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 aiguilles (nerlina)

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MessageSujet: aiguilles (nerlina)   Mar 2 Mai - 18:15

Dernière répétition, j'ai eu besoin de me remettre entièrement au travail pour essayer de fonctionner correctement. Et la compagnie de mes chevaux est sans doute la seule chose que je n'appréhende pas. Ils sentent bien que je ne vais pas bien, un cheval, ça sent tout. Mais ils sont compréhensifs. On a cette relation de confiance tous ensemble. Je sais qu'ils ne pourront jamais comprendre ce qui m'arrive, mais travailler avec eux me force à prendre sur moi. Plus je fais d'effort, plus ils sont patients. Les chevaux m'apaisent. Alors j'ai voulu tenter une nouvelle figure pour la représentation de ce soir. J'ai voulu innover. Me voilà donc en costume pour être sûre qu'il ne me gênera pas, au milieu de la piste en train de faire un dernier round de préparation.

Quelques autres sont là, dans les gradins pour me regarder, je ne m'en occupe pas et me contente de regarder mes chevaux trottiner en cercle pour se chauffer. C'est vraiment surprenant, chacun regarde le numéro des autres. J’ai pris l’habitude de faire abstraction, moi qui suis si renfermée sur moi-même, j’ai appris à ignorer le regard des autres sur moi. Je le dois bien, encore plus en ce moment. J’ai constamment l’impression qu’ils me dévisagent, tous. Comme s’ils savaient, comme s’ils le sentaient. J’ai l’impression de dégouliner de chagrin et de rage, un genre de mélange nauséabond qui attire toute l’attention. Alors j’ai appris à être aveugle, hermétique. Peut-être trop. Ca fait longtemps que je n’ai pas passé une soirée avec les autres, que je n’ai pas ris au éclat. En fait, je n’ai plus ris depuis. Et je ne sais toujours pas si j’y arriverais un jour. Peut-être pas, finalement.

Au moment de monter sur l’un de mes chevaux, j’entends un crac et mon corset glisse le long de ma taille jusqu’au sable. Le premier réflexe, dans ces cas là, c’est quoi ? Se couvrir les seins de ses mains, non ? Je reste désespérément immobile pendant que les regards de tous les spectateurs se braquent sur moi, me brûlent. Je suis paralysée. Complètement, je n’arrive plus à bouger. Mais BOUGE putain, SECOUE TOI. Y a Fabio qui me reluque d’une drôle de manière et qui explose de rire. Ma tête est dans un putain d’étau. MAIS BOUGE. Je suis figée sur place, je n’arrive à rien faire du tout. Complètement à découvert, sans gilet pare-balle, j’ai l’impression de me prendre une rafale dans le corps, qu’ils sont tous entrain de le trouer. Tant mieux, au moins, je pourrais disparaître.

Marek, dans les gradins, dévale les marches et se rue sur moi. Il a retiré son débardeur et me le plaque contre la poitrine. Ça t’amuse, tu donnes dans l’exhib’ maintenant ? Il prend la voix de papa, celle qu’il prend tout le temps quand il veut se donner un air autoritaire. Ses mains sur moi sont un véritable électrochoc. Je sursaute. Mes yeux voilés se mettent à voir de nouveau. Je le fixe. J’ai envie de pleurer. Normalement, un accident de ce style, ça m’aurait fait marrer, j’aurais montré le majeur à Fabio et son air lubrique et je me serais rhabillée en vitesse. Quelques semaines avant, ça se serait sans doute passé comme ça. Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, j’ai été comme poignardée en plein dans ma mémoire. Ses mains sur le bouton de mon jean, mon jean qui tombe à mes pieds, moi qui tente de m’enfuir, lui il arracha ma culotte. Je ferme les yeux un moment. Hého, va t’habiller bon sang ! Ordonne Marek. C’est Nerguï. Que je balance à demi-mot. Il fronce les sourcils et ne commente même pas. Je m’empare de son débardeur et l’enfile au plus vite pendant qu’il fait barrage. C’est conne va me le payer ! Que je m’exclame en arrachant du sable mon corset déchiré. Marek tente sans doute de me rattraper, ne serait-ce que pour mes chevaux qui ne savent pas quoi faire. Mais je l’ignore. Le bourdonnement dans mes oreilles ne veut pas s’arrêter. Je sors de la piste, du chapiteau avec le palpitant qui s'affole dans ma cage thoracique.

Je traverse toutes les caravanes jusqu’à tomber sur la sienne. Celle de cette sale petite peste. Je tambourine comme une malade à la porte avec mon poing, je suis presque sûre de lui coller directement au visage quand elle ouvrira sa putain de porte. Je vois rouge d’avoir été mise à nue aussi littéralement. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. Nerguï semble prendre un plaisir fou à bacler son travail quand il s’agit de mes costumes, même si personne ne me prend au sérieux. Mais là, c’est la fois de trop Là, c’est vraiment pas le moment. Et je tape, encore et encore. Enfin, la porte se déverrouille et mon poing serré vient frapper le vide. Elle est là, devant moi. Je l’assassine du regard. Ça te fait rire ? Que je balance sans attendre. Je lui mets le corset sous le nez, elle n’a pas intérêt à faire la cruche sur ce coup là. D’ailleurs, histoire qu’elle le voit bien de près, ce putain de corset raté, je lui envoie au visage avant de la pousser sans ménagement pour me frayer un passage vers l’intérieur de sa caravane. Non sérieusement, ça t’éclate de foirer mes costumes à chaque fois ? T’as de la chance que ça soit arrivé pendant une répet’, t’aurais fais quoi si je m’étais retrouvée à poil pendant une représentation hein ? Comme si mon plus gros problème était le bon déroulement de nos spectacles. Mais je ne peux décemment pas lui dire que j’ai eu peur. Que me retrouver dénudée contre mon gré m’a terrorisée. T’es vraiment qu’une sale petite égoïste, hargneuse et sans talent. Que je siffle entre mes dents, la voix tremblante d’émotions. Arrange-moi ça tout de suite, y en a qui ont des numéros à répéter tu vois. Je sais à quel point je peux lui faire du mal, elle par contre n’a aucune idée de ce qu’elle a réveiller en moi.
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MessageSujet: Re: aiguilles (nerlina)   Dim 14 Mai - 0:54

C’est une blague. Une très mauvaise blague. Mais une blague quand même. Pour moi. Pas pour elle. Et peut être pour ceux qui assisterons ce soir. Je sais même pas si ça va marcher, ou alors peut être que si et je fais juste semblant d’ignorer, pour me soulager la conscience. Ou un truc comme ça. C’est une blague, parce que j’en ai besoin, parce que j’en ai assez, que c’est toujours elle contre moi et que c’est jamais assez. Que c’est ses regards glaçants et la façon qu’elle a de me bousculer dès qu’elle me croise, que c’est les yeux rivés sur elle pendant que personne ne voit. Putain ce que je la hais. Je voudrais pouvoir la faire disparaitre définitivement, peut être que ça rendrait les choses plus simples, moins compliquées. Je sais pas. J’arrive pas à m’imaginer un monde sans elle, vu comment elle est ancrée dans mon quotidien. Foutue obsession qui me dégoute un peu plus. Elle. Moi. Nous. Putain. Pourquoi. Alors c’est une foutue blague, c’est une couture fragilisée et le fil qui craquera quand elle fera un mouvement trop brusque. C’est l’ensemble du squelette qui s’effondrera, des heures de travail massacrées pour la simple satisfaction de la voir se faire déshabiller en public. L’humiliation. Prends ça Halina, et peut être qu’enfin tu ressentiras ce que je ressens chaque jour quand tu me fais trébucher, quand y a ton regard qui se pose sur moi avec l’intention de me cramer.

