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 The lost boy - Seven.

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MessageSujet: The lost boy - Seven.   Mer 11 Jan - 22:40

C'est le cœur battant à tout rompre, les gouttes de sueur froide perlant aux coins de ses tempes et les mains moites que Lavinia referma délicatement la porte derrière elle. Un instant, elle posa son front contre le bois de la porte et ferma les yeux. Elle tenta maladroitement de contrôler sa respiration en inspirant profondément et en expirant tout l'air dont elle était capable. Prenait-elle la bonne décision ? N'était-ce pas trop risqué ? Allait-elle le regretter ? Le trouverait-elle ? Trop de questions se bousculaient dans son esprit, mais la dernière était celle qui revenait avec le plus de force, le plus de véhémence, celle qui lui glaçait le sang. Elle inspira une dernière fois, puis se retourna et fit face à la rue obscure. La nuit lui tendait les bras, la ville était prête à l'engloutir. Doucement, et avec précaution, elle commença à déambuler dans son quartier, tentant d'être la plus discrète possible. Il n'était pas question que ses voisins la remarquent, il n'était pas envisageable que son escapade nocturne revienne aux oreilles de son mari. Cela faisait des semaines qu'elle pensait à cette sortie, des semaines qu'elle avait tout préparé dans les moindres détails. Lavinia avait étudié les plans de la ville, avait essayé de se repérer à l'aide de moyens mnémotechniques, elle connaissait le chemin qu'elle devait faire par cœur. Cela faisait des années qu'elle vivait dans ce quartier, dans cette ville, mais elle ne sortait que très rarement sans Lucian – pour ne pas dire jamais – ne savait pas lire les noms des rues, et l'obscurité du ciel trompait sa perception et sa vision. Elle ne pouvait pas se permettre de se perdre, c'était trop risqué, trop dangereux. Alors doucement, elle continua à avancer, à tourner lorsqu'il le fallait. La pluie commença lentement à tomber, le bruit des gouttes sur les toitures emplissait son cœur d'une sérénité surprenante. Elle avait l'impression que cela allait fonctionner, elle avait l'impression qu'elle allait atteindre son but. Elle recouvrit sa chevelure sombre à l'aide de la capuche en fausse fourrure de son manteau et concentra son regard sur tout ce qui l'entourait. Les bruits de la nuit la terrifiaient par moment, mais elle savait qu'elle devait en passer par là si elle voulait avoir une chance de le voir, de le revoir.

Seven. C'était pour lui. C'était pour lui tout ce qu'elle entreprenait. C'était pour son fils qu'elle risquait tout, pour son fils qu'elle désobéissait à son mari. Il fallait qu'elle le revoit, il fallait qu'elle lui parle. Depuis quelques semaines, une boule se nouait dans sa gorge dès qu'elle entendait le prénom – le surnom – de son fils, dès qu'elle tombait sur une photo de lui, les larmes lui montaient aux yeux, dès qu'elle entendait Anca au téléphone avec lui, elle se cachait derrière une porte dans l'espoir d'entendre la voix de son fils. Cela faisait trop longtemps qu'il s'était éloigné, trop longtemps qu'il l'ignorait, trop longtemps qu'elle l'avait perdu. Et si elle l'avait laissé diriger sa vie comme il l'entendait, si elle l'avait laissé prendre ses distances avec elle, désormais c'en était trop pour la matriarche de la famille Popescu. Elle lui avait laissé du temps, elle lui avait laissé de l'espace, mais elle n'en pouvait plus. Elle ignorait même les raisons qui avaient poussé son fils à tirer un trait sur elle. Elle ignorait ce qu'il se passait dans sa vie, elle ne comprenait ni la rancœur, ni la violence, ni la colère qu'il éprouvait à son égard. Et puis une nuit, elle s'était réveillée en sursaut, totalement en nage, le cœur au bord des lèvres, son visage ruisselant de larmes. Lucian n'avait pas bougé, ne s'était rendu compte de rien, profondément endormi, en train de cuver l'alcool qu'il avait ingurgité un peu plus tôt, il n'avait pas lu la panique et le désarroi qui s'étaient emparés de sa femme. Elle s'était levée, et puis s'était effondrée en larmes dans sa salle de bain. Elle l'avait vu. Seven. Il lui était apparu. En sang, allongé dans une ruelle sombre de la ville. Elle l'avait vu, pantin meurtri contre les dalles glacées. Ce n'était pas un rêve, c'était une prémonition, elle en était convaincue. Comme si son inconscient lui faisait une promesse : « Retrouve-le, ou tu le perdras ». Elle avait passé le reste de la nuit recroquevillée sur elle-même, impuissante, faible et désorientée. Le lendemain matin, elle avait réussi à parler à Anca, elle lui avait tout raconté, dans les moindres détails, se retenant simplement de pleurer. Sa fille adorée avait tout essayé, mais rien n'avait fonctionné. Lavinia restait persuadée que Seven allait mourir. Alors simplement, Anca avait lâché d'un ton désintéressé que son frère allait bien, que parfois il jouait de la musique dans la rue avec ses amis. Elle avait planté son regard dans celui de sa mère, pour lui faire comprendre que si elle voulait le retrouver, c'était là qu'elle devait se rendre, et pas ailleurs. Anca n'avait pas poussé Lavinia à agir, elle lui avait seulement ouvert la porte, elle lui avait laissé la possibilité de faire quelque chose, elle lui avait donné le choix : Agir, ou se terrer comme à son habitude.

