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 I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback

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River Albarn
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MessageSujet: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyVen 7 Avr - 11:08

Soufflant un peu d'air chaud sur ses doigts frigorifiés, River réprima un frisson. L'hiver avait été plus froid à Seattle, l'année dernière, mais il n'avait pas eu à poireauter des heures dehors, longtemps après que le soleil ait foutu le camp. Ses mitaines avaient suffit à lui tenir les mains au chaud le temps des courts trajet de l'appartement de Reuben au monorail, mais c'était juste pour faire le trottoir en décembre, même à Savannah. C'était ce qu'il faisait, bien sûr, le trottoir. Il n'y avait pas de trêve hivernale chez Peter, il fallait ramener de l'argent. Il avait fait la manche mais il n'avait quasiment rien ramené depuis deux jours. L'esprit de Noël, tu parles. Il n'avait pas encore frappé Savannah en tout cas, et le réveillon était dans cinq jours. Les lampadaires et les arbres étaient quand même joyeusement illuminés, au point que River et deux autres tapineurs s'étaient retirés un peu plus dans l'ombre. Il fallait qu'on les voit, bien sûr, mais l'idée n'était pas non plus de se tenir sous une enseigne « marché aux putes » clignotante — en l’occurrence une étoile filante. Alors ils attendaient le client à l'entrée d'une ruelle étroite derrière le gros cinéma du quartier. Il n'y avait pas beaucoup de passage en temps normal, si bien que dès qu'une voiture ralentissait au niveau de leur ruelle, ils savaient que c'était pour l'un d'entre eux. Alors ils s'avançaient à la lumière et laissaient le client faire son choix, essayant plus ou moins de le séduire avant les autres selon ce qu'il leur inspirait. River, il ne voulait jamais personne, mais il savait faire la différence entre un père de famille qui voulait juste retrouver le goût de sa jeunesse sans risquer de scandale et un homme dangereux en quête d'une victime. Pas qu'il n'y avait jamais de mauvaise surprise, évidemment, mais on prenait toujours un risque en montant dans la voiture d'un inconnu, ils le savaient tous.

River jeta un œil aux deux autres garçons. Il savait que l'un d'entre eux s'appelait Dylan, s'il n'avait pas menti au dernier client qui l'avait embarqué sous le nez de River. Il était plus jeune que lui, Dylan, à peine seize ans, et il ne tremblait pas autant de froid que de manque. River savait qu'il sauterait sur le premier client qui s'arrêterait parce que, dans quelques heures, il ne serait plus en état de faire quoique ce soit pour récupérer de l'argent pour sa dose. Dans son état, River n'était pas certain que quelqu'un veuille de lui, mais il était jeune et c'était ce que cherchaient certains clients. Les pires, il aurait voulu dire, mais ce n'était pas nécessairement eux qui les maltraitaient le plus. Il se frotta les bras pour se réchauffer, les yeux toujours rivés sur Dylan et l'autre garçon. Vingt ans, quelque chose comme ça. Ils étaient quasiment toujours ensemble, lorsque River les croisait, et il les avait même déjà vus monter tous les deux avec un client. River, il était toujours seul. Il n'arrivait pas à faire semblant d'apprécier leurs conversations lorsqu'ils essayaient de le faire parler. Ils lui rappelaient trop sa première bande, ceux qui avaient parlé si légèrement de leurs activités nocturnes, ceux qui lui avaient dit que c'était facile, qu'ils étaient plus chanceux que ceux qu trimaient au McDo, ceux qui lui avaient dit : « T'es jeune, t'es mignon, en deux mois tu peux te faire assez de fric pour refaire ta vie. » Ils l'avaient un peu jalousé aussi, parce qu'ils avaient eu en partie raison, il avait eu du succès. River ne comprenait pas comment ils avaient pu être convaincus par ce qu'ils lui avaient raconté, mais il savait qu'ils ne lui avaient pas menti. Il y en avait beaucoup, dans leur cas. River, il passait sa vie à hésiter entre continuer et se laisser mourir, comme s'il n'y avait pas d'autre alternative, et il ne savait sincèrement pas ce qui était le pire. La première, sans doute, mais l'autre était tellement définitive...

Il réalisa un peu après les autres qu'une voiture s'était arrêtée. L'homme avait ouvert la portière du siège passager et Dylan s'y était engouffré avant même de lui avoir parlé. River grimaça. Il l'inquiétait, Dylan, il finirait mal, et bien avant lui. Mais deux secondes plus tard, le conducteur de la voiture était sorti, avait contourné la voiture jusqu'à la portière que Dylan venait de refermer, et il la rouvrit pour faire sortir Dylan de force. Il ne hurlait pas, sans doute parce qu'il ne voulait pas rameuter les badauds qui sortaient du cinéma. Il parlait bas. Il criait bas, si c'était possible. Il crachait avec une hargne qui fit reculer River. Dylan se retrouva prostré sur le trottoir et son ami le releva aussitôt pour partir en courant avec lui, lâchant un « enfoiré ! » sans se retourner. Le client insatisfait porta son regard noir sur River. Il aurait voulu se faire tout petit, se fondre dans le mur contre lequel il s'était plaqué. Pourquoi il n'avait pas couru ? Il avait beau s'être reculé dans la pénombre, ses cheveux étaient si clairs qu'ils réfléchissaient la moindre lumière. L'homme s'avança, le moteur de sa voiture qui tournait encore derrière lui, et lui fit signe de l'accompagner. River secoua négativement la tête. « Non, désolé, non... » Il n'était pas prêt à étancher la mauvaise humeur d'une brute, pas ce soir, et tant pis s'il n'avait rien à manger demain. Il cherchait une bonne excuse, il cherchait la force de fuir. Mais l'homme avança encore et le saisit par le bras pour l'attirer vers lui. River se dégagea et commença à courir, mais l'autre le ceintura aussitôt et, malgré toute sa résistance et ses cris, ses « non ! », entreprit de le traîner jusqu'à sa voiture. « Je vais pas te bouffer, arrête de te débattre putain ! Je voulais pas du junkie, c'est tout. Tu feras très bien l'affaire toi, fais pas chier. » Il plaqua une main sur sa bouche pour le faire taire et River en profita pour le mordre, ce qui ne fit qu'énerver l'homme davantage. Il l'envoya valser contre la carrosserie et leva la main sur lui alors qu'il essayait de se redresser. Peut-être qu'il allait mourir avant même ses dix-huit ans, finalement.


Dernière édition par River Albarn le Mar 18 Avr - 15:31, édité 1 fois
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Asher Bloomberg
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptySam 8 Avr - 20:31



River & Asher
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« Hey, Cat. Le chef t’envoie en planque, dans le quartier des putes. »
Asher avait redressé brusquement la tête, son regard croisant la pendule fixée au mur. Il était deux heures du matin et il n’y voyait plus très clair, il fallait l’admettre. Il s’était assoupi, peut-être dix minutes, peut-être une heure. Il était crevé, Asher. Cela faisait plusieurs mois qu’il était arrivé à Savannah, plusieurs mois qu’il était devenu flic par défaut, plusieurs mois qu’il vivait un cauchemar. Les rares moments où il parvenait à trouver le sommeil, c’était au travail, quand ça devenait plus calme, quand il y avait moins de monde. Au beau milieu de la nuit, donc, affaissé sur son bureau. Il aurait pu dormir chez lui, aussi, mais il détestait cet appartement qui sentait un peu trop la naphtaline, détestait ses voisins toxicomanes qui cognaient contre les murs quand ils étaient dans une phase délirante. Le poste de police n’était pas son endroit favori, mais il était mille fois mieux que ce trou à rat qu’il avait déniché. « Pourquoi moi ? » il avait demandé, le regard vitreux, alors qu’il s’étirait. Il avait tendance à se sentir persécuté, Asher, depuis son arrivée ici. Parce qu’il était là grâce à son père et que tout le monde le savait, mais aussi, un peu, parce qu’il n’était pas flic de formation et que tout le monde l’avait plus ou moins deviné. Bah, il fallait qu’il y pense avant de salir son nom, avant d’anéantir toute perspective qu’il avait de devenir un grand avocat, avant, avant. Il s’était fait à l’idée de n’être plus grand-chose, de n’être rien du tout, ici. Être le fils de Jonathan Bloomberg ne lui octroyait pas un passe-droit, surtout depuis qu’il avait réussi à se faire détester de son père. « Pose pas de questions et fais ce qu’on te demande » avait grommelé son collègue dans sa barbe. Ils étaient moches, les flics de Savannah. Il avait conscience que la police ne recrutait pas sur le physique, mais putain… ils étaient moches. Gras, lents, bêtes. Moches en dehors et en dedans. Ils suintaient la suffisance, puaient le mépris. Et pourtant, ils étaient censés protéger les gens. Asher avait expiré lourdement en enfilant son manteau. Il n’en avait pas envie, mais il avait appris depuis longtemps à ne pas contester les ordres qu’on lui donnait. Ce job, c’était désormais tout ce qu’il avait. Et ç’avait beau être merdique, c’était mieux que la misère, mieux que la rue, mieux que l’avenir pourri auquel il se prédestinait s’il ne faisait pas ça. Mieux que rien.
Asher était monté dans la voiture en silence, avait conduit dans les rues presque désertes jusqu’au lieu du rendez-vous. Il s’était garé un peu plus loin pour qu’on ne le remarque pas. Etre discret, pour lui, c’était comme respirer. Il n’avait jamais pris trop de place, Asher, n’avait jamais été trop exubérant. Même à l’époque où il avait des amis, même à l’époque où il était populaire. Il était réservé, attentif, la mouche sur le mur qui observe et n’intervient pas. Il était doué pour ça, comme certaines personnes étaient douées pour d’autres choses. Lui, il avait un don pour passer inaperçu, faut croire. De toute façon, il était trop crevé pour se faire remarquer. Les planques, ça lui allait bien. Il avait juste à rester là, à attendre, à guetter. Il avait rapidement remarqué la bande de gamins (pas plus de 20 ans selon lui) qui tapinaient. Il aurait pu aller leur faire la morale, leur dire qu’ils risquaient gros à rester là, mais c’était pas son problème. Lui, il devait intercepter la personne à la tête du réseau. Les prostitués, c’était considéré comme du dommage collatéral, selon le chef. Ce qu’ils devaient risquer de perdre pour attraper le gros poisson. Il n’aimait pas ça, Asher. Il était trop bon, trop naïf. Trop avocat pour ce taff, apparemment. C’était pour ça que planquer, c’était quelque chose qu’il n’aimait pas faire. Parce qu’il n’avait pas la possibilité d’interférer.