C’est la fin de journée, les dernières retouches, les dernières répétitions et mes yeux explosés par le fait d’avoir fixé trop longtemps le tissu que je suis en train de broder. Des perles, des centaines de perles, et les motifs qui prennent vie sous mes doigts. Y a bien que ça que j’arrive à faire marcher dans ma vie en ce moment, comme une constante. Couture, broderie, rafistolage. Petits doigts de fée pour compenser mes jambes déficientes et mon corps usé. J’ai mal partout aujourd’hui, mais surtout à la jambe, le manque de médicaments et Adela qui refuse que j’aille acheter de quoi me soulager. Elle comprend pas que ses putains d’infusions d’écorce de saule ça ne fait plus rien. J’ai envie de hurler parfois, de la frapper jusqu’à ce qu’elle souffre comme moi. Tous en fait. Tous les frapper. Je sais pas. Je déteste être comme ça, dans ces moments où je fais que broyer du noir, que je voudrais mettre le feu à la terre entière. Merde. J’ai appuyé trop fort et l’aiguille qui s’enfonce dans ma chair, le sang qui perle avant de tacher la soie. Adela va me tuer. Comme si c’était pas suffisant. Je me redresse, laissant le costume sur ma table avant d’aller fouiller dans la trousse à pharmacie pour mettre un pansement, histoire de limiter les dégâts : manquerait plus que je tâche autre chose pour que la vioque nous fasse une crise. Elle est beaucoup trop sur les nerfs, à croire que la ménopause ne lui réussit pas vraiment.
Bref, je m’ apprête de nouveau à m’asseoir quand soudain quelqu’un toque à ma porte. Et pas du genre sympa. Pas quelques petits coups pour prévenir qu’il est là. Non. C’est limite un passage à tabac de porte et j’aime vraiment pas ça, parce qu’ici les gens se croient vraiment tout permis et oublient que la politesse c’est la moindre des choses. Bandes de cons putain. Je me dirige tant bien que mal vers l’entrée, essayant de maitriser ma respiration pour ne pas insulter la ou le visiteur irrespectueux. « C’est bon merde je suis pas sourde faut vraiment que… » j’avale mes derniers mots quand je découvre Halina en face de moi, le regard enflammé, comme si elle était prête à me tuer, là, maintenant. Ça te fait rire de quoi ? Et déjà qu’elle me fout un bout de tissus en pleine figure avant de me bousculer pour rentrer dans la caravane. Je titube, me rattrape au mur et serre les dents. Je déteste tellement quand elle fait ça, quand elle profite de mon handicap pour se rendre supérieure. « Putain mais dégage de chez moi Halina » que je lui hurle avant de ramasser le tissu qu’elle vient de me lancer. Oh. Oooh. Tu viens de me demander si ça me faisait rire et maintenant que je vois ce dont il est question je peux répondre : bien sur que ça me fait rire. Dommage qu’elle ai essayé le costume maintenant, dommage qu’il ai craqué seulement pendant la répétition et pas lors du grand soir. Mais quand même. C’est drôle. Putain de drôle. Lentement je me retourne pour la regarder. Elle brûle Halina, de la tête jusqu’aux pieds, une boule de feu qui va me cramer. Merde. Qu’elle vienne, c’est pas comme si j’avais peur. Non sérieusement, ça t’éclate de foirer mes costumes à chaque fois ? T’as de la chance que ça soit arrivé pendant une répet’, t’aurais fais quoi si je m’étais retrouvée à poil pendant une représentation hein ? « c’était le plan à la base » que je répond calmement, fermant la porte derrière moi et lançant le corset sur mon plan de travail. « J’aurais rigolé surement. Comme beaucoup de gens. » Ouais. Rigolé. La grande Halina humiliée, une fois de plus. Sauf que cette fois ci ça ne lui aurait pas coûté sa main, juste un peu de son honneur. Pas cher payé pour me rembourser de toutes ces années de haine pas vrai ? T’es vraiment qu’une sale petite égoïste, hargneuse et sans talent. Et voilà, on y est, les insultes, encore et toujours, son arme de prédilection. Elle croit pouvoir m’atteindre ? Mais ça fait des années que je suis immunisée à son putain de venin. Du moins, j’essaye de m’en persuader. Je croise les bras avant de me laisser tomber sur ma chaise, préférant la stabilité à la hauteur, de toute façon elle me dépasse que je sois debout ou allongée alors qu’importe pas vrai ? Arrange-moi ça tout de suite, y en a qui ont des numéros à répéter tu vois. « S’il te plait ? Merci ? Non ? Ta mère t’as rien appris avant de se casser ? » Sa mère. L’abandon. J’appuis là où ça fait mal. J’appuis même si je ne devrais pas, parce que je sais ce que ça fait, le vide parental. J’attrape le corset avant de le faire tourner entre mes doigts. Là tout de suite, j’ai pas vraiment envie de le réparer, pas quand elle est en face de moi. Un des inconvénients de cette foutue blague. Je le repose sur la table en soupirant avant de secouer la tête. « T’es vraiment mal élevée Halina. Demande moi poliment et peut être que t’auras un truc à enfiler ce soir. » Dernière bravade, parce que je sais que la suite ne sera pas agréable, mais je préfère la défier pendant que je le peux encore, qu’elle me laisse au moins ça.
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MessageSujet: Re: aiguilles (nerlina)   Mar 13 Juin - 13:17