Et c'est ainsi que Lavinia se retrouvait à un croisement, regardant alternativement à droite puis à gauche. Quel chemin devait-elle emprunter ? Elle ne savait pas, elle ne savait plus. Tandis que la pluie redoublait d'intensité, une vague d'angoisse s'insuffla dans les veines de la mère. Allait-elle échouer si près du but ? Elle avait tout risqué, elle avait attendu que son mari parte pour l'un de ses combats. Elle savait qu'il n'allait pas rentrer de la nuit, ou alors qu'il allait rentrer au petit matin. C'était ce soir-là ou jamais. Elle avait saisi sa chance. Pour une fois, elle avait agi pour elle-même. Comment avait-elle pu être assez bête pour oublier le chemin ? Elle soupira puis tourna à droite. Elle avança quelques minutes avant de se raviser et d'emprunter l'autre chemin. Lorsqu'elle aperçut au loin la marie, un sourire soulagé apparut sur son visage. Elle savait qu'elle était sur la bonne voie. Les mains enfoncées dans les poches de son manteau pour se protéger du froid, elle observait la pluie qui s'abattait sur la ville. Son fils serait-il encore sous la pluie en train de jouer, ou serait-il parti se mettre à l'abri ? Elle craignait que la deuxième réponse ne soit la bonne. Pourtant, elle n'abandonna pas. Elle continua à marcher. Quelques instants plus tard, elle entendit des gens rire, puis chanter. Brusquement elle s'arrêta. Et si c'était lui ? Et si au bout de la rue, elle retrouvait enfin Seven ? Que devait-elle faire ? Allait-il fuir en la voyant ? Que devait-elle lui dire ? Elle n'y avait pas pensé, n'y avait pas réfléchi, elle était partie sur un coup de tête, avait focalisé toute son énergie sur la manière de s'échapper de chez elle. A aucun moment elle n'avait pensé à un moyen de l'aborder. Telle une adolescente qui se rend à son premier rendez-vous amoureux, la mère se mit à trembler et à paniquer. Il fallait qu'elle rentre chez elle. Tout cela n'était qu'une mauvaise idée, qu'une pathétique tentative pour récupérer un fils qui ne voulait plus d'elle. Et alors qu'elle allait tout abandonner, ses jambes et son cerveau ne lui obéirent plus. Elle se vit avancer vers la foule amassée. Elle se glissa doucement entre les gens, et puis se figea. Il était là. Seven lui faisait face.Il était en train de taper sur son instrument de musique, tout en souriant à pleines dents. Une bouffée d'amour et de fierté prit possession de tout son être tandis que les larmes lui montèrent rapidement aux yeux. Qu'il était beau. Qu'il était doué. Qu'il... Le regard de son fils croisa le sien, et l'espace d'un instant le monde sembla s'arrêter, le cœur de la Popescu loupa un battement. Elle ne détacha jamais son regard du sien, gravant à tout jamais ce moment dans son esprit. Enfin, après tout ce temps, son fils se tenait à quelques mètres d'elle. Plus rien n'avait d'importance. Ni sa fuite, ni la pluie qui fouettait son visage, ni même Lucian. Non, tout ce qui importait, c'était la chair de sa chair qui lui faisait face. Ce fut Seven qui brisa le lien le premier, et sans vraiment qu'elle ne comprenne, elle vit les musiciens ranger leurs instruments et commencer à partir dans la direction d'un bar. Prise de cours, elle se précipita vers son fils qui lui tournait le dos, et attrapa avec délicatesse l'un de ses poignets. Elle murmura avec une simplicité et une douceur déconcertante : « Seven... »
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MessageSujet: Re: The lost boy - Seven.   Lun 16 Jan - 11:15

L'air de la nuit est froid mais il sent rien – ni les gouttes qui le mordent, ni sa peau qui frissonne en réponse. Ses cheveux sont trempés et se collent un peu à son front, certaines mèches tombant devant ses yeux. Son t-shirt est dans l'même état, se plaquant contre son torse et dans son dos, comme s'il cherchait à ne faire qu'un avec son épiderme. La pluie est aussi glaciale que l'atmosphère mais il s'en fout, il se déchaîne sur les caisses et chaque mouvement alimente son brasier intérieur, faisant disparaître toute sensation de froid, et tant pis s'il finit avec une pneumonie. C'est pas parce qu'il pleut qu'ils vont s'arrêter et tout annuler, comme on dit the show must go on et c'est pas un peu de flotte qui va leur faire courber l'échine. Alors il continue Seven, il s'agite avec la ferveur des acharnés, à manier ses baguettes comme il sait le faire, à secouer la tête en rythme. Y a plus rien – juste les notes de ses acolytes, juste les vibrations des caisses qui claquent sous ses assauts. Juste la musique et ses muscles qui se tendent pour cogner, mais pour une fois c'est pas des carcasses, c'est pas la violence qu'il dégueule en espérant effacer le reste. Il oublie ça, juste maintenant, juste pour un instant. Les trucs qui le tiraillent et qui lui tordent les tripes, qui lui serrent le cœur. C'est plus là. Ça compte pas, pas quand il est obligé de se concentrer sur ce qu'il fait, à se laisser emporter par l'intensité du moment. Il s'rend pas compte mais y a un large sourire qui étire ses lèvres et putain ça fait trop longtemps que c'est pas arrivé, pas un sourire comme ça, pas un vrai. Il a tout le temps les traits tirés, crispés, qui puent la colère et la frustration. Parce qu'il a toujours pas trouvé comment gérer tout c'qui ne va pas, parce que ça continue de le bouffer le jour et puis la nuit, quand il boit, cogne, baise, quand il rit, quand il respire, quand il tente de s'niquer les neurones à défaut de niquer la vie. Mais tout est mis en sourdine, c'est paumé quelque part dans le trou béant qui orne sa poitrine, et pendant un instant y a rien. Y a plus rien. Ni la peur, ni la rage, ni la douleur. Juste lui, et le boum boum incessant qui résonne pour compenser avec celui d'son cœur atrophié. Il