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 long live the pioneers (Merle)

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Fausse Bonne Idée

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MessageSujet: long live the pioneers (Merle)   Mer 5 Avr - 20:50



Merle & Asher
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« Vol de voiture sur East River street... Quelqu’un me reçoit ? »
Asher avait jeté un bref regard sur l’autoradio avant de relever la tête, ignorant la requête du central. Son pied avait écrasé l’accélérateur alors qu’il passait devant le Jepson Center, précisément en direction du fleuve. S’il ne s’éloignait pas très vite, l’appel tomberait définitivement sur sa bagnole, sans qu’on lui demande son avis. Il connaissait le refrain, depuis plusieurs mois. A croire que Merle Brekker n’avait pour seul et unique but dans la vie que d’attirer son attention. Ça se sentait de loin, ça se flairait à pleines narines, c’était dans l’air et dans l’eau et dans tout ce qui l’entourait, cette impression que ce gamin essayait de trouver chaque jour une nouvelle manière de se faire stupidement pincer. Il n’était pas bête, Merle. Pas plus que les autres gamins qu’il arrêtait, ceux qui ne cherchaient même pas à se cacher, ceux qui se faisaient choper la main dans le sac et étaient capables de crier au complot. Peut-être aurait-ce été plus simple si Merle agissait par bêtise, pas par dessein, s’il se contentait de piquer des caisses garées dans des coins reculés de la ville que personne ne fréquentait. C’était comme s’il faisait exprès de se faire attraper, exprès que ça tombe toujours sur Asher, exprès de l’emmerder, de lui prendre son temps et son énergie comme un adolescent mal élevé qui enchaînerait les conneries juste pour qu’on le remarque. « Voiture 6, vous êtes sur place ? » C’était le signal. La géolocalisation était contre Asher, décidément. Putain de GPS. « Hm », il se contenta de répondre en pressant le bouton sur le tableau de bord, pas certain que le sergent l’entende, encore moins certain de vouloir qu’il l’entende. En vérité, Asher était fatigué, fatigué de ce boulot de merde et de ces collègues infects, du café dégueulasse et de la paperasse à remplir, fatigué des réunions incessantes où les gens parlent pour ne rien dire et fatigué, éreinté de devoir dissimuler tout ça sous des masques successifs, le flic et le fils de flic et le bourgeois et enfin l’homme. Il était crevé, Asher, de reléguer la dernière couche, sûrement la plus importante, à sa vie la plus intime, à la dernière seconde avant de se coucher et à la première en se levant. Il n’en pouvait plus de faire semblant à chaque instant, faire semblant d’être responsable et adulte et fiable alors qu’il était en sucre, un vulgaire bonbon qui fond au soleil et colle aux dents, un petit cube qu’on met dans le café et qui disparait en un claquement de doigts. « Voiture 6 ? » avait répété la voix éraillée de Peter dans l’autoradio, un ton plus fort, au cas où le conducteur de ladite voiture n’aurait rien entendu. Son pouce enfonça de nouveau le bouton, presque violemment, accompagné d’un « je m’en charge » colérique. Comme d’habitude avait-il voulu ajouter, parce que ça faisait la sixième fois en deux mois qu’il coinçait Merle et que ça allait bientôt devenir une habitude. Il viendrait tel jour à telle heure et il serait là, le gringalet, en train de prétendre que s’il traine à côté de cette Lamborghini, c’est juste parce qu’il avait envie de pisser sur la portière.

Il s’était lancé, Asher, gyrophares et sirène à fond les ballons, pied au plancher, il s’était lancé et était arrivé sur les lieux en une poignée de secondes, obligé de constater qu’il avait raison, une fois de plus. Il avait coupé les feux, rangé les pimpons, avait simplement baissé sa vitre et levé son menton en direction du gamin. « Monte », il avait juste dit, ton monocorde et sans relief, incapable de cacher l’exaspération qu’était la sienne à l’idée de s’occuper (une fois de plus) de l’une de ses conneries. Il n’avait pas cillé lorsque Merle avait claqué la porte arrière d’un geste vif, n’avait pas prononcé le moindre mot ni émit le moindre son. Il avait simplement redémarré sur les premières notes de Son of a preacher man, le regard déviant parfois sur le rétroviseur pour jauger la mine du petit, en espérant voir s’y dessiner l’once d’un minuscule remord. Il était resté silencieux pendant quelques minutes, les yeux entre la route et son passager, incapable de savoir quoi dire ou quoi faire. Il ne le comprenait pas, Merle. Il avait essayé, au début, tenté de trouver dans son dossier quelque chose qui pourrait le rendre plus attendrissant, moins désespérant. Il avait eu ce qu’il souhaitait, sans trop comprendre, lorsqu’il avait lu son prénom de naissance, lorsqu’il avait compris, lorsque l’évidence lui avait sauté aux yeux. C’était un discret, Asher. Un discret qui n’aimait pas se mêler de choses qui ne le regardaient pas. Pourtant, il ne pouvait pas faire comme s’il n’avait rien vu, comme si de rien n’était, comme s’il ne compatissait pas à ce que pouvait vivre Merle, dans toute sa folie et son insolence. Il ne pouvait plus se dire que le doigt d’honneur qu’il semblait faire au monde entier n’était que le résultat d’un délire adolescent, d’une rébellion ignorante, stupide, sauvage. Il savait qu’il en avait chié, le petit, qu’il en avait chié bien plus qu’il ne voulait le dire. Ça se lisait dans ses traits épuisés malgré son jeune âge, dans ses mots crachés pour tenter de cacher le tressaillement de sa voix. Ça se lisait dans plein de trucs dont Asher n’avait sûrement pas idée, parce qu’il ne pouvait certainement pas se mettre à sa place, même l’espace d’une seconde. « Tu peux pas continuer de faire des trucs comme ça », il avait soufflé alors qu’il s’arrêtait au feu. Il avait planté une cigarette au coin de ses lèvres avant de frotter le bout de son pouce contre la molette pour faire cracher une gerbe d'étincelles à son briquet, qu’il avait ensuite balancé négligemment sur le siège passager. Il avait aspiré une bouffé de tabac. « Tu sais que je vais devoir t’emmener au poste ». C’était un fait, il le savait. Asher avait toujours fait son boulot, et il le faisait bien. Ce n’était pas dans ses habitudes de couvrir les délinquants, aussi sympathiques soient-ils. Merle n’était pas une exception à la règle, et n’était certainement pas sympathique. Au mieux, Asher éprouvait une espèce de compassion pour lui. Un bout de pitié. Pas grand-chose de plus. « N’importe qui d’autre que moi t’aurait mis les menottes ». C’était sa manière de lui faire la leçon. Dans ces moments-là, Asher repensait à son père et à toutes les fois où il aurait pu lui botter le cul mais ne l’avait pas fait. Quand il avait planté la Porsche contre un poteau, ou quand il avait dépensé pour dix-mille dollars de cocaïne en une soirée, pour lui et des amis. Il se rappelait, aussi, ces moments où il aurait dû finir au poste mais où son statut de fils du préfet de police (comprenez, la personne la plus importante du NYPD) lui avait permis d’y échapper. Mais ce n’était pas nécessaire que Merle sache tout ça. Il n’avait pas envie de faire d’efforts, en réalité. L’exaspération avait pris le pas sur la compréhension, sur l’empathie. Il avait échappé un soupir en redémarrant, Asher, les yeux perdus sur la route, sa cigarette flanquée au coin des lèvres.
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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Mer 5 Avr - 22:39

C’est toujours le même cycle. C’est le milieu de la nuit et il a un trou dans l’estomac, quelque chose comme la galaxie au fond du bide. C’est toujours le même cercle, il se réveille et c’est le néant, quelque chose de béant et d’affreux, quelque chose qu’il veut combler, quelque chose qu’il doit combler. Il n’a pas beaucoup le choix lorsque ça arrive. Il se tourne vers Caïn ou alors il va traîner dehors, il cherche, il erre, il se terre, parce qu’il y a quelque chose qui lui brise le cœur, encore et encore, qui lui broie l’âme et qu’il est incapable d’oublier. C’est le visage de sa mère, il y a des années, et les dents serrées de son père, c’est l’été passé dans un centre pour lui apprendre à être une femme, à être hétérosexuel, à être comme ses parents voulaient qu’il soit, comme leur dieu absurde voudrait qu’il soit, c’est le visage de cette fille qu’il a embrassé caché sous ses draps, les lèvres roses et timides et audacieuses, qu’il n’a plus jamais vu après, parce qu’il avait seize ans et qu’il s’est cassé. C’est un trou noir, toujours, un vortex, dans sa cage thoracique, l’abysse entre ses côtes. Il aimerait une famille. Il aimerait une famille et ça le ronge, parce qu’il la cherche dans les gens qui le côtoie, parce qu’il tâte, parce qu’il cherche, recherche, encore et encore. C’est pour ça qu’il y a les Lost Boys, c’est pour ça qu’il reste, c’est pour ça qu’il supporte Peter, qu’il encaisse, encore et encore, pour ça qu’il a adopté Sasha et Jael et qu’il s’est laissé adopter par Caïn et par Bambi, pour ça qu’il est assis sur le capot d’une caisse qu’il a volé avec le moins de discrétion du monde en plein milieu de l’après-midi.

Il s’appelle Asher Bloomberg. C’est un nom banal, un type banal, un trois fois rien. Merle s’emmerdait, la première fois qu’il lui est tombé dessus. Il avait faim, froid, et il avait besoin d’un endroit où dormir. Il s’était fait coffrer pour ça, il s’était fait coffrer comme ça : par dépit, parce que c’était plus simple que de ravaler sa fierté, plus simple que de se dire qu’il pourrait rentrer et s’excuser, simplement, aller se blottir contre Jael et pleurer peut-être un peu, le nez dans ses cheveux et les bras autour d’elle, parce qu’elle était une partie de tout ce qu’il avait et que sans elle il se sentait perdu. Il s’appelle Asher Bloomberg. C’est un nom banal, un visage banal, un flic banal, c’est un rien, en vérité, et peut-être qu’il ne lui aurait jamais adressé un regard s’il ne l’avait pas repêché dans la rue ce jour-là, parce qu’il attendait de se faire coffrer, parce qu’il attendait d’être foutu en cellule, parce qu’il attendait rien d’autre, pas d’humanité, pas de sympathie, rien qu’un mec comme tous les autres qui l’avaient coffré avant lui : un sourire triomphant en découvrant sa carte d’identité, le petit signe marqué à côté de son genre, une remarque déplacée. Asher Bloomberg n’est pas comme ça. C’est peut-être pour cela qu’il n’est pas banal dans sa banalité, peut-être pour ça que Merle s’est fait arrêter quatre fois depuis et qu’il attend la sixième fois peut-être pour ça qu’il ne peut pas s’empêcher de revenir, encore et encore, comme une planète autour d’un soleil lointain, les yeux sur la nuque de ce flic qui le conduit au poste, encore et encore, mais qui le traite comme une personne, mais qui n’arrête jamais de le traiter en être humain.