Sa voix geignarde, désagréable et constamment excédée filtre à travers la porte et mes coups dessus. Je ne comprend rien à ce qu’elle raconte, je n’écoute pas d’ailleurs. Mais elle m’énerve déjà. Ça colle pas elle et moi, ça n’a jamais collé et ça ne collera jamais. On est trop éloignées, ou trop proches justement. Y a quelque chose qui cloche, on est comme des aimants qui se repousse, et entre nous le courant est électrique, il fait mal. D’ailleurs, dès qu’elle ouvre la porte, je la pousse. On a le sang chaud dans la famille et je n’ai jamais eu peur de me montrer brusque envers elle. Je vois clair dans son jeu de pauvre petit infirme. L’étant moi-même, je n’ai pas la moindre espèce de pitié pour elle, au contraire. Putain mais dégage de chez moi Halina J’émets un rire froid, glacial. Je ne prends même pas la peine de répondre, trop occupée à lui reprocher tout ce qui aurait pu se passer si jamais mon costume avait craqué pendant le spectacle. Je n’ose même pas l’imaginer en fait. Je sens mes entrailles s’entremêler dans tous les sens rien qu’à l’imaginer. Je me serais liquéfiée ça c’est sûr. Je me serais sentie mise à nue, découverte, violée - une deuxième fois. Mon cœur loupe un battement à cette pensée. J’ai soudain les larmes aux yeux, mais mon énervement suffit à le camoufler. Il redouble d’ailleurs, quand elle m’avoue que c’était le plan. Je m’arrête, moi qui gesticulait dans tous les sens. Et je la regarde profondément haineuse. Comment. Pourquoi ? J’aurais rigolé surement. Comme beaucoup de gens. Ma mâchoire se contracte. Rigolé hein ? Elle aurait rigolé ? Ça ne me surprend même pas. Ce qui me surprend, c’est ce franc-parler qui lui tombe du ciel chaque fois qu’on est toutes les deux. Le reste du temps, elle enfile son meilleur costume, celui qu’elle a taillé sur-mesure : la gourdasse innocente qui m’hérisse le poil. Y a un moment de flottement, où je ne sais même pas qui dire tellement ses mots me charcute l’intérieur du bide. Comment elle pourrait se réjouir d’un truc pareil ? Elle qui ne sait rien de moi, qui croit seulement savoir. Pour la première fois, la toute première fois, j’aimerais que mon secret lui explose en pleine face. Lui faire se rendre compte de la stupidité de ses actes, des conséquences qu’ils peuvent avoir sur moi. Comme là, quand je me suis retrouvée nue devant la moitié du cirque, avant que Marek ne vienne me couvrir. Mais non, je lui balance seulement une vérité brute pour me venger. Elle s’assoit de mauvaises grâces sur son foutu fauteuil, comme si ça lui était égal ce que je disais. Je ne comprend pas, je n’y arrive pas. Elle me déteste tellement parfois et il y a d’autres moments où elle a juste l’air de se foutre royalement de mon existence. Sauf qu’on en peut pas détester quelqu’un sans qu’il soit encré sous sa peau. Je l’ai appris à mes dépends. J’ai aimé Jax trop fort pour ne pas que ça finisse en explosion. Et JJ est gravé en moi pour toujours maintenant. C’est lui qui je ne pourrais jamais oublier. Je ne sais pas dans quelle catégorie je me situe pour Nerguï. Si je suis son bourreau ou celle qu’elle aime, d’un amour sororal, n’importe, d’un amour à sens unique qui la rend dingue. J’en sais rien, je n’ai pas envie de la comprendre en fait. Je suis impatiente avec elle, trop peut-être. Je lui ordonne de me réparer ça. S’il te plait ? Merci ? Non ? Ta mère t’as rien appris avant de se casser ? J’éclate de rire. J’ai envie de la baffer pour ce qu’elle vient de dire. Ma mère, c’est communément admis ici, on en parle jamais. Mon père s’en ait assuré après son départ : personne ne devait l’évoquer, jamais. Quand on quitte le cirque, on disparaît, voilà tout. Je ne sais quel miracle me retient de lui faire mal, au lieu de ça j’enchéris : Sérieusement ? Faut que je te demandes poliment d’arranger le costume que tu as toi-même flingué ? Si elle me répond oui, je pense vraiment que ma main va partir toute seule. Elle attrape le corset et je respire à nouveau. J’étais en apnée, prête à bondir comme un fauve. Le fait est qu’elle le repose une seconde plus tard. Mes lèvres se pincent. Je suis ses mains, je les regarde, je refuse de la regarder dans les yeux car je me sens capable du pire. Elle me fait perdre tous mes moyens cette fille. Elle est plus fourbe que moi, plus maligne aussi. Et c’est une sensation affreuse d’être la seule à me rendre compte de ce qui se passe et ça peut vous rendre un peu barjot. T’es vraiment mal élevée Halina. Demande moi poliment et peut être que t’auras un truc à enfiler ce soir. La claque part toute seule. Ma main s’écrase sur sa joue avec une violence folle, je ne l’ai même pas vu venir. Je m’approche d’elle, tout près, comme si j’allais la mordre. Répète un peu ça. C’est comme si je la défiais. Je me recule, tremblante de rage et me passe une main dans les cheveux, ils retombent en cascade dans mon dos, je ferme les yeux une seconde pour me calmer. Si faut que je campe ici pour être sûre que tu vas arranger ta connerie, je le ferais. T’es personne pour flinguer les répét’ ou les représentation. Et j’en ai rien à foutre que tu sois tellement frustrée de ne pas y participer que ça soit ton seul moyen d’attirer l’attention, t’as compris ? Je me tourne vers elle et la regarde dans les yeux cette fois-ci. Et si t’as un problème avec moi, viens m’en parler au lieu de faire tes coups en douce. Je laisse une seconde passée. Si c’est mon éducation qui ne te va pas, vois-ça avec mon père. Je suis sûre qu’il adorerait entendre tes conseils en matière de politesse. C’est comme ça chez les Kida, on est une sorte de meute et mon père est le mâle Alpha. Dès qu’il y a un problème, c’est par lui que ça passe, et ça se fait généralement avec les poings. C’est l’éducation que j’ai reçu, la famille avant tout, et le cirque aussi. Pas de quartier, on tape avant de parler. En général, ça calme tout le monde quand mon père entre dans une conversation. Pas sûr que ça marche avec cet énergumène.
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MessageSujet: Re: aiguilles (nerlina)   Lun 10 Juil - 21:46

Elle est glaciale Halina, là où moi je brule. Trop différentes, bien trop différentes, ou alors trop similaires. Je nous comprends pas, je nous comprendrais jamais. On est les deux côtés d’une pièce, le sourire et les larmes, joker. On est la lune, changeante, l’une pleine et l’autre creuse, le cœur bordé de trous et les os qui grincent. On se fracasse elle et moi, à l’aide d’un regard ou d’une phrase, les insultes qui fusent sur nos langues comme une compétition à celle qui salira le plus l’autre. Inutile, connasse, déchet. On comptera les points à la fin quand on sera allongées sur le sol, la peau hachurée.
Je la sens pas cette visite, ça va pas se passer comme ça. Y a trop de feu qui brule en moi, trop de froid qui glace son cœur à elle. Ca se voit dans ses yeux à Halina, que ma blague ça l’a pas faite marrer. Peut être que si je prenais plus de temps pour la regarder j’y verrais la même lueur que la mienne quand on m’a ramassé les jambes cassées parce que j’ai essayé de voler. Mais j’ai pas le temps. Jamais. Surtout pas avec elle. J’ai pas envie de casser cette image que je me suis construit d’elle, pas d’humanité, surtout pas, faut pas faiblir. Alors je me cache derrière ma carapace, mon armure indestructible. Je riposte. Bam dans les dents, prends ça connasse, et la haine qui vibre dans l’air. Tout ça pour quoi ? Pour quelques points trop faibles et le corset qui file, la nudité pour un instant, ça vaut bien les fois où elle a tendu la jambe pour m’envoyer à terre. Sérieusement ? Faut que je te demandes poliment d’arranger le costume que tu as toi-même flingué ? Moi ? Flingué le costume ? Mais j’ai rien fait voyons. Je prends mon air le plus outré, celui que j’affiche quand on m’accuse de choses dont je ne suis pas responsable. Menteuse. Pas ma faute s’ils sont tous trop crédules, pas ma faute s’ils me pensent trop ridicule. Y a personne qui voit, personne qui comprend, personne qui sent. Invisible. Putain d’invisible. Sauf pour elle, sauf pour Halina et ses foutus yeux brulants. Elle voit tout Halina, mon sourire derrière les larmes de crocodile et les mensonges qui valsent sur ma langue. « Chai pas ? T’en pense quoi ? Ça marcherait ? Allez dis s’il-te-plait pour essayer ? » je la pousse à bout. Je la pousse à bout et je me pousse à bout. Le venin que je crache, comme une haine énorme pour cette femme en face de moi. Trop longtemps que je la hais, trop longtemps que je l’adore. Je sais pas. Je sais plus. Et le mot de trop qui m’échappe, pourtant pour rien au monde je ne le rattraperais. Pas même malgré la gifle qui claque dans l’air. Ca brûle. Ca brûle et mes yeux me brûlent. Pourtant je hurle pas, je ne proteste pas. J’ai la lèvre entre mes dents, et je mord, je mord. Je craquerais pas Halina. Je craquerais jamais devant toi. Si seulement. Délicatement je viens poser mes doigts sur ma joue rougie par l’impact, le regard défiant et la colère qui gronde. Attaque moi vipère, je te couperais la tête.
Répète un peu ça. « En plus de ça t’es sourde ? » que je réplique du tac au tac, les yeux dans les siens, immobile. Halina quant à elle recule. Tout en elle suinte l’exaspération, la haine, la fragilité ? Peut être. Peut être qu’elle est pas si solide qu’elle voudrait le faire penser. Encore une ressemblance qu’on voudrait nier. Si faut que je campe ici pour être sûre que tu vas arranger ta connerie, je le ferais. T’es personne pour flinguer les répét’ ou les représentation. Et j’en ai rien à foutre que tu sois tellement frustrée de ne pas y participer que ça soit ton seul moyen d’attirer l’attention, t’as compris ? Je serre les dents, fige mon sourire. J’ai l’habitude des sermons, des phrases de menace, de me faire enfoncer un peu plus à chaque fois. Qu’elle essaye avec ses mots poisons, elle m’aura pas comme ça. Il en faut plus que ça, j’ai la peau dure à force de servir de cible de combat. Et si t’as un problème avec moi, viens m’en parler au lieu de faire tes coups en douce. pourtant les coups en douce c’est plus marrant. Chui pas du genre attaque frontale, je préfère frapper dans le dos, true friends stabs you in the front certes. Mais Halina c’est pas mon amie. Pas même une ennemie. C’est autre chose.
Si c’est mon éducation qui ne te va pas, vois-ça avec mon père. Je suis sûre qu’il adorerait entendre tes conseils en matière de politesse. Ca m’échappe. Rire nerveux ou rire moqueur je sais pas trop. Pas sur que j’aimerais que le père Kida m’apprenne la politesse, remarque vu comment il a élevé ses gamins pas sur qu’il soit si doué que ça. Mais passons, niveau parent dictateur j’ai déjà ma dose de mon côté, pas besoin d’aller sonner chez les autres pour récolter. « C’est bon t’as finis ta tirade ? » mauvaise Nergüi. Mauvaise, mauvaise. Je vais me faire bruler je le sais. Mais c’est plus fort que moi. J’en peux plus. Je me redresse, me lève de ce foutu fauteuil parce que je refuse de me retrouver en position d’infériorité vis-à-vis d’elle. Tant pis pour ma jambe, tant pis pour la douleur, je sens même pas tant mes doigts sont crispés, les ongles qui me lacèrent l’intérieur des paumes. « Peut être que ouais ton père il a besoin de m’entendre, vu comment vous filez droit, toi et Zyki. Putain des vrais Kida. Tu parles. » je roule des yeux, fait la belle avant d’afficher une grimace dégoutée. Je suis méchante de mettre Zyki dans le même plat. Mais dernièrement il n’a pas été vraiment sympa. Je sens encore ses paroles, qui font echo à celles de sa sœur. J’ai encore honte de la façon dont il m’a ramené au cirque, comme si j’étais qu’une gosse qui l’avait trop vite énervé. J’en ai marre. Marre des Kida, marre du cirque, marre de tout. Je suis fatiguée, frustrée, et la lassitude qui devient constante. J’enfonce mon doigt dans la poitrine d’Halina, appuie une fois, deux fois, pour souligner mes propos. « Mais c’est ça ton problème Halina. C’est que t’es tellement persuadé que le reste c’est de la merde, tu t’étonnes qu’on te renvois l’ascenseur. Ouvre les yeux ma grande, descend de ton putain de trône. » Je vibre, je vacille, j’ai la rage qui s’amplifie un peu partout, qui gronde, qui monte. Je brûle. « Oui j’ai un problème avec toi Halina. Et ça c’est pas nouveau. Mais toi aussi t’en as un avec moi. Ne mens pas. Je t’ai fais quoi hein ? Je t’ai fais quoi au début pour que tu te comporte comme ça » parce qu’au fond j’ai toujours cru qu’on pourrait être amies. Que Jax ça nous rapprocherait peut être, et que s’il l’aime tant depuis toujours c’est qu’elle a quand même quelque chose au fond. « T’es pourrie Halina. T’es pourris à l’intérieur et personne le voit. Sauf moi. Ptêtre pour ça que t’es comme ça » Allez viens Halina. Viens. J’ai besoin de tes poings et de tes dents, de ta rage contre la mienne. Ca fait trop longtemps qu’on se traine ça Halina, serait ptêtre temps d’y mettre fin. Ou de commencer vraiment.
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MessageSujet: Re: aiguilles (nerlina)   Mer 19 Juil - 12:14