lève les yeux pour avoir un aperçu de leur auditoire, pour voir s'ils sont aussi transportés qu'eux, si leur concert en plein air fait son p'tit effet. Mais il regrette amèrement, quand une silhouette attire son regard. Quand il la reconnaît instantanément, et que leurs prunelles s'accrochent, s'écorchent. Sa gorge se noue et ses mains s'mettent à trembler, lui faisant casser le rythme malgré lui. C'est pas possible. Elle peut pas être là – pas elle, pas Lavinia. Pas sa mère. Elle sort pas, ou du moins pas à ces heures-là, et surtout pas sans Lucian. Merde. Merde, il peut pas être là lui aussi. Par réflexe, Seven scanne les alentours rapidement, avec la crainte de voir le patriarche fendre les ombres. Il veut pas l'voir. Pas après la dernière fois, pas alors que ses mots continuent de tourner dans sa tête. Complètement désorienté, il s'rend pas compte qu'il a met cessé de battre une seconde – un peu comme son myocarde. Il sort de sa torpeur et son regard se dirige automatiquement vers Jimmy, le chanteur, le leader. Il s'fait réprimander avec une œillade autoritaire, et il reprend son rythme tant bien que mal, même s'il n'est plus dedans. La chanson s'termine et le concert avec elle, alors que Seven sent les regards de ses camarades peser sur sa carcasse. Son masque dur et fermé les dissuade de venir lui parler tout d'suite, parce qu'ils savent que ça va l'énerver et que personne n'a envie de le gérer une fois de plus. Ça s'détourne, ça s'éloigne, ça commence à se diriger vers le bar et il suit le mouvement, passant une main dans ses cheveux pour les éloigner de son visage. C'était sûrement qu'une illusion – il gère tellement rien qu'il se met à halluciner, c'est tout. Elle est pas là. Elle peut pas être là. Il veut pas qu'elle soit là. Il veut pas qu'elle le voie comme ça, avec un orage dans les yeux et des traces sur la peau – le rouge et le jaune de ses mains fatiguées d'avoir trop frappé, le bleu qu'il a récolté en réponse un peu partout, le violet dans son cou marqué par des lèvres inconnues, dont il se souvient même plus. Il est qu'une loque et si l'monde entier est habitué à le voir comme ça, il s'dit que c'est pas le cas de Lavinia. Parce que ça fait trop longtemps qu'ils ont pas été face à face, qu'elle a pas pu étudier ses traits et il veut pas qu'ça change. Il veut pas qu'elle lise tout c'qui tourne pas rond, tout c'qui le bouffe et qui lui donne l'impression de perdre les pédales. Elle peut pas voir ça. Il refuse de l'avouer, mais ça lui ferait trop mal.

« Seven... » La main sur son poignet, douce et délicate, mais pour lui ça devient juste corrosif. Il fait volte-face, se retrouvant face à sa mère. Pendant une seconde, sa respiration se bloque, le trouble se lit dans ses yeux et y a un flot d'émotions qui lui traverse le visage. Pendant une seconde, il n'est qu'un gosse qui s'rend compte qu'il a besoin d'elle, et qu'elle lui a manqué plus qu'il ne l'admettra jamais. Mais ça ne dure qu'une seconde. Déjà il reprend son masque, et une vague de colère le submerge. Il dégage son poignet violemment, donnant une tape dans le bras de sa mère pour l'éloigner de lui définitivement, pour la dissuader de recommencer. « Me touche pas. » Des années qu'il fait ça – des années qu'il refuse de la laisser l'approcher. Toute trace de tendresse venant d'elle bannie, et par extension, celle de tous les autres aussi. Il supporte pas, il supporte plus. Comme si en refusant l'affection de Lavinia, il avait automatiquement craché sur tout ce qui pouvait s'en approcher. La même réaction avec chaque personne qui s'y risque, chaque personne qui tente de s'faire un peu trop douce à son goût. Il peut pas. Et même s'il l'a forcée à lâcher prise, il sent encore la légère pression de ses doigts sur son poignet. Pour lui, c'est plus violent que n'importe quel coup, pire que si elle lui avait asséné une gifle à la place. Sûrement qu'il aurait préféré ; ça au moins, il sait le gérer. « Qu'est-c'que tu fous là ? » C'est craché avec tout le mépris du monde, et il détourne son attention d'elle un instant, s'remettant à observer les alentours. À la recherche de Lucian. P't'être qu'ils sont venus l'achever à deux. « Il est où ? » Il prend même pas la peine de préciser de qui il parle, il sait qu'elle comprendra. Et quand ses prunelles se posent à nouveau sur elle, il peut pas s'empêcher de faire un pas en arrière, comme s'il supportait pas cette proximité. Comme s'il était incapable de respirer le même oxygène, comme s'il crevait d'envie de s'barrer en courant. C'est le cas. Elle peut pas être là. « Dégage. » Y a un nœud dans sa gorge et il a l'impression d'étouffer, il a presque peur de s'étrangler tout seul et de s'écrouler, juste là, à ses pieds. Il est pas prêt pour ça, pas prêt à l'affronter. La fuir c'est facile, il a pas à affronter son regard ou sa voix, il a pas à faire face à tout ça. Mais elle est là, elle est vraiment là. Et ça fait mal, ça fait tellement mal qu'il le gère pas et ça se mélange à tout le reste, elle vient ajouter une plaie de plus et c'est comme si elle le tuait. Il s'fait saigner à blanc et il se demande comment ses jambes font pour continuer de le porter. « J'veux pas t'voir putain, casse-toi. » C'est plus fort que lui, il s'approche. Il tend les bras et il la pousse vers l'arrière, juste assez fort pour qu'elle soit obligée de reculer. Agressif comme un animal blessé, comme une bête qui agonise et qui veut juste être abandonnée à son triste sort. Il veut pas avoir à l'affronter, il veut pas qu'elle puisse deviner combien il est mal en point. Il peut pas lui faire face, pas à elle. Il a trop peur qu'elle se rende compte qu'il est amoché, détraqué, déglingué. Il veut pas – il peut pas. Plutôt crever.