Lorsque la voiture se gare près de lui, Merle sourit. Il ne prend pas la peine de sortir de la voiture, il ne le fait presque plus jamais, et il va prendre sa place, celle du prévenu, du condamné, assis sur la banquette arrière, sans menottes sur les poignées, la joue appuyée contre le siège de devant et le regard posé sur lui, qui ne dit rien, qui ne lâche rien, mâchoire serrée et colère rentrée. Il le déteste peut-être, Asher, peut-être qu’il en a marre, peut-être qu’il n’en peut plus, parce que Merle refuse de parler à qui que soit d’autre que lui lorsqu’il est arrêté par un autre, parce que Merle appelle, réclame, exige, et que c’est peut-être épuisant, de se retrouver avec un adolescent de vingt ans collés aux semelles, parce que c’est peut-être pas son plan de vie, sans doute pas même en fait, mais que Merle s’en fout, mais que Merle n’a aucune considération. Lorsqu’Asher s’arrête au feu rouge, il tend la main, lui effleure les cheveux, parce qu’Asher parle et que Merle a envie de rire, parce qu’il lui dit des choses qu’il sait déjà, parce qu’il sait pertinemment qu’il ne peut pas tenir comme ça, pas pour toujours, parce qu’il vieillit et qu’il grandit et qu’il ne pourra plus être un Lost Boys encore longtemps. Lorsque la voiture redémarre, il baisse la main.

« Je sais, Ash. » Il y a une familiarité calculée dans son ton, quelque chose d’affectueux, presque, de léger en tout cas, de beaucoup trop léger par rapport au sujet. « J’ai pas le choix, tu sais. » Il marque un temps, se mord la lèvre inférieure. « Enfin non, tu sais pas, tu sais rien, en fait, tu sais pas pourquoi je me fais arrêter et pourquoi à chaque fois je m’arrange toujours que ce soit toi, hein ? » C’est un échange d’informations, dans le fond, parce qu’il n’est pas sûr qu’Asher réalise, qu’il réalise vraiment qu’on le fait chanter et qu’on le tient par les couilles, qu’il vit cette vie parce que tous les chemins l’ont mené là, qu’il mène cette vie parce qu’il ne peut plus la quitter. Peter le tient, avec ses seringues, avec la testostérone, avec la famille qu’il lui a donné et qu’il pourrait lui ôter. Peter le tient parce qu’il lui permet de ne pas être seul, Peter le tient parce qu’il est comme tout ceux au pouvoir : ce qu’il offre il peut reprendre.

« Asher. » Il demande, il pousse, il enroule ses bras autour de l’appuie-tête du siège passager, cherche ses yeux dans le rétroviseur parce qu’il ne supporte pas de ne voir que le dos de sa tête, parce que ça n’a pas de sens, parce qu’il veut pouvoir le voir dans les yeux et comprendre pourquoi, pourquoi il fait une exception et pourquoi il est comme ça, pourquoi il n’est pas pieds et poings liés et pourquoi il vient le chercher, pourquoi, pourquoi, pourquoi, il l’aide, d’une façon un peu bizarre et tordue mais d’une façon quand même, pourquoi, pourquoi, pourquoi. « Pourquoi est-ce que tu ne me menottes pas ? »

Parce que c’est la question qui lui brûle les lèvres.
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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Jeu 6 Avr - 0:16



Merle & Asher
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C’était difficile, avec Merle. Pas parce qu’il était une fille avant. Ça, Asher s’en foutait. Il le voyait simplement comme un gosse paumé, et le fait d’avoir une paire de seins ou un vagin n’y changeait rien. Merle était un oisillon qui voletait sans trop savoir où se poser, qui passait juste de branche en branche parce que c’était la seule chose qu’on avait pris le temps de lui apprendre. Il ne pouvait pas se mettre à sa place, Asher, avec son enfance dorée, la Ferrari qu’il avait reçue en cadeau pour son dix-septième anniversaire, le jacuzzi dans sa chambre ou l’apparition surprise de Steven Tyler à la fête qu’on lui avait organisée pour sa remise de diplôme. Il avait tout eu, absolument tout, un appartement en plein cœur de Manhattan et une fiancée parfaite, des amis riches et aussi beaux que des stars de cinéma, de l’argent à ne plus savoir quoi en faire. La seule chose dont il avait peut-être manqué, c’était d’attention. Son père et sa mère avaient toujours été trop occupés par leurs carrières respectives pour lui accorder le temps qu’il leur réclamait pourtant. C’était que dalle, par rapport à ce que Merle avait dû traverser. Que dalle par rapport à la peur, que dalle par rapport au mal-être, que dalle par rapport au rejet. Pas étonnant que Merle ait dérivé, jusqu’à nager en eaux troubles. Il avait beau essayer, Asher, il n’était pas certain de pouvoir le repêcher. Pas quand il s’était perdu aussi loin.
Il avait senti les doigts du délinquant effleurer sa nuque, avait conséquemment refermé ses phalanges sur le volant de cuir jusqu’à ce qu’elles deviennent blanches. Il n’avait plus l’habitude des familiarités, Asher, particulièrement quand il s’agissait des gens avec qui il partageait cette voiture. Il ne voulait pas qu’on pense qu’il était hermétique aux sentiments, parce que sa peau n’était pas en plastique, parce que son âme était une éponge et qu’il buvait les émotions comme un buvard boit l’encre. Ce n’était pas évident à remarquer au premier regard parce qu’il se blindait, Asher, à force de mutisme et de mépris, il se forgeait une carapace, en refusant de regarder les gens dans les yeux et en les ignorant lorsqu’il n’était pas obligé de leur répondre. Merle avait parlé lorsque le flic avait redémarré. Il était trop causant, ce petit. Ce n’était pas fait méchamment ni maladroitement mais avec une parfaite maitrise, comme s’il savait quelles questions il devait lui poser pour obtenir exactement la réponse qu’il souhaitait. « Je me moque éperdument de la raison pour laquelle tu me harcèles, junior », il avait soufflé, le regard ailleurs, partout sauf sur Merle. Admettre qu’il crevait de curiosité de le savoir aurait été un aveu de faiblesse. Or, Asher n’était pas faible, jamais. C’était peut-être son plus gros problème, vu comme ça. « Et on a toujours le choix », il avait ajouté alors qu’il virait à gauche.

On a toujours le choix. Ce n’était pas quelque chose dont il était convaincu lorsqu’il se trouvait avec Merle, le fait qu’on ait toujours le choix. Pourtant, il le disait, presque provocateur, il le disait et n’en avait pas honte. Il avait tiré une longue bouffée de tabac avant de s’arrêter à un nouveau feu. Merle parlait toujours, parlait trop, parlait mal. Merle l’appelait par son prénom, par des surnoms, s’adressait à lui comme s’il était un pote, et c’était douloureux. Pas seulement parce que ça lui rappelait que lui aussi avait changé d’identité (même si ç’avait été moins drastique dans son cas), mais aussi parce qu’il n’aimait pas les familiarités. Pas quand il ressentait de la méfiance. La vérité, c’était qu’Asher doutait de l’honnêteté de Merle, doutait de sa bonne foi, doutait de lui. Ce n’était pas évident, du coup, de comprendre pourquoi il ne lui passait pas les menottes aux poignets. Ça allait contre sa volonté, contre son devoir, contre son instinct. Comme si une partie de lui savait que Merle ne tenterait rien de stupide comme s’enfuir ou s’en prendre à lui. « Je ne te menotte pas parce que je sais que tu ne me feras rien. Et tu peux toujours essayer de prétendre que j’ai tort. Je n’ai pas peur de toi ». Il avait légèrement tourné la tête pour planter ses yeux dans ceux du jeune-homme, juste une seconde. Il avait reposé le regard sur la route, attrapé la cigarette qui pendait à sa lippe pour faire tomber quelques cendres par la vitre ouverte. « En plus », il avait dit en plantant de nouveau la clope entre ses dents, « tu oublies que j’ai ça ». Il avait légèrement soulevé sa chemise, au niveau de la hanche, dévoilant le pommeau de son colt. Il ne s’en servirait pas et Merle devait le savoir, au fond. Asher était trop faible, trop lâche, trop altruiste, Asher était trop résolu à repêcher tous les gosses tombés dans les mailles du crime, parce que ç’aurait été trop facile de fermer les yeux sur tout ce qu’il pouvait voir et parce que, malgré lui, il aimait les défis.
« J’ai pas envie de savoir pourquoi tu fais ça », il avait soufflé au carrefour suivant, alors qu’il appuyait son avant-bras contre la portière, son coude dépassant de la vitre ouverte. Il avait eu du mal à s’habituer au climat de Savannah, à mille lieux de celui de New-York. Aujourd’hui encore, il lui arrivait de sortir en t-shirt en plein hiver, et il peinait à comprendre que des gens puissent parfois se plaindre d’avoir froid. C’était pas un endroit pour lui, définitivement pas. « Je veux juste que tu arrêtes de le faire. Ou que tu le fasses le plus loin possible de moi ». Ce n’était pas dit méchamment. Il avait gardé un ton monotone, presque froid, sans empreinte et sans âme, alors qu’il empruntait un nouveau boulevard, prenant soin de ne pas prendre directement le chemin qui menait à la station de police. « J’suis pas ton père », il avait soufflé, une phrase de vieux con par excellence mais qui trouvait une nouvelle signification dans sa bouche, parce que c’était vrai, parce qu’il n’avait pas envie d’être toujours l’adulte responsable qui répare les conneries de tous ceux qu’il rencontre. Lui, on ne lui avait pas laissé le temps d’être lui-même esquinté. Il n’avait pas eu d’épaule sur laquelle pleurer, pas eu de main à serrer dans la sienne ni de bouche à embrasser. Il n’était pas prêt à être celui-là pour les autres, celui qui console et qui comprend, celui qui rassure et qui étreint. C’était pas son job, pas sa prérogative. Et ses mots étaient peut-être crus, violents, ses mots n’étaient pas mâchés ni édulcorés, mais ils étaient sincères, aussi sincères qu’il pouvait l’être lorsqu’il lui disait on a toujours le choix. « Ecoute, je sais pas ce que tu veux, Merle, mais c’est pas en piquant des bagnoles que tu vas t’en sortir ». Il avait déglutit, sans pour autant détourner son regard de la route. Pas un seul instant il n’avait cillé, pas un seul instant il n’avait jeté un coup d’œil au gosse pour s’assurer qu’il ne lui avait pas déjà appuyé un couteau contre la carotide. Bizarrement, il avait confiance.
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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Jeu 6 Avr - 2:37

