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 [flashback] do any human beings ever realize life while they live it ? (sereo)

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MessageSujet: [flashback] do any human beings ever realize life while they live it ? (sereo)   Dim 14 Mai - 14:19


Pour arriver au village, il faut monter, monter, monter dans la brume, toujours un peu plus haut dans les montagnes. Jusqu’à ce que ça se dégage et qu’une autre scène se déroule. Mais jusque-là, on a souvent l’impression de perdre une vie à chaque tournant. Les chauffeurs de bus sont fous. À klaxonner tout au long du trajet. Cherchant probablement à battre le record de voitures doublées dans les virages ou du nombre de ravins qu’ils doivent frôler avec succès. Le tout avec une sorte d’opéra burlesque chinois déchirant les tympans. Ça plante le décor pour un temps. Puis ça contraste avec le calme des plateaux du Tibet. Ces plaines où l’herbe oscille entre des teintes de vert et de jaune. Des drapeaux de prières tibétains la colorent, flirtant avec les toits, les reliefs des collines jusque sur les flancs des montagnes -bordant toujours les alentours. Et des mini-temples et des stūpa ici et là pointent, espérant toucher un peu plus le ciel. Serena savait en commençant ce trekk qu’il serait difficile de trouver des nomades. Ils sont de plus en plus rares à cause de l’urbanisation, rêvent de scolariser leurs enfants, descendent en ville pendant l’hiver. C’est pour ça qu’elle a choisi d’y aller pendant l’été. Même si à 4000 mètres d’altitude tout est relatif. Les yaks et les chevaux évoluent en liberté autour d’eux. Impossible de compter le nombre de montagnes sacrées dans la région. Les montagnes bienveillantes sont omniprésentes, et sont vénérées par les peuples vivants à leurs côtés ou à leurs pieds. Et toutes les couleurs de la vie ici se jouent entre le terre et le ciel. C’est minéral, vif. Parfait pour se retrouver.

Ça fait quelques semaines qu’elle a trouvé sa place dans un des villages en montagne. Et elle se sent déjà comme chez elle. La barrière de la langue est parfois compliquée à gérer, mais Serena a toujours appris vite. Elle baragouine, se trompe, fait rire lorsqu’il y a malentendus. Ça se passe bien. Elle se joint aux moines le matin pour prier et assister aux rituels. Puis elle rejoint évidemment souvent les femmes pour préparer à manger, tisser des vêtements ou modeler bols et jares qu’ils vendront sur les marchés en ville. Honnêtement, c’est bien sûr là où Serena peut aider le plus. Les doigts agiles entre les fils. Les mains dans l’argile. C’est son truc. Porter des sacs de riz sur une seule épaule ou traire un yak… disons que ça les fait encore rire quand elle s’y essaye. Mais contre gîte et couverts, il faut bien aider. Elle ne peut décemment pas uniquement partir en balade, méditer ou fumer ces horribles mini-cigares avec les vieux du village -son médecin la truciderait probablement si il la voyait faire. Mais il y a ceux qui acceptent facilement le coup de main de l’étrangère qui sait leur rendre leur putain de sourire. Et puis il y a ceux qui refusent. Ce peuple est fier. Alors elle n’insiste pas et se laisse porter par leur rythme, leurs besoins. Et ça fait du bien.

