle se prenait parfois à rêver d'une discussion poussée, l'un et l'autre assis autour d'une table à déballer leurs angoisses littéraires, leurs coups de coeur et coups de gueule. Elle rêvait de pouvoir livrer ses connaissances, à la manière du fameux abbé Faria à Edmond Dantes durant son incarcération. Elle n'avait pas terminé sa lecture, mais elle ressentait déjà le désir de communiquer son engouement à autrui.

Sa main attrape un morceau de papier, lisse comme sa peau, mais condamné à subir les frais de son écriture penchée. Des traits épurés, respirant la simplicité et une netteté liée à la modestie. Le stylo glisse sur le papier vierge, les lettres rondes se forment rapidement, suivant le rythme de ses pensées. « Un homme enfermé par jalousie mais surtout par bêtise. Une vengeance préparée avec l'ingéniosité d'un roi. La liberté puisant son énergie dans la connaissance. Si tu veux faire partie du voyage, rendez-vous entre les pages du Comte de Monte Cristo, d'Alexandre Dumas. Puisse cette perle avoir un effet positif sur toi, comme pour moi, avec la même ferveur, les mêmes délices.  » Un sourire s'étire sur les lèvres tendres de Ruth, alors que ses doigts fins plient soigneusement le morceau de papier en deux.
Un regard vers son propriétaire du moment lui indique qu'elle peut se lever sans craindre une de ses mauvaises réactions. Alors, elle se lève, fait quelques pas vers lui pour aller l'embrasser, une sorte de demande muette. Les regards échangés, elle s'éloigne. Les rayons sont nombreux, mais elle ne peut se perdre au milieu des étagères poussiéreuses par endroit, motif d'oeuvres délaissées du public. Elle marche, encore, regardant au loin l'oeuvre en question, intéressant ses pensées. C'est ce livre, ce fameux livre dans lequel elle a trouvé le tout dernier message, et c'est dans celui-ci qu'elle avait pour toute demande d'y laisser le prochain. L'Etranger, de Albert Camus. Le choix de l'oeuvre était assez ironique. C'étaient eux, les étrangers. Partisans d'un monde où ils ne se connaissent que par des mots, prônant l'impossibilité d'imaginer les lettres prononcés par les lèvres de la personne en question. Elle prend l'oeuvre entre ses mains, doucement, comme pour porter un objet sacré, durant un moment hiératique. Elle glisse le mot entre deux pages, les deux dernières, comme toujours, pour être certaine qu'une personne débutant sa lecture ne puisse tomber dessus par mégarde. Le trésor était alors enfoui, l'interlocuteur irait le chercher avec la même impatience qu'Edmond sur l'île de Monte Cristo, donnant son nom à l'oeuvre. Une fois le livre posé, Ruth retourne s'assoir avec à l'esprit l'ironie du choix de l'oeuvre de la journée. L'étranger. Elle ne peut s'empêcher de rire intérieurement. Sachant pertinemment qu'ils resteraient étrangers à vie, jamais elle n'oserait demander de rencontre à la personne. Bien trop précieuse. Elle ne pouvait se résoudre à laisser s'effondrer ces instants primordiaux dans son existence.

Elle reste ainsi un moment. Les mains croisaient sur son livre ouvert, ses yeux fixaient sur un point invisible, incapable de se remettre à lire tant ses pensées se bousculaient derrière sa chair. Dans son esprit, dans ses rêves. Elle ne peut en sortir, pour le moment. Jusqu'à ce qu'une personne attire son attention. Son coeur saute un battement. Une boule s'engouffre dans sa gorge, obstruant sa respiration le temps d'une poignée de secondes. Une personne -debout devant l'étagère qu'elle avait quittée quelques dizaines de minutes plus tôt- attrapait en main un livre qu'elle pouvait aisément distinguer de sa place. Impossible. Elle ne pouvait pas croire qu'une personne puisse emprunter cette oeuvre, son interlocuteur anonyme ne pourrait donc pas lire son mot, elle n'aurait pas de réponse avant un long moment. Par méfiance et tristesse, ses pas la portent automatiquement vers l'intrus. La peur au ventre, celle que la personne ne tombe sur son mot et ne le retire, ne le jette, vulgairement. Alors, elle se poste à ses côtés, l'oeil vif. Aux aguets. Elle regarde le jeune homme, surveillant le moindre de ses gestes. Les mains de Ruth prennent un livre au hasard, sans vraiment en regarder le titre, elle l'ouvre à une page sans importance et fait mine de lire en l'épiant le plus discrètement possible. Blond, d'un âge peu avancé. Plutôt très mignon. Pourtant, elle ne peut s'empêcher de le détester de lui incruster des doutes au fond du coeur.
Et c'est là. C'est à cet instant précis que le monde se met à ruisseler autour d'elle. Il prend le bout de papier, comme instinctivement. Il ne cherchait pas à lire l'oeuvre. C'est le mot qu'il cherchait. C'est elle, qu'il cherchait. Les membres de Ruth tremblotent légèrement à cette découverte, elle sent son front blanchir et ses doigts se crisper alors qu'une quinte de toux l'emporte peu à peu. Elle le regarde, se trouble, respire comme elle peut. Le trac. La peur. Elle ne veut pas qu'il la remarque, juste repartir d'où elle vient après avoir photographié mentalement tout l'être de cet homme. Elle y est. C'est lui.
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MessageSujet: Re: comme un éclat de rire vient consoler tristesse. (lenny)   Mar 13 Juin - 18:05