Le vrombissement de la voiture berce Merle. La voix d’Asher le fait aussi, mais d’une autre façon, d’une façon plus étrange et plus paisible, comme un long ronronnement contre lequel il se serait lové. Il apprécie Asher, parce qu’Asher a une voix basse et douce, parce qu’il est direct et plein de détours en même temps, parce qu’il dissimule quelque chose qui le fascine. Il y a quelque chose qui trame dans les ombres de ses yeux, quelque chose que Merle sent et perçoit, qui le rend hypocrite lorsqu’il lui dit qu’on a toujours le choix. Ils savent tous les deux que c’est faux. C’est faux et ça se sent, c’est palpable à l’intérieur de l’habitacle, comme une brume entre eux, un voile qu’ils ne peuvent pas franchir. Merle le franchit, pourtant, quand Asher dévoile son flingue, parce que Merle n’a pas conscience du danger, parce que Merle fonce, tête baissé, et lorsqu’il profite d’un stop pour se faufiler sur le siège avant, il sort de ses poches son couteau et son poing américain, les dépose dans la boite à gants. C’est un étrange acte de paix, en réalité, parce qu’il ne s’en débarrasse jamais, normalement, qu’il les garde dans ses poches comme des poids familiers et rassurants, une barrière entre lui et les gens, entre lui et les autres, entre lui et le danger. Ils lui ont servis plus de fois que des amis pour se défendre, bien plus de fois que les autres de boucliers et il les abandonne là, posé bien en évidence dans la boite qu’il a ouverte. Il ne devrait pas faire ça. Il les abandonne rarement, pour Caïn, bien sûr, pour Otto, souvent, pour ces gens qui peuplent sa vie et qui s’y attardent. Il n’est pas sûr qu’Asher ait envie de s’attarder mais il n’est pas sûr qu’Asher ait le choix non plus : il ne le lui a pas laissé, à partir du moment où les armes ont été déposées, pas laissé, à partir du moment où il a montré les poignets plutôt que les dents. Il envoie un message et il est certain que le flic le comprend aussi ; le flingue ne lui fait pas peur et il en a vu d’autres, des armes pressées entre ses deux yeux et des barillets fumants. Blotti dans le siège du mort, il ferme les yeux, un sourire satisfait sur les lèvres.

« Tu as raison, on a toujours le choix. » lui accorde-t-il alors qu’ils savent tout deux que c’est faux. « C’est pour ça que tu choisis de toujours te retrouver à m’arrêter, pour ça que j’ai choisi de finir à la rue, pour ça qu’on choisit tous nos drames. » L’air tranquille, il appuie son index contre ses lèvres, les yeux levés au ciel en une mimique pensive. Personne n’a toujours le choix, c’est une phrase vide, une phrase bateau, comme celles qu’il balance ensuite, comme toutes celles qu’il prononce, parce qu’il y a quelque chose qu’Asher refuse de dire, quelque chose qu’Asher refuse d’admettre et que ça intrigue Merle et que ça lui donne envie de pousser un peu plus, de creuser un peu plus, de le forcer à lui dire, à lui cracher, à lui admettre, parce qu’il meurt d’envie de savoir, qu’il est consumé par sa curiosité. « J’veux pas de père, Asher. » Il a la joue appuyée contre le siège et le regard rivé sur lui, direct et sans détour alors qu’il observe la voiture prendre un énième chemin de traverse. Il vole un peu de temps au temps lui-même, parce qu’ils savent que les minutes sont comptés, parce qu’ils savent qu’ils n’y peuvent rien, que c’est écrit, que c’est comme ça : quand la voiture arrive au poste, Merle est un prévenu et il ne dira plus rien, quand la voiture arrive au poste, Asher n’est plus qu’un flic et c’est très bien comme ça. « J’en ai déjà un, il est très loin, qu’il y reste. Y en a un autre qui pense qu’il est mon daron et je te jure que si je pouvais lui planter mon couteau dans le ventre je le ferais. » Peter. Évidemment, Peter. Peter qui pense qu’il est le patron, Peter qui pense qu’il est un sauveur, Peter qui retient ses doses de testostérones lorsqu’il lui désobéit, qui le tire et l’attire par le bout du nez. Il est beaucoup trop profond dans l’abysse pour reculer. « J’ai pas de bonnes expériences avec les figures paternelles, Ash, te lance pas là-dedans, c’est bon pour personne. C’est pas ce que j’attends de toi. »

Pas vraiment. Il attend une stabilité ou quelque chose qui s’en rapproche, il attend quelque chose sur lequel il puisse s’appuyer, quelque chose pour lui sauver la peau lorsqu’il n’a plus assez de force pour mordre, lorsqu’il n’a plus assez d’endurance pour répliquer. Sans se gêner, il tend la main, remet au début la chanson qui passe, tend le bras pour effleurer l’endroit où le flingue est dissimulé, plus curieux qu’autre chose, sans réelle volonté. Il ne va pas lui prendre. Ça n’aurait aucun intérêt, il n’a pas que ça à faire, pas que ça à risquer et il récupère ses mains rapidement, pour les coincer sous ses cuisses, le regard rivé à travers le pare-brise parce que le silence n’est pas désagréable, pas vraiment, parce qu’il se retrouve dans ce silence, parce qu’il sait qu’ils arrivent à une certaine compréhension, à une conclusion commune, à un point d’accord.

« Ça te fait chier, non ? » finit-il par dire, pour briser le silence, le front contre la vitre du côté passager. « Savannah, moi, ton boulot de merde où t’aides personne finalement. Si tu penses que t’as vraiment le choix, pourquoi t’arrêtes pas, Asher ? »

Y a forcément un carburant, forcément un truc qui le pousse, forcément quelque chose qui le fait flamber.
Merle crève d’envie de savoir quoi.

« Pourquoi tu laisses pas tes potes se charger de moi ? »

Et il sait que l’implication est palpable. Et il sait comment certains de ses collègues se chargeraient de lui. Et il sait, il sait, il sait, le poids de ce qu’il lui dit.
Dans le reflet de la vitre, il lui sourit.
Tout ça reste un jeu.
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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Jeu 6 Avr - 23:16



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Il y avait quelque chose d’habituel à la façon qu’avait eu Merle de passer sur le siège passager, de naturel et de doux, comme s’il retrouvait un vieil ami. Sauf qu’ils n’étaient pas potes, sauf qu’ils n’étaient rien. Asher n’avait pas envie qu’ils soient quoi que ce soit, en réalité, et il le disait, il ne voulait pas être son père ni son frère ni un pote. Ç’aurait pas été professionnel, ç’aurait été con même, de penser que copiner avec la racaille était une bonne idée. Ce n’était plus de l’altruisme, plus vraiment, plutôt de l’imprudence mal placée, quelque chose de trouble et gênant, quelque chose de délicat et de fragile. Merle avait posé ses fesses sur le siège passager et avait commencé à parler. Comme d’habitude, Merle parlait trop, mal, parce que Merle avait une cervelle d’oiseau et ne réfléchissait pas vraiment avant de dire ce qu’il avait sur le cœur. C’était drôle comme il prétendait ne pas avoir besoin de père, drôle comme les mots sonnaient creux et n’avaient aucun sens quand on le connaissait un peu, Merle, avec sa langue trop bien pendue et ses intentions qu’on pouvait lire dans ses yeux et dans ses gestes. C’était dingue de voir comme il manquait de crédibilité alors qu’il lui disait ne pas vouloir de père, alors que c’était précisément ce qu’il semblait rechercher à chaque fois qu’il attendait Asher près d’une bagnole fraîchement volée. « T’en aurais besoin, pourtant », il finit par lâcher, cigarette pincée entre le pouce et l’index. « D’un daron qui te mette un coup de pied au cul à chaque fois que tu fais de la merde. Tu pourrais plus t’asseoir, je suis sûr ». Il avait décoché un regard à Merle, accompagné d’un presque-sourire. Les presque, il les maîtrisait à la perfection. Le presque-intérêt quand il l’épinglait, la presque-colère quand il faisait semblant de le sermonner. Il n’avait pas envie de montrer des émotions complètes, Asher. Il avait eu trop souvent l’habitude qu’on les utilise contre lui. C’était plus simple maintenant qu’il se contentait de simulacres. Des bouts de quelque chose, des presque, juste ce qu’il fallait pour que ça satisfasse tout le monde. Merle, comme tous ceux qui n’étaient eux aussi que des presque, n’aurait pas droit à plus. Il l’avait décidé depuis longtemps.

Il crevait de chaud dans cette voiture, décidément. D’un geste brutal, il avait actionné le bouton de la clim, qui s’était mise en marche dans un toussotement et s’était éteinte tout de suite après. « Connerie de voiture de merde », il avait bougonné dans son souffle, le poing tapant rageusement contre le tableau de bord, même s’il savait pertinemment que ça ne marcherait pas mieux en faisant ça. C’était avant tout une excuse pour échapper au flot de paroles qui s’était déversé de la bouche de Merle, mais il savait qu’il n’y couperait pas, qu’il devrait lui répondre. Il ne pouvait pas prétendre l’ignorer, pas alors qu’ils partageaient le même habitacle. Peut-être pour éviter de parler trop vite, il avait serré les lèvres, Asher, avait mordu un peu sa cigarette avant d’aspirer une bouffée, regard droit devant lui. « Tu préfèrerais que ce soit mes potes qui se chargent de toi, gamin ? Vraiment ? », il avait dit, toujours aussi monocorde, distant, glacial. Il avait jeté sa clope par la fenêtre avant de rapidement rattraper le volant, parce que ça lui donnait un point d’appui, parce que ça l’empêchait de trop trembler. La vérité, c’est qu’Asher était furieux contre Merle, à cet instant, et il avait toute la peine du monde à le cacher. C’était pourtant facile pour lui, les presque, presque-énervé et presque-vexé, c’était un mécanisme rodé depuis des années, qui n’avait aucune raison de gripper. C’était étrange pour lui de sentir le rouge lui monter aux joues, étrange d’avoir soudain les yeux qui piquent et la gorge sèche, étrange et déstabilisant, et il s’était arrêté sur en double file devant un tabac, quelques mètres plus loin. Il n’avait pas prévenu Merle lorsqu’il était sorti de la voiture, ne lui avait pas dit qu’il revenait. Il était juste entré dans la petite boutique et n’en était ressorti que cinq minutes plus tard, un paquet de blondes dans la main et un magazine de science sous le bras. Il avait jeté les affaires sur la plage arrière avant de redémarrer sans dire un mot.