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MessageSujet: Re: The lost boy - Seven.   Jeu 19 Jan - 2:36

Elle l'a vu. Lorsque leurs regards se sont croisés, elle l'a vu le changement. Radical, brusque et violent. Son sourire a disparu, en un éclair ses yeux se sont assombris et puis ses traits se sont tirés, crispés. En une fraction de seconde tout a basculé. Il ne s'est pas attendu à la voir, elle ne s'est pas attendue à le trouver. Deux ans. Deux longues années loin de son fils. Deux ans qu'il n'a pas mis les pieds dans leur demeure, qu'il refuse de lui parler, qu'il refuse de lui donner des nouvelles. Deux ans qu'il a tiré un trait sur les Popescu. Un trait sur elle. Est-elle morte à ses yeux ? A-t-elle seulement existé ne serait-ce qu'une infime partie de sa vie ? Lavinia ne sait pas, ne sait plus. Mais ce qu'elle sait ce soir, c'est qu'elle ne s'est jamais trouvée aussi proche et en même temps aussi éloignée de son fils durant ces deux dernières années. Il est là, à quelques mètres d'elle en train de jouer. Chaque coup qu'il tape dans son instrument résonne avec puissance dans le cœur de la mère. Parce qu'elle le voit, non plus sur une photo, non plus en rêve, elle le voit en chair et en os. Et si le regard de la mère est tendre et ému, celui de son fils est dur et sans appel. Il ne veut pas d'elle ici. La matriarche en a pleinement conscience, mais elle sait aussi qu'une occasion comme celle-ci ne se représentera pas de sitôt, il est hors de question qu'elle reparte sans avoir essayé. Essayé quoi ? Elle l'ignore. Mais sur l'instant présent, ce qu'elle veut plus que tout, c'est entendre le son de sa voix. Alors elle n'a pas réfléchi, alors elle lui a attrapé le poignet, alors elle l'a retenu, pour ne pas qu'il parte, pour ne pas qu'il fuit comme il l'a fait deux ans plus tôt. Si son geste a été délicat et tendre, Seven, lui, s'est retourné brusquement. Elle déglutit avec difficulté, lorsque son regard s'accroche à nouveau à celui de son fils. Et elle jurerait, oui elle jurerait qu'elle a lu du trouble dans ses pupilles si sombres, elle jurerait qu'elle a retrouvé l'espace d'une seconde le fils qu'elle a perdu. Mais juste une seconde, une minuscule seconde. Pas insignifiante, bien au contraire. Cette seconde, c'est ce à quoi elle va se raccrocher ce soir, ce soir et demain, et jusqu'à ce qu'il revienne chez elle. Cette lueur de faiblesse, presque de besoin, cette lueur qui signifie : « J'ai besoin de ma mère » c'est ce qui allait la faire tenir, ce qui allait l'empêcher de sombrer dans un désespoir qui la ronge un peu plus chaque jour. Cela n'a duré qu'une minuscule seconde, rapidement, il a remis son masque froid et dur. Et puis il retire avec violence et précipitation son bras de la main de sa mère, et elle sent les longs doigts de son fils claquer sur sa peau. Elle ne dit rien, ne bouge pas, se force à dissimuler le trouble et la douleur qu'elle ressent. Non il ne lui a pas fait mal au bras, mais il vient de lui arracher au passage un petit bout de son cœur. « Me touche pas. » Le ton est sec et incisif. Elle sent son cœur accélérer, les larmes lui monter au yeux. Mais elle les ravale, parce qu'il ne faut pas qu'elle pleure. Si elle pleurait c'en était terminé, si elle pleurait, il partirait sur le champs. Elle le sait pertinemment. Alors elle se mord la langue, pour se retenir, elle se mord la langue pour se concentrer là-dessus, si fort qu'elle sent rapidement un goût de fer glisser contre son palais. Elle a envie de le toucher à nouveau, elle a envie de le prendre dans ses bras, de ne pas lui laisser le choix et de l'enlacer tout contre son cœur, juste une seconde, une minuscule seconde. Insignifiante pour lui, indispensable pour elle. Mais elle se retient, parce qu'elle a peur de sa réaction, parce qu'elle ne sait pas comment, ne sait plus comment il réagit dans ce genre de situation. Alors la mère attend, droite comme un piquet, à quelques pas seulement de Seven. « Qu'est-c'que tu fous là ? » Et la lame s'enfonce un peu plus profondément dans le cœur de la femme. Elle fronce les sourcils. N'est-ce pas évident ? Ne comprend-il pas pourquoi elle a brisé les interdits fixés par son mari ? Pourquoi elle se retrouve ici, en plein milieu de la rue sous une pluie battante ? Ne comprend-il pas pourquoi elle ressent ce besoin de le voir, de le toucher de lui parler ? Elle ne répond pas, pas tout de suite. Parce qu'elle le voit détourner le regard et chercher aux alentours. Que cherche-t-il ? Son regard suit celui de son fils, et à son tour elle se met à scruter ce qui l'entoure. Elle ne sait pas où poser ses yeux, elle ne sait pas le fruit des recherches de Seven. Cherche-t-i une porte de secours ? Une voie par laquelle s'échapper et où elle ne pourrait le suivre ? Et puis elle comprend, lorsque la voix de son