Et pourtant, les planques, c’était son truc. Sauf que là, il était trop crevé. Rapidement, il avait reposé sa tête contre l’accoudoir et avait fermé les yeux. Il s’était assoupi un bref instant et s’était réveillé en sursaut lorsqu’il avait entendu un claquement de portière.
La scène se déroulait à quelques mètres de lui. L’un des gosses marchait dans sa direction, et il n’était pas seul. Au premier abord, on pouvait croire que cette rencontre n’avait pas grand-chose de conflictuel. L’homme semblait un peu pressé, un peu nerveux, un peu brusque, mais rien de trop inhabituel, quand on connaissait les clients de ce genre de commerce. C’est ce que pensa Asher, brièvement, stupidement, mais c’était avant de voir les gestes, avant d’entendre les non, avant de constater la violence, pure, brute, la violence insoutenable dont faisait preuve l’homme. Le gamin allait se faire démolir sur place, et il n’en fallut pas plus à Asher pour bondir hors de la voiture. Ses jambes l’avaient porté sans qu’il ne s’en aperçoive vraiment, et en quelques secondes à peine, il était près d’eux. Il avait esquivé un coup, s’en était pris un autre au coin du nez, puis à l’œil droit. Ça faisait mal, mal à en crever, mais ce n’était pas suffisant pour calmer sa rage. En quelques secondes, il avait plaqué l’assaillant contre un mur, l’avant-bras appuyant contre sa pomme d’Adam avec force, le visage à quelques millimètres du sien. « J’espère que tu t’es fait plaisir, connard, parce que t’es dans la merde », il avait soufflé alors qu’il fourrait sa main libre dans la poche de son manteau pour en extirper son insigne, qu’il colla sous les yeux de la brute. Il avait senti dans son regard un frisson d’incompréhension, rapidement suivi par de la peur, une peur sauvage et instinctive, une peur terriblement satisfaisante pour le jeune flic. Il avait remis le badge dans sa poche, avait attrapé sa radio. « J’ai une tentative de viol sur mineur et un outrage à agent. Besoin de renforts » avait-il annoncé dans le micro, la voix un peu tremblante. Ça ne devient jamais facile, ça. Les gosses et les ivrognes, la détresse, le vice. Toutes ces choses qui se côtoient, qui se percutent, qui bousillent des vies. Il avait connu tout ça, à New-York, mais pas de la même manière. Il n’aurait su dire s’il était plus facile d’entendre le témoignage d’un gamin traumatisé ou d’assister à l’acte qui avait causé ce traumatisme. Les deux étaient insoutenables.

Il avait attendu dans cette position plusieurs minutes avant que ses collègues n’arrivent. Il avait eu peur de bouger, Asher, peur qu’il ne s’échappe ou qu’il n’attrape un objet dans la poubelle d’à côté pour lui exploser le crâne. Il avait eu peur, aussi, pour la sécurité du gamin, même s’il ne lui avait pas adressé un seul mot. Lorsque les autres étaient arrivés, il avait enfin relâché la pression, incapable de quitter le criminel des yeux alors qu’on lui passait les menottes. « Il fout quoi à rester là, lui ? » avait demandé Parker en jetant un œil derrière Asher. Il n’avait pas remarqué qu’il était toujours là, à vrai dire. C’était plutôt délicat, parce qu’il ne se voyait pas annoncer à ses collègues que ce garçon (sûrement mineur, comme il l'avait souligné lors de son appel radio) était en train de se prostituer. « Il s'est fait agresser alors qu’il rentrait chez lui. Je pense qu’il mérite un peu plus de considération. » C’était pas convaincant. « Je m’en occupe », poursuivit Asher, regard planté dans celui de son collègue, un air de défiance dans les pupilles. Il avait reculé d’un pas, glissé un bras autour des épaules du gosse. Il avait eu du mal à comprendre par quel miracle les autres avaient mordu à l’hameçon, mais ils s'étaient retrouvés bientôt seuls dans la rue presque déserte. Il avait observé son protégé un instant, Asher, comme distrait par quelque chose. Sa main, agrippée à l’épaule du garçon, était toujours fébrile, agitée de soubresauts pernicieux qu’il essayait de cacher. Il avait eu peur, Asher, peur de se planter et peur d’avoir une mort sur la conscience. « Tu ressembles au petit prince de Saint Exupéry », il avait murmuré simplement dans le silence de la nuit, premiers mots stupides d’une rencontre inattendue. Il sentait son nez gonfler au fil des secondes et peinait à garder son oeil blessé ouvert, mais il était serein, pour une fois.
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River Albarn
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyMar 18 Avr - 18:06

Un œil au beurre noir pour avoir osé dire non à un client, ça n'avait rien d'exceptionnel. Ce n'était pas régulier non plus, mais c'était arrivé plusieurs fois à River. Il lui était déjà arrivé aussi d'être emmené de force. Une fois seulement. Une fois de trop. Mais chaque passe était une passe de trop, qu'il coopère ou non, qu'il parvienne trop bien à faire semblant ou non, alors qu'est-ce que ça pouvait bien changer ? Ce qu'il n'avait jamais vu, par contre, c'était quelqu'un d'extérieur intervenir en sa faveur. Les malheureux non-initiés qui passaient par cette rue à l'heure où les prostitués étaient de sortie avaient tendance à se hâter lorsqu'ils réalisaient ce qu'y faisaient les garçons — les filles, c'était de l'autre côté du parc, et puis il y avait ceux qu'on devait aller chercher dans le parc —, et ils accéléraient encore le pas s'ils entendaient des voix s'élever ou un coup s'abattre. Personne ne voulait se retrouver mêlé à ces histoires sordides. River les comprenait, ce qui ne l'empêchait pas de les mépriser tous autant qu'ils étaient. Creek n'aurait jamais tourné la tête de l'autre côté en dépassant quelqu'un en train de se faire tabasser. Merle non plus, sans doute. Mais les gens comme Creek et Merle étaient rares.

Recroquevillé contre la carrosserie de la voiture qui ronronnait encore, les bras croisés devant lui pour protéger son visage, River avait fermé les yeux en attendant le coup que l'homme s'apprêtait à lui donner. Il entendit un bruit sourd, sentit des mouvements vifs battre l'air, mais le coup ne vint pas. Il rouvrit les yeux et se redressa enfin contre la voiture. Il ne reconnaissait pas l'homme qui se battait avec son tourmenteur. Il aurait voulu croire que Peter avait le pouvoir de le préserver de ce genre de danger, mais il n'avait pas celui de se téléporter, ni le don de seconde vue. Et puisque ce n'était pas Peter, il aurait dû fuir. Il aurait dû partir en courant, laisser son sauveur se débrouiller avec le client mécontent, même si c'était lâche, même si c'était moche. Il les regarda se battre en tâchant de trouver la force de fuir. Il grimaça aux coups que le nouveau venu reçut, porta sa main à propre sa gorge lorsqu'il le vit maîtriser la brute, l'étranglant à moitié. Il expira un grand coup, peut-être de soulagement d'abord, et réalisa qu'il avait retenu sa respiration. Et puis il vit l'insigne. Évidemment. Il n'était pas qu'un bon samaritain. C'était un flic. S'il avait pu s'accélérer encore, le pouls de River aurait explosé tous les records. Cette fois, il devait vraiment partir, et au plus vite. Il ne pouvait pas se faire choper par les flics. Il n'avait pas encore dix-huit ans. En un sens, c'était mieux pour lui, la sanction serait moins sévère. Mais ça voulait dire intervention des services sociaux. Creek lui avait toujours appris à se méfier de ces gens, il lui avait expliqué qu'ils voudraient les séparer, lui et sa fratrie, lui enlever sa famille. Maintenant, il avait peur qu'on le ramène à ce qui restait de sa famille, à sa mère et son beau-père, au gosse qu'ils avaient peut-être eu ensemble, ou qui était mort avant son premier souffle, à ce qu'il avait cherché à fuir et à oublier.

Il aurait dû courir. Le flic ne risquait plus rien. Ce ne serait même plus un acte de lâcheté, c'était une question d'instinct de survie. Il entendit vaguement les mots que le policier prononça dans sa radio. Viol sur mineur. Il n'avait pas parlé de prostitution. Y avait-il la moindre chance qu'il ait mal interprété la situation ? Mais peu importait, en vérité, car dans tous les cas on voudrait le ramener au poste, on voudrait appeler ses parents, on voudrait savoir ce qu'il faisait là. Jetant un regard anxieux à son agresseur et au flic qui lui avait évité l'un des pires traitements qu'il aurait jamais reçu, il fit quelques pas de côté, mais il fut aussitôt pris de nausée. Il s'arrêta pour respirer, et puis il entendit une sirène. Les renforts que le flic avait appelé. C'était trop tard. S'il se mettait à courir maintenant, on saurait qu'il avait quelque chose à se reprocher. À moitié tétanisé, entre larmes et nausée, il resta planté dans un coin de la ruelle alors que d'autres policiers s'occupaient de menotter la brute et parlaient avec le premier. Il hésitait encore à partir, puisqu'on ne lui prêtait aucune attention, mais l'un des flics le remarqua dès qu'il fit mine de tourner à l'angle de la ruelle. « Il fout quoi à rester là, lui ? » Si son pouls s'était un peu apaisé, il ne lui en fallut pas plus pour redevenir fou. River fut surpris, pourtant, quand celui qui l'avait secouru prit son parti et assura à l'autre qu'il s'occuperait de lui. Surpris, et un peu inquiet aussi, parce qu'il perçut la fausse note dans leur échange, et il se demanda comment, exactement, il allait s'occuper de lui. Il ne serait pas le premier pourri qu'il rencontrait, après tout, mais ça ne collait pas vraiment avec ce qu'il venait de faire. Le pourri n'appelait pas de renforts, il se contentait de faire déguerpir le client et embarquait le gamin pour en faire ce qu'il voulait. River avait vu ça, une fois, à Richmond.

Il eut un léger mouvement de recul lorsque le policier passa un bras autour de ses épaules, mais il se laissa faire, conscient qu'il lui offrait une porte de sortie. River n'avait pas pour habitude de refuser ce genre d'offre, même lorsqu'il fallait passer par un instant désagréable avant de regagner sa liberté. Il n'arrivait pas à savoir sur quel pied danser avec le flic. Ce n'était jamais facile de faire confiance à quelqu'un qu'on venait de voir être violent, dangereux, même pour une bonne cause. Il y avait quelque chose d'inquiétant chez lui, il y avait eu cette fausse note et puis il y avait ces tremblements qui agitaient la main serrée sur son épaule. Et pourtant. « Tu ressembles au petit prince de Saint-Exupéry. » Il ne s'était pas attendu à quelque chose d'aussi inoffensif. Il s'imaginait déjà le pire. Il s'imaginait toujours le pire, il refusait de se laisser avoir par des espoirs stériles. Il savait bien que quelques mots doux ne garantissaient pas sa sécurité, mais il les laissa l'apaiser un peu. Il sentit ses muscles se détendre, ses épaules se relâcher sous la main fébrile. « Merci... De m'avoir aidé, je veux dire. » Pas pour la comparaison, pas qu'elle soit vexante non plus. Il tourna les yeux vers le visage de son sauveur et vit dans quel état il s'était retrouvé pour l'aider. Décidément, il avait sûrement tort d'être méfiant. Ou alors, au contraire, il le lui ferait payer encore plus cher. River secoua la tête en soupirant. Il n'en avait pas après le flic, pour le coup, mais après lui-même et son incapacité à croire qu'un inconnu pouvait être quelqu'un de bien et vouloir l'aider sans contrepartie. Il aurait voulu y croire, mais c'était devenu un automatisme. « Le Petit Prince, je connais, fit-il avec un sourire. Mais je suis pas sûr que je lui ressemble. » Il était sûr du contraire, à vrai dire. Il grimaça en posant à nouveau les yeux sur le nez tuméfié de l'homme. « Ecoutez, merci, vraiment, mais je peux rentrer tout seul, faudrait pas trop tarder pour votre nez. Il faut que vous soigniez ça. J'espère que c'est pas cassé... » Ce serait mieux pour tout le monde, s'il le laissait filer maintenant, mais il ne voulait pas se montrer trop ingrat. Il fourra ses mains gelées dans ses poches, tout à coup conscient du fait qu'il avait froid.
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyLun 24 Avr - 23:33