Il n’était pas en colère, Asher. En colère était un euphémisme dans le cas présent, en colère ne suffisait pas à résumer le sentiment qui l’étreignait à ce moment précis. « C’est quoi l’alternative, junior ? », il avait demandé alors qu’il tournait le volant pour s’engager dans une rue à sens unique. « Redevenir avocat et m’occuper de fêlés du bulbe comme toi et ta bande d’amis ? Défendre des gosses qui ont même pas le cran de tenir tête aux criminels et qui préfèrent leur bouffer dans la main ? »
Les mots étaient violents mais son ton restait serein, son débit lent, comme s’il récitait l’annuaire. Il avait appris, Asher, à ne pas craquer, à ne pas péter les plombs (et surtout pas devant des gens comme Merle, prêts à se glisser dans la moindre fêlure). Il avait appris, aussi, à appuyer là où ça pouvait faire mal. « J’arrête pas, parce qu’y a des gens comme toi en liberté et qu’il faut protéger les autres de vous ». C’était dur, pas forcément mérité, et il crut regretter ses mots, l’espace d’un instant. Il n’était pas comme ça en temps normal, Asher, pas violent ni désagréable ni cynique (pas autant, du moins), et si Merle avait retenu quelque chose de ses virées avec lui, il devait voir qu’il n’était pas dans son état normal. « J’laisse pas mes potes s’occuper de toi parce que… Putain, tu sais très bien pourquoi, Merle ». Parce qu’il était faible, parce qu’il était altruiste. Parce qu’il le détestait mais qu’il n’avait pas envie de le retrouver en sang au coin d’une ruelle, parce qu’il les avait entendus le traiter de pédale et de monstre et qu’il en avait vomi son petit-déjeuner l’instant d’après. « Tu sais quoi, va te faire foutre. Si t’es pas content, tu peux toujours te barrer, personne te retient. Quelqu’un d’autre se chargera de toi ». Et il avait reniflé, avant de tourner la tête à gauche, évitant désormais tout contact visuel avec le gosse. Il était déjà allé trop loin.

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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Dim 16 Avr - 13:34

Asher. Il y a quelque chose qui fait boum, boumboum, quelque chose qui interpelle Merle alors qu’il détaille du bout des yeux son profil, un dégueulis de mot dans la bouche alors qu’il lui assène coup sur coup parce qu’il n’a aucune pitié, parce qu’il est juste ça, un sale gosse, qui pousse et qui tire et qui pique, parce qu’il sait qu’il colle ses mains dans des plaies ouvertes et qu’il les en ressortira rouge, parce qu’il se demande jusqu’à quel point la clémence d’Asher s’étend, jusqu’à quel point sa pitié l’amène, parce qu’il se demande si cet homme-là est vraiment bon ou s’il est juste de ceux qui font semblant et rentre le soir tabasser leur femme, parce qu’il se demande si cet homme-là ressemble à son père, dans le fond, ou à Peter, ou s’il tient plutôt de Caïn ou s’il tient de personne en fait, une entité intégrale et esseulée, avec sa bagnole déglinguée et ses airs de justicier. C’est difficile à croire, parfois, mais Toots aime Asher. Il aime sa droiture dans la dégueulasserie, son sens du devoir tout pourri, il aime le fait qu’il arrête les méchants, les gens comme lui, les parias, les ratés, les ordures, il aime le fait qu’il vienne à chaque fois, il aime le fait qu’il ne le tabasse pas, peu importe la limite, peu importe son insolence, peu importe la violence et l’amertume dont il fait preuve, lorsqu’il arrête la voiture, peu importe tout. Toots aime Asher parce qu’il lui fait confiance, et les adultes à qui il fait confiance se comptent sur les doigts d’une main sacrément amputée ; évidemment, il ne lui dira jamais. C’est ses gestes, qui disent, en réalité, les armes qui heurtent le plastique dans la boîte à gants et Merle installé en tailleurs dans la voiture même pas fermée, qui patiente et qui attend parce qu’Asher est une histoire qu’il tente de démêler, parce qu’Asher est un planqué et qu’il veut le dévoiler, parce que tous ces jolis mots sont un écran de fumée, parce que toutes ces illusions ne sont que ça : de la poudre aux yeux, et que Toots le sait, et qu’Asher le sait, il en est persuadé. Tranquille, il attend.

Lorsque le flic revient, les insultes ne l’atteignent pas. C’est difficile de blesser Merle, difficile d’utiliser les mots comme du venin, difficile de les planter dans son cœur parce qu’il est verrouillé, blindé, protégé par une armure que lui a donné le temps, parce qu’il a seize ans derrière lui de haine viscérale, seize ans derrière lui de manque de soutien et de conneries balancées à la gueule, de filles embrassées à la dérobées et de camps de redressement pour une sexualité qu’on estimait déviante, parce qu’il a ça dans le dos et tellement plus d’autres trucs, parce qu’il a vingt ans aujourd’hui et qu’il en a trop bouffé, des monstres et des horreurs, des saloperies et du poison, parce que c’est ce que sont les gens, tous autant qu’ils sont, du poison pour les autres, une longue glissade vers la mort, des putains d’armes blanches dirigées vers les autres. Il admire un peu les gens comme Asher qui émoussent leurs lames, admire un peu les gens comme Jael qui replient les couteaux, parce qu’il en est incapable, hérisson roulé en boule, impénétrable et invincible et seul, seul, seul, parce que c’est plus simple que de s’ouvrir en deux et de risquer de se laisser toucher, plus simple que d’être fragile, plus simple que de risquer de ressentir quelque chose qu’il est incapable de gérer. Il ne réagit pas au fêlés du bulbe que crache Asher parce qu’il s’en fout, parce que c’est vrai, bien sûr que c’est vrai, bien sûr qu’il est dingue parce que c’est comme ça qu’on survit, parce que c’est comme ça qu’il survit, en étant plus dingue que la personne d’en face, en faisant plus peur qu’elle, en relevant le menton et en montrant plus les dents, parce que c’est la vie, parce qu’on a pas tous la même chance et les mêmes alternatives, parce que c’est quelque chose qu’Asher ne peut pas continuer de nier.

« Qui est-ce qui me protège, moi ? » lui demande-t-il, et c’est cruel, peut-être, parce qu’il cherche le regard d’Asher dans la vitre et qu’il est impitoyable. Qui est-ce qui le protège, lui, de Peter et de son petit chantage, qui est-ce qui l’aide, lui, qui est-ce qui lui a a jamais tendu la main pour le tirer de là, qui lui a déjà trouvé une solution viable, qui ? « Y a des monstres partout, Asher, et tu l’sais très bien. Tu sais que je suis pas pire que tes collègues, tu sais que j’ai p’t-être même plus de sens moral qu’eux. Tu le sais. C’est pour ça que tu te pointes, parce que t’as beau me cracher dessus, tu sais que y a personne entre les gamins des rues et les monstres. Alors j’te demande, encore une fois. » Il articule, la mâchoire serrée, beaucoup trop penché vers Asher qui boue et qui turbine, qui semble bien trop au bord du gouffre pour la conversation qu’ils ont, bien trop proche de sombrer pour que Merle ne tente pas d’appuyer un peu plus : « Qui me protégera de mes monstres à moi si je suis au sommet de la chaîne alimentaire du crime pour les gens comme toi ? »

La réponse est simple : personne. Personne ne le tirera des griffes de Peter s’il ne tire pas de voiture, personne ne l’aurait extrait des mains de ses parents s’il n’avait pas pris les choses en main. C’est sobre, simple, clair et il appuie son front contre l’épaule d’Asher pour dissimuler le sourire cruel qui lui déchire le visage. Ce n’est pas un sourire pour Asher, pas celui-là, c’est un sourire pour tous les gens qu’il déteste, pour toutes les personnes qu’il hait, pour tout ceux qui l’ont appelé monstres et pour tout ceux qui l’ont appelé poupée, pour toutes les personnes qui l’ont payé pour coucher avec lui lorsqu’il se prostituait et qui l’ont appelé elle, pour toutes les vidéos pornographiques qu’il a tourné alors qu’il était mineur et qui doivent encore circuler, pour tous les monstres qui le hantent et dont il ne pourra jamais se débarrasser, tout ce qui le ronge et qu’il essaye de terrasser.

« On a pas toujours le choix, Asher, et va falloir que tu fasses avec moi. »

Parce qu’il a planté ses ongles et qu’il ne compte pas le lâcher.
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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Dim 16 Avr - 18:44



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Merle était injuste.
Ce n’était pas évident à comprendre, à première vue, pas simple non plus à admettre de la part d’Asher, parce qu’il aimait prétendre que rien ne l’atteignait vraiment. Mais Merle était injuste, lorsqu’il sous-entendait qu’il n’y avait personne pour le protéger. Ça devait faire des mois qu’Asher répondait à chaque appel radio signalant un vol de voiture, des semaines qu’il rendait des rapports sommaires pour qu’aucune charge n’apparaisse sur le casier judiciaire du gamin. Il se démenait chaque jour pour éviter qu’il se fasse épingler, qu’il morfle, pour lui permettre d’envisager un avenir après le crime. Et Merle ne s’en apercevait même pas. Ils faisaient peur les monstres, les vrais, ceux qui menaçaient la sécurité de Merle, ceux qui l’attendaient dans le noir toutes dents sorties, ceux qui attendaient la moindre bourde pour lui tomber sur le coin de la gueule. Ils existaient les monstres, ceux dont il parlait à mi-mot, ceux qu’il évoquait en tentant d’insuffler de la culpabilité chez Asher, ceux qui étaient vraiment en haut de la chaîne du crime, ceux qui tenaient Merle et River entre leurs doigts parce que c’était facile de manipuler les gens gentils, les gens doux, les gens qui ne méritaient pas de devenir ces marionnettes sans libre arbitre mais qui se laissaient trimballer de promesse en promesse. Il aurait voulu le dire, Asher, le crier à Merle, lui dire qu’il le comprenait mieux que quiconque et qu’il était là pour l’aider, mais la vérité, c’est qu’il était fatigué de se justifier en permanence, et qu’il était plus facile de laisser les gens déverser leur haine sans rien dire plutôt que d’essayer de leur répondre. Surtout quand il s’agissait de Merle, en fait. Il était têtu, Merle. Pas dans le sens obstiné, jusqu’au-boutiste, pas dans le sens acharné qui ne lâche rien, Merle est têtu parce que lorsqu’il a une idée en tête, il n’en démord pas, comme un chien enragé qui refuserait de lâcher son os. Ce serait simple de tout dire, en réalité, simple de parler de Samuel et de Scarlett et de ses connards de parents qui menaient des jours heureux en plein centre de New-York, mais Asher ne voulait pas, ne pouvait pas repenser à tout cela. Il avait trop longtemps essayé de tirer un trait sur eux, trop longtemps essayé de refaire sa vie avec d’autres personnes, dans d’autres endroits. Implicitement, Asher s’était promis de ne pas reparler de tout cela, avec personne. Merle ne serait pas une exception à la règle.