À l’abri de toute urbanisation, entouré par une dizaine de montagnes, le village se compose de deux parties. Une haute et une basse. Presque deux kilomètres les séparent, mais au vu du dénivelé, une bonne demi-heure de marche est toujours à prévoir, mais les gens vont et viennent comme si c’était naturel. Serena a mis une bonne semaine à s’y faire -et ce n’était certainement pas en crapahutant partout qu’elle allait gagner du poids. Mais quel est l’intérêt de voyager si c’est pour ne pas vivre pleinement comme les autochtones ? Elle préfère ça que de se préoccuper de tout le reste. Elle est dans sa bulle ici. Elle se laisse bercer par les chants religieux, les roues de prières tintant au vent, les cloches des bêtes dans les vallées, les ruisseaux puissants provenant des glaciers d’à côté et les rires des gamins dévalant chaque pente qu’ils peuvent trouver. Et puis il y a tous les autres bruits. La canne de la femme du village qui impose le calme dès qu’elle passe. Le crépitement des feux pour chaque concoction qui boue. L'odeur d'encens et d'herbe fraîche. Le froissement des toges des moines si colorées. C’qu’elle aimerait pouvoir tout enregistrer, tout photographier. Mieux que les petits audios qu’elle capture avec son téléphone. Mieux que les photos de son polaroïd qui fait fureur auprès des enfants. Mais finalement, elle a pas le temps de s’attarder sur la façon de garder des souvenirs, Serena, elle préfère vivre le moment présent, maintenant. Comme cet instant entre femmes. Les mains dans la terre, Chimsa lui montre une nouvelle forme de bol à réaliser, alors que sa fille Lasya tente de relever ses cheveux blonds qui la fascinent avec un de leur tissu écarlate. Et au milieu de tout ça, ça distille quelques secrets, que Serena ne comprend parfois qu’à moitié. Et elles oublient le temps qui passe et le monde extérieur pendant ces heures-là. Elles ont même complètement oublié qu’une équipe de tournage est censée arriver aujourd’hui. Ou bien n’est-ce qu’une seule personne ? Vu que ça ne la concerne pas, l’italienne n’a pas retenu les détails. Le chef a simplement autorisé cette venue, probablement aussi parce qu’en ce moment, il n’y a pas de tensions avec les Chinois, sinon elle-même n’aurait pas passé les postes-frontière. Tout le monde semble avoir oublié en tout cas, trop absorbé par leur quotidien de fourmis. Et quand Jungney déboule dans la cahute avec le téléphone de Serena rechargé par la batterie solaire, il ne veut qu’une chose : de la musique. Elle n’aurait pas pu leur faire découvrir des classiques italiens si sa mère ne lui en avait pas mis une tonne avant son départ. Donc après Ti amo, Felicita et Vivo per lei, faut essayer un dernier tube, d’une autre époque toujours, sinon c’est moins drôle. La terre est rapidement essuyée contre ses vêtements, même si elle arrive toujours à s’en mettre sur le visage, puis elle fait défiler les musiques avant de choisir un titre de Zucchero. Mais cette fois, pas question de se défiler. Si ils ont essayé de lui apprendre quelques danses traditionnelles, à eux d’se bouger les fesses cette fois-ci. Le temps que ça démarre, elle les entraîne et Jung se prend au jeu de la batterie. Et ça s’lâche enfin au deuxième refrain. Sur les Baila, Baila Morena et l’air guitar. Les bras levés et les dos souples, ça se déhanche de temps à autre, ça sautille plus souvent. Il y a celles qui regardent en rigolant. C’est vrai que ça ressemble plus à une danse pour faire tomber la pluie vu combien personne ne bouge sur le même tempo. Lasya imite Serena. Sa mère se balance de gauche à droite. Et puis le rire méditérranéen vient presque couvrir la musique quand l’apprenti guitariste se jette au milieu pour faire un solo. Il sera le prochain Zucchero qu’il dit. C’qui fait partir un peu plus la voix chantante de Serena dans un fou rire contagieux.

Malheureusement, c’est l’une des premières images qu’ils offriront au caméraman quand le chef voulut lui présenter sa communauté. Pas très traditionnel et typique tout ça. Pardon. Ça sera mieux plus tard.
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judas

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MessageSujet: Re: [flashback] do any human beings ever realize life while they live it ? (sereo)   Ven 9 Juin - 8:51