fils claque une nouvelle fois dans l'air elle comprend. Il cherche Lucian. Il veut savoir s'il est là lui aussi. Et comme pour le rassurer elle pose sans s'en rendre compte sa main sur son avant-bras : « Il n'est pas là. Je suis seule Seven. Il n'est pas là » qu'elle répète. Parce qu'il doit la croire, parce que c'est vrai. Et parce qu'elle espère que cela va changer quelque chose. Qu'il va se détendre, qu'il va se rendre compte de tout ce qu'elle a accompli pour venir jusqu'à lui. Et elle y croit, naïvement, elle croit que cela va marcher, que son fils va s'adoucir. Et elle s'accroche de toutes ses forces à cet infime espoir. Espoir réduit en néant, en à peine une fraction de seconde. « Dégage ». Un hoquet de surprise lui échappe. Parce que la présence ou non de Lucian ne suffit pas. Parce qu'il reste borné et qu'il ne veut pas essayer. Parce qu'elle semble faire partie de son passé désormais, et qu'il n'a pas la moindre intention d'essayer. Elle murmure, plus pour elle-même que pour lui : « Je partirai pas... » Et puis il continue, sans même l'écouter davantage, parce qu'il ne veut pas : « J'veux pas t'voir putain, casse-toi. » Il est vulgaire comme son père lorsqu'il est énervé, mais Lavinia n'est pas folle, et elle garde cette pensée pour elle. Il lui fait mal, bien plus avec ses mots qu'avec ses gestes. Il l'a toujours fait. Même enfant, il était celui qui appuyait là où cela faisait mal, il était celui qui, rien qu'avec une parole vous retournait l'estomac. Et sans qu'elle ne comprenne vraiment ce qui lui arrive, elle se sent pousser en arrière. Il s'est approché, il a posé les mains sur elle et il l'a poussée. D'abord avec ses mots et puis avec ses gestes. Elle n'en croit pas ses yeux, elle ne sait pas quoi faire, l'espace de quelques instants, elle se retrouve tétanisée au milieu de la rue. Qui est ce jeune homme qui lui fait face ? Elle n'en a pas la moindre idée. Elle sent son cœur et son estomac se retourner, et elle se demande si elle ne va pas vomir, là, tout de suite, à la vue de tous, aux pieds de son fils. Oui son fils, parce que c'est ce qu'il est. Et elle plante à nouveau son regard dans le sien, se raccroche à ce qu'elle peut pour se rappeler que c'est pour lui qu'elle se bat. Et elle comprend. Elle sait ce qu'il fait. Elle comprend son stratagème. La tenir éloignée physiquement et puis psychologiquement. C'est cette proximité soudaine qui lui faire peur à lui, c'est ce rapprochement qui l'angoisse. Et il se dit que s'il l'envoie balader, s'il la bouscule physiquement, elle partira, elle abandonnera. Parce que c'est ce qu'elle a fait pendant des années, partir, abandonner, fuir. Parce qu'à chaque fois que Lucian levait la main sur Seven, Lavinia baissait la tête, ou bien changeait de pièce. Elle n'était là que pour panser ses plaies après les coups, mais avant les coups, pendant les coups, elle n'était plus là la mère. Elle ne l'avait jamais été. Elle se mord la lèvre, parce qu'en quelques instants elle a compris une partie du problème. Mais ce n'est pas suffisant. Alors elle répète avec plus d'assurance : « Je partirai pas tu m'entends. » Elle le sent se crisper, et elle ignore ce qu'il va faire. Mais sur le moment, cela lui est égal, parce que ce soir, elle l'avait décidé : Elle n'abandonnerait pas. Alors elle s'approche une nouvelle fois de lui, elle ne le touche pas cette fois-ci, elle lève juste le visage pour pouvoir planter ses yeux dans les siens, et elle lui demande : « Qu'est-ce que tu vas faire Seven ? Tu vas frapper ta mère c'est ça ? » Et elle sait ce qu'il va lui répondre, elle le sent venir le : « Je n'ai pas de mère, je n'ai jamais eu de mère. » Sauf qu'elle ne peut pas l'entendre, qu'elle ne peut pas l'encaisser, alors elle enchaîne : « C'est ça ? Tu vas frapper une femme ? » Elle le provoque, elle veut savoir. Mais le veut-elle réellement ? Et si c'était le cas, et si c'était le genre d'homme qu'il était devenu, et s'il levait réellement la main sur elle. S'en remettrait-elle ? C'était peu probable. Mais il faut qu'elle essaye, elle le sait, toutes les techniques sont bonnes à prendre, alors tremblante, elle approche sa main de sa joue et avec délicatesse appuie doucement sur l'hématome qui couvre sa pommette, elle déglutit avec difficulté et puis lui demande dans un soupir las : « T'es pas fatigué ? T'en as pas marre ? T'en as pas marre de lutter sans arrêt ? » Et elle ne parle pas que des coups, elle ne parle pas que de ses combats, ses bagarres, elle parle de la vie en général, elle parle du masque de fer qu'il s'est construit et imposé, elle parle de la tristesse et de la colère qui le rongent. Elle sait qu'il va comprendre de quoi elle parle, parce que ce bleu ce n'est qu'un prétexte, parce que ce bleu il reflète toute la vie de Seven : Un éternel combat pour un repos inexistant.