Je crois qu'elle aime ça, en fait. Elle aime que je la déteste, car que je suis la seule à ne pas la traiter comme la petite chose fragile, un petit morceau de chaire malmené qu'on a envie de protéger, de chouchouter, de dorloter. Ses minauderies n'ont jamais eut de prise sur moi, elles glissent, elles me passent au-dessus, en-dessous. J'ai vu à travers son regard de poupée de porcelaine la force d'une guerrière et la fourberie d'un serpent. Elle ne m'a jamais fait de peine. Si quand je la vois se déplacer avec difficulté, ni quand je la sens faible sous mes bras. Ni quand elle pleure, ni quand elle chouine. Aucun de ses jeux de rôles ne me serre le coeur, car je la connais Nergüi, je la connais par cœur en fait, autant que je me connais moi, car j'ai la drôle d'impression qu'on est les deux faces de la lune : jamais en phase mais étroitement liées. Chai pas ? T’en pense quoi ? Ça marcherait ? Allez dis s’il-te-plait pour essayer ? Je reste stoïque, évidemment que non, je ne vais pas la supplier de m'arranger ça, je me contente donc de soutenir son regard avec un air assassin. J'aimerais garder une distance avec tout ça, rester la fille froide que je suis toujours, impassible, imperturbable. Quand je n'aime pas quelqu'un, généralement ça se ressent car rien de ce qu'il ne peut faire, ou dire n'a d'emprise sur moi. J'dois avouer que de l'emprise, Nergüi en a trop. Et c'est ce qui me dépasse, qu'elle arrive avec ses petites mains agiles à me déstabiliser et me faire passer pour une folle. Ma mâchoire contractée, un silence passe. Et je finis par hausser les sourcils, comme pour souligner que j'attend encore qu'elle s'active et que non, jamais je ne m'abaisserais à te demander quoi que ce soit. J'ordonne, c'est tout. J'ordonne parce que c'est comme ça qu'on obtient ce qu'on veut ici, en tout cas c'est ce que mon père m'a toujours appris, à la dure. Monsieur Indestructible avait une vision singulière de la bienséance. Vision qui ne semble pas appréciée par tout le monde. La claque qui fend l'air et s'abat sur sa joue ne lui laisse pas le temps d'en dire plus sur l'éducation ratée de mon géniteur.