Cela faisait plusieurs semaines qu’ils parcouraient l’Asie. Le Nepal, l’Inde, le Sri Lanka et la Chine, à la rencontre de ces peuples autochtones et de leurs méthodes de guérison traditionnelle. On y avait rencontré des vaidya qui leur avaient enseigné les fondements de l’Ayurveda, on avait apprit les principes ancestraux des différentes médecines Chinoises, remonté jusqu’à l’antiquité pour tester des méthodes oubliées, parfois non reconnue par les organisations occidentales, et pourtant terriblement ancrées dans la culture de chaque pays. On s’était perdu dans les marchés de Bombay, dans les rues de Beijing pour ensuite aller de villages en villages, vers ceux qui ne connaissaient rien à la mondialisation et aux pratiques modernes de la médecine. On était une petite équipe, restreinte, pour se fondre dans le décor. Un journaliste, le réalisateur et un caméraman, c’est tout. Les images étaient envoyées le soir au siège de la chaîne, à Atlanta, pour que l’équipe de montage les dérush et les monte. Leur périple devait s’achever il y a une semaine. Après plus d’un mois et demi d’adaptation dans des cultures parallèle à la leur, l’équipe de tournage devait prendre l’avion pour rentrer. Leo avait même prit le temps de prévenir sa grand-mère, oubliant totalement le décalage horaire, il l’avait appelé à 3 heures du matin, heure de Savannah, pour lui dire qu’il serait là dans trois jours, pour fêter son anniversaire, chose qui n’était pas arrivé depuis des années. Imaginez un peu sa déception, à Mamie River, quand il avait rappelé, le lendemain pour annoncer, la voix tremblante de joie, qu’ils avaient réussi à obtenir un visa pour le Tibet, à la rencontre des devins et lamas et de leur médecine bouddhique, sur les traces des Quatre Tantras Médicaux. Paraîtrait même qu’on aurait l’occasion de rencontrer le Dalaï-Lama sur sa Terre. Un rêve pour le jeune humaniste de vingt-trois ans, à peine. Le tournage était donc allongé de deux à trois semaines, le temps d’arriver dans ce village reculé, perdu au milieu de l’Himalaya. Il y eu d’abord une escale à Lhassa, pour capter quelques images, prendre un day-off le temps de s'imprégner des lieux. Ensuite il a fallu prendre un de bus tape-cul, ces bus que Leo aimait tant, pour les avoir souvent emprunté. Ils n’avaient jamais peur ces bus, de s’engouffrer sur des routes montagneuses, les seules qui reliaient un village à un autre. On avait toujours peur de tomber dans le ravin quand on prenait un virage serré, on évitait les yaks timidement, on entendait des gamins crier deux sièges plus loin. Un petit condensé de vie et de culture dans un vieux tas de taule brinquebalant.

Les six heures qui séparaient Lhassa de leur village d’arrivée semblèrent s’éclipser en un rien de temps. Pas seulement à cause du sommeil que les trois reporters avaient fini par trouver malgré le mieux, aussi parce que tout passait toujours trop vite. La relation au temps qu’avec Leo, à cette période, était complètement biaisée. Tout s’enchainait à une vitesse folle. Et il n’y avait que des flashs, des pauses, des moments suspendus, des moments où il avait le souffle coupé. Dans un genre de bordel magnifique dans le fond de son crâne se superposaient tout ce qu’il avait déjà vu, tout ce qui lui restait à voir. Vraiment voir. Une heure avant d’arriver, il se réveilla donc de sa sieste, fit sa mise au point, sa caméra portative calée sur l’épaule et filma ses acolytes. Pas forcément pour le reportage, juste pour garder une trace de tout ce qu’il vivait, pour être sûr que ce n’était pas un rêve.

Les voilà tous les trois, leurs sacs aux pieds et le matériel sur les épaules à quelques mètres de l’entrée du village. Perdu dans des montagnes, l’air frais de l’altitude rafraîchit leur corps humide de sueur. Leo avait noué ses cheveux, plus long à cette époque, avec un élastique et respira un grand coup cet air si frais, ce vent libre de toute pollution. Il n’avait jamais foulé cette terre auparavant, encore un autre endroit à ajouter à sa liste interminable des choses à faire. Le journaliste partie devant, le chef du village les attendait.

Les présentations furent chaleureuses, comme à chaque fois. Parce qu’ils venaient ici que pour apprendre, partager, créer un truc spécial. Y avait ni mauvaises pensées, ni comparaison, ni rien. Juste un échange, et ça se voyait. Rapidement il leur proposa de faire le tour du village jusqu’à la tente qu’on leur laissait avec générosité. À peine quelques pas de fait, que résonnait déjà les accords trop connus de Zucchero. Le réal’ et Leo échangèrent un regard, ils devaient rester silencieux, c’était la règle d’or, pour ne pas faire prendre du temps à l’équipe technique à qui ils envoyaient les images et qui trimait déjà assez pour isoler un son correct à chaque fois. Un sourire s’étira sur les lèvres du blond qui tapota sur le côté de sa caméra en rythme par réflexe. Quand ils arrivèrent à la source de cette musique, c’était le refrain et quasi tout le village était réuni autour d’une blonde qui se déhanchait sur la voix suave. Le journaliste, Thomas, se présenta en premier en demandant ce qui se passait d’un air léger, Leo captura une quinzaine de secondes d’images improbable avant de retirer la caméra de son épaule douloureuse pour la poser par terre et aller se présenter, prendre une bonne dose de d’humanité.