River & Asher
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Il n’aurait pas dû s’en mêler. Il se le disait souvent, Asher, lorsqu’il soutenait les opprimés, lorsqu’il prenait la défense des plus faibles, il s’interrogeait sur les raisons qui le poussaient à retenir les prédateurs et à sauver les proies. Peut-être qu’il avait besoin de se rattraper, quelque part, peut-être qu’il avait envie de se racheter un bon karma pour toutes les conneries qu’il avait pu faire. Il avait été plutôt sage, pourtant, n’avait jamais fait de choses qu’il aurait eues à regretter, n’avait jamais agi d’une manière qui l’aurait rendu honteux. Il avait toujours laissé son compas moral le guider, celui qu’il avait affûté avec des années d’enseignement privé et d’éducation rigoureuse, des réprimandes quand il se comportait mal, des félicitations lorsqu’il avait une attitude exemplaire. Il avait tenté de faire le bien, tenté parce que ce n’était pas toujours évident, parce que c’était dur de résister au mouvement général, parce que les gosses sont méchants et que les adultes le sont davantage. Il avait nagé à contre-courant, souvent, remonté le fleuve et fait sa propre avancée dans l’eau, centimètre après centimètre, avait souhaité être avocat en grande partie pour ça. Ç’aurait été le parcours normal, la fac et puis le barreau, pour finir par plaider pour sauver des gens, pour sauver des gosses, spécifiquement. Il s’était spécialisé en droit de l’enfance, s’était érigé en protecteur des gamins qui avaient eu moins de chances qui lui, qui n’étaient pas nés à Liverpool d’une famille bourgeoise mais qui avaient toujours grandi dans la misère. Il avait tout fait pour que des gosses comme Merle, comme ce petit prince, n’aient jamais à se soucier des conséquences de leurs actes, parce qu’ils auraient quelqu’un comme lui pour les aider à se défendre, à se justifier, à faire comprendre que s’ils avaient fait tout cela, c’était parce que la société les avait brisés, d’une certaine façon.
Il n’aurait pas dû s’en mêler, mais il l’avait pourtant fait, avec toute la bêtise qui le caractérisait, cet héroïsme à deux balles dont il se félicitait sans vraiment le dire. C’était naturel pour lui, de sauver les gens, d’être là, de ne pas être aveugle face à la détresse, normal et évident, et c’est pour cela qu’il n’avait pas relevé le remerciement adressé par le blondinet. Il n’avait que faire des merci, ils l’aideraient pas à mieux dormir la nuit, ils lui donneraient pas l’impression d’être moins seul une fois chez lui. Il n’avait que faire des merci et c’est pour cela qu’il avait tourné la tête, ignoré la remarque. Il n’avait pas envie qu’on le congratule, qu’on lui dise à quel point il était gentil et bon et altruiste, à quel point on ne méritait pas autant de mansuétude. Lui ne méritait pas cela non plus, les compliments, les roses jetées à ses pieds, il ne méritait pas qu’on l’admire et qu’on le respecte et qu’on se sente redevable de lui. Il l’avait intimidé, le gosse, à lui dire qu’il ressemblait au Petit Prince, parce qu’il contestait déjà, lui affirmait que ce n’était pas le cas. Il aurait eu de quoi sourire en d’autres circonstances, Asher, si son nez et son œil ne le faisaient pas déjà atrocement souffrir. Il allait avoir des bleus, c’était certain. C’en valait le coup pourtant, d’une certaine manière. C’en valait le coup.

« Bonne soirée », il avait répondu, avait fait mine de tourner les talons sans se préoccuper du gamin. Il s’en foutait, après tout. Bien sûr, il aurait pu l’embarquer, le mettre une nuit en cellule pour l’empêcher de vendre son corps alors qu’il était clairement mineur. Mais c’était pas son rôle de dire ce qui était bien et ce qui ne l’était pas. Il n’avait jamais été bon pour ce genre de choses, Asher, jamais été bon pour dire ce qu’il était toxique de faire et ce qui pouvait détruire, jamais bon pour empêcher les gens de faire des trucs qui pouvaient les tuer. Il mourrait, le Petit Prince, pas rapidement mais à petit feu, il mourrait comme une bougie qui s’éteint parce qu’elle a plus d’oxygène, parce qu’on lui a foutu un couvercle dessus. Il mourrait et ce ne serait pas son problème. Y avait d’autres gosses et d’autres situations et d’autres problématiques. Y avait des gens qui avaient besoin de son aide, d’autres qui la sollicitaient directement. Il avait mieux à faire qu’à s’occuper d’un enfant qui ne voulait visiblement pas qu’on l’aide. Sauf qu’il y avait un bruit parasite, un bruit de fond, celui de la voiture contre laquelle le petit blond s’était retrouvé ratatiné et puis autre chose, un autre ronronnement, plus faible, plus subtil, à quelques mètres de là. Une autre bagnole. Un autre mec louche, cigare au bec. Asher l’avait vu, avait réfléchi, s’était dit qu’après tout, le gosse pourrait bien gérer ça tout seul. Il n’était pas certain de faire le poids devant une autre brute, de pouvoir rivaliser avec une nouvelle paire de bras musclés. C’était pas son truc, la baston, pas son domaine ni sa compétence. Il était de ceux qui pensent, Asher, de ceux qui ne sortent les poings que lorsque les mots n’ont pas trouvé leur chemin. Il ne s’arrêterait pas. Il ne ferait pas demi tour. Même si la bagnole avançait. Même s’il l'avait entendue s’arrêter quelques mètres derrière lui, au niveau du gamin. Il ne s’arrêterait pas. Pourtant, ses pieds s’étaient arrêtés, bizarrement, comme s’il lui était impossible de bouger. Il avait jeté un œil par-dessus son épaule, juste le temps de voir le malabar accoster le blondinet, une espèce de sourire malsain au coin des lèvres, la perversité dans la voix alors qu’il lui demandait combien il prenait. Fais quelque chose, il avait pensé. Dis quelque chose, à l’adresse du môme. « J’étais là avant », il s’était contenté d’interrompre d’une voix forte et claire. « J’étais là avant et j’ai déjà payé pour la nuit », il avait ajouté avec un aplomb qui rendait ses mots plus crédibles que s’il avait vraiment dit la vérité. Il lui laissait une échappatoire. Il pouvait venir avec lui et être sain et sauf, ou se jeter dans la gueule du loup. Asher, lui, était un renard. Pas si mal, pour un Petit Prince.


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River Albarn
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyMar 25 Avr - 21:59

River savait qu'il était fini. Il ne savait pas ce qui mettrait le point final à sa courte vie, d'un coup de couteau ou d'une maladie, mais il était fini d'avance et personne ne pouvait rien y changer. Il n'y pensait pas, du moins il tâchait de ne pas y penser. Il préférait profiter de ses amis et du présent, du présent qui prenait tous ses sens à la fois pour lui, quand Ariel dormait dans ses bras, quand il était sur un siège passager à côté de Merle ou en train de faire la manche avec Jael, peu importe. Ces moments qu'ils lui offraient, ils lui épargnaient les pensées d'avenir et les ressassements, et ça lui convenait. Parce que River savait qu'il avait perdu, qu'il était perdu. Et s'il s'agaçait de voir le commun des mortels ignorer les mendiants et les prostitués malmenés, c'était rarement pour son propre compte. Il avait de la peine pour les Jael, les Lenny, les Ariel et les Dylan. Il avait de la peine et parfois un peu d'espoir pour eux, mais chaque regard détourné était une croix tracée sur cet espoir. C'était pour ça qu'il leur en voulait, parce qu'ils ne tendaient pas la main à ceux qui n'étaient pas encore totalement perdus. C'était pour ça qu'il avait remercié le policier, parce qu'il aurait fait la même chose pour n'importe lequel d'entre eux, parce que c'était un mec bien et qu'il n'y en avait pas assez. Il ne pouvait pas savoir qu'il avait mis sur le mauvais cheval en décidant d'aider River plutôt que Dylan. Il fut pourtant un peu déçu quand il lui dit bonsoir avant de tourner les talons. Il soupira et réprimanda intérieurement l'infime part de lui-même qui voulait encore être sauvée, celle qui ne pouvait pas s'empêcher de se demander, à de rares occasions, si ce n'était pas une lueur de compassion qu'il avait vu dans le regard d'un client, s'il n'allait pas se raviser et dire : « Merde, non, on va te sortir de là ».  Voilà à quoi il en était réduit, River, à espérer qu'un client le sauve, alors qu'il n'y avait rien de plus antithétique, alors qu'il était toujours détrompé plus ou moins violemment quand il osait s'imaginer ce genre de choses. Mais c'était rare, aujourd'hui. Il n'espérait plus vraiment River, plus avec le cœur. Pour autant, il savait qu'il ne pourrait plus se résigner à suivre un client ce soir, qu'il ne réussirait pas à jouer le jeu auquel il était devenu si talentueux. Alors il leva les yeux sur les décorations lumineuses qui éclairaient la rue de rouge et d'or, en se demandant vaguement si les larmes qui perlaient au coin de ses yeux allaient geler là — mais non, il ne faisait pas assez froid, lui souffla une voix qui ressemblait à celle de Lenny. Et puis il s'apprêta à prendre le chemin d'Historic District et de l'appartement de Peter, même s'il rentrait les mains vides et serait peut-être puni pour ça demain.