Il l’avait donc laissé parler alors qu’il tenait fermement le volant, ne lui jetant des regards que lorsqu’il regardait son angle mort et que leurs pupilles se croisaient, furtivement. « T’es injuste avec moi », il avait fini par murmurer au bout de plusieurs longues secondes de silence, la tête bien droite. Il regretta presque instantanément d’avoir dit ça mais c’était trop tard pour faire marche arrière, trop tard pour s’excuser. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était se justifier. « Je passe mon temps à sauver ton cul, je passe mon temps à rattraper tes conneries. J’t’ai même proposé de venir chez moi si t’avais des soucis, ce que t’as jamais fait ». C’était vrai, il s’en souvenait. Il avait glissé la proposition une fois qu’il l’avait chopé à chourer une Porsche à quelques pâtés de maisons d’ici, parce qu’il avait senti qu’il en avait peut-être besoin mais qu’il ne le demanderait pas. Merle était de ceux qui prétendaient n’avoir besoin de personne, jamais, les durs à cuire comme il aimait les appeler. Merle était fort et solitaire et indépendant, Merle n’avait pas besoin de lui mais Asher lui avait dit, avait glissé dans la poche de sa chemise un mot écrit à la va-vite sur un bout de journal, son adresse, avait dit qu’il pouvait s’en servir si besoin. Il ne l’avait jamais vu sur le pas de sa porte, n’en avait jamais reparlé avec lui. Il n’en était pourtant plus à ça près, Asher, parce qu’il y avait déjà Lena et River et tous ceux qui passaient aléatoirement chez lui, au gré de leurs besoins. Il avait laissé couler, Asher, n’avait pas proposé de nouveau, persuadé que Merle refuserait de venir de toute façon. Après tout, ne pensait-il pas que tous les adultes étaient des connards ? « Je sais même pas pourquoi je me fais chier à te protéger », il avait soufflé, mâchoire serrée, alors qu’il virait dans la rue où se trouvait le poste de police. Il lui avait fallu quelques secondes pour y arriver, quelques secondes pour se garer devant le bâtiment. Quelques secondes silencieuses, pendant lesquelles aucun des deux n’avait osé parler. Finalement, Asher avait tourné la tête vers Merle, une seule question au bout des lèvres. « Qu’est-ce que tu attends de moi ? », il avait demandé, froid, austère, les mains toujours agrippées au volant. C’était rassurant, d’avoir quelque chose à quoi se raccrocher. « Tu veux savoir d’où je viens, qui je suis ? Tu veux savoir pourquoi j’ai atterri là, pourquoi j’ai un accent ? » Les questions étaient nombreuses, variées, lancées comme elles venaient, avec pour seul point d’orgue la phrase suivante, prononcée faiblement, comme si Asher n’en pouvait plus de ce jeu malsain auquel ils jouaient, tous les deux. « Pourquoi tu me demandes pas directement ? Pourquoi tu te sens obligé de me provoquer, de me dire toutes ces conneries, pourquoi tu t’attaques à l’une des seules personnes qui te veuille du bien dans cette ville ? » Il l’avait pensé peut-être trop fort et, au final, il l’avait dit.

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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Mar 2 Mai - 1:23

Il a un poids dans la poitrine à la minute même où Asher l’accuse. C’est absurde, c’est terrible, c’est con, parce qu’il l’a provoqué, parce qu’il l’a cherché, parce que c’est ce qu’il voulait. Il se sent con, Merle, parce qu’il est contradictoire, parce qu’il est jamais satisfait, con parce qu’Asher a raison, dans le fond, raison et qu’il ne peut pas le nier, raison et qu’il ne veut pas le nier. Évidemment, qu’il est injuste, évidemment, qu’il sait, quelque part, qu’Asher ne mérite pas ce dont il l’accuse, qu’Asher est sûr, de la même façon qu’un flingue chargé l’est, de la même façon que son poing américain peut l’être, bien sûr que ça a pas de sens, bien sûr que c’est mordre une des seule main amicale qu’on lui tend, évidemment. Il s’en veut, une seconde, et c’est la culpabilité qui lui perce le coeur, qui lui troue le ventre, finalement, parce qu’il y a quelque chose qui l’assassine dans la voix du flic, quelque chose d’inattendu, quelque chose d’imprévu, quelque chose qu’il est incapable de voir venir. Il se prend sa fêlure dans la gueule comme on se prend une porte, ses failles et ses faiblesses comme on se mange un mur, d’un coup d’un seul et sans hésiter, le souffle coupé, comme s’il manquait d’air, les yeux rivés sur lui, incapable de s’en détacher. Asher parler et c’est de plus en plus difficile de ne pas baisser les yeux, de rester droit et de rester ferme, parce que baisser les yeux c’est mourir, parce que baisser les yeux c’est rabaisser Asher au rang de ses parents ou de Peter, parce que baisser les yeux c’est fuir et qu’il ne peut pas lui faire ça, et qu’il ne peut pas lui infliger ça. Asher mérite mieux. Asher mérite qu’on le regarde quand il parle, qu’on affronte ce qu’on a fait, Asher l’oblige à se prendre la réalité en pleine gueule et c’est mérité, parce qu’il a trop poussé, trop tiré, peut-être, trop bousculé, et qu’il est obligé d’observer à présent les morceaux qui gisent à leurs pieds, parce c’est la chose honnête à faire et qu’il a gagné sa minute d’honnêteté, quelque part, le droit d’avoir des réponses à des questions qu’il ne pose pas, qu’il laisse en suspens ou qu’il effleure, qu’il esquive et qu’il évite, qu’il évoque sans jamais poser.

« Asher. » Il interpelle et la voiture s’arrête. Il trace des yeux le commissariat, hésite un instant, tend la main, pour l’appuyer sur son épaule, comme pour prédire un coup s’il devait partir, incapable de tout à fait faire confiance, de tout à fait lâcher prise. « J’suis injuste, oui. » C’est vrai et il ne nie pas, et il ne recule pas, parce qu’il a encaissé les mots et les boulets qu’il lui a balancé, un à un mais que c’est son tour et qu’il veut en profiter, parce qu’il a l’impression que tout va imploser, exploser, se mélanger, s’il ne parle pas, parce qu’il est pas doué et trop doué pour ça quelque part, pas doué pour parler de lui mais trop pour les pousser à bout. Ça a pas loupé avec Bloomberg, forcément, parce qu’il est trop tendre sous sa carapace dure, parce qu’il a fini par l’écorcher trop fort trop vite. « Et puis ingrat, aussi, rajoute ça à la liste de mes tares, c’est génétique, tu vois, ça doit venir de mon père ou de ma mère, va savoir, mais pas de gens bien en tout cas. J’peux pas être juste avec toi. » Ça sonne définitif et absurde et stupide et ça l’est mais le visage de Merle se tord, se crispe parce qu’il lutte pour ne pas repasser sur un autre registre, un truc plus léger, un truc moins lourd, pour ne pas lui faire péter les plombs à la place, parce qu’il veut que ça sorte, parce qu’il veut parler, passer aux aveux, se confesser, parce qu’il sait, lui, qu’Asher n’est pas comme les autres, évidemment qu’il sait que ce n’est pas le cas, parce qu’il a senti quelque chose, décelé un truc, et qu’il ne peux pas s’empêcher de penser à ça. « J’peux pas te poser la question directement non plus. Ou venir chez toi. Ou ce genre de trucs. » Il étend les jambes, arrête de le toucher, se ramasse sur lui, même, en réalité, le menton sur ses genoux et le regard rivé droit devant lui. « J’peux pas parce que ça voudrait dire te faire confiance et j’suis horrible pour ça, tu vois, les adultes à qui je fais confiance se transforment tous en monstres que tu peux pas arrêter, Asher, quoi que t’en dises. J’finis toujours tenu en laisse. »

C’est toujours pareil, encore et encore, et il a une trace d’amertume dans la voix, une trace de mélancolie qui lui noue la gorge et qui lui donne envie de pleurer. Il veut pas pleurer, pourtant, pas tout de suite, pas maintenant, pas devant ce poste miteux, pas devant Asher. Il veut pas lui faire pitié, parce qu’il y a pas une once de lui qui peut inspirer la pitié, parce qu’il refuse que ce soit le cas, parce que c’est impossible que ça se passe comme ça. Il se mord l’intérieur de la joue parce qu’il ne veux pas penser à ses parents, qu’il ne veut pas penser au reste de sa communauté, qu’il refuse de penser à Peter, parce que tout ça lui retourne le ventre, que tout ça lui écorche le coeur.

« Asher. » appelle-t-il à nouveau et sa voix est plus basse, à la limite de la supplique. « Redémarre, s’il te plaît. Je te paye une glace. » Il s’efforce de garder les yeux devant lui, s’efforce de ne pas les baisser, s’efforce de ne pas le regarder, parce qu’il craint de lire quelque chose qu’il ne pourra pas effacer, pas oublier, pas mettre de côté. « Sur le chemin, tu pourras m’expliquer comment un type comme toi s’est retrouvé là. »

Machinalement, ses doigts trouvent l’élastique de ses chaussettes, le font claquer nerveusement contre sa cheville.

« T’es trop bien pour ce commissariat, crois pas que je le sais pas. »

Et c’est aussi honnête qu’il peut se le permettre.
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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Mar 2 Mai - 20:39