Le regard de Leo fut capté par la blonde. Elle dénotait parmi les locaux, elle n’avait rien à faire là et pourtant ça semblait incroyablement cohérent. Les gens se précipitaient autour d’eux trois. Des accords de guitare dansaient dans les ondes. Des gamins s’agglutinèrent autour de la caméra posée par terre et Leo s’accroupi pour leur expliquer, dans ce langage international, celui des gestes, des regards, des sourires, ce langage qu’il parlait couramment, comment ça marchait. Il les laissa sans crainte appuyer sur quelques boutons et se redressa. Devant lui la blonde. Salut, Leo. se présenta-t-il simplement, passant une main autour de ses épaules dénudées pour embrasser ses joues. Zucchero, hein ? il savait d’avance que c’est la chose qu’il retiendrait d’elle. La musique grésillante de son téléphone portable et son corps ondulant en cadence. Pas le temps d’aller plus loin dans la discussion, le réal s’approcha de Leo. ok, le mieux c’est d’aller s’installer rapidement dans la tente. J’vais appeler les techs. Le médecin du village arrive ce soir, apparamment il veut nous faire tester un truc qui se fume. Leo esquissa un sourire. Si ça se fume je suis partant. plaisanta-t-il. Le réalisateur leva les yeux au ciel, il s’attendait manifestement à cette réponse. Il prévint d’un air sérieux. Ouais enfin j’espere que ça ira, parce qu’onpart en trekk avec lui demain pendant.. deux ou trois jours. Après on filmera ici, il a des patients venus de très loin pour le voir et il accepte qu’on filme ses consult’. Ca te va ? avec une petite moue, Leo acquiesça vivement. Avant de rejoindre son équipe, il se tourna rapidement vers la blonde, Tu viendras ? Ce soir ? il la regarda dans les yeux, vraiment dans les yeux. Et Thomas, le journaliste, l’attrapa par le poignet pour l’emmener avec lui d’un pas sautillant
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MessageSujet: Re: [flashback] do any human beings ever realize life while they live it ? (sereo)   Mar 18 Juil - 18:02


Incursion du réel dans sa petite bulle hors du temps, hors de tout. Le chef du village a fait son entrée, accompagné de trois autres personnes. Certaines de ses complices de danse se sont tout de suite calmées et d’autres n’ont pas tout de suite capté l’arrivée des inconnus. C’est que le rythme signé Zucchero a quelque chose d’entraînant. Plus personne ne peut le nier. Mais Serena coupe tout de même le son, se mordant les lèvres pour ne plus rire devant l’absurdité de la situation. Elle explique rapidement au journaliste qui s’est présenté que c’était juste une pause musicale au milieu du travail de poterie. Juste pour leur faire connaître, s’amuse-t-elle même à justifier. Mais elle se souvient maintenant. C’est l’équipe de tournage autorisé à passer quelques temps dans le village. Et tout de suite, ils attirent toutes les attentions, même la sienne. Se plaçant derrière les plus jeunes pour regarder distraitement le matériel posé au sol, écoutant d’une oreille ce Thomas en dire plus, Serena reste silencieuse, se préparant à s’éclipser pour leur laisser toute la place dont ils ont besoin. Mais il y a l’aura du blond accroupi. Son sourire et le naturel de ses gestes. La générosité colorant ses yeux. Et quand il se redresse pour lui faire face et se présenter, c’est simple comme connexion, évident. Toi, je sais déjà que ça va coller.Salut, Serena.” Réactions miroir. Elle rit à la mention du chanteur. “Qui d’autre franchement ?” Mais pas le temps de parler plus. Le troisième homme vient distiller ses instructions, évoquant l’arrivée du médecin ce soir et de l’expérience à venir. Y a une malice similaire au fond des yeux de Serena quand Leo avoue être partant pour tout ce qui se fume. L’échange entre eux semble calé comme du papier à musique. L’impression qu’ils se connaissent depuis longtemps. L’idée qu’ils voyagent ensemble dans des contrées éloignées l’amène à penser que forcément, ça rapproche. Mais le peu qu’elle perçoit du cameraman lui fait dire qu’il y a peut-être plus. La facilité avec laquelle il s’est ouvert et a partagé en quelques secondes avec les villageois veut tout dire. On s’accroche naturellement à ce genre de personnalité. “Tu viendras ? Ce soir ?” La douceur qui grignote le fond de ses yeux rieurs. “C’était prévu.” Tout simplement.