Il n'avait pas remarqué l'autre conducteur qui avait patienté à quelques pas. Les yeux dans les étoiles, il repensait déjà au policier et à sa remarque sur le Petit Prince comme à un vieux souvenir. Il avait envie de sourire et de pleurer en même temps, parce qu'il aurait aimé croire que sa fin soit la même que celle du Petit Prince, lui aussi, mais il savait qu'il n'en serait rien. Il entendit une portière claquer et sortit de son brouillard. Une seconde plus tard, un homme plus carré que le précédent l'accosta. Il se retourna aussitôt sur le policier qui était encore tout prêt. Il se dit qu'il pourrait toujours dissuader le nouveau venu en lui expliquant ce qui venait de se passer et que ce mec-là était un flic, mais il peinait à trouver ses mots. Il n'avait juste pas de force, ce soir. Il voulait rentrer, retrouver Ariel, dormir à côté de lui sans se sentir mal, sans avoir besoin de se décrasser avant, sans se sentir trop sale pour avoir le droit de le toucher. Il n'avait pas la force de faire semblant, mais pas davantage celle de lutter. Ce soir, Il était trop ce lui-même qui se laissait porter par les événements, qui ne cherchait ni à profiter de l'impulsion du courant, ni à nager contre lui. Il haussa les épaules à la dernière question de l'homme qui venait de l'aborder. « Quatre— », il commença, mais il entendit la voix qui venait de lui souhaiter une bonne soirée retentir derrière lui. Il était revenu sur ses pas pour le sauver une nouvelle fois.  « J’étais là avant. J'étais là avant et j’ai déjà payé pour la nuit. » Il ouvrit des yeux ronds, River, mais tâcha de revenir rapidement de sa surprise. « Ouais, désolé, » fit-il à l'adresse de l'autre homme, et il poursuivit son chemin comme s'il ne s'était rien passé d'anormal, comme si celui qui marchait maintenant à côté de lui n'était pas parti dans la direction opposée quelques secondes plus tôt. Il entendit un grognement derrière eux, une portière claquer à nouveau, et la voiture redémarrer. Au cas où il l'observe dans le rétroviseur, River se colla au policier et fit mine de lui prendre le bras, histoire de montrer à l'autre qu'il était bel et bien pris ce soir. Il ne dit rien jusqu'à ce que le vrombissement du moteur se soit suffisamment éloigné, et puis il s'écarta avec un sourire gêné, coincé quelque part entre la reconnaissance et un sentiment de culpabilité. Et l'état du visage du flic n'arrangeait rien à ça. « Alors... J'peux faire quelque chose pour vous ? » Pour le remercier, le dédommager, il ne savait pas trop. « Je suis pas docteur, mais je sais soigner un peu. » Dans sa famille, on n'allait pas voir les médecins pour des bobos, même lorsqu'ils étaient aussi impressionnants. Mais le flic préférerait sûrement un hôpital. Ce serait mieux, d'ailleurs. River haussa les épaules. « J'vis dans Historic District, sinon. » Si l'invitation du flic à le raccompagner tenait toujours, il n'était plus tellement contre. Il poireautait dehors depuis plus de deux heures et il était frigorifié. Il avait le nez rouge, les lèvres gercées et les larmes givrées, même si c'était impossible. Il en avait l'impression. Le stress lui avait filé des sueurs froides et ça aussi menaçait de geler jusque sous son manteau. Il n'acceptait pas l'aide du flic, pas vraiment, juste un trajet accompagné. Il ne se faisait pas d'idées, il ne s'en faisait jamais — et le pire, c'est qu'il en était convaincu.


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Asher Bloomberg
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyMer 26 Avr - 19:27



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Il avait repris sa marche comme si de rien n’était. Comme s’il ne venait pas de dire qu’il avait payé un gosse de 17 piges pour baiser avec lui, comme s’il ce n’était pas immoral, comme si ça ne le gênait pas. En réalité, ça ne le gênait vraiment pas. Il en fallait plus pour l’embarrasser, Asher. Il fallait de la tension, des larmes, des sentiments, il fallait des blessures ouvertes et des mots criés. C’était que dalle, ça. Que dalle qu’on pense qu’il se tapait des gamins, que dalle qu’on pense qu’il se tapait des mecs, de toute façon, il ne connaissait pas cet abruti avec le cigare au coin du bec, et s’il le connaissait, ce serait sûrement parce qu’il l’aurait déjà vu au poste. C’était pas le cas. Le gars était un parfait inconnu pour lui et inversement, ergo, il s’en tapait. Il avait repris sa marche et n’avait pas compris immédiatement que River l’avait rejoint. Il était discret, le gosse, pas du genre à se faire remarquer, pas du genre à parler trop fort, une mouche sur le mur, à observer ce qu’il se passe sans rien dire. Il avait parlé, pourtant, lui avait exprimé sa reconnaissance. Enfin, c’est ce qu’il pensait, Asher, parce qu’il ne savait pas vraiment lire dans les voix des gens, pas vraiment comprendre leurs intentions, pas vraiment interpréter leurs actes. Il avait déduit qu’il l’avait remercié, avait haussé les épaules en continuant de marcher, comme si c’était rien du tout. C’était rien du tout. Il avait dit trois mots et ç’avait suffi. Le malabar aurait très bien pu le prendre mal, lui sauter à la gorge, sortir un couteau de sa poche et le découper. En fait, il avait agi connement, comme il faisait les trois-quarts du temps, pour quelqu’un qu’il ne connaissait pas. C’était stupide. D’ailleurs, il avait hoché la tête pour dire non, non j’ai pas besoin d’aide et non j’veux pas de tes remerciements. Il avait pourtant calqué son pas sur celui de River, marchant désormais au même rythme. Il n’avait pas envie qu’il se sente redevable, le petit, c’était toxique d’être redevable, toxique et douloureux et inextricable. On n’arrivait jamais à rembourser la dette, il le savait trop bien. Il le savait parce que tous les gens qui l’avaient aidé jusque là étaient devenus des inconnus à qui il avait tourné le dos. Il n’ouvrait pas son cœur aux autres, Asher. Il n’ouvrait rien, pas même sa porte. Il ne voulait pas que River soit une exception, il n’avait aucune raison d’en être une. River, il faisait juste partie de cette bande de gamins paumés qui arpentaient les rues toute la nuit, de ces délinquants juvéniles qui pensaient pouvoir s’en sortir sans respecter les règles mais qu’il repêchait toujours à deux doigts de l’erreur ultime, celle qui leur coûterait leur liberté et leur avenir et, plus ou moins, leur vie.
Ils avaient tourné dans la rue où était garée la voiture d'Asher, alors que River continuait de parler tout seul, de dire qu’il habitait le quartier historique. Merde. En lui sauvant la vie, il ne pensait pas qu’il se le coltinerait peut-être (à voir s'il oserait squatter sa voiture) jusqu’à chez lui. « Moi aussi », il avait répondu, les yeux plantés devant lui, laconique. Il n’avait pas dit autre chose, parce que ce n’était pas vraiment la peine. Il ne comptait pas l’inviter ni lui payer un verre, il ne prévoyait pas de l’inviter à parler de ses problèmes au coin du feu. Et de toute façon, il n’avait pas de cheminée.

Il avait ouvert sa voiture à distance, avait attendu un peu pour voir si River se barrait. Il bougeait pas. Merde. Il avait fait un signe de tête, Asher, l'invitant à s'installer dans le véhicule. C'était la troisième fois qu'on voulait le faire grimper dans une voiture, ce soir. Il aurait eu des raisons de ne pas avoir confiance. « J'vais pas te bouffer », il avait lâché d'un ton monotone en s'installant sur le siège conducteur. Il faisait trop d'efforts pour un gosse qu'il ne connaissait pas. L'inviter à venir, faire semblant de ne pas l'ignorer, rouler en regardant droit devant, sans parler. Il avait mis le contact et il était parti, Asher, dans la rue absolument déserte. Il aurait pu mettre le pied au plancher, suffisait d'allumer le gyrophare pour pas se faire choper, mais il avait souhaité rouler doucement, profiter du calme de la nuit et, peut-être, s'assurer que River irait bien lorsqu'il lui demanderait de descendre. « T’es pas obligé », quelques mots murmurés après un trop long silence, alors qu’ils arrivaient aux abords de leur quartier. T’es pas obligé, ça regroupait plein de choses et très peu à la fois. Pas obligé de me suivre, de monter dans ma bagnole, pas obligé de me parler, pas obligé de me remercier, pas obligé de faire comme si tu me devais quelque chose. Il n’avait pas précisé, Asher. C’était mieux que River y accole ce qu’il souhaitait. Il s’était malgré tout arrêté, avait tourné la tête vers lui. Il était mignon, le gamin, c’était pas étonnant qu’il plaise, pour peu qu’on soit un malade qui aime tripoter les petits garçons. Fort heureusement pour River, c’était pas le cas d’Asher. « Rentre chez toi, je te dépose. Et essaie d’oublier ». D’oublier cette nuit horrible, d’oublier ce mec dégueulasse, d’oublier ses mains grasses et énormes posées sur toi et son regard vitreux alors qu’il te reluquait. Il avait dégluti, baissé les yeux. Il n’était pas doué pour ça, Asher. Ça. Les gamins, les putes, les gamins putes, l’ignominie de leur existence. Ils méritaient mieux, non ? Eux deux ? Ils méritaient d’être tranquilles, de faire leur vie sans que personne ne s’en mêle. Ils méritaient de pas avoir à faire un métier qu’ils n’aimaient pas, un métier qui les détruisait. Sur ce point-là, le prostitué et le flic se ressemblaient, plus qu’ils ne le pensaient. « J’serai pas loin. Si besoin ». Il avait désigné un grand bâtiment crasseux d’un geste de la main, alors qu'ils approchaient du coeur du quartier. Il savait pas pourquoi il avait dit où il habitait. Il n’avait pas envie que River le sollicite à n’importe quel moment, pas envie non plus qu’il entre dans sa vie. Il n’était pas là pour y rester. Il y était entré inopinément, pour un court instant, pour en sortir tout aussitôt. « Je m’appelle Asher », il avait murmuré en ralentissant un peu, aux aguets d'une indication de direction qu'aurait pu formuler River. « Elle est où, ta piaule ? » Et il avait tourné les yeux vers lui, sourire au coin des lèvres.
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptySam 29 Avr - 20:58

À force de vivre dans la rue ou dans des squats où sa situation était toujours précaire, où chacun ne faisait que tolérer les autres, où il s'attendait à chaque seconde à devoir déguerpir sans se retourner parce que les flics faisaient une descente ou qu'un propriétaire contrarié avait décidé de se charger lui-même des squatteurs à coups de fusil, River avait l'habitude d'être toujours sur le qui-vive. À une exception près, lorsqu'il avait vécu comme quelqu'un de normal avec un garçon normal dans un studio normal quoiqu'un peu petit pour deux, il n'avait pas vécu dans un endroit aussi confortable que l'appartement de Peter depuis qu'il était enfant. Il y avait une éternité. La caravane de ses parents, il avait parfois l'impression qu'elle était le souvenir d'une autre vie, d'un rêve, d'un film, pas de sa vie à lui. Et même de chez Peter, il savait qu'il pourrait se faire virer du jour au lendemain. Quant aux gens, il ne saurait jamais lire en eux comme dans des livres ouverts, mais il avait eu affaire à assez de mecs dangereux, il avait appris à flairer le danger. Il se foutait de savoir si le policier jouait régulièrement les héros comme il venait de le faire à deux reprises ou s'il avait eu de la chance, de savoir s'il avait de sombres secrets ou des fantasmes honteux. Tout ce qui l'intéressait, c'était de savoir s'il serait en sécurité une fois en voiture avec lui, une fois à sa merci en quelque sorte, puisqu'il aurait pu décider de l'emmener n'importe où. Chaque fois qu'il montait en voiture avec un client, il lui confiait sa vie. C'était peut-être pour ça aussi qu'elle n'avait plus vraiment de valeur à ses yeux, à force. Quoiqu'il en soit, le policier ne lui faisait pas peur. Le mec d'avant non plus ne lui avait pas fait peur, contrairement au premier. Il ne lui avait pas fait peur, le second, c'était simplement que l'altercation précédente l'avait vidé pour la soirée. Alors il était reconnaissant envers le policier de l'avoir tiré de là, puisqu'il s'était apprêté à dire oui au client malgré tout. Une fois seul en sa compagnie, il eut la même sensation qu'après le départ des autres flics avec la brute menottée, la sensation qu'il n'avait à craindre de lui, même s'il y avait quelque d'impressionnant chez lui, quelque chose de presque antipathique dans la réticence qu'il montrait à briser le silence, à l'inviter à monter dans sa voiture alors même qu'il avait sous-entendu à ses collègues qu'il le raccompagnerait. Ou peut-être que River s'était fait des idées. Malgré son expérience des gens, il lui arrivait toujours de se faire de fausses idées. Le policier finit par lui faire signe de monter, pourtant, au bout d'un moment, et River fut soulagé.