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MessageSujet: Re: The lost boy - Seven.   Mer 8 Fév - 17:31

La pluie lui martèle la carcasse mais c'est rien en comparaison de la cacophonie qui a élu domicile dans sa cage thoracique. Il a beau se répéter qu'elle est pas là – elle peut pas être là – elle n'est que trop réelle. Sa main sur son poignet et la réaction de Seven, brutale, viscérale. Parce qu'elle peut pas l'toucher, elle a perdu ce droit y a des années. Elle a perdu ce droit en même temps qu'elle l'a perdu lui, et il est persuadé que rien ne pourra jamais réparer ça. Il voit même pas le trouble sur les traits de sa mère, la douleur dans ses yeux. Il est trop occupé à se concentrer sur les alentours, à chercher dans les ombres celle qui plane sur lui en permanence. Celle de son père. Parce que si elle est là c'est qu'il est avec elle, parce qu'elle sort rarement sans lui et surtout pas en pleine nuit. Il est là, il est forcément là et y a ses tripes qui se tordent, son cœur qui perd pied et qui bat trop vite, trop fort. Ça monte jusque dans ses tempes et ça lui bouche les oreilles, ça lui coupe un peu le souffle. Il veut pas le voir, il peut pas, il est pas prêt pour ça. Pas alors qu'il était à la limite de chialer la dernière fois qu'ils se sont croisés, quand les mots de Lucian Senior ont résonné de la cellule jusqu'aux entrailles de Seven, à l'faire douter, à l'faire ployer. T'existes plus, ça tourne en boucle et peut-être qu'il a jamais existé de toute façon. Pas pour lui, pas pour eux, pas pour personne au final. Pas même pour elle, parce que si ça avait été le cas, elle aurait pas laissé faire tout ça. Elle aurait pas tourné la tête quand il se faisait réduire en lambeaux par les mains, par les mots. Elle aurait pas acquiescé quand on a menti sur l'origine des plaies dans son dos. Elle aurait pas gardé le silence quand il disparaissait encore et toujours sans qu'on ne vienne jamais le chercher. Elle a jamais rien fait et c'est pire que tout, pire que lui. Parce que son père, peu importe la haine qu'il dirige à son égard, il sait plus ou moins le gérer. Il sait comment ça fonctionne, il sait obtenir des réactions, il sait se prouver qu'il a une infime importance tant que les coups pleuvent – ou du moins il savait tout ça, avant la dernière fois. Mais elle ? Elle, il sait pas. Elle cogne pas, elle gueule pas, elle est absente même quand elle est là. Elle a jamais levé le p'tit doigt, elle est jamais venue pour lui et il se dit que c'est qu'elle doit pas l'aimer tant que ça, c'est qu'il ne doit pas avoir assez d'importance. Pas comme les autres. Et c'est une nouvelle trahison, de la voir là en se disant qu'elle est accompagnée de Lucian. C'est venir l'achever à la déloyale et ça l'emplit de rage autant que de désespoir. Les sens aux aguets, le regard qui cherche frénétiquement la silhouette qui n'est pourtant pas là. Il sursaute quand il sent sa main se poser à nouveau sur son avant-bras, et il baisse la tête vers elle brusquement, sans pouvoir camoufler sa nervosité. « Il n'est pas là. Je suis seule Seven. Il n'est pas là. » Une vague de soulagement le submerge le temps d'une seconde et la lueur de panique quitte son regard, mais le calme ne dure pas. Il se dégage de son emprise à nouveau, les dents tellement serrées qu'il a presque peur qu'elles explosent sous la pression. « J't'ai dit de pas m'toucher. » Plus maintenant, plus jamais. Il veut qu'elle parte et il le crache sans le moindre tact. Si ça la heurte tant pis, tant mieux, il pense que c'est ce qu'il veut. « Je partirai pas... » C'est qu'un murmure mais il l'entend et ça lui fait l'effet d'une gifle. C'est des mots comme ça qu'il a attendus pendant des années et qui n'sont jamais venus. Des mots qui arrivent tard, tellement tard, et maintenant il sait pas quoi en faire. Alors il déroge pas à ses vieilles habitudes : il cède à la colère, à la violence. Il la pousse en arrière et sa voix est aussi dure que ses mains. Elle se fige alors qu'il se met à trembler, de froid, de fureur, de douleur. Son t-shirt est lamentablement collé à sa peau, et il a presque l'impression qu'il est imbibé de sang autant que d'eau, que les blessures suintent et qu'on les devine toutes à travers. C'est les plaies qui s'font béantes, pour s'offrir à sa mère.

« Je partirai pas tu m'entends. » Cette fois elle a l'air sûre d'elle et il se tend d'la tête aux pieds, parce qu'il pensait que ça suffirait. Parce qu'il l'a jamais vue affronter quoi que ce soit alors il pensait que ce serait pareil avec lui. Mais elle reste là, s'approchant alors qu'il serre les poings contre ses flancs. « Qu'est-ce que tu vas faire Seven ? Tu vas frapper ta mère c'est ça ? » Il a envie de hurler, de l'insulter, d'attraper un truc et de cogner. Sans s'rendre compte que ça reviendrait sûrement à répondre par l'affirmative, à montrer combien il peut être pathétique. Mais elle lui laisse pas le temps de parler, bouger, à peine de respirer. « C'est ça ? Tu vas frapper une femme ? » Il la dévisage et sans qu'il s'en rende vraiment compte, il s'met à rire. C'est brisé, désespéré, ça fait pitié à entendre. Elle sait pas. Elle sait tellement pas qui elle a en face d'elle – elle n'imagine pas combien il est loin, le gosse qu'elle a mis au monde. Tué, remplacé par cette carcasse qui n'a que d'la haine à offrir, ou du moins c'est ce à quoi il se pense profondément réduit. Il voudrait lui dire, la faire fuir. Lui expliquer qu'il a pas peur de malmener les filles, qu'il est violent avec la Terre entière sans exception et quand c'est pas avec ses gestes c'est avec ses mots. Lui faire comprendre que tout l'monde en fait les frais, même ceux qu'il aime – surtout ceux qu'il aime. Lui raconter les retrouvailles avec Iulia, quand il l'a un peu trop secouée, au point de laisser des traces sur