L’équipe de tournage a disparu dans sa tente et tout le monde a repris ses petites activités sans plus s’en soucier. Surtout pas Serena qui avait bien l’intention d’aider à préparer la prochaine descente en ville pour aider à vendre drapés recouverts de mandalas et poteries soigneusement teintées par les pigments minéraux. Puis, elle avait ses petits rites en fin de journée. Refaire un tour près des roues à prières les plus proches après avoir traversé la rivière. S’essayer ensuite à la pratique des cinq tibétains pour activer -apparemment- les sept principaux chakras en cherchant à accélérer la vitesse de tourbilllonnement de ces centres d’énergie, en stimulant la circulation de la force vitale. Elle en a bien besoin après avoir laissé tous ces produits chimiques lui ronger le corps, certes pour éliminer autant de tumeurs que possibles, but still, it feels wrong. Elle a pris sur elle en acceptant pendant plus d’un an et demi à rester cloîtrée à l’hôpital pour suivre ces protocoles. Mais dans son for intérieur, ça la dégoute un peu toujours. C’était contrer le naturel. Enfin, c’est passé. Aujourd’hui, Serena n’aspire qu’à purifier tout ça, respirer un autre air, vivre autrement, plus ouvertement, plus intensément, plus consciente de l’instant. Et le médecin qu’ils verront tous ce soir leur rappellera de nombreuses fois combien leur corps est un temple. Lui qui suit la tradition spirituelle originale du Bön, il va avoir de quoi faire. En attendant que tout se mette en place dans le village, l’italienne s’est finalement posée à l’écart, carnet de croquis sur ses cuisses, pour des esquisses du village (encore), des mandalas qu’elle revisitent (peut-être pour un futur tatouage ?) et un mantra qu’elle s’applique à encrer avec minutie.
Om mani padme hum est un délice pour la calligraphie. Même si elle est bien incapable de comprendre cette écriture, elle reconnaîtra cette formule sacrée entre mille. Et de ce qu’on lui a expliqué du tibétain, elle aime ce principe d’accrocher les voyelles aux consonnes comme un puzzle pour en modifier le sens et le son, que chaque syllabe peut être à la fois un nom, un verbe ou un adjectif. Une signification plurielle, simple mais sans limite. C’était fascinant. Tout était captivant ici. Un rien peut sembler à la fois mystérieux et totalement limpide, c’est délicieusement surprenant.