Moment de flottement. Elle fait tout pour ne pas craquer et je fais tout pour me grandir face à elle. Je veux la faire plier, dans notre bras de fer permanent, j'ai envie de gagner, j'en ai besoin en fait. Reprendre le contrôle sur quelque chose. Oublier ma honte et la faire sienne. Je ne m'en veux pas de l'avoir frappé, pas du tout. Je crois un moment l'avoir fait terre quand sa petite main pâle vint caresser sa joue écarlate. Mais non, elle réplique, elle se redresse par la voix, par son regard meurtrier. Elle refuse de me laisser gagner du terrain. Malgré mes mots tous choisis pour la percuter en plein cœur. Je parle, je continue, je veux l'enterrer entièrement sous ma colère pour qu'elle ne puisse plus voir la lumière du jour. Je rage qu'elle me traite comme ça, je rage de son petit air d'innocente, je rage qu'elle ne s'écrase pas. Ce n'est pas tellement un caprice, c'est elle, c'est toujours elle. Elle m'électrise, m'énerve, me crispe. Nergüi elle est comme une saleté de bactérie dans mon corps qui se multiplie. Une maladie, sale grippe qui me dérange, qui m'énerve et je ne connais même pas la cause de tout ceci. Je ne sais pas pourquoi tout ce qu'elle dit m'atteint à ce point, pourquoi je perds patience. Elle a son idée là-dessus bien sûr, qu'elle ne tarde pas de me faire savoir. Elle se redresse bien sûr car elle ne supporte pas que je la domine d'une quelconque façon, et je la regarde, un air condescendant volontairement répugnant pour qu'elle se sente jugée. J'aurais même envie qu'elle tombe, juste histoire de lui faire fermer son caquet. Au lieu de ça, elle prononce le mot de trop : Peut être que ouais ton père il a besoin de m’entendre, vu comment vous filez droit, toi et Zyki. Putain des vrais Kida. Tu parles. Dès que Zyki est arrivé sur la conversation je me suis retournée et j'ai fais quelques pas pour m'empêcher de l'étrangler. Commettre un meurtre je serais pas une autre merde qui me tombera dessus, ça je le refuse. Je me mets les main dans les cheveux pour me faire de l'air et suis secouée d'un rire abasourdie. Je marmonne : Je vais te tuer putain. Je préviens. Zyki, comment ose-t-telle me parler de lui ? Zyki, il est à moi, c'est mon frère, mon quasi jumeau, ou du moins, je le considère comme tel. Zyki il est intouchable. Et personne ne doit jamais, JAMAIS, parler de lui en ma présence, sauf à l'encenser. Surtout pas elle, bon sang, surtout pas. Zyki et moi, on file pas droit ? Et pourquoi pas Marek ? Digne héritier de notre père, copie conforme avec vingt ans de moins. Pourquoi pas Marek ? Parce qu'elle avait envie de placer Zyki dans la conversation, j'en suis sûre. La simple idée qu'une bribe de relation puisse exister entre eux me donne la gerbe, j'ai envie de lui arracher les cheveux. Je tremble d'émotion et décide de ne pas répondre, je la laisse continuer son monologue infini qui a, je le sais, le seul but de m'achever. Mais c’est ça ton problème Halina. C’est que t’es tellement persuadé que le reste c’est de la merde, tu t’étonnes qu’on te renvois l’ascenseur. Ouvre les yeux ma grande, descend de ton putain de trône. Parfois, je me demande vraiment ce qu'elle pense de moi. J'arrive pas à la suivre. À ses mots, je me retourne et la regarde droit dans les yeux, et je réplique, presque fataliste, cruellement complaisante : Quel putain de trône ? Celui sur lequel tu m'as mise ? Je lance la balle sans savoir où elle va atterrir, mais c'est l'impression qu'elle me donne. Elle se fait tellement de films sur qui je suis, elle fantasme complètement sur ma personnalité et l'aura qu'elle pense que je dégage. Mais y a rien qui émane de rien, rien. Que dalle, le néant le plus total. Je suis un putain de trou noir qui aspire tout autour de moi. Et enfin, ouais, enfin, elle avoue avoir un problème avec moi. Un truc personnel, depuis longtemps. Elle capte enfin mon attention, j'attend la suite mais elle enchaîne, refusant d'assumer ses sentiments pour moi, elle me renvoie la question au plus vite. Ce que j'ai contre elle, hein ? C'est très simple. J'attrape le corset flingué qui traîne au sol et l'agite sous ses yeux : Premièrement, tu flingues tous mes costumes. Je n'en dirais pas plus pour le moment, cette raison me semble assez évidente pour lui laisser le temps d'ingérer l'information. Si elle réglait déjà ça, sans doute que les choses seraient apaisées. En fait, il y a des grandes chances que non. Mais tant pis. C'est la seule explication qui me vint pour le moment, la seule que je puisse formuler en tout cas. Je fais confiance à Nergüi pour trouver de quoi en redire. Ce qu'elle ne tarde pas à faire d'ailleurs, en me portant le coup fatal. T’es pourrie Halina. T’es pourris à l’intérieur et personne le voit. Sauf moi. Ptêtre pour ça que t’es comme ça. Je ris, c'est un rire brisé. Car les larmes ne tardent pas à monter. Elles envahissent mon regard sans même que je m'en aperçoive. Car Nergüi a raison sur toute la ligne. Je suis pourrie de l'intérieure, nécrosée, brisée. Je ne suis qu'une coquille vide qui tente désespérément de vivoter comme si de rien n'était et y a qu'elle qui s'en rend compte. Ma voix tremblante, chargée de sanglot, des larmes plein les joues je me mets alors à hurler : Et tu veux quoi ? Hein ? Tu veux quoi ? Tu veux ma place ? Tu veux Jax, Zyki et le putain de trône comme tu dis ? Je lance le corset qui ne l'atteint même pas, je perds tous mes moyens et je continue à hurler, comme jamais auparavant devant elle : Vas-y, prends tout ! Prends ma place, j'en veux pas moi ! Je veux pas de cette place, en fait, je ne veux pas être moi et je préfèrerais être dans n'importe quelle autre peau plutôt que la mienne. Nergüi a visé trop juste, dans le cœur, me voilà totalement agonisante.
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MessageSujet: Re: aiguilles (nerlina)   Ven 4 Aoû - 12:44

Je sais pas où on va. Je sais pas où on va mais on y va. On brûle à la vitesse de la lumière elle et moi. On brûle trop fort, trop vite, dans notre arène invisible. Y a personne qui sait, personne qui voit, y a que nous deux face à face et le cœur qui s’explose à chaque mot balancé. Je sais pas où on va, la claque, les insultes, les sifflements. Y en a une de nous deux qui s’en sortira pas vivante, jpeux le sentir dans l’air, y a ce goût dégueulasse que l’oxygène prend quand une guerre se prépare. Elle est même plus à préparer la guerre, elle est là, à nos portes et elle frappe. Elle frappe fort. Et nous on se laisse happer. C’est con pas vrai, parfois j’me dis qu’on aurait pu être amies. Des putains de potes, inséparables, à chuchoter dans le dos des autres. Mais on a pris le mauvais chemin elle et moi, et d’âmes sœurs on est devenues nemesis. C’est ridicule, mais c’est comme ça.
Je vais te tuer putain. viens. Tue moi Halina, étrangle-moi, écharpe moi, jcrois que y aura pas de plus belle mort que celle donnée par tes doigts. Mais ça non plus je peux pas le hurler pas vrai ? Je sais pas. A la place j’ai le sourire qui grandit, vipère, venin, je me lècherais presque les babines, satisfaite de ma morsure et le poison qui se propage déjà. « Quoi ? Pourquoi ? Parce que j’ai osé parlé de Zyki ? » j’agite l’os devant elle, comme une suicidaire désespérée qui n’attend que de se faire bouffer. « Pourtant c’est vrai non ? T’as pas vu comme il déconne ? Comme il disjoncte ? Où t’es juste trop obnubilée par toi-même pour remarquer que ton frère préféré va mal ? » Bim. Coup assassin. C’est salaud et surement que Zyki m’ne voudra. Au pire je dirais que c’est pas moi. Au pire je ferais comme lui, je fermerais les yeux et les oreilles, me contenterais de chanter quand il viendra râler. Mais ça me fait plaisir de balancer un truc qu’elle ne sait pas, les pilules qu’il prend inconsciemment quand il s’installe à côté de moi. J’les compte moi les médicaments, j’ai l’habitude depuis le temps, et je vois bien qu’à cette vitesse il foncera droit dans le mur, la tête la première. Mais est-ce qu’Halina le sait ? Je me contente de la dévisager, dans l’attente de voir ses traits se transformer. Viens. Tue moi. T’as promis Halina.