ses poignets. Elle croit quoi ? Qu'il vaut mieux que ça ? Non, bien sûr que non. Il est comme son père ou peut-être pire et il a beau espérer que non, il a beau tenter de se différencier de toutes ses forces, il voit pas combien il se condamne tout seul. Il voit pas combien en faisant ça, il accentue tous ses pires aspects, tous les mauvais côtés qui lui font peur chez son aîné. Il voudrait qu'elle sache, qu'elle réalise à qui elle a affaire, qu'elle décide d'abandonner pour de bon et qu'elle tourne les talons. Mais peut-être qu'il veut pas finalement, peut-être qu'il est terrifié à l'idée de ne vraiment plus rien valoir à ses yeux. Alors il continue de rire et ça veut pas s'arrêter, c'est incontrôlable, c'est nerveux, c'est son désespoir qu'il dégueule comme il peut et tant pis s'il a l'air de devenir cinglé. Il voit même pas venir la main qui se pose sur sa pommette abîmée. Ça le ramène un peu sur terre mais pas tout à fait – son regard se fixe sur sa mère, son rire se meurt et il s'étouffe à moitié, lâchant ce qui ressemble à un gémissement plaintif entre deux éclats. « T'es pas fatigué ? T'en as pas marre ? T'en as pas marre de lutter sans arrêt ? » Si. Bien sûr que si, il en a marre et il se sent au bord de l'implosion. Il gère rien, plus rien, tout part en vrille et il sait plus comment s'en sortir. Il dort plus il mange plus il vit plus, il se sent comme un cadavre ambulant la plupart du temps et sa gueule de fantôme n'arrange rien. Il est fatigué, épuisé, il a besoin qu'on le sorte de là mais il est trop fier pour l'avouer à qui que ce soit – même s'il a presque essayé avec Anca. Alors pendant une seconde, il a envie de dire oui. Il a envie de se laisser aller au contact de sa mère, de s'écrouler dans ses bras, de s'agripper là et d'attendre que ça passe. Attendre que tout s'évacue – la rage, la douleur, la haine, la honte, le trop plein de tout qui le ronge à chaque instant. Il a envie de tout oublier, d'accepter la main qu'on lui tend et de respirer, juste respirer putain, c'est pas compliqué. Mais pour lui, ça l'est. Alors pendant une seconde il ferme les yeux, et même s'il reste immobile, il ne se dérobe pas à son contact, il se concentre sur la chaleur de sa paume contre sa peau. Une seconde, comme s'il se laissait aller. Une seconde, juste une seconde. Et quand il inspire à nouveau, la colère reprend le dessus. Il tire sur sa main pour la forcer à quitter son visage, avant de la relâcher aussi vite que si ça l'avait brûlé. « Qu'est-c'que tu fous ? Hein ? » Ses prunelles sont d'acier quand il les plante dans les siennes, un masque haineux revenu peindre ses traits. « T'es venue jouer à la mère qui s'inquiète ? C'est quoi, une caméra cachée ? » Il ricane avec tout le mépris dont il est capable, le regard plus orageux que le ciel au-dessus de leurs têtes. « C'était avant qu'il fallait venir. » Quand j'avais besoin de toi. « Maintenant c'est trop tard, viens pas faire celle qui veut voir comment j'vais alors qu't'en as jamais rien eu à foutre. » Ses mots sont durs et sa voix chargée de haine, mais y a quelque chose qui transparaît au milieu des reproches, quelque chose d'à peine palpable au fond d'ses iris. Le désespoir d'un môme paumé, qui a jamais vraiment grandi au final, qui s'est juste étouffé sous une épaisse couche de rage mais qui continue d'agoniser, là, tout au fond. « J't'ai dit de dégager. Retourne voir l'autre, il va gueuler si t'as rien fait à bouffer. » À nouveau il ricane, mais ça sonne faux, terriblement faux. « T'façon c'est tout c'que tu sais faire, pas vrai ? Lui obéir, à c'gros con. » Les reproches sont là, de même que toute la colère qu'il dirige autant sur elle que sur lui. Pas un pour rattraper l'autre à ses yeux. Pourtant le fait est qu'elle capable de désobéir au moins un peu – la preuve, elle est venue jusqu'à lui, seule. Mais il est trop aveuglé par sa rancœur pour prêter la moindre attention à tout ça, bouffé par l'amertume qui lui empoisonne les entrailles. « Putain mais barre-toi j'te dis, y a rien pour toi ici. » Il veut avoir l'air sûr de lui mais entre les lignes y a toute la vérité qui dégouline. Ce truc qui hurle regarde-moi et regarde comme tu ferais mieux d'te barrer et reste reste reste, si tu m'laisses ça veut dire que j'vaux vraiment plus rien. Ce truc qui supplie de voir comme y a plus rien à sauver, mais de quand même faire le choix de rester, juste pour cette fois, juste pour aujourd'hui, juste pour lui. Le laisser voir c'que ça fait, d'être choisi.
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MessageSujet: Re: The lost boy - Seven.   Sam 1 Avr - 1:00

« Il veut pas te voir » Ces mots résonnent en boucle dans la tête de Lavinia. C'est ce que lui a dit Lucian lorsqu'il lui a annoncé qu'il avait vu Seven. C'est ce que son mari lui a dit lorsqu'elle a demandé pourquoi il l'avait laissée de côté, pourquoi lui avait eu la chance de voir leur fils, alors qu'elle, en était privée. Il lui avait dit que son fils ne voulait pas la voir, et elle ne l'avait pas cru, n'avait pas voulu le croire. Elle savait au fond d'elle que Lucian ne lui mentait pas, mais lorsque les mots l'avaient frappée, elle avait tout nié en bloc. Parce qu'elle avait eu mal, parce qu'elle avait sans doute subi la plus forte douleur qu'elle n'avait jamais ressenti de toute sa vie. Et ce soir, sous la pluie battante et glaciale, elle prend pleinement et violemment la vérité en pleine face. Non, en effet, son fils ne veut plus la voir. Alors elle continue de se mordre la langue, avale le sang qui lui gicle entre les dents, et elle lutte. Elle lutte pour ne pas pleurer, pour ne pas crier, pour ne pas s'évanouir, pour ne pas fuir. Elle lutte pour ne pas abandonner. Parce qu'elle l'a fait beaucoup trop souvent, parce qu'elle a trop souvent fermé les yeux, trop souvent ignoré les appels