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Y a les aveux de Merle qui sonnent plat, dans l’habitacle. C’est un constat d’échec, un vautrage retentissant, un gadin dantesque, une gamelle d’anthologie. C’est un coup dans les dents du Asher gentil, du Asher serviable, de celui qui recueille les petits gosses paumés sous son aile. Ce même Asher qui appelle Jael princesse et embrasse toujours le bout de son nez avant de la quitter, celui qu’a serré River contre lui trop de fois pour les compter, celui encore qu’a prêté des bouquins à Lenny qu’il ne lui a jamais rendus. Ce même foutu Asher qu’apprend aujourd’hui que ça ne sert à rien de vouloir les sauver. Parce que tous les adultes sont les mêmes, au fond, pour eux, les gosses abandonnés, violés, jetés, les gosses foutus à la rue par ceux qu’avaient le pouvoir, les gosses qui connaissent les adultes qu’au travers de relations malsaines. Il agrippe le volant, Asher. Ça l’empêche de pas vacille, de pas tomber, ça lui permet de rester droit et de pas s’affaler dessus. Contrairement à Merle qui, lui, s’est ratatiné sur son siège, le menton sur ses genoux. Il lui en veut pas. Comment il pourrait lui en vouloir ? On n’arrive à donner que ce qu’on a reçu, non ? Il a jamais eu grand-chose Merle, hein ? C’est quoi sa famille, au juste ? Des gens qui l’ont rejeté, l’ont obligé à se tourner vers des solutions alternatives pour que la vie paraisse moins grise, des gens qui l’ont laissé se barrer dans un appartement bourré de gamins abandonnés, payé par un adulte douteux dont Asher ne connaissait quasiment rien, d’ailleurs. « Merle », il essaye une fois, pour lui couper la parole, l’empêcher d’en rajouter. Il a déjà eu suffisamment de couches pour un bon ravalement de façade, en fait. Il continue, Merle. Toujours tenu en laisse, qu’il dit. Comme s’il était un putain de clébard. Il passe une main à la bordure de ses yeux, Asher, pour pas laisser couler la larme qui menace de s’écraser sur ses cuisses. Il a pas envie que Merle le voit être faible, prendre les choses à cœur. C’est plus facile lorsque ce sont les mots qui deviennent venin ; s’il pleure, il laisse une porte ouverte sur son âme. Et Merle n’a clairement pas envie de la pousser, hein. Il risquerait d’être comme tous ces adultes qui le malmènent, ceux qui le tiennent en laisse comme il dit. Ceux qui le sous-estiment, le prennent pour un moins que rien, ceux qui le dévisagent et l’insultent à longueur de temps. Les collègues d’Asher mais tellement d’autres. Il pourrait pas les arrêter, d’après Merle. C’est pas parce qu’il ne pourrait pas qu’il ne faudrait pas qu’il essaye. Au moins pour se dire qu’il n’est pas resté les bras croisés, qu’il n’a pas attendu que le temps passe sans rien faire. Il voudrait lui dire, mais les mots s’arrêtent au bord de ses lèvres. Y a les larmes qui pointent encore, nouveau geste bref, du bout des doigts. Ses cernes doivent être rouges, maintenant.
Quand Merle lui demande de redémarrer, il hésite un instant. Il aime pas plaquer une discussion en plein milieu, il aime pas laisser les choses en suspens. C’est un problème qui lui tient aux tripes, à Asher, le souhait d’avoir le dernier mot, de crever l’abcès, de ne pas laisser les choses s’envenimer. Ça lui avait tellement bien réussi avec Samuel, après tout, de faire exploser la bombe, d’avouer ses sentiments à Scarlett, de se faire répudier et de dégager jusqu’à Savannah. Et puis merde.

Il réfléchit pas lorsqu’il actionne le gyrophare et appuie de toutes ses forces sur l’accélérateur. La bagnole redémarre aussi sec, laissant une trace filante derrière eux. Les voitures, elles, l’évitent soigneusement, prenant soin de s’écarter sur leur passage. Il sait pas où il va, Asher, mais il fonce, et c’est tout aussi brusquement qu’il s’arrête à deux pas d’un glacier à la devanture alléchante. « Tiens », il dit à Merle en lui collant un billet de dix dollars dans la main. Ça coûte peut-être moins cher, plus cher, il en sait rien. « J’veux pas que tu payes, Merle. T’as pas assez de fric pour ça. Moi non plus mais c’est moins grave », il s’empresse d’ajouter, parce que ça se voit qu’il ne roule pas sur l’or mais qu’il n’en a pas grand-chose à faire. Fut un temps, ça l’aurait totalement démoli, de ne plus avoir un sou, d’être misérable comme il l’est actuellement. « Pistache pour moi ». Il ajoute ces mots sans un regard à Merle, perdu dans le vague, les yeux droit devant lui. Il aimerait en dire plus, mais les mots veulent pas se frayer un chemin au-delà de sa glotte. Il aimerait lui dire qu’il est désolé pour ce qu’il lui arrive, désolé qu’il en arrive à voler des voitures, désolé qu’il ait l’air aussi paumé et mal et désespérément seul. « Merle », il l’arrête alors qu’il s’apprête à sortir de la voiture. Les mots tournent dans sa bouche, enrobent sa langue, viennent pas dans le bon ordre alors qu’il va pour parler de nouveau. Il souffle, exaspéré. « Non, rien, va chercher ces foutues glaces ». Il s’appuie contre la vitre alors que la porte passager claque. Putain, il se sent nul, Asher. Il se sent inutile et seul et con, et incapable de faire quelque chose de bien pour une poignée de gamins. Il sert à quoi, du coup ? A dire à Jael qu’elle est la plus belle, à rassurer River sur sa place sur terre, à flatter l’égo de Lenny ? C’est quoi son rôle ? Être juste là en appui, en renfort, celui qui rassure mais qu’a pas vraiment d’autre vocation ? Est-ce que c’est imbu de lui-même de penser, l’espace d’un court instant, qu’il pourrait prétendre à davantage ? Il a pas le temps de réfléchir, Asher, Merle est déjà remonté dans la voiture et lui tend la glace. Il l’attrape, y appuie le bout des lèvres. Un putain de délice. « Merle », il recommence, sa langue cherchant à chasser le sucre qui constelle maintenant ses lèvres. « C’est utile, ce que je fais ? » La question est honnête, sincère, simple, n’appelle pas de réponse complexe, de fioritures. Il tourne les yeux vers lui, pose sa tête contre l’accoudoir. « Te sauver la mise, réconforter River, aimer Jael. C’est utile ? Parce que t’as raison, les adultes sont des pourris, et j’en fais quand même partie. Alors, c’est utile, ou je devrais juste vous foutre la paix ? » Et malgré le ton froid, malgré la distance, malgré la glace qui se réchauffe dans sa main, les larmes poussent de nouveau au coin de ses yeux.
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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Mer 3 Mai - 1:55

Il a envie de pleurer, Merle, quand il entend Asher qui essaye de l’interrompre, parce que c’est déjà trop dur, déjà trop compliqué, mais qu’il sait qu’il pourra pas aller au bout s’il dit pas tout, s’il livre pas tout, parce qu’il est toujours sur la réserve, toujours sur la défensive, parce qu’il essaye d’offrir un bout d’autre chose à Asher mais que c’est trop compliqué, trop dur, qu’il est incapable de continuer s’il en vient à s’arrêter, comme une vieille caisse qu’a trop roulé et qui démarre qu’en pente mais dont on serait pas capable de se débarrasser, parce qu’elle est là, qu’elle a toujours été là, et que c’est ce qu’il s’efforce d’être : présent, à sa façon, vivant, autant que possible, parce que c’est la dernière chose qui lui reste lorsque tout est parti. Il a envie d’hurler à Asher de le laisser parler mais sa gorge est nouée et la voiture démarre et l’instant est passé, comme tant d’autres avant, parce que la sirène joue les bruits de fond et qu’il ne sait pas où regarder, quoi regarder, comment se dépêtrer de la situation inconfortable qu’il a causé. Il sait que ce n’est pas possible, parce que les êtres humains se fissurent et ne se réparent pas, parce qu’il ne peut pas lui coller des pansements partout sur la gueule et espérer guérir toutes les failles qu’il a causé. Il aimerait bien, pourtant, coller un pansement sur la tronche d’Asher pour toutes les fois où il l’a récupéré, en coller des tas sur le reste de son corps pour toutes les fois où il l’avait heurté, un pansement par mots, par phrases, par bouts d’idées, partout, comme pour compenser le fait qu’il l’avait trop secoué. Il aimerait bien. Il sait que ce n’est pas possible et c’est peut-être pour cela qu’il est aussi docile, au final, les doigts crispés sur le billets de dix dollars et les yeux rivés sur lui, pour cela qu’il s’arrête, quand sa voix épelle son prénom dans son dos, pour cela qu’il s’en va lorsqu’il lui dit d’y aller, sans hésiter, sans poser de questions, parce qu’il a beau lui dire qu’il ne lui fait pas confiance, il ne peut pas s’empêcher de penser que c’est déjà fichu, foutu, ruiné, parce qu’Asher a déjà pris trop de place quelque part dans son cœur, beaucoup trop de place dans sa routine, une place infinie et incalculable dans sa vie. Il ne sait pas l’exprimer, parce que c’est trop de mots et qu’il se sent à nu, parce que ça revient à lui dire « Je suis comme ça, sans armure, s’il te plait ne me fait pas de mal » et prier pour le mieux, parce qu’il sait comment est Asher, qu’il l’a soupesé, jaugé, jugé, qu’il sait qu’il n’en fera rien, parce qu’il aurait eu l’occasion, plus d’une fois, et qu’il ne l’avait pas fait, mais que c’est difficile à avaler, difficile à admettre, difficile à affronter. Il est en mode mécanique, Merle, à ce moment-là, quand il fouille dans sa poche plutôt que d’utiliser les billets pour payer les glaces, ne réfléchit pas, lorsqu’il revient à la voiture, prêt à lui rendre son argent, se stoppe net lorsque finalement Asher ne lui laisse pas le temps et parle.

C’est plus que des failles, en réalité, se dit-il, de la glace au citron plein la bouche. Ce sont des gouffres, ce sont des précipices et il crève d’envie de bouger, encore et encore et de le prendre dans ses bras, pour l’étouffer et lui dire que ça ira, qu’on a besoin de plus de gens comme lui dans le monde, de beaucoup plus d’Asher et de beaucoup moins de Peter, de beaucoup plus de mecs qui se soucient des Toots et des River et des Jael, de tous les gamins paumés qu’ont plus foi en rien mais qui ont besoin de quelqu’un. Jael. Le prénom le fait tiquer, le verbe qu’il y accole aussi, parce que tout s’encastre et que tout explose, parce que quelqu’un connaît Jael, parce que quelqu’un aime Jael et que ce quelqu’un c’est Asher entre tout autre personne, et il ouvre la bouche, secoué, collé sur son siège par un poids bien trop lourd, comme au bord de manquer d’air. Il ne sait pas ce qu’il ressent. Il ne sait pas ce qu’il ressent parce que tout se bouscule, les mots d’Asher et les larmes qu’il observe et Jaeljaeljael comme un mot magique qui le déverrouille, qui fait tomber l’armure qu’il serrait maladroitement, fait choir tout ce qu’il tenait entre eux, parce que c’est Jaeljaeljael et qu’elle occupe une trop grosse partie de son cœur pour qu’il puisse ignorer, parce que c’est un signe, quelque chose comme ça, parce que Toots avait sans doute besoin de ça. Peut-être que c’est pour cela qu’il s’effrite un peu, qu’il s’émiette un peu, se laisse aller, pour tirer Asher vers lui d’une main et l’étreindre, fort, beaucoup trop fort, même si ça doit ruiner sa glace ou ses vêtements, même si ça doit le faire fondre en larmes, même si ça doit le tanner, ou l’énerver, parce qu’il n’arrête pas de faire face et volte-face, de bouger, de sauter, d’esquiver, incapable de s’arrêter et de se poser, incapable de faire pause, même une seconde, même le temps d’un battement de cil.