S'il devait choisir son endroit préféré sur Terre, Lenny choisirait la bibliothèque de Savannah. Bien sûr, son architecture n'est pas exceptionnelle, et elle n'a rien de spécial en soi, elle contient la plupart des livres que contiennent les bibliothèques américaines et elle n'est pas si grande que ça. Mais, depuis presque un an, elle est devenue une sorte de refuge, une deuxième maison plus sécurisante que l'appartement des Lost Boys, où il peut échapper au bruit permanent et aux sollicitations de ses amis, auxquelles il est bien incapable de dire non. Lenny a toujours aimé les bibliothèques, parce qu'il aime les livres, d'abord, que c'était une des rares sorties qu'il faisait avec sa mère quand il était gamin en dehors du ballet, parce que c'est calme et qu'on se ramasse un shhhh général dès qu'on essaye de parler autrement qu'à voix basse. Ça lui donne une sensation d’appartenance, ces règles simples, l’impression d’être dans un cocon de silence où personne ne peut le déranger. Il ne sait plus trop quand il a eu cette idée fantasque, de laisser un mot dans un bouquin pour voir si quelqu’un lui répondrait. Il se souvient avoir passé des semaines à revenir pour découvrir que le mot n’avait pas bougé d’un millimètre, jusqu’au jour où le livre avait été emprunté. Il se souvient que c’était Les Mille et Une Nuits, et qu’il y a eu beaucoup d’autres livres ensuite, dans un petit jeu de piste rempli de poésie qui l’aide à fuir un quotidien parfois morose.

Comme d’innombrables fois auparavant, donc, Lenny franchit le seuil de la bibliothèque. Il se dirige d’abord vers la bibliothécaire pour rendre les ouvrages de droit et de philosophie qui l’ont occupé durant le mois écoulé, pendant ses examens. Il est soulagé, quelque part, de pouvoir enfin les retourner et ne plus avoir à se faire un sang d’encre parce qu’il a peur d’échouer. Tout s’est bien passé, il a réussi son année haut la main et il peut profiter des vacances comme tout étudiant normal, même si ça veut dire les passer à lire pour Lenny. La manœuvre faite, il se perd entre les étagères, sachant très bien où il doit aller, l’œuvre qu’il espère que personne n’aura empruntée avant qu’il n’ait pu lire les quelques phrases qui le mèneront à une autre lecture. L’Etranger, d’Albert Camus. Il aime Camus, parce que sa philosophie de l’absurde lui fait penser à Kafka, et Kafka lui fait penser à ses origines perdues. Il se demande souvent, Lenny, ce qu’aurait été sa vie si Darja était restée en République Tchèque. Peut-être aurait-elle été moins absurde, justement. Il tourne les pages jusqu’aux dernières, s’empare du morceau de papier convoité sans prêter attention à la jeune femme qui fouille elle aussi le rayon. Il parcourt rapidement les mots tracés soigneusement, il a appris à aimer chaque courbe de cette écriture, et un léger sourire se glisse sur ses lèvres alors qu’il arrive au bout, un peu triste, un peu heureux. Il a déjà lu Le Comte de Monte-Cristo, dévoré serait même un terme plus juste. Lenny n’a jamais eu personne à qui parler littérature, à part sa mère qui lui demandait d’analyser le moindre récit, mais ça n’avait rien avoir avec sa passion de la littérature, avec tous les frissons ou toutes les larmes que quelques lignes de texte peuvent causer. Les enfants de son âge lisaient toujours ce que Lenny lisait deux, voire trois ans auparavant, et ils préféraient frapper dans un ballon plutôt que de s’asseoir et de se plonger dans un roman. Il relève la tête quand il entend la quinte de toux de la demoiselle postée devant la même étagère, non loin de lui. Elle semble vacillante. « Vous allez bien ? » demande-t-il, par réflexe, le regard vraiment inquiet. Il ne sait pas s’il doit tendre les bras pour la laisser s’appuyer sur lui. Il ne le fait pas, se disant que ce serait sans doute bizarre. Il l’observe mieux, pas tellement inquisiteur, seulement pour chercher un indice qui lui dirait de quoi elle souffre exactement. Son regard tombe sur le livre qu’elle a entre les mains, tortille le cou pour pouvoir lire le titre. « Orgueil et Préjugés et Zombies » fait-il à voix haute, un petit sourire se glissant sur ses lèvres. « Je ne savais pas que de telles choses existaient. Ça doit être divertissant. » Pourquoi pas, après tout.
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