Au moins, il faisait plus chaud dans la voiture. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que le policier n'était pas très avenant. Il était difficile de savoir sur quel pied danser avec lui. River lâcha un petit rire quand il lui promit de ne pas le bouffer. C'était comme s'il se sentait obligé d'enrober même ses mots rassurants d'un peu d'aigreur, comme s'il ne voulait pas trop l'encourager. À quoi ? À l'apprécier ? Elle se trouvait quelque part par là, la fausse note, définitivement. Parce qu'il y avait forcément quelque chose de moins glacial au fond du regard qu'il gardait résolument devant lui. Parce qu'il était le même qui avait pensé au Petit Prince en posant les yeux sur une pute décolorée. River n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui clochait exactement, c'était comme contempler un puzzle dont toutes les pièces s'emboîtent parfaitement et savoir que l'une d'elle n'est pas à sa place, même si elle fait bien semblant. Il ne chercha pas à s'imposer pour autant. Il s'était creusé la tête sans succès pour un sujet de conversation qui les occupe le temps du trajet jusqu'à leur quartier, mais ils y étaient presque quand le policier lui fit : « T’es pas obligé. » À croire  qu'il avait lu dans les pensées de River. Il avait justement été en train de préparer ses excuses pour son silence, et pour les désagréments de la soirée, au passage. Il hocha simplement la tête en réponse aux mots du policier. Il n'était pas vraiment satisfait pourtant. Il commençait à se demander si le flic aurait été plus loquace avec quelqu'un d'autre lui, si peut-être il estimait qu'un gamin aussi perdu que River n'avait rien d'intéressant à lui dire. Si peut-être ses derniers mots n'avaient pas été simplement une façon détournée de lui dire de la fermer. Il lui avait suffisamment rendu service pour la soirée, après tout. Et River hésitait à nouveau. Il se mordillait la lèvre en se demandant s'il était bien plus mauvais qu'il le croyait pour comprendre les gens, ou si c'était le policier qui s'exprimait d'une façon beaucoup trop ambivalente pour lui. Mais il brisa encore le silence. « Rentre chez toi, je te dépose. Et essaie d’oublier. » Et puis il lui avait indiqué vaguement où il habitait, et il lui avait dit son nom. En général, on commençait par les présentations, mais leur rencontre n'avait pas grand-chose d'ordinaire, après tout. Et puis il avait l'habitude des clients qui se foutaient bien de connaître son nom et n'avait aucune envie de lui donner le leur, alors ça ne l'avait pas perturbé. En revanche, il était surpris par le fait qu'Asher lui ait montré son immeuble. Encore une fois, River eut l'impression que ça ne concordait pas avec ce qu'il lui avait dévoilé de lui-même jusque-là. Décontenancé par l'ambivalence du flic et ce sourire en coin, River balbutia un peu avant de lui répondre lentement. « Euh je. Moi, c'est River. » Et il prit un certain temps avant de poursuivre, parce qu'il ne voulait pas mener le policier aux portes de chez Peter, mais il n'avait pas intérêt non plus à lui laisser penser qu'il avait des raisons de vouloir lui cacher l'endroit où il vivait. River n'était pas fait pour ces calculs rapides. « Pas loin, je peux finir à pieds si... » Si ça vous dérange pas. Il se mordit la lèvre pour se faire taire. Si c'était pas suspect, ça. « Si vous voulez rentrer chez vous. » Il savait très bien qu'il venait à la fois de se montrer trop nerveux et de mettre trop longtemps à répondre à une question simple. Voilà pourquoi il avait toujours fui les flics. Il n'était pas doué pour louvoyer. « Quelqu'un vous attend ? Vous êtes marié ? Je vous ai assez monopolisé, » il acheva avec un sourire d'excuse. Et puis avec la lenteur qui lui était caractéristique, il fronça les sourcils et ses lèvres dessinèrent une grimace. Parce qu'il réalisait seulement que ce n'était pas une évidence, que quelqu'un l'attende, que peut-être il était seul et n'aimait pas être seul, comme lui, que tout ça ne le regardait pas. « Oh je. Pardon. C'est juste que, moi ça va, j'ai déjà oublié. Enfin. J'ai l'habitude, vous savez, » bafouilla-t-il dans l'espoir désespéré de ramener la conversation vers les eaux troubles qu'il avait justement cherché à éviter.


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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyDim 30 Avr - 22:23



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La voiture s’était arrêtée presque toute seule. Il ne regardait plus vraiment la route de toute façon, Asher. Y avait quelque chose qui l’avait interpellé dans le regard du petit prince, quelque chose de différent et de spécial et de stellaire, quelque chose qui hurlait comprends-moi, qui feulait de toutes ses forces contre la nuit, contre le temps, contre la vie. La voiture s’était arrêtée et il n’avait pas cherché à redémarrer. Il avait écouté le gamin parler, avait appris son nom, la douceur avec laquelle il glissait dans sa bouche. Il avait un peu peur de le répéter, Asher, avec son accent britannique que certains trouvaient rustre, avec sa voix trop éraillée et son ton trop froid. C’était pas loin, chez River, et il pouvait rentrer à pied, bien sûr. Asher se demandait un peu pourquoi il prenait autant de précautions avec lui. Après tout, il était en train de tapiner quelques minutes plus tôt. Rentrer seul chez lui ne serait clairement pas la chose la plus risquée qu’il aurait faite ce soir. Quelque part, ça l’aurait pourtant fait chier de ne pas le raccompagner, de le laisser sur place. Sa mère lui avait dit, un jour, qu’il mettait trop de cœur dans ce qu’il faisait. Il mettait trop de cœur dans tout, Asher, comme une recette de cuisine mal dosée, comme une dose d’héroïne trop forte qui ferait convulser. Il avait trop de sympathie, trop d’empathie, trop d’émotions bouleversantes malgré son masque impassible, malgré la carapace derrière laquelle il se cachait, malgré les couches de vernis qui recouvraient sa peau. Ça faisait partie de lui, de ce qu’il avait toujours été. Ça lui importait, de sauver des gens, de les connaître, de les aider. Ça lui importait mais il ne le montrait pas. Pour bien appuyer ça, il haussa d’ailleurs les épaules quand River proposa de rentrer seul. Fais ce que tu veux, il avait eu l’air de dire. C’était plus facile que de le retenir par le poignet, plus facile que de lui dire qu’il pouvait l’aider, plus facile que de prononcer tout haut son inquiétude. Elle était laide, son inquiétude, malvenue. Le masque se portait mieux. Si seulement y avait pas eu cette foutue phrase.
Quelqu’un. Marié. Il avait détourné les yeux trop vite, tourné machinalement la molette de température de la voiture au max alors qu’il n’y avait pas le contact et que, du coup, ça ne marchait pas. Il s’était maudit intérieurement, priant pour que ça ne se remarque pas. River avait enchaîné, l’air de rien, j’ai l’habitude. C’était une mauvaise habitude, donc. Une triste habitude. Personne ne devrait avoir à s’habituer à ça. A la violence, à la méchanceté, à l’ivresse contagieuse et toxique des autres. Personne ne devrait avoir à s’habituer à être touché aux mauvais endroits par des sales types, personne ne devrait avoir à faire ça pour gagner sa vie. N’importe quel sujet était mieux que celui-là, en réalité. Même celui qu’Asher redoutait.

Il avait tourné la tête vers River, d’un coup plus sérieux, plus fragile. Les bouts d’écorce du masque lui tombaient un à un sur les genoux. « Je ne suis pas marié », il avait dit, haussement d’épaule automatique appuyant ses paroles. Fallait vraiment qu’il arrête avec ce tic, c’était un truc qu’il faisait pour se donner une contenance mais il avait simplement l’air con. « En fait, avant Savannah, j’étais avocat ». Il ne savait pas pourquoi il déballait tout ça. C’était comme si sa bouche parlait sans qu’il le veuille, sans qu’il la contrôle. Foutue honnêteté. C’était trop frais, trop frais et trop douloureux. New-York, Scarlett. Le mariage raté, la dispute avec les parents. La gifle de son père qu’avait claqué contre sa joue, trop près de l’endroit où le poing de Samuel s’était écrasé. Par réflexe, il avait plissé un peu l’œil droit, celui qu’était toujours douloureux, même des semaines plus tard. C’était encore récent, putain. Il avait l’impression que ça faisait des années. Des années qu’il était fiancé, heureux, riche, des années qu’il était entouré et pas seul comme un pauvre con. Comme il l’était maintenant. « J’étais fiancé. Et je suis tombé amoureux de quelqu’un d’autre ». C’était plus simple de l’expliquer comme ça, en fait. Plus simple et moins incriminant, plus simple et moins honteux. Il n’avait pas honte de ses sentiments, Asher, il avait honte de peu de choses en réalité. Ce qui le blessait particulièrement, c’était que toute sa famille l’ait rejeté parce qu’elle le pensait homosexuel. Nul doute que s’il avait embrassé une fille au lieu de jeter son dévolu sur Samuel, la pilule serait beaucoup mieux passée.
Il avait détourné les yeux, planté une cigarette à sa bouche. Fallait qu’il arrête de fumer, il se le disait en permanence. C’était jamais le bon moment. Y avait toujours une bière à boire accompagnée d’une clope, toujours une fille à draguer en lui demandant du feu. Y avait toujours mille prétexte pour en griller une. Le stress en faisait partie. « On s’en fout », il avait soufflé en même temps que la fumée, qui l’enveloppait désormais comme une bulle protectrice. Ça le tuerait, un jour. « Je suis parti, et je n’ai plus personne qui m’attende. Donc je peux te déposer chez toi ». Il avait pas envie de s’attarder sur le sujet, pas envie d’avouer que ça lui piquait le cœur quand il pensait à sa vie d’avant. C’était simple de se complaire dans la douleur, simple de se plaindre et de gémir à tout bout de champ. Il voulait juste oublier, Asher. C’est peut-être pour ça qu’il avait reposé la tête contre le dossier de son siège et fermé les yeux, cigarette au bout des doigts et main contre le volant. Dis n’importe quoi, donne-moi n’importe quelle direction mais change de sujet, River, il pensa, alors qu’il déglutissait, nausée dans le fond de la gorge. Il était triste mais ne voulait pas le montrer, surtout pas à quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Il n’avait pas besoin de ce genre d’attention. C’était donc ça, être adulte.
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyVen 5 Mai - 11:43