Surprenant comme cette espèce de yourte qui s’est installée un peu plus haut à l’extérieur du village à la tombée de la nuit. Parées de lourds tissus et quelques peaux de bêtes, y a des petits airs de Mongolie par ici. Ou du moins, c’est comme ça qu’elle se l’imagine. Il y a déjà quelques personnes et Serena rejoint vite Jungney qui traduira les bons mots du médecin pour la soirée. Il valide le sarouel, le débardeur et la veste simple, même si il précise qu’elle ne la gardera pas longtemps là-dedans, puis il lui conseille de détacher ses cheveux avant d’entrer, toujours en prenant soin de laisser ses boots à l’entrée. Son bras sert de béquille à une des personnes âgées du village qu’elle aidera à s’installer une fois à l’intérieur. Le changement de température est brutal. Une bouffée de chaleur s’colle tout de suite à sa peau. Humide, à cause de la vapeur d’eau émanant des pierres sur la braise au centre de la tente. Et dans les narines, l’odeur surannée des encens qui brûlent à côté du médecin qu’on lui présente et qu’elle salue timidement pour l’instant, sachant déjà pertinemment qu’il s’arrêtera sur chaque personne un peu plus tard. Les reporters sont déjà là, d’autres patients aussi ainsi que le chef du village. Tout semble en place et elle repère rapidement Leo. “J’peux rester près de toi pour pas que vous ayez une étrangère dans l’champ ?” Elle demande mais elle s’assoit aussi illico tout en retirant sa veste, son sourire étalé sur les lèvres. Puis son attention retourne vite sur le médecin, ses mouvements, son visage et son regard. “Il a la bonhommie d’un bisounours haha. Un peu fripé mais bon.” Son rire généreux et tendre éclate naturellement mais elle s’interrompt tout aussi vite en s’excusant à voix basse. Déjà trop à l’aise et ayant oublié qu’il pouvait très certainement enregistrer sa voix. Faudrait peut-être qu’elle se décale… Fil de pensées coupé. La “séance” commence lorsque les murmures s’effacent subitement et que tout le monde doit passer ses mains sous l’eau. Le médecin prend tout de suite la parole. Son dialecte est si fort que Serena sait d’avance qu’il serait vain d’essayer de le comprendre. Mais sa voix est grasse, enrouée, un peu lourde comme si ça pouvait résonner dans votre ventre. Le rythme de cette langue qui ressemble à chaque fois à un chant grave, détend instinctivement les muscles dans son dos. Elle n’avait même pas remarqué qu’elle était devenue nerveuse. Sa voix se fait plus monotone et ça ressemble vraiment de plus en plus à un psaume qui impose à tout le monde de s’incliner, front vers le sol, juste une fois. Serena ne pensait pas à passer la première entre ses mains, mais sa présence ferait office de test pour les cadrages de l’équipe de tournage en leur permettant de voir comment ça allait se dérouler. Invitée à prendre la place du médecin, Jun lui conseille de ne rien dire, le médecin saura bien assez rapidement. Il s’accroupit d’ailleurs assez vite en face d’elle. Son regard est abyssal mais surtout transperçant, entraînant doucement dans une lente descente, un brin flottante où le temps semble s’éterniser. Le cliquetis de ses bracelets en bois et en métal appelle les yeux clairs de Serena à suivre ses gestes. Ils ont toujours ce rapport aux éléments. De la terre jusqu’au ciel, tout y est sublime pour ces croyants. Ses mains sont larges et rugueuses, elle le sent bien même si il les a badigeonnées d’huile avant de les passer sur ses épaules et clavicules. Serena a l’impression que ça lui chauffe la peau. Il monte dans son cou jusqu’à ses oreilles, se stoppe un instant comme pour prendre son pouls, puis redescend jusqu’à sa poitrine où il se stoppe à nouveau. Il marmonne quelques mots graves dont elle ne connaîtra pas la signification. Elle sent juste quelqu’un remuer dans son dos en conséquence. Il tâtonne à nouveau ses bracelets comme pour s’en imprégner, puis revient sur elle en souriant doucement avant de lui voiler les yeux d’une main posée à moitié sur son front. Ça chauffe encore comme si il lui donnait volontairement une fièvre, et l’odeur qu’elle détecte sur sa peau est indescriptible. Il répète les mêmes mouvements sur ses épaules, puis longe ses bras dans un mouvement las avant d’attraper ses mains et les relever légèrement. Il parle un peu plus distinctement s’adressant clairement à elle, Serena n’a pas compris et personne n’ose interrompre, mais ça semblait si doux que l’italienne répond tout de suite d’un hochement positif de la tête, et en resserrant ses doigts autour de ses mains, lui offrant le même sourire. Sourire qui s’efface doucement à mesure que la pression dans ses paumes de main s’accentue, elle a comme un étourdissement, une coquille qui se fendille et s’ouvre quelque part dans son ventre. Il reste ainsi encore longtemps jusqu’à ce qu’il ne joigne ses mains, les cueille dans une seule et l’enlace subitement contre lui. Surprise, elle se laisse pourtant faire et comprend que son autre main semble se dérouler le long de sa colonne vertébrale. Elle comprend enfin ce qu’il fait. Les chakras y sont situés tout le long. Il y travaille et fait rouler la pulpe de ses doigts. Il reprend la parole après lui avoir tapoter l’arrière du crâne. Et il y a un autre timbre dans sa voix, ça provoque le rire tendre des autochtones présents. Mystère. Après cela d’autres instructions suivent, Jun lui précise qu’il faut qu’elle s’allonge sur le dos alors elle s’exécute. Le visage du médecin apparaît au-dessus de son visage. Ses pouces se posent soudainement au centre de son front et s’écartent vers ses tempes. Il lui parle et elle a l’impression de comprendre pour la première fois tellement elle se sent absorbée, happée, regard noyé dans le sien. Il lui parle encore puis disparaît de son champ de vision. Elle a juste eu le temps de reconnaître des tingtchaks et le vajra. Il se concentre enfin sur son ventre qu’il dénude. À nouveau, il y a cette huile étrange, mais le placement de ses mains est différent, il cherche aussi la cambrure de son dos comme pour être sûr de tout sentir. Il appuie mais pas seulement. Il fait forcément autre chose pour qu’elle se sente aussi faible subitement. Y a l’émotion qui grimpe au coin des cils qu’elle a fermés et la voix du médecin revient un peu plus autoritaire et Jun reprend sur le même ton de ne pas arrêter de respirer. Jamais. Les secondes s’égrennent un peu plus longuement et même si il n’a plus rien dit, le médecin a replacé, ancré Serena à chaque fois qu’il la sentait dériver. Comme un accord tacite. Son dernier acte fit résonner parfaitement un de ces bols chantants sur son ventre, le vajra aussi, puis il l’aida à se redresser, l’obligeant à s’agenouiller pour qu’il puisse diriger sur elle la fumée émanant du brûleur d’encens qui vacille au bout des mains d’un homme qu’elle n’avait pas remarqué jusqu’alors. C’est sur ce mélange d’odeurs que l’expérience se termine pour la blonde. Le médecin accompagne à nouveau son mouvement, précautionneux, s’attendant à ce qu’elle tangue. Ce qui arrive et qu’il amortit en bloquant à nouveau sa main sur son ventre. Il en profite pour murmurer quelques mots à son oreille, des choses rien que pour elle, provoquant le geste de Serena, peut-être déplacé, d’enlacer le bonhomme et déposer une bise sur sa joue pour masquer ce qui file sur sa joue. Il rit, peut-être aussi pour rassurer les spectateurs. Leur étreinte disparaît et l’italienne ne sent pas le regard du médecin sur son dos. Elle ne fait qu’entendre des mots un peu plus saccadés, peut-être d’autres instructions pour celui qui semble finalement être son assistant.