« T’es con, putain, Asher. » Et il a la voix rauque et étranglée et le goût du citron dans la bouche et l’air buté, et borné, parce qu’il pensait pas avoir ce genre de conversation ici. « D’où tu connais Jael, putain, et puis t’es con, tu fais chier, comment ça tu sers à rien, putain, évidemment que tu sers, comment tu veux qu’on continue à espérer, si y a pas des gens comme toi quelque part dans le monde, tu fais chier putain, j’voulais pas. » Il le lâche, juste le temps de coller ses mains sur son visage, juste le temps d’essuyer les larmes qui ont coulé et celles qui menacent, et peu importent ses doigts collants et la glace qui commence à fondre, peu importe le reste, peu importe les gens autour. « Je voulais pas te faire de peine, okay ? Je suis désolé mais tu fais chier aussi, t’es trop bien, je sais pas quoi faire avec toi, je m’attends toujours à être déçu et puis tu reviens et t’es putain d’honnête et de droit et t’es pas comme Peter, pas comme mes parents et j’ai trop la trouille, Asher, parce que si tu me faisais mal, je finirais en ruine. Tu peux pas nous foutre la paix, on a besoin de toi, même si on est ingrat et qu’on te le montre pas, parce que t’es un putain de phare dans la nuit et qu’tu l’sais même pas. »

Et c’est un dégueulis, un putain de vomi verbal et il colle son front contre son épaule pour reprendre son souffle, arrêter de parler, faire une pause.

« Pourquoi tu connais Jael, putain, Asher, comment tu veux que je m’éloigne si tu connais Jael. »

Et il aimerait qu’il réponde au moins à ça, pour relier tous les points, pour tracer tous les traits.
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Fausse Bonne Idée

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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Jeu 4 Mai - 22:37



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Elle a ce truc, Jael, ce truc qui fait que même quand elle n’est pas là, elle bouleverse tout, parce que c’est un ouragan, une tornade, une tempête incontrôlable, parce que c’est un trésor d’innocence et de douceur, parce que c’est encore un bébé, quelque part, et que les bébés, ça émeut toujours tout le monde. Elle a ce truc, Jael, qui fait qu’Asher ne comprend pas bien ce qu’il lui arrive. Y a Merle qui l’attrape, l’attire dans ses bras, « putain, Merle » il grogne pour toute réponse, parce que ça ne lui ressemblerait pas de montrer qu’il est ému là maintenant, de montrer qu’il y a quelques larmes qui roulent sur ses joues et qu’il ne peut pas vraiment les stopper. Il a pas dit ça pour que Merle s’apitoie. Il a dit ça parce qu’il le pense sincèrement, honnêtement, parce qu’il finit par croire que tout ce qu’il fait est assez illusoire, assez naïf, assez stupide, parce que les gamins ne vont jamais mieux, que le monde tourne toujours, que tout le monde s’en fout. Les matins se succèdent et c’est la même merde, le même ciel gris et les mêmes ennuis, Merle qui pique des bagnoles pour attirer son attention, River qui se prostitue, Jael qui fait Dieu sait quoi, parce qu’elle ne lui en parle jamais. Elle évite le sujet, savamment, ne parle pas en termes trop précis, sûrement parce qu’elle sait qu’Asher pèterait un câble s’il savait ce qui se trame réellement quand il a le dos tourné. Merle a beau lui dire qu’il est utile, qu’ils ont besoin de lui, c’est pas si évident à première vue. En fait, il a l’impression qu’ils s’attirent parfois des ennuis juste pour se faire choper par lui. Un genre de relation perverse, proie/prédateur, mais il est pas méchant, heureusement, parce que d’autres en profiteraient à coup sûr. Il a pas envie, Asher. Pas envie de détruire ces gosses plus qu’ils ne le sont, pas envie d’être juste un flic, quelqu’un qui est là pour punir, un énième daron qui les laissera un jour sur le carreau. Quand il retournera à New-York, par exemple. Il finira par devenir l’une de ces personnes qu’il critique trop souvent, celles qui les abandonnent à chaque putain de fois. « Arrête », il murmure dans le cou de Merle, sa main qui tient la glace toujours éloignée, par mesure de précaution. Il voudrait éviter d’en foutre partout, et il parle du sorbet et des sentiments si vous n’aviez pas compris. Arrête, il dit, et Merle ne l’écoute pas. Il n’a pas l’habitude d’être attentif à ce qu’il lui dit, Merle, le petit oiseau qui vole trop haut, qu’a la tête dans les nuages. Il l’écoute pas, il recule et colle ses doigts poisseux sur ses joues, le fait grimacer par la même occasion. Il n’a pas l’habitude des contacts physiques, Asher, c’est pas vraiment son truc, ça doit faire des mois, des années qu’il a pas serré quelqu’un contre lui en ayant des sentiments plein le cœur.
Il attrape sa main quand il a fini sa litanie, c’est bizarre d’ailleurs, et pas parce qu’elle colle à cause du sucre. C’est bizarre parce qu’il n’avait jamais touché Merle avant, n’y avait jamais réfléchi, s’était contenté de l’amener au poste et de le foutre dans une cellule. Comme s’il avait peur de se brûler la peau au contact d’un délinquant. Maintenant, il n’était plus à ça près. Y avait eu les larmes, les confessions, y avait eu les mots du gamin qui l’avaient touché plus qu’il ne l’avait voulu. Il serre doucement la main de Merle, l’écoute une dernière fois. Il pourra pas y couper maintenant, il va devoir vomir les révélations par paquet de douze, les sortir une à une, méticuleusement. Pas toutes, il est pas obligé. D’autant qu’il ignore ce que Merle sait ou non sur Jael, et qu’il ne voudrait pas en dire trop. « Je l’ai connue y a dix ans ». C’est dit tout bas, comme s’il avait jamais osé prononcer ça à voix haute. Dix ans, ça semble putain de long. Dix ans depuis le procès, dix ans depuis le tribunal, le départ de la gamine, la première lettre reçu et les tonnes qui suivirent, les cadeaux et les visites surprise. C’est long, dix ans, c’est long et très court, elle a trop grandi et trop vite. Dix ans ça passe, ça file, ça vole, ça surprend quand la gamine se retrouve enfin dans la même ville et qu’elle a changé, qu’elle a muri, qu’elle est toujours aussi fragile pourtant, comme un poussin au sortir de l’œuf. Y a ce besoin de la protéger, de faire en sorte qu’il ne lui arrive rien, comme si c’était possible. Elle connaît Merle, c’est déjà une preuve qu’elle n’est pas forcément en sécurité. Quoique, ça pourrait être pire, il a l’air de tenir à elle. « Je la considère comme ma sœur », il poursuit, des airs de menace dans la voix, mais il tient toujours les doigts de Merle dans les siens, joue avec eux. Y a pas de méchanceté dans Asher, juste un cœur trop gros et juste un bonhomme trop stupide qui pense qu’il peut sauver les autres d’eux-mêmes. « Et toi hein, James Dean ? », il demande. C’est vrai, ça. Il n’a pas dit non plus comment il la connaissait, il n’a rien révélé. C’est pas comme s’il avait une raison de lui faire confiance. Envers et contre tout, Asher reste un flic, un adulte, il reste une autorité sous sa forme la plus binaire, celui à qui on doit obéir quoiqu’il en soit. « Tu la connais comment ? » Il a un peu peur de la réponse. Il voit pas comment Merle a pu la connaître autrement que dans la rue, autrement que dans une situation bien trop pourrave, autrement que les mains dans la merde. Elle refuse l’aide, Jael, il a trop souvent essayé. Il a trop souvent tenté d’appuyer sur certains boutons, de tirer une sonnette d’alarme imaginaire, de l’alerter, de lui faire comprendre qu’il était inquiet. Il a trop souvent voulu la protéger d’elle-même et des autres sans qu’elle l’accepte. « Je veux dire… Je suis content qu’elle ait quelqu’un comme toi dans sa vie ». C’est sincère, sincère et touchant, et il tripote machinalement les doigts de Merle en gardant les yeux rivés dessus, comme s’il avait peur de les relever et de lire un trop-plein l’honnêteté dans ses grands yeux clairs.

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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Lun 15 Mai - 5:30

C’est étrange comme le prénom de Jael déverouille des portes, comme il fait sauter ses loquets de sécurité, met au banc sa méfiance, c’est étrange comme ça lui fait du bien, parce qu’il était terrorisé et que la peur est parti, parce qu’Asher connaît Jael et que tout était écrit. Il aime pas cette histoire de Destin, normalement. Il trouve ça con, ça l’exaspère, il aime pas pensé que Dieu a un plan ou toutes ces conneries parce qu’on les lui a dites, encore et encore, mais que personne a accepté de penser que le plan de Dieu c’était ce qu’il est devenu, mais que tout le monde a décidé qu’apparemment Dieu pouvait se planter ou une connerie comme ça, que visiblement sa toute puissance était à deux vitesses et incluait pas les trans. Non, Merle aime pas le Destin. La plupart du temps, il l’emmerde, lui fait des doigts, cavale dans l’autre sens pour être jamais là où on l’attend. Il aime bien ça, dans le fond, surprendre, faire du contresens, rouler à toute berzingue dans une direction inconnue et imprévue. C’est un peu ce qui se passe là, parce qu’il a Asher dans les bras et qu’il n’a pas peur, parce qu’il lui fait confiance et que ça ne l’effraie pas, parce qu’il a l’impression, pour la première fois depuis des lustres, que ça va, au moins un tout petit peu, que ça va même bien et ça lui arrache un sourire encore un peu mouillé par les larmes. Il sursaute pas, lorsque la main du flic trouve la sienne, ne frémit même pas, captivé par le contact, le cœur un peu battant, l’air un peu incertain. Il devrait, pourtant, refuser, se débattre, nier, mais il a pas envie, parce que la main d’Asher est chaude et qu’il se sent bien, parce que le contact humain ne devrait pas lui paraître si étrange après qu’il l’ait serré si fort dans ses bras. Il sourit de plus belle, à la place, parce que c’est la seule façon de réagir qui lui semble approprié, parce qu’il veut pas perturber Asher, surtout pas, alors qu’il commence à parler.

Ce n’est pas compliqué de deviner qu’il ne lui dit pas tout. Ça aurait pu le vexer, en vérité, parce qu’il est impulsif et vite blessé, parce qu’il a tendance à ne pas réfléchir et à agir, à pousser, bousculer, avancer. Il aurait pu se braquer, évidemment, parce que la réponse est évasive et que c’est le genre de chose qui enflamme sa méfiance, parce qu’il y a quelque chose derrière sa réponse, quelque chose d’énorme et de flippant, un secret en ombre de Chine qui pourrait tous les dévorer. Il fronce les sourcils, une seconde, un réflexe familier, comme pour essayer de réfléchir, de déduire ce qui manque, de remplir les trous. Il suce ses doigts plein de glaces fondus d’un air absent, le temps d’assimiler, parce qu’il est incapable de reconstruire le puzzle, incapable de savoir même s’il a envie de le faire. Il y a un secret tapi derrière les mots d’Asher et Merle sait que le secret appartient à Jael, parce qu’Asher aurait sans doute vidé son sac, après tout le bordel, parce qu’il aurait peut-être craché sa vérité, plutôt que de la taire, plutôt que de la garder dissimulée. Il sait que ça concerne Jael et ça fait pétiller quelque chose dans son ventre, des bulles d’anxiété et d’angoisse, quelque chose qui pulse et qui lui dit qu’ils se sont rencontrés il y a dix ans et quelque chose lui dit que les circonstances n’étaient pas agréables, pas vraiment, qu’il s’est passé quelque chose de grave, quelque chose qui lui donne envie de sortir de la voiture et d’aller chercher Jael pour la serrer dans ses bras. Il ne le fait pas, pourtant, parce qu’il dévisage Asher et qu’il sait que c’est important aussi, d’une autre façon, important parce qu’il y a quelque chose qui l’appelle, important parce qu’il aime Jael et que Merle aimer Asher.