Il n'était pas facile à cerner, le flic, Asher, s'était encore dit River en réalisant à quel point sa question était inappropriée. Il lui avait donné son nom, il lui avait dit où il habitait, c'étaient des choses personnelles, pas intimes non plus, mais personnelles, alors River avait continué sur la même lancée. Non, pas exactement. Sa question était de l'ordre de l'intime, pour le coup, mais il avait fait la distinction trop tard, River. L'intimité, c'était quelque chose qui le dépassait. River, il partageait sa chambre, son lit, il vendait son corps et ses lèvres, des « services » que la plupart des non-initiés considéraient sans doute comme des actes intimes, mais pas lui. Ce qui l'était, c'était ce qu'il ressentait à propos de ce qu'il faisait. Mais il était bien placé pour savoir qu'il y avait des sujets qu'il préférait garder pour lui, qu'il ne voulait même pas effleurer, son propre sentiment de solitude en était un, alors il avait encore été terriblement stupide de lâcher sa question sans réfléchir, encore, encore, toujours. Il s'en mordait les doigts, maintenant. Il s'attendait à ce que le flic lui crie dessus, qu'il le jette hors de sa voiture, parce que c'était le genre de chose qui arrivait quand il faisait ce genre de bourde avec un client, quand il ne se prenait pas un coup en guise de réponse, quand il s'en tirait assez bien. Il était relativement doué au jeu des confidences sur l'oreiller, mais il n'était pas toujours facile de savoir où se situait la limite de ce qu'il pouvait se permettre de dire, de demander, de commenter. Dans le cas du policier, il n'en avait pas la moindre idée. Il le vit détourner le regard qu'il avait pourtant rechigné à poser sur lui. Il vit son visage se fermer alors qu'il lui avait offert un demi-sourire juste avant, et River avait eu conscience du fait que c'était déjà beaucoup. Mais il avait merdé, voilà. C'était à cause de ce genre de connerie qu'il ne s'en sortirait jamais, parce qu'il s'y prenait mal avec les gens, parce qu'il était trop bête et pas assez adapté, parce qu'il n'avait aucune éducation, du moins selon les standards d'ici et de maintenant. Il pinça les lèvres en regardant Asher, la main posée sur la poignée de la portière, au cas où il faille l'ouvrir rapidement et se sauver en courant, encore.

Mais au lieu de s'énerver, Asher tourna à nouveau les yeux vers lui. Il ne souriait plus, mais il avait aussi perdu la glace dans son regard, son air un peu sévère ou agacé, ce qui avait donné l'impression à River de l'importuner. Et au lieu de lui dire de se mêler de ses affaires, ce que River aurait compris, ce à quoi il s'attendait dans le meilleur des cas, Asher parla, il se confia, presque. La tête penchée sur le côté, River l'observait, et sa main crispée sur la poignée se détendit, retomba sur son siège. Il avait l'impression qu'Asher ne lui parlait pas vraiment à lui, qu'il parlait tout seul ou à un fantôme, parce qu'il avait les yeux posés sur lui mais ils semblaient regarder à travers lui, loin quelque part dans le passé. Mais ça ne pouvait pas être un passé bien lointain, pourtant. Il n'était pas si vieux, le flic, et puis la plaie semblait encore ouverte. Il ne s'en foutait pas, c'était évident, quoiqu'il en dise. « Moi, je m'en fous pas. » C'était sorti du cœur. Parce qu'il était tombé amoureux de quelqu'un d'autre, mais ce quelqu'un d'autre ne l'attendait pas à la maison. Parce qu'il avait fini par partir. Certaines conclusions étaient faciles à tirer, même pour un esprit lent comme celui de River. Il avait perdu beaucoup, le flic, et il ne servait à rien de lui demander s'il regrettait quelque chose, c'était gravé sur son visage amoché. River eut un petit rire sarcastique et il secoua la tête. « Vous pensez que c'est vrai, qu'il vaut mieux être seul que mal accompagné ? Moi, j'suis pas toujours sûr. » Ce n'était pas son genre, le cynisme, mais c'était une question qu'il se posait souvent. Il toussota à cause de la fumée qui emplissait l'habitacle. Il avait beau respirer la fumée des autres sans arrêt, il avait dû mal à la supporter dans des endroits fermés, surtout aussi exigus. « Je peux ouvrir la fenêtre ? » Même s'il faisait froid, tant pis. Et puis : « D'accord alors, si ça vous dérange pas. C'est à trois ou quatre rues, je vais vous guider. » Il resterait le plus vague possible au moment de rentrer, il ferait semblant d'entrer dans le mauvais immeuble si la voiture s'attardait, il ne le mènerait pas à Peter et aux autres. Mais il n'avait plus tellement envie de fuir la compagnie du flic. Ce n'était pas qu'il ne voulait pas se retrouver seul, retrouver ses amis surtout, mais il n'aimait pas l'idée de laisser Asher rentrer seul chez lui, maintenant. Il imaginait ça triste, terne, morne, chez lui, et il voyait déjà le flic se servir un whisky et se vautrer dans un fauteuil miteux en fixant un point dans le vide et en ruminant son passé pénible, comme dans les films. Il méritait mieux que ça. Les yeux sur le visage du flic, River fit une moue triste sans s'en rendre compte. Il ne voulait pas le laisser filer comme ça, pas si vite. « Pourquoi vous avez changé de travail ? C'était votre vraie vocation d'être flic, du coup ? » Il avait réfléchi, pour changer, et ça ne lui semblait pas trop inapproprié comme question.
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyLun 8 Mai - 23:55



River & Asher
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La solitude, ça n’existe pas vraiment. C’est un concept très bourgeois, la solitude, quelque chose de fait pour les gens qu’ont de l’argent pour leur tenir chaud et qu’ont pas forcément besoin de chaleur humaine. Le fait est qu’Asher ne se qualifiait pas de solitaire, pas vraiment, parce qu’il était toujours très entouré lorsqu’il vivait à New-York et qu’il le serait sûrement rapidement à Savannah. Il avait ce don d’attirer vers lui des personnalités toutes plus différentes les unes que les autres, un tas de gens et de couleurs qui formaient un magma l’enrobant comme une couverture chaude, quelque chose de doux et de candide et de terriblement addictif. Il n’aimait pas la solitude parce qu’il n’aimait pas la contemplation, Asher, particulièrement en ce moment. Il avait envie de tout, sauf de réfléchir à sa vie d’avant. Mais il avait pas le choix, pas vraiment. Il avait dû trouver cet appartement pourri dans lequel il avait entassé trente ans de vie, avait dû faire une croix sur les vacances en yacht privé et les soirées mondaines dans lequel il faisait partie des gens d’en haut, ceux qu’on regarde avec l’envie de leur ressembler. Il avait dû tirer un trait sur une sacrée partie de sa vie, une partie qu’il avait très longtemps rejetée mais qui semblait viscéralement lui manquer aujourd’hui. Non, on n’est pas mieux seul que mal accompagné. Il aurait menti s’il avait acquiescé à cette phrase, menti s’il était allé dans le sens de River. C’était sans doute pour ça qu’il n’avait rien dit, Asher. Y avait trop de choses à avouer s’ils allaient sur ce terrain là, trop de choses secrètes à admettre, Samuel, Scarlett, Maxine qui lui manquait affreusement, la boule dans le creux de son ventre quand on lui demandait d’où il venait et ce qu’il foutait là. Personne n’était dupe, faut croire. Y avait pas vraiment de raisons de quitter New-York pour Savannah, à la base, même sans être citadin, même sans être snob. Y avait pas non plus beaucoup de raisons pour cesser d’être avocat et devenir flic. Il préférait pas répondre, donc, parce que c’était admettre une certaine faiblesse, faire un constat d’échec sur sa vie, sur ces derniers mois. C’était suicidaire, c’était toxique, ou ça le deviendrait s’il n’esquivait pas la question du gosse très rapidement. Vous pensez que c’est vrai ? J’pense rien, gamin, ça lui venait au bout des lèvres, ça sortait presque instinctivement, et il s’était rabattu sur la question d’après, qu’était plus simple. « Ouais », il avait lâché dans la fumée. Il avait tendance à oublier que tout le monde n’était pas fumeur, que tout le monde n’aimait pas ça. Y avait quelque chose de doux à fumer, pour lui, quelque chose de salvateur, c’était une bouée de sauvetage, c’était un bâton qui l’aidait presque à avancer. Faudrait qu’il arrête pourtant, autrement on lui annoncerait un cancer dans les années qui viennent. Il s’en foutait un peu, pas du tout, angoissait parfois à l’idée de tomber malade à cause de la cigarette. Il continuait, pourtant, comme un accro à sa drogue, comme ceux qu’il critiquait trop souvent quand il était avocat. La putain de belle époque.
A trois ou quatre rues. Il avait avancé doucement, Asher, le temps que le gamin lui indique dans quelle rue tourner. Il sentait qu’il n’avait pas totalement envie de lui dire où était son appartement, peut-être parce qu’il avait la trouille. Sauf qu’il s’en foutait. Il était plus à compter le nombre de prostitués qu’il arrêtait, il avait pas besoin d’un gosse de dix-sept ans pour faire ses stats. Le seul truc qui l’emmerdait, c’était de voir qu’un gamin qu’avait apparemment tout pour être heureux vivait de manière misérable, à se vendre pour quelques dollars, même pas de l’amour ou de la chaleur, juste du fric. Valait mieux avancer et ne pas trop y penser, valait mieux essayer d’ignorer ce qu’il lui disait, mais une fois de plus, River s’était aventuré sur un terrain un peu trop pentu, une piste complètement savonneuse. La plaie était encore béante. Il avait beau faire comme si de rien n’était, comme s’il acceptait sa situation, c’était un mensonge, un mensonge tellement gros qu’il en devenait absolument impossible à croire. On voyait qu’il mentait, qu’il cachait, qu’il esquivait, on voyait qu’il mettait des couches de peinture tellement épaisses sur son histoire qu’on parvenait à peine à voir la fresque d’origine. « C’est par où, maintenant ? » Il avait attendu que River lui indique pour tourner le volant, pour les guider en conséquence. La rue dans laquelle ils s’étaient engouffrée était assez étroite, pas très éclairée. Clairement pas le genre de coin où on a envie de s’arrêter. Il avait accéléré, doucement, histoire de passer le plus rapidement possible. Et comme il pouvait pas esquiver plus longtemps, il avait finalement répondu, sans un seul regard à son passager. « C’est pas ma vocation. C’est la vocation de personne ». Il avait pas voulu que ça semble condescendant mais ça l’avait été, malgré lui. Il le pensait au plus profond de lui, c’était la vocation de personne, devenir flic. C’était un truc qu’on faisait parce qu’il y avait eu une merde quelque part dans l’engrenage. « Ma mère est une avocate plutôt influente, et elle m'a plus ou moins blacklisté dans tous les tribunaux d’Amérique. Comme mon père est flic, il m’a trouvé une place bien loin de New-York. Histoire que j’leur fasse plus honte ». C’était pas plus explicite, tout ce que ça disait, c’était que sa mère le détestait. Mais maintenant que la boîte de Pandore était à moitié ouverte, autant terminer le boulot. « Je suis tombé amoureux de mon meilleur ami, c’était mon témoin, ça s’est su ». Il n’avait pas accordé un seul regard à River. Il n’avait pas besoin de pitié, pas besoin de compassion, pas besoin de quelqu’un qui le regarde différemment, une personne de plus au milieu de toute la foule. Il avait pas besoin qu’on le juge encore, positivement ou négativement. Pas besoin qu’on lui rappelle qu’à trente piges, il aurait pu avoir les couilles de dire je reste. « Je tourne à droite ou à gauche ? » Ils étaient arrivés au bout de la rue et il avait changé de sujet sans préambule, parce qu’il voulait pas s’attarder, parce que c’était trop tard, parce qu’il avait une douleur au milieu du cœur quand il parlait de Samuel.