De retour à sa place, jambes croisées en tailleur, elle a besoin d’un peu de temps pour retrouver sa voix. Ses mains filent sur ses joues comme si elle cherchait à retrouver ses esprits. Pourtant son expression redevient déjà petit à petit plus sereine, recentrée et détendue. Quand l’assistant approche pour lui déposer une théière et un bol, Serena parvient à lui dire merci en tibétain, alors qu’il venait de lui ordonner de tout boire dans un anglais approximatif. ‘Drink all drink all.’ Autres mélanges d’odeurs et de saveurs. Elle remarquera plus tard que chaque personne que le médecin aura vu, aura eu droit à un thé différent à chaque fois. Peut-être que ça fait partie du rituel. Et de toute façon, ce moment dans cette tente n’est qu’une première action. Les quatre patients de la soirée le reverront encore tous dans quelques jours, au moins une fois. Mais pour l’instant, le reste de l’intervention du médecin captive ses yeux et ses sens, silencieuse jusqu’à ce que l’homme de la soirée claque dans ses mains et se relâche en s’asseyant à nouveau avec eux. Cette fois-ci, c’est le chef du village qui traduit le moment de partage à suivre, même si en réalité, tout le monde avait compris en voyant la pipe et le bol regorgeant d’herbes et poudres mélangées. Une recette qui restera secrète peu importe combien de fois on lui demandera les ingrédients. Serena ne peut pas s’empêcher de poser une oeillade complice sur le cameraman qui ne s’avouera peut-être pas vaincu. “C’est sûr. Les langues vont forcément se délier après ça.” Rire mordu entre les lèvres. “Mais à mon avis, ils ont plus l’habitude de ce genre de concoction que nous...
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