« J’aurais aimé avoir un grand-frère comme toi. » Il botte en touche, esquive, évite de poser la question qui lui brûle les lèvres parce qu’il sait que ce serait comme essayer de forcer un tombeau, un acte impie et atroce, quelque chose auquel il ne peut pas se résoudre. Il colle son front conter celui d’Asher, à la place, comme pour tenter de lire les bouts qui lui manquent dans ses yeux, comme pour instaurer une proximité dont il manque atrocement, parce qu’il a l’impression d’être sur un bateau qui tangue trop fort et qu’il a besoin de s’accrocher, parce que ses mains sont prises et  qu’il refuse de lâcher la glace qu’il vient d’acheter. « Elle habite avec moi. » Il admet. « Chez Peter. Avec les Lost Boys. C’est. » Il ne sait pas comment décrire Jael sans décrire le soleil ou l’univers ou la couleur d’un arc-en-ciel, parce qu’elle est tout ça et tellement plus encore, parce qu’il a son rire dans la tête à chaque instant de la journée, qui rythme les battements de son coeur et le ramène à la maison quand il s’en va, qui l’attache et le charme, force des sourires sur son visage même quand tout se casse la gueule. « J’sais pas comment la décrire. Tu dis qu’elle a de la chance mais elle me sort la tête de l’eau tous les jours. » Il inspire, se sépare d’Asher, pour regarder à l’extérieur, par la fenêtre de la voiture. « Okay, tu vois, je sais pas si t’as ressenti ça un jour mais c’est comme si tout autour était plus silencieux et en même temps plus vif quand elle est là et je. » Il secoue la tête, fronce les sourcils. « On dirait un putain de mauvais film romantique, putain. Je suis amoureux d’elle. Elle le sait pas. Ou peut-être qu’elle le sait. On en parle pas. Elle est pas au courant pour moi. »

Il faut qu’il lui dise, Merle, mais il a peur. Il a peur qu’elle ne l’aime plus, peur qu’elle recule, peur qu’elle ait peur, peur qu’elle fuit. D’un geste un peu las, il s’écarte tout à fait, retombe contre le dossier, les yeux rivés sur le lointain.

« Asher. » Il lui accorde un regard en coin et répète sa question, celle qu’il a posé il y a un moment déjà, celle à laquelle Asher n’a pas répondu : « Pourquoi t'es venu à Savannah ? »

Il n’y a pas de curiosité malsaine, dans sa question, pas de volonté de le pousser à bout. Il veut savoir, parce qu’il l’intéresse, parce qu’il a les yeux rivés sur lui à chaque fois, parce qu’il le fascine, parce qu’il le captive, parce qu’il lui fait confiance et que ça lui brise le coeur, parce qu’il a baissé les armes et qu’il ne sait plus comment avoir une conversation normale. Il cherche peut-être à détourner la conversation, quelque part, pour dissimuler la rougeur sur ses joues, effacer l’émotion qu’il y avait dans sa voix la seconde d’avant, pour grappiller un peu de dignité pour compenser toute celle qu’il n’a pas.
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MessageSujet: Re: long live the pioneers (Merle)   Mer 17 Mai - 22:56



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Il y a des choses qu’il ne s’avoue pas, Asher.
Il ose pas penser à New-York, admettre que Scarlett lui manque, un peu, que Samuel lui manque, énormément, que Maxine lui manque plus que tout au monde, il ose pas avouer que s’il n’avait pas fait le con, il n’en serait pas là, qu’il regrette son attitude, qu’il n’a pourtant aucun remord. Il ne dit pas qu’il aime bien les lundis parce que ça permet de repartir d’un nouveau pied, qu’il adore marcher dans les rues de Savannah à six heures du matin, quand il n’y a encore personne, qu’il trouve l’odeur du café exquise même s’il n’en boit jamais. Il y a des choses qui lui râpent la gorge, qui lui brûlent le palais, qui lui esquintent la voix rien que d’y penser, il y a des choses qu’il n’admet pas aux yeux du monde et parmi elles, il y a le fait qu’il aime Merle. C’est pas évident à avouer, l’air de rien, pas facile à assumer, parce qu’il a passé trop de temps à le rejeter, trop de temps à l’engueuler, trop de temps à rattraper la moindre de ses conneries. Mais il l’aime. Il l’aime comme on aime un animal esquinté, comme on aime un chat à qui il manque une patte, il l’aime véritablement et avec une affection béate, pleine de promesses et de douceur, pleine d’avenir qui se dessine dans leurs sourires. Il l’aime et quand Merle lui confie qu’il aurait aimé avoir un frère comme lui, il sourit, lui laisse coller son front contre le sien. « T’en as un tu sais, Merle ». T’en as un c’est un aveu, c’est dire qu’il le considère comme tel, qu’il se fout de son passé, de son présent, de son avenir, des bagnoles qu’il chope des mains de propriétaires négligents, des petits délits qui lui permettent de bouffer. T’en as un c’est lui confier qu’il l’aime, qu’il tient à lui, maladroitement, pas de la manière qu’il souhaiterait sans doute, mais qu’il y a une partie de son cœur qui est bien amarrée à celui de Merle, qui tangue comme le sien, qui chavire parfois, qui s’accroche toujours pour pas déborder de la poitrine.
Y a les révélations qui sortent des lèvres du gamin, pourtant, la confession sur l’endroit où crèche Jael, l’amertume au bout des lèvres parce qu’il comprend toutes les fois où elle n’a pas voulu dormir chez lui, toutes les fois où elle l’a repoussé, toutes les fois où elle a pris ses distances. Il comprend qu’elle a un endroit, qu’elle a une vie en dehors de lui, qu’elle a ses bleus et ses peines, son existence tumultueuse qui la détruit doucement. Il comprend que même s’il souhaite qu’elle soit heureuse, ça lui tord le bide de savoir qu’elle vit chez ce mec dont il a déjà vaguement entendu parler, ce pervers qui fait son beurre sur la prostitution d’une poignée de gamins, sur leurs petits crimes, sur leurs gros malheurs. Y a quelque chose qui meurt chez Asher lorsque Merle lui avoue tout ça parce que, quelque part, il ne s’imaginait pas que c’était si grave, que c’était si con, qu’elle était si loin de lui en étant si proche, qu’elle se foutait en l’air sans même s’en rendre compte. Mais y a tout le reste. Y a Merle qui avoue être amoureux d’elle et le bond dans la poitrine d’Asher, parce qu’il pense, il sait que s’il peut confier Jael à une personne, c’est à lui. C’est drôle, un peu, parce qu’il a toujours pensé préférer Lenny, quelque part, parce que Lenny est doux, sage, instruit, parce que Lenny est calme et s’exprime bien, mais c’est peut-être pour ça au fond, parce qu’il n’a pas la rage au ventre, parce qu’il n’a pas les poings vengeurs, parce qu’il n’a pas cet incroyable feu qui brûle à l’intérieur de Merle comme c’est le cas pour toutes les personnes un peu bousillées, parce qu’il n’a pas la capacité de protéger Jael de son pire ennemi : elle-même. « Dis-lui ce que tu ressens », il souffle à voix basse, parce qu’il a l’impression que leurs confidences ne sont pas faites pour être prononcées trop fort. « Tu la mérites ». Ce n’est pas dit à la légère, et y a sa main qui serre un peu plus celle du gosse, comme pour lui montrer qu’il est sincère. Il la mérite, Merle, il la mérite parce qu’il essaye, parce qu’il est bourré de défauts mais aussi d’efforts, pas des gros, juste des petits pas chaque jour, juste des grains de sable qui s’amoncellent. Il la mérite parce qu’il a un bon fond, parce que son cœur tambourine et qu’Asher peut l’entendre, et il lui adresse un fin sourire qui disparaît presque immédiatement.

Y a la question qui percute ses tympans, qui leur fait mal, la question qui s’élève et qu’il redoutait. Merle lit trop bien en lui, Merle sait à quoi s’attendre. Merle est conscient, par-dessus tout, qu’Asher ment, qu’Asher cache des choses, qu’Asher n’est pas toujours aussi honnête qu’il prétend l’être. « Me demande pas ça », c’est un murmure, et il a baissé les yeux pour ne pas affronter le regard du gamin. Y a un peu de honte dans sa voix, un peu de souffrance aussi, une souffrance cachée parce qu’il a appris à la contrôler au fil des années, à la dissimuler sous le maquillage d’un homme qui s’assume et qui ne regrette rien, sauf que c’est faux. C’est faux et ça ressort dans sa voix, dans son ton, dans les inflexions que les mots prennent sur sa langue. « J’ai pas envie que tu me voies différemment, Merle. J’ai pas envie que t’arrêtes de respecter le seul adulte qui n’ait pas encore flingué ta vie ». C’est dit simplement alors qu’il relève la tête, simplement alors qu’il lui fait face, le cœur prêt à sortir de sa poche et les doigts fermement accrochés à ceux de Merle. Il n’a pas envie que son regard change, pas envie que l’image qu’il s’est faite de lui soit ternie, écornée, pas envie qu’il devienne un de ces adultes qu’a écorché sa peau et tailladé ses veines. « J’ai fait quelque chose de mal, il bafouille un peu, rattrape les voyelles qui sortent de façon désordonnée. J’ai menti, et la vérité a fini par se savoir. J’ai été obligé de partir, j’avais pas d’autre choix ». Il porte la glace à moitié fondue à ses lèvres, lâche la main de Merle par la même occasion. Il s’est refermé, Asher, les deux battants de la porte de son âme verrouillés à double tour, et il se redresse dans son siège, comme s’il voulait reprendre un peu de contenance. Loupé, y a des éclats aux coins de ses yeux, de l’eau qui déborde un peu, qu’il essuie du bout des doigts. « Me demande pas, s’il te plaît ». C’est une supplique, soufflée à l’adresse du volant sur lequel il garde désormais les yeux rivés. Tu vois, Merle, y a pas que les gosses paumés qui souffrent.

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