Je prends la tête de la course. Je prends la tête de la course jusqu’à ce que je trébuche à nouveau, fil tiré par Halina, je me prend les pieds dedans, me ramasse la tête la première – métaphoriquement parlant – quand elle décide de me renvoyer le tout dans la tronche. : Quel putain de trône ? Celui sur lequel tu m'as mise ? C’est pas faux. Et c’est ça le pire. C’est me mettre en face du miroir, souligner mes obsessions, (i]elle[/i], et tout ce qui va avec. Merde. Ca fait mal. J’en veux pas pourtant, de cette foutue manie. Un trône ? Tu parles. J’aimerais rigoler, j’aimerais riposter. Mais j’y arrive pas. Parce que c’est vrai. Parce que c’est terriblement vrai et que je déteste ça. « Les autres, pas moi, t’es une Kida, ton trône il est préparé depuis trop longtemps » que je siffle néanmoins, comme pour rattraper les choses, qu’elle ne voit pas la brèche. Utiliser son nom est facile, un peu trop pour moi, mais dans l’état des choses je sais pas quoi dire d’autre pour ne pas la laisser triompher.
Puis ça craque, le besoin de savoir pourquoi, d’où ça vient toute cette merde, balancer la vérité rien qu’une fois. Pourquoi on se déteste au juste Halina ? Y a Jax surement, facteur pas si innocent dans l’équation. Mais y a tout le reste aussi. Tout le reste qui nous empoisonne depuis le début. J’t’ai fait quoi Halina ? et elle, qu’est-ce qu’elle m’a fait ? : Premièrement, tu flingues tous mes costumes. Pas faux. Mais ça c’est plus récent, c’est depuis quelques années, c’est pas avant. C’est venu avec le temps, en même temps que toutes les petites mesquineries, les coups de hanches pour se bousculer quand on croise l’autre dans les allées. « C’est pas avec ce genre d’argument que tu vas aller loin putain. Je t’ai fais quoi AVANT de bousiller tes costumes ? Parce que ça m’éclate pas de niquer les coutures comme ça tu sais » quoi que si. Y a quelque chose de grisant dans le fait de réaliser un costume parfaitement imparfait, et de savoir qu’il a l’air beau à l’extérieur mais qu’il est foireux en réalité. Ca vous rappelle quelque chose ? Ca devrait.
Et je continue dans l’assaut mes mots qui viennent se claquer contre sa peau, comme un echo à la gifle douloureuse qui brûle toujours sur ma joue. Je l’attaque encore, encore, je lui dis ce que j’ai au fond de mon cœur, crache ma haine et mon venin, vipère boiteuse mais vipère quand même. Le truc c’est qu’il y a les larmes. Y a les larmes sur le visage d’Halina et la coquille qui se fissure. Putain c’est quoi ça ? Je l’ai jamais vu pleurer Halina. Je l’ai jamais vu comme ça. Même après l’accident, même après Jax, même après toutes les merdes – et dieu sait ce qu’il y en a eu – je l’ai jamais vu rager comme ça. : Et tu veux quoi ? Hein ? Tu veux quoi ? Tu veux ma place ? Tu veux Jax, Zyki et le putain de trône comme tu dis ? J’accuse ses mots, serre les lèvres, la regarde ébahie. Parce que d’habitude de nous deux c’est moi dans ce rôle, de la greluche en larme, au bord de la crise d’hystérie. C’est pas elle ; Mais nous y voila ; J’ai gagné ? J’ai gagné ou pas ? Pourtant c’est amer, tellement amer sur mes lèvres. Vas-y, prends tout ! Prends ma place, j'en veux pas moi ! le corset qui vole et moi qui la dévisage. Y a trop de surprise pour avoir l’ai satisfaite de mes méfaits, y a trop de tristesse aussi, de colère et de rancœur. Y a trop de jalousie. « T’en veux pas ? » ça grince, ça gronde. « Arrête de mentir Halina putain ! » parce que pour moi c’est inconcevable et qu’elle se fout de ma gueule. « Et tu crois que ça marche comme ça ? Que juste parce que t’en veux pas j’vais pouvoir le prendre ? Tu crois que tu peux me filer tout comme ça ? » Si seulement c’était possible, mais sans doute que j’aimerais pas ça. « Il t’arrive quoi Halina hein ? T’es passée où ? C’est quoi ces larmes ridicules et ces jérémiades d’enfant de trois ans » à mon tour c’est la main qui s’abat sur sa joue, comme un rappel à l’ordre. Je sais pas pourquoi je me met à hurler tout ça, ni pourquoi je continue tout simplement pas à m’engager sur la voie toute tracer, la mettre à terre une bonne fois pour toute. A croire que c’est moins marrant quand elle se plie, quand elle abdique. J’en veux pas de tout ça. Putain. J’en veux pas. «Tu me laisserais tout comme ça hein ? Même Jax ? » même Jax ? Vraiment Halina ? Après tout ce temps ? Même Jax tu me le laisserais ? J’ai les yeux secs alors que tout ça me donne envie de pleurer, à croire que j’ai déjà trop chialé ces derniers temps pour continuer maintenant. « Pour ça faudrait qu’il soit encore là. » dernière phrase lancée dans l’air, le regard qui vient chercher celui d’Halina, comme pour estimer les dégâts, savoir ce qu’elle sait à propos de Jax, à propos des autres, de cette bande de gens qui l’attirent vers la ville, des engueulades avec M. Loyal et Zyki, tout ce qui traine un peu partout et que j’ai pu ramasser dans mon sac d’information. « Arrête de chialer putain t’es ridicule » que je finis par murmurer, soudain exténuée par tout ce trop-plein de hurlement, de cris, de coups et de sentiments. J’ai jamais vraiment su gérer tout ça. Jamais vraiment.
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MessageSujet: Re: aiguilles (nerlina)   Mer 16 Aoû - 10:34

Je vais la tuer. L'écorcher lentement, lui arracher la langue. Elle ne pourra plus jamais parler après ça. Plus jamais prononcer le nom des Kida. Plus jamais. Quoi ? Pourquoi ? Parce que j’ai osé parlé de Zyki ? mon sang est en train de bouillir dans mes veines. Je vais lui couper la tête, lui arracher les cheveux. Qu'elle se taise bon sang, qu'elle se taise. Je tremble de rage et refuse de la regarder, car je suis presque sûre de l'assassiner si mon regard croise le sien. Pourtant c’est vrai non ? T’as pas vu comme il déconne ? Comme il disjoncte ? Où t’es juste trop obnubilée par toi-même pour remarquer que ton frère préféré va mal ? Et là, je ne peux pas m'en empêcher. Je me tourne vers elle. J'ai l'impression qu'elle m'a balancé de l'acide au visage, je sens ma peau quitter mon visage et couler sur le sol. Tous ses mots sonnent trop justes dans mon esprit. Zyki va mal. Il va mal. Je ne suis même pas au courant. En fait, je ne me souviens même plus de la dernière fois que j'ai parlé à Zyki pendant plus de dix minutes. Il a toujours son sourire scotché aux lèvres quand je croise. Il a toujours son petit air malicieux, et ses bras, et ses jambes, qui bougent à toute allure. Il est hyperactif et sensible, mais toujours dans le bon sens. Chaque fois que je le vois, Zyki est le même enfant joyeux que j'ai toujours connu. Et je suis passée à côté de tout. A côté de ce qui peut se passer dans sa vie. Je me suis laissée prendre par ses faux sourires sincères et ses phrases toutes faites. Je me suis faite avoir au jeu que je connais par coeur. Décoder ses sous-entendus, voir à travers l'éclat puérile de son regard. Déchiffrer ses blessures, les soigner aussi. Zyki, je le connais tellement. Comment j'ai pu passer à côté de tout ça ? Trop obnubilée par toi-même... Ses mots s'imprègne dans mon esprit. Je ne pense même pas à lui répondre, mes yeux regardent le vide. Je suis en train de me repasser toutes mes dernières conversations avec mon frère, chaque putain de mots qu'on a pu s'échanger. J'ai pas voulu voir et pourtant ça crève les yeux. Je me suis complètement fermée à lui parce que je n'avais pas la force de me lancer dans une énième intervention. Zykivention, comme dit Marek parfois. J'ai pas eu la force. Tais-toi putain. que je siffle entre mes dents d'une voix vacillante. Tu connais pas Zyki. Tu le connais pas. J'ai pas besoin de tes conseils. je tente par tous les moyens de m'échapper, de rejeter la faute sur elle, de la faire douter pour oublier mes propres remords. Mes yeux sont éclairés par des éclairs qui les transpercent. Arrête de penser que tu fais partie de la famille, arrête de croire que t'as ta place. Tu l'as pas. Sérieusement, tu comprends toujours pas que si Zyki ou Jax sont gentils avec toi c'est parce qu'ils ont pitié ? C'est la seule flèche qu'il me reste. Je la décoche sans grande conviction, juste pour faire diversion, le temps de rassembler mes émotions. Mon cerveau me hurle de quitter cette caravane avant de devoir rendre les armes, de courir, du plus vite que je peux, traverser le cirque, jusqu'à Zyki, lui sauter dans les bras, lui offrir l'attention que je ne lui ai plus accordé depuis trop longtemps maintenant. Mais je peux pas laisser Nergüi gagner, je peux pas. C’est au-dessus de mes forces. Heureusement, elle arrête de parler de mon frère. Et je dois bien avouer que j’encaisse beaucoup mieux ses coups quand ils ne concernent que moi. Elle parle de mon trône, celui sur lequel elle pense que je suis assise. Celui sur lequel elle m’a mise, déjà très jeune, sans trop qu’on sache pourquoi. Elle dément. Les autres, pas moi, t’es une Kida, ton trône il est préparé depuis trop longtemps. Je secoue vivement la tête de droite à gauche. Les Kida, au cirque, bien sûr qu’on a une place un peu privilégiée. On fait partie des premières familles à avoir rejoint le cirque et on a une si grande gueule qu’on ne peut pas nous ignorer. Mais ce qu’elle dit n’a aucun sens. Aucun. Je me passe une main sur le front. Sérieusement, arrête d’halluciner. c’est tout ce qui sort de ma bouche.