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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyJeu 18 Mai - 13:56

Ouais. Ouais quoi ? Ouais, mieux vaut être seul que mal accompagné ou ouais, tu peux ouvrir la fenêtre ? Il n'était pas vraiment sûr, River, mais il n'y avait rien eu de plus alors il avait haussé les épaules et ouvert la fenêtre. Il aurait voulu qu'Asher soit d'accord avec lui. Il aurait voulu qu'il lui dise qu'il valait mieux ne pas être seul, même si ça voulait dire squatter l'appartement d'un mec louche aux motivations douteuses, même si ça voulait dire laisser des inconnus le toucher, même si ça voulait dire entretenir des relations plus ou moins saines. Il avait eu l'impression qu'il serait d'accord avec lui, le policier, pas sur le dernier point, simplement sur le fait que la solitude n'était pas une bonne chose. Il avait eu tort. Peut-être que ça lui convenait, à lui, que ça dépendait juste des gens. Même chez les gamins des squats, chez les Lost Boys, ça dépendait. Il y avait Lenny qui aurait peut-être pu mieux s'en sortir s'il ne traînait pas avec eux mais qui semblait ne pas pouvoir se passer d'eux, et puis il y avait Merle et Curly qui disparaissaient plus ou moins souvent, plus ou moins longtemps, peut-être parce qu'ils n'en pouvaient plus parfois, de leur compagnie. Mais ils revenaient. Égoïstement, River espérait qu'ils reviendraient toujours. Il avait besoin de constantes. Même quand sa tête était ailleurs, comme ça arrivait si souvent, River aimait sentir une présence près de lui, il aimait avoir quelqu'un à qui se raccrocher pour ne pas se noyer dans ses pensées, dans son passé, dans ses lendemains. Pour une raison étrange, il avait eu envie qu'Asher lui fasse sentir qu'il comprenait ça. Mais au fond, qu'est-ce que ça pouvait bien faire ? Il était sympa, il le raccompagnait, il ne l'avait pas coffré, mais ils ne se reverraient peut-être jamais. Avec un peu de chance. Il s'était renfrogné pourtant, presque vexé. « La prochaine à droite, » se contenta-t-il de répondre à sa question.

« C’est pas ma vocation. C’est la vocation de personne, » Asher avait fini par lâcher. Pour le contredire, encore. River ne se vexait pas facilement, pourtant, mais il avait l'impression de systématiquement toucher à côté avec Asher et ce n'était pas dans son habitude non plus. Ce mec était un mystère ou juste un têtu. River le regarda sans broncher cette fois, il commençait à hésiter entre l'impatience et l'amusement. Mais Asher poursuivit, et il comprit en quoi c'était vrai pour lui, au moins, que ce n'était pas une vocation. C'était une sale histoire, une mère qui se retournait comme ça contre son fils. Le sourire qui avait agité le coin des lèvres de River s'affadit aussitôt. Il se demanda ce qui avait pu se passer. Il se dit que c'était peut-être pour ça aussi, qu'il sentait une affinité entre Asher et lui malgré son esprit de contradiction assez spectaculaire. Il s'était fait trahir par sa mère, lui aussi. Et puis il lui balança le coup de grâce. Il fallut un certain temps à River pour faire le lien entre le fait qu'il était tombé amoureux de la mauvaise personne et le fait qu'il avait dû complètement changer de vie. Et tout le temps du monde ne lui aurait pas suffit pour comprendre pourquoi, au fond, ça avait été nécessaire, comment une mère pouvait agir contre son fils pour une telle raison, comment des parents pouvaient préférer perdre un enfant plutôt que de le voir évoluer hors des clous qu'ils avaient prévus pour lui. Ça n'avait aucun sens pour River. il avait fallu la mort de Creek pour décomposer sa famille, à lui. Est-ce qu'il avait suffit d'un mariage annulé pour celle d'Asher, ou était-ce sa préférence pour un homme ? Il était bien placé pour savoir que c'était tabou, River, mais ça lui semblait si dérisoire. Il resta silencieux, pas certain de ce qu'il devait dire, de ce qu'il devait faire après ce genre de confidences. Il indiqua quand même à Asher de tourner à gauche. « Ce sera au bout de la rue. » Il s'empêcha de se mordiller encore la lèvre, elle était abîmée à force, il pianota des doigts sur la portière à la place pour évacuer son malaise. Il était paumé. En l'espace d'un quart d'heure, Asher avait joué les héros, s'était fermé comme une huître, puis lui avait livré des blessures intimes. Qu'est-ce qu'il devait faire de ça ? Qu'est-ce qu'il avait le droit d'en faire ? Il l'observa dans un silence beaucoup trop tendu pendant qu'ils remontaient la rue. Ils auraient dû mettre la radio, ça aurait évité tout ça. Il regardait le jeune flic, River, et il était incapable de savoir ce qu'il voulait. C'était pourtant quelque chose qu'il maîtrisait bien, interpréter et anticiper les envies des hommes. Mais il ne savait pas si Asher préférait que River fasse celui qui n'avait rien entendu ou s'il le trouverait odieux de ne faire aucun commentaire, comme si ça ne le touchait pas, comme s'il n'avait pas de cœur. Asher était loin du parfait prince charmant, mais il l'avait quand même sauvé du dragon. River lui devait bien quelque chose, il lui devait bien de l'écouter, de lui rendre quelque chose, mais quoi ? Quand Asher ralentit, il sentit son pouls s'accélérer, parce que c'était maintenant ou jamais, s'il voulait ne pas être un gros salaud comme les parents d'Asher — parce qu'ils étaient des salauds, il avait au moins réussi à en tirer cette conclusion —, s'il voulait être quelqu'un de bien. « Mais j'comprends pas. J'sais pas, » fut tout ce qu'il réussit d'abord à articuler, un soupçon de panique dans la voix. Il n'aimait pas laisser tomber les gens bien, River, il voulait faire quelque chose, mais il ne comprenait pas, il ne savait pas, et il avait fallu qu'il ouvre la bouche et il n'avait rien trouvé de mieux à dire. « J'comprends pas. Pourquoi ils t'ont viré ? Et ton meilleur ami ? Et ta fiancée ? Pourquoi ils t'ont pas soutenu ? C'était pas ta faute, t'as pas choisi. On peut pas choisir, je le sais, j'ai essayé, j'ai essayé de tomber amoureux mais j'y arrivais pas, c'est pas possible. » Alors l'inverse devait être vrai aussi, alors on n'y pouvait rien quand on était amoureux, sans doute. Il parlait vite, vite par rapport à son habitude, comme si ça pressait, et ses mots ruisselaient avant qu'il ait eu le temps d'y penser. « Moi aussi j'suis parti, tu sais. J'suis pas parti parce que j'aimais la mauvaise personne, j'suis parti parce que je l'aimais pas, pas comme lui, et que je voulais pas lui faire de mal. Si tu t'étais marié, qui aurait été plus heureux ? Tes parents, ouais à condition de pas savoir c'que tu ressentais vraiment, mais ils peuvent pas être si égoïstes si ? C'est des parents, ils peuvent pas. » Les siens ? les siens, c'était différent. Mais peut-être que ceux d'Asher, c'était différent, il ne savait rien après tout. Il s'arrêta net et acheva juste dans un souffle : « Désolé, j'en sais rien, je sais pas de quoi je parle, pardon. » Dans son emportement, il n'avait pas remarqué qu'il s'était fait plus familier avec Asher. Il avait parlé vite, trop vite, et il avait senti de la colère s'insinuer au milieu de sa confusion, il l'avait lui-même entendue dans sa voix, mais il ne savait pas contre qui elle était dirigée sa colère, contre les parents d'Asher ou les siens, ou son beau-père ou Creek ou Brooke. Ou lui. Parce qu'il avait été lâche. Parce qu'il ne savait pas comment gérer ce qu'Asher lui avait balancé et il avait peut-être franchi les limites. Parce que ce qu'il lui avait dit, ça lui avait échappé, c'était évident maintenant, mais il le réalisait trop tard, River. Et il venait de remuer le couteau dans la plaie et il s'en voulait terriblement. Il en voulait un peu à Asher aussi de l'avoir mis dans une position pareille, mais il l'avait sauvé du dragon, il n'avait pas le droit de lui en vouloir. Il avait la main qui tremblait légèrement sur la poignée de la portière, la tête baissée, les yeux rivés sur les genoux, comme un enfant qui s'attendrait à se faire disputer.
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyLun 22 Mai - 18:25