Si on fait le point, je pense que ni elle, ni moi, on ne sait vraiment comment tout ceci à commencer. Quel a été l’élément déclencheur. Est-ce que c’est moi ? Est-ce que c’est elle ? Je pense qu’en fait, on n’était pas destiné à s’apprécier. Fallait qu’une force en compense une autre, trouver un équilibre. Nergüi ne pouvait pas rester la petite fille sensible et fragile, et je ne pouvais pas rester cette reine des glaces. Et pourtant, on veut savoir. Là, maintenant. Elle me demande, refuse mes explications bancales. Elle insiste. C’est pas avec ce genre d’argument que tu vas aller loin putain. Je t’ai fais quoi AVANT de bousiller tes costumes ? Parce que ça m’éclate pas de niquer les coutures comme ça tu sais. Je suis secouée d’un rire nerveux. Elle n’est pas nette cette fille. Oh waouh, pardon, j’savais pas que c’était si dur pour toi de flinguer mes costumes. J’ironise. Elle n’a qu’à arrêter, merde. J’ai l’impression de passer mon temps à répliquer, mais qu’elle envoie toujours le premier coup. Est-ce que je me fais des idées ? Qu’est-ce qui la pousse à m’attaquer, encore et encore ? J’en sais rien. Et fataliste, et plus pour lui faire mal qu’autre chose, je répond enfin à sa question : Qu’est-ce que tu veux que je te dis à la fin, hein ? J’t’aime pas, c’est tout. Je t’ai jamais aimé et je t’aimerais jamais. Tu veux savoir ce que t’as fait ? T’existes, et c’est bien assez pour moi. J’suis une pourrie de dire ça, hein. Je suis pourrie. C’est d’ailleurs ce qu’elle m’envoie au visage juste après et qui précipite ma chute, là, du haut de mon putain de trône. Prends tout Nergüi, t’as gagné cette partie. Prends ma vie, mon trône, mon mec et ma famille. Deviens moi, puisque t’as l’air d’y tenir. Moi je ne veux plus de tout ça. Je ne veux plus rien. Laisse moi pourrir dans mon coin, de toute façon, je n’ai plus envie d’être sauvée. Je n’ai plus envie d’être cette fille-là. Cette fille assez conne pour se retrouver piégée par l’un de ses amis. Cette fille rancunière, qui n’a pas trouvé mieux que de boire pour oublier son mec, parce qu’elle est incapable de pardonner. Boire jusqu’à être totalement vulnérable. Vulnérable au point de se faire assassiner de la pire des manières, dans ce putain de magasin de location de costume. T’en veux pas ? Je la vois et l’entend à peine à travers mes sanglots d’enfant. Je suis inconsolable à l’heure actuelle, j’ai fait péter toutes mes barrières, le barrage est foutu. Je pleure sans pouvoir m’arrêter. Mais Nergüi ne se laisse pas amadouer. Comme quoi, aucune n’aura jamais l’empathie de l’autre. Arrête de mentir Halina putain ! Je m’enfonce mon visage dans mes mains et plante mes doigts dans mes cheveux. Je veux qu’elle se taise, qu’elle arrête. Ne tire pas sur l’ambulance, ne suis déjà à terre. Pourquoi elle ne comprend pas ça ? Je mens pas ! Je me défend, la voix étranglée. Je mens pas, Nergüi, si seulement tu savais à quel point je suis sérieuse. Aussi ridicule, pathétique et brisée que je suis en ce moment, c’est pas moi, ça ne me ressemble même pas. En tout cas, ça ne ressemble pas à l’image parfaite qu’elle s’est forgée de moi. Mais rends-toi compte, Nergüi, que si tu veux vraiment être moi, c’est ce qui t’attends. Beaucoup de faux-semblant, et une douleur ardente au fond des tripes. Et tu crois que ça marche comme ça ? Que juste parce que t’en veux pas j’vais pouvoir le prendre ? Tu crois que tu peux me filer tout comme ça ? J’en sais rien putain. Elle en a d’autre des questions aussi conne ? Je ne sais même pas ce qu’elle veut, à quel moment elle estimera avoir gagné la partie. À quel moment elle arrêtera de frapper. Parce que là, j’en peux plus. Je ne me contrôle plus. J’ai envie de crier, mais je n’ai plus de voix. Alors elle continue. Il t’arrive quoi Halina hein ? T’es passée où ? C’est quoi ces larmes ridicules et ces jérémiades d’enfant de trois ans. Et comme un père, comme mon père ferait en fait, elle me donne une claque qui résonne dans toutes la caravane. Je suis tellement secouée que j’en oublie d’avoir mal. Je reste stoïque, plantée là, sans savoir comment réagir. Sa claque a stoppé mes sanglots, les larmes coulent, silencieuses maintenant. J’ai beau regarder devant moi, je ne vois que le vide, je vois flou en fait. Ma bouche entrouverte, j’essaie d’accuser le coup. Mais rien, nada, le néant. Je suis passée où ? Quelque part entre l’enfer et la terre, quelque part perdue entre mes cauchemars qui ne cessent pas. J’aurais dû me retrouver, au bout d’un moment, retrouver le chemin d’une vie normale, et pourtant non. J’en suis toujours au même point, des mois plus tard. Je suis paralysée. Tu me laisserais tout comme ça hein ? Même Jax ? Pour ça faudrait qu’il soit encore là. Ses derniers mots m’écorche de la pire des manières. Jax, que j’ai perdu en cours de route. Je ne peux plus le négocier, je ne peux plus le marchander, car elle a raison, il ne m’appartient plus. Jax, il est trop loin maintenant, et le fossé qui nous sépare est gigantesque. Je l’ai laissé partir, ou bien il a fini par se lasser, j’en sais rien. Les morceaux sont tellement éparpillés sur le sol qu’ils sont impossibles à recoller. Ce ne sont que des miettes d’un amour passé dont j’ai du mal à me rappeler. J’avale ma salive et doucement, je recommence à voir en couleur. Mes yeux se lèvent, doucement, tout doucement, sur elle. Je déborde de haine. Contre elle ou contre moi, je ne sais pas trop bien. En fait, c’est un peu la même chose. Arrête de chialer putain t’es ridicule. Les larmes s’arrêtent. Je renifle un grand coup et essuies d’un revers de mains mes joues. J’espère que tu te sens mieux. Que je conclus d’une voix éraillée. Est-ce que c’est ça qu’elle voulait ? Gagner la partie pour une fois ? Me pousser dans mes retranchements, voir à quel moment je craque ? Elle a sa réponse maintenant, et j’espère qu’elle profite du moment. Tu débordes tellement de haine, pour moi ou pour toi-même que ton seul moyen de te sentir bien c’est de faire du mal aux autres. J’envoie mes cheveux en arrière pour reprendre un rythme respiratoire normal. Arrête de croire que c’est moi la cause de tous tes problèmes, c’est juste que t’es mauvaise. Je ramasse le corset, que je n’ai même plus envie qu’elle arrange maintenant. Mais j’te félicite, t’as gagné Nergüi. La bataille, ou même la guerre. Je m’en fous maintenant. Je me retourne, et ouvre la porte de sa caravane, je suis agressée par le soleil, et claque la porte derrière moi.
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MessageSujet: Re: aiguilles (nerlina)   Dim 10 Sep - 22:44