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C’était trop récent. Trop récent pour qu’Asher ait vraiment du recul, trop récent aussi pour qu’il soit gêné par ce qui lui était arrivé. Il en parlait facilement à qui posait la question, de New-York, de Samuel, de sa mère et de son père, il en parlait facilement à qui semblait un minimum intéressé, et c’était le cas de River, ce soir. C’était le cas de River, mais les questions qui avaient suivi étaient naïves, abruptes, spontanées, les questions qui avaient suivi montraient qu’il n’était encore qu’un enfant et qu’il ne pouvait pas véritablement comprendre. C’était simple pourtant, pour quiconque vivait dans ce monde en ayant déjà aimé quelqu’un du même sexe, simple et terrible, c’était inacceptable mais pourtant admis avec le fatalisme le plus brutal qui soit. C’était simple et Asher avait tourné la tête vers River lorsqu’il avait parlé, parce que les mots ne faisaient aucun sens pour lui, parce qu’il ne comprenait pas que le gamin ait autant de mal à se mettre dans sa peau, dans celle de ses parents. Il ne les blâmait pas, Asher, les comprenait peut-être. C’était pas facile, pas facile de se retrouver face aux choix de son enfant lorsqu’on n’avait pas son mot à dire, pas facile de voir que tout ce qu’on avait anticipé pour lui partait en fumée, pas facile, impossible, et il avait un peu secoué la tête en signe de réprobation. Il s’était répété ça les soirs où il avait envie de les détester, les nuits où il ne parvenait pas à dormir parce qu’il ressassait les mêmes moments en boucles, les mêmes phrases et les mêmes histoires avec des réponses sensiblement différentes. C’était ce qu’il tentait d’assimiler violemment, ils ont raison et j’ai tort, mots prononcés en boucle, ils ont raison et j’ai tort, une affirmation, une vérité, une seule explication à toute cette histoire, ils ont raison et j’ai tort. River ne peut pas prendre son parti d’office, tout simplement parce qu’Asher est indéfendable, quand on connait toute l’histoire, parce qu’il a souffert mais qu’il a aussi fait souffrir et aussi, un peu, parce que s’il avait été plus honnête dès le départ, il n’aurait pas eu à traverser tout cela.
Il avait suivi les indications de River à la lettre, avait tourné lorsqu’il lui avait indiqué de le faire, pour arriver dans une rue quasiment déserte mais éclairée, accueillante, plus que ne l’était la ruelle dans laquelle ils s’étaient faufilés quelques secondes plus tôt. Il avait accéléré, un peu, avait levé le pied lorsqu’il lui avait indiqué que son immeuble se trouvait au bout de la rue. « Plus que toute autre personne, tu devrais savoir », il avait dit à voix basse, comme s’il s’agissait d’un secret, les yeux fixés sur la route. Il racontait parfois son histoire, Asher, mais il savait que les gens en face de lui n’avaient pas vraiment vécu de chose similaire, qu’ils n’avaient pas vraiment d’expérience comparable. Sur le terrain des cœurs brisés, y avait beaucoup de joueurs, mais très peu qui déclaraient forfait avant même de taper dans la balle. Y avait lui, y avait Sam. Y avait ce qu’ils étaient, avant, quand ils se contentaient de se traiter comme des frères, quand ils n’avaient pas encore peur de se faire traiter de pédales. « Tu devrais savoir que c’est tabou. Que les garçons ne s’épousent pas entre eux ». C’était éclipser une partie des faits, c’était mettre un voile sur les éléments plus douloureux, sur leur histoire d’amour qui avait mal tourné, sur les œillades échangées au milieu de la foule comme si personne d’autre n’existait, sur les baisers volés derrière des portes dérobées. C’était oublier le jour où les parents d’Asher les avaient découverts, où il avait dû leur dire que c’était fini avec Scarlett, où tout leur monde s’était écroulé. Le jour où il avait trahi Samuel en prétextant qu’il était le seul responsable. C’était faux, évidemment. Asher était celui qui avait tiré la sonnette d’alarme, il était celui qui avait dit je t’aime, il était celui qui avait embrassé le premier. Sam n’avait fait que suivre. Encore une piètre idée de sa part. « Je sais même pas s’ils m’en ont plus voulu parce que c’était un homme, ou parce que je refusais d’épouser la deuxième fortune de New-York et que ça a foutu notre réputation en l’air ». Les parents pouvaient être aussi cruels, contrairement à ce que je pensait River. Ils pouvaient l’être lorsqu’ils avaient passé leur vie à bâtir leur carrière, lorsqu’ils avaient pensé chaque acte de leur existence comme un lègue à leur progéniture et à la postérité, lorsqu’ils avaient souhaité de toutes leurs forces mourir riches et (si possible) très vieux. « Ils n’ont jamais voulu mon bonheur, River. C’est pas grave, je m’y suis fait, mais il n’ont jamais voulu mon bonheur, c’est une évidence ». Y avait que de la fatalité dans sa voix, que des faits clairement énoncés, pas d’émotions. C’était mieux d’expliquer les choses comme ça, de rester simpliste, de se contenter d’énoncer une séries d’actes et de paroles, de ne pas dire ce qu’il en pensait réellement. Bien sûr qu’il avait mal. Il avait trop mal d’ailleurs, tellement mal qu’il en finissait presque anesthésié, tellement mal qu’il se contentait d’attendre la suite, d’attendre ce que ses parents pourraient encore trouver pour lui ruiner la vie, d’attendre la prochaine sanction qui arriverait un jour, qui ne l’épargnerait pas. Car ce n’était pas fini, il en avait la certitude, ce n’était pas fini et ça pulsait dans ses tempes, dans son cœur. Il avait freiné devant l’immeuble indiqué par River et ç’avait continué de battre trop fort, ç’avait amplifié la migraine qu’il avait déjà, le mal de crâne permanent qui ne le lâchait jamais. « T’inquiète, ça va », il avait soufflé, avant de lui lancer un regard, le premier depuis plusieurs minutes déjà. Il avait balancé sa cigarette par la fenêtre, remonté la vitre parce qu’ils commençaient à se peler les miches. Il avait souri, trop distant par rapport à sa situation, accusant encore le coup. Faudrait attendre des mois pour qu’il en pleure vraiment. « Bonne nuit, Blondie, et essaie de faire gaffe à toi. J’serai peut-être pas toujours là ». Il avait haussé les épaules, taquin, s’était penché pour ouvrir la portière au gosse, avant de se redresser dans son siège et de l’observer. Y avait un côté paternel dans la manière qu’il a de l’observer, un côté tendre et protecteur, quelque chose qu’il dévoilait pas souvent, pas sans y être obligé. Fallait croire qu’implicitement, River l’y avait forcé, et c’était peut-être une bonne chose.

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River Albarn
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MessageSujet: Re: I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback   I need the darkness, someone please cut the lights (ashiver) - flashback EmptyVen 26 Mai - 0:05

Il avait bien senti, avant d'avoir achevé sa tirade, qu'il avait dit n'importe quoi. Il avait bien senti qu'il avait idéalisé le monde d'Asher, tout simplement parce qu'il vivait du bon côté des barreaux des prisons. Il avait oublié que tout ce qui n'était pas crasseux de sang et de sperme n'était pas nécessairement de sucre et de miel. Il cloisonnait trop les choses, River, et il oubliait. Il oubliait que ses souvenirs d'enfance étaient à moitié fantasmés, que les soirées en famille à chanter et à jouer de la guitare autour d'un feu à côté de la caravane, les discussions de ses parents et ses aînés sur la tolérance et la spiritualité, tout ça n'était qu'une facette de la vie qu'il avait menée avec eux. Elles n'étaient pas toutes aussi reluisantes. Il y avait aussi Creek qui volait des sacs à mains et qui tirait des bagnoles parce que leurs parents oubliaient de nourrir leurs gosses. Il oubliait parfois. Il oubliait que la femme jeune, belle et douce qui avait aimé son vieux père était la même qui l'avait abandonné à sa maladie, qui avait enlevé River et Brooke pour les livrer aux coups d'un junkie. Il oubliait parce qu'il en avait besoin. Il oubliait parce qu'il fallait bien que quelque part, dans ce monde, il existe des gens heureux. Sinon, à quoi pouvait-il encore rêver ?

Malgré tout il s'en voulait d'avoir parlé si naïvement, d'avoir contrarié Asher encore. Il n'aimait pas qu'on lui fasse sentir qu'il était à côté de la plaque, mais le regard d'Asher qui le fit se sentir tout petit était justifié. Il aurait voulu s'excuser encore mais ça n'aurait servi à rien, et Asher lui répondit. « Plus que toute autre personne, tu devrais savoir. » Les mots lui coupèrent le souffle comme un coup de poing dans l'estomac. Plus que toute autre personne. Toi, la pute qui en as vu tellement. River lui lança un regard d'animal blessé, hésitant encore entre mordre ou courir se terrer dans sa tanière. Il aurait pu, après tout, sortir sans rien dire et claquer la portière derrière lui. Il ne s'en rendait peut-être pas compte, Asher, mais il y avait beaucoup trop de mépris dans ses mots, trop de sous-entendus que River préférait faire semblant de ne pas comprendre. C'était exactement ce qu'il redoutait lorsqu'il parlait avec quelqu'un qui savait ce qu'il faisait pour vivre. Il ne bougea pas, pourtant. Il se contenta de soutenir son regard avec un brin de défi, les mains plus tellement tremblantes, mais crispées sur son jean un peu trop lâche.

Asher enchaîna, et River se dit qu'il aurait mieux fait de commencer par ça, de lui épargner les premiers mots. Il savait, oui, il connaissait le tabou. Il aimait prétendre qu'il n'existait pas dans le monde des gens biens, dans le monde de ceux qui vivaient d'activités légales, la tête haute, mais il ne pouvait pas en vouloir à Asher de ne pas savoir jouer à son jeu. Il hocha doucement la tête. Il en avait, des clients mariés, trois enfants, bon job, barbecue le dimanche avec les voisins, et c'était lui le tabou dans leur histoire. Il écouta attentivement Asher et son regard s'adoucit. La deuxième fortune de New York. Il n'en avait pas imaginé tant. Il n'aurait pas pu deviner qu'Asher venait de ce genre de milieu. Il ne le portait pas franchement sur lui. Mais des secrets, il y en avait partout, sans doute encore plus dans les familles de ce genre. Ça lui faisait penser à la royauté, ce genre d'histoires, où on se mariait par intérêt mais pas par amour, où le bonheur individuel importait moins que la satisfaction de la famille. Les parents d'Asher, ils étaient donc faits de cette étoffe-là. Mais eux aussi, ils rêvaient, s'ils pensaient que le monde pouvait se conformer à leur idéal, à commencer par leur fils. Il était fini, le temps des rois. River trouvait étrange d'avoir senti cette sorte d'affinité avec un homme issu d'un tel monde, l'extrême opposé de celui dans lequel il était né. C'était peut-être pour ça qu'il avait du mal à le lire, à le cerner, comme s'il y avait des millions d'interférences entre eux quand ils tentaient de communiquer. Mais il y avait quelque chose qui passait malgré la résistance, il ne l'imaginait pas, ça, c'était ce qui l'avait fait rester, c'était ce qui l'avait fait monter dans sa voiture et accepter son aide.

Le sourire qu'il lui adressa finalement était encore emprunt de tristesse, parce que Asher allait rentrer seul dans son appartement désert, parce qu'il aurait préféré ne rien dire de travers comme il l'avait fait, ne pas réveiller ses démons encore frais, mais il était plein de douceur aussi. Il lâcha un petit rire à Blondie et il l'imita, haussa les épaules : « Au pire, je sais où t'habites, je viendrai te chercher. » Il lui fit un sourire en coin et puis, la tête un peu arrière contre l'appui-tête, il reprit un air plus grave sans le quitter des yeux. « Tu sais où j'habite aussi, à peu près. T'as pas à rester seul. » Il n'était peut-être pas toujours seul, il avait peut-être des amis, River n'en savait rien, mais il lui semblait seul quand même, du genre de solitude qui n'a pas grand-chose à voir avec le fait d'être entouré. River savait trop bien qu'on peut être seul dans une pièce bondée.
Il paniqua en réalisant comment Asher risquait d'interpréter ses propos et il ajouta rapidement : « C'est pas des avances. J'racole pas. Juste. » Il haussa encore les épaules. Juste quoi ? Comme si un homme de son âge pourrait avoir envie d'une telle compagnie, si ce n'était pas pour ses talents d'amant. Il grogna en se maudissant pour sa naïveté tenace. « Juste merci. » Il n'avait rien de mieux à lui offrir, alors il se pencha vers lui pour lui donner une accolade, brève et sans équivoque. « Bonne nuit m'sieur l'agent. » Et il sortit dans l'air froid qui avait au moins l'avantage de ne pas empester le tabac.
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