J’étouffe. J’agonise. J’ai mal partout, de milles douleurs imaginaires qui me lancent sur chaque centimètre de ma peau. C’est l’aura d’Halina, c’est sa colère qu’elle projette contre moi, comme des lames acérées, qui m’écharpent le derme. Mais pas de chance pour elle, la douleur je la connais trop bien. C’est une vieille amie à moi, alors maintenant j’arrive à la pousser sur le côté pour me concentrer sur le plus important : en l’occurrence faire chuter Halina, face contre terre, rien qu’une fois. Tais-toi putain. Non, c’est trop tard pour ça, j’ai ravalé mes mots pendant trop de temps, alors pas question de me taire. Pas question. Tu connais pas Zyki. Tu le connais pas. J'ai pas besoin de tes conseils. Pourtant je le connais, je suis pas stupide, je suis peut être mauvaise, piquante, blessante, mais quand je le laisse rester avec moi dans ma caravane, quand il se cache de je ne sais quoi, je sais observer, écouter, lire entre les lignes. Peut être que non, je ne le connais pas aussi bien qu’Halina. Mais en attendant aujourd’hui c’est moi qui ai l’avantage. Si on peut parler d’avantage. « Fais comme tu veux, viens pas pleurer quand il fera une overdose et que tu m’auras pas écouté » parce que c’est pas mon problème à moi, Zyki et ses cachets. Pas mon problème du tout. C’est ceux des Kida ou encore de Jax. Mais ça ne sera jamais le mien. Arrête de penser que tu fais partie de la famille, arrête de croire que t'as ta place. Tu l'as pas. Sérieusement, tu comprends toujours pas que si Zyki ou Jax sont gentils avec toi c'est parce qu'ils ont pitié ? J’accuse. Encore, encore, chacun de ses coups qui se glissent entre mes os, viennent frapper les organes. J’ai mal. Parce qu’ils ont pitié. Et putain que ça tourne dans ma tête depuis trop d’années, j’arrive pas à me défaire de cette idée dégueulasse, même quand Jax vient me serrer dans ses bras, poser ses lèvres sur mon front. Même quand Zyki m’invite à danser, me dit que je suis jolie avec mes cheveux en bataille. Parce qu’ils ont pitié. Et cette foutue famille qui n’est pas la mienne. Foutue famille de substituions là où mes parents m’ont abandonné pour une raison obscure. J’ai mal. « Ouais voila, j’ai pas ma place, les gens ont pitié de moi, rien de nouveau quoi » que je réponds néanmoins, la voix plus acide, plus cassée que je ne le voudrais. Mais au moins je réponds.
Sérieusement, arrête d’halluciner. A ça par contre je ne réponds rien. Juste du silence, du vent, mon regard qui se fiche dans le sien. vraiment ? j’hallucine jamais pourtant.

La discussion dérive. Enfin, discussion…L’explication dérive. Voila, c’est mieux formulé comme ça. Ca dérive sur le pourquoi du comment, sur la genèse de toute cette haine, de ce feu qui crame entre nous. Oh waouh, pardon, j’savais pas que c’était si dur pour toi de flinguer mes costumes. Pourtant si c’est dur ; Sans doute qu’elle ne voit pas les heures passées derrière la machine à coudre chaque détail, broder chaque perle, faire d’un morceau de tissus quelconque un véritable corset qui ferait pâlir d’envie ceux des cirques concurrents. S’il y a bien une seule chose dont je suis fière c’est sans doute mes doigts et la magie que je fais avec. Vraiment. Ma seule fierté. Alors oui ça me coûte de le bousiller, c’est comme arracher les ailes à un petit oisillon pour qu’il ne puisse jamais voler. Ca fait mal au cœur.
Alors je continue, rien que pour me venger de ses mots, de la douleur, de tout le reste. Je continue parce que j’ai fermé ma gueule pendant trop longtemps. Je mens pas ! Je fais mouche. Son visage caché dans ses mains, la détresse sur son visage à chacune de mes piques lancées. Bien. Très bien. Souffres Halina. Souffre comme moi je souffre, après tout j’ai beau avoir tous les défauts, on ne pourra pas me traiter d’égoïste.
Et la voilà qui se met à pleurer devant moi. Ridicule Halina, et moi alors ? J’ai pas le droit de chialer ? La claque qui part, c’est plus fort que moi, comme une vengeance mesquine à son geste d’avant. Prend ça. Moi aussi je sais frapper, ne l’oublie pas. Elle me regarde, le souffle coupé, et je crois que c’est la première fois que je la vois aussi fragile, les fissures qui apparaissent sous le maquillage parfait, porcelaine qui est tombée trop de fois mais qui essaye de camoufler ses fêlures. Etrangement, ça ne m’emplit pas de joie. Vraiment pas. Si elle ne pleurait pas, peut être que ça semblerait moins amer, peut être que j’aurais l’impression de gagner quelque chose ; Mais elle pleure. Putain. Elle pleure encore. Arrête. Même moi je ne chiale pas. Même moi. Alors pourquoi ? C’est sec quand je lui ordonne d’arrêter. Faut croire qu’elle m’écoute – première fois de sa vie surement – et déjà elle sèche ses larmes. J’espère que tu te sens mieux. Non. Pas vraiment. Peut être même encore plus mal. Tu débordes tellement de haine, pour moi ou pour toi-même que ton seul moyen de te sentir bien c’est de faire du mal aux autres. Sourire figé, je la dévisage, l’observe reprendre ses moyens et moi j’ai l’impression d’étouffer. Parce que c’est vrai. Je sais pas aimer. J’ai jamais su. Je préfère insulter, frapper, détruire, plutôt que d’essayer de baisser mes défenses. Je me déteste tellement, je la déteste tellement. Putain. Je pourrais exploser. « Ouais sans doute, c’est bien t’as fini ta psychanalyse ? Je savais pas que tu avais Freud comme prof d’équitation » que je réponds néamoins, visage de glace où aucune émotion ne perce. Arrête de croire que c’est moi la cause de tous tes problèmes, c’est juste que t’es mauvaise. Bien sur que je suis mauvaise. Bien sur. Je suis terrible. Un vrai désastre. C’est que maintenant qu’elle s’en rend compte ? « Pas autant que toi Halina » que je murmure tout bas, sourire fatigué qui se dessine sur mon visage. Non. Pas autant qu’elle. Ou peut être juste assez. Deux poupées cassées, deux sales pestes que tout le monde pense connaitre, mais la vérité c’est qu’on est bien trop douées pour porter nos masques, maquiller la réalité.
Mais j’te félicite, t’as gagné Nergüi. Vraiment Halina ? Vraiment ? T’abandonne comme ça ? maintenant ? Je la regarde tourner les talons, le corset entre ses jolies mains abimées. Reste, que j’ai envie de murmurer. Reviens. Ca franchit presque mes lèvres. Comme un besoin de continuer à s’écharper, la sensation d’être vivante pour la première fois depuis longtemps. Mais rien ne sort. Je me contente de me laisser tomber sur un siège, la jambe soudain bien trop douloureuse, ça m’arrache un cri, tout petit, juste un peu. Et pour une fois je me laisse aller, chialer comme une gosse, la tête entre mes mains, miroir encore une fois d’Halina. C’est ridicule. J’ai rien gagné. J’ai rien gagné du tout. J’ai perdu. Encore une fois. Comme toujours.

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aiguilles (nerlina)

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