à l'aide de son fils. Elle le sait, il a toujours essayé d'attirer son attention, en fuguant, en disparaissant des jours et des jours, en revenant couvert de bleus, pourtant la mère, elle n'a rien fait. Rien. A cette pensée, elle sent sa tête tourner, elle a l'impression qu'elle va s'écrouler d'une seconde à l'autre. Mais elle s'acharne, de tout son corps, de toute son âme, elle s'acharne. Elle sent son corps trembler, et elle ne saurait dire si ces tremblements sont provoqués par le froid de la pluie qui ruisselle  le long de ses membres ou s'ils sont provoqués par l'attitude d'un fils qui semble désormais plus s'apparenter à un étranger qu'à un membre de sa famille. Et quand elle lui dit qu'elle va rester là, plantée toute la nuit dans cette ruelle s'il le faut, elle le sent se crisper. Parce qu'il veut qu'elle dégage mais qu'il vient de prendre conscience que cela n'arriverait pas. Alors l'espace de quelques secondes, Lavinia entrevoit une faille, il va baisser les armes, et peut-être, oui peut-être aurait-elle l'occasion de se faufiler dans la brèche. Mais c'est mal connaître son fils de penser cela. Alors qu'elle croit que ses mots l'ont atteint, elle redescend rapidement sur terre, et la chute, en plus d'être vertigineuse, est plus que violente. L'atterrissage est brutal et elle se sent désorientée. Parce qu'elle ne sait pas quoi faire, elle ne sait plus quoi faire. C'est son rire qui l'a fait s'écraser sur le sol. Un rire froid, plein de sarcasme et de haine.La mère sent la bile lui monter le long de sa gorge. Où est son fils ? Qui est ce jeune homme qui se tient face à elle. Ce rire plein de désespoir résonne en boucle dans son esprit. Il est détruit. Elle le sait, elle le sent, elle le voit. C'est comme si son âme avait quitté son corps, elle a l'impression de voir le fantôme de Seven en face d'elle. Un cadavre ambulant qui lutte pour survivre. Alors elle a approché la main de sa joue, comme pour vérifier qu'il est bien vivant, comme pour vérifier qu'il se tient bien en face d'elle, que ce n'est pas simplement un cauchemar, qu'il est là, et qu'elle peut s'accrocher à lui si elle le désire. Sa main tremble, tout comme ses lèvres, elle ne sait pas combien de temps elle va pouvoir retenir ses larmes, mais pour le moment elle y parvient. Elle ne sait pas comment elle fait. Elle ne se pensait pas si forte, ne se croyait pas capable d'encaisser autant, de lutter autant. Pourtant ce soir, en pleine nuit, c'est une nouvelle femme qui se présente à Seven. Ce n'est plus simplement la femme au foyer qui passe son temps à faire du ménage, la cuisine et à attendre que toute sa tribu rentre. Non, c'est une femme décidée qui prend les choses en main, qui sans doute, pour la première fois de sa vie, fait passer ses envies avant celles des autres. Qui pour la première fois, se fait passer avant les autres.

Et l'espace d'une minuscule seconde, son fils semble s'apaiser. Elle le voit fermer les yeux, et elle sent la chaleur de sa joue aux creux de ses doigts, et elle respire un peu plus facilement, profitant de cette accalmie qui – elle le sait pertinemment – ne va pas durer longtemps. Et comme elle s'y attend, il repousse avec violence sa main. Comme si elle venait de le brûler, alors que ce simple contact à réchauffer le cœur de la mère. Elle déglutit avec difficulté, attendant nerveusement qu'une nouvelle vague d'insultes et de remarques acerbes échappe des lèvres de son fils. La sentence ne tarde pas à arriver : « Qu'est-c'que tu fous ? Hein ? » Elle se tait. Parce qu'il ne veut pas qu'elle réponde. Parce qu'il s'en moque de savoir ce qu'elle fout. Il veut juste qu'elle dégage et elle aura beau dire tout ce qu'elle veut, il n'y prêtera pas la moindre attention, elle le sait au plus profond de son être. Alors une nouvelle fois, elle encaisse. Elle laisse passer l'orage, elle le laisse vomir tout ce qu'il a enfoui en lui pendant tant d'années, elle lui doit bien cela : « T'es venue jouer à la mère qui s'inquiète ? C'est quoi, une caméra cachée ? » Plus que les mots, c'est le ricanement qui suit qui lui fait le plus de mal. Parce qu'il lui renvoie en pleine face le ridicule de la situation. Parce qu'il a raison. Qu'est-ce qu'elle fout là ? Elle n'a jamais été capable d'être là pour lui lorsqu'il vivait sous son propre toi. Alors pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi ce soir ? Parce qu'il n'est jamais trop tard. C'est de ça dont elle essaie de se convaincre. « C'était avant qu'il fallait venir. ». Elle ferme les yeux. Elle continue de se mordre la langue, mais cette fois c'est trop dur. Une larme échappe à sa vigilance, puis une deuxième. Elle les essuie rapidement d'un revers de main. Elle sait qu'il va rire, elle sait aussi qu'elle n'a pas le droit de pleurer, que tout est de sa faute. Elle murmure : « Tu as raison » et elle sait qu'il ne l'a pas entendue, qu'il l'ignore et que la rage qu'il ressent en cet instant précis prend le pas sur tout le reste. « Maintenant c'est trop tard, viens pas faire celle qui veut voir comment j'vais alors qu't'en as jamais rien eu à foutre. » Le regard de la mère s'assombrit, parce que pour la première fois ce soir, il a tort. Parce que pour la première fois elle sent à son tour l'énervement la gagner. Mais elle se tait parce que ce n'est pas à elle de perdre son calme, ce n'est pas à elle de crier. Il se trompe, sur toute la ligne. Et si c'est réellement ce qu'il ressent, si ses mots sortent de son cœur, alors elle a véritablement échoué en tant que mère. « C'est faux ! » le cri de désespoir lui a échappé, parce qu'elle ne peut pas le laisser dire cela, parce qu'elle ne peut pas le laisser penser cela. Mais il continue, et Lucian revient sur le tapis. Et il se moque ouvertement d'elle, lui fait comprendre qu'elle n'est qu'une bonniche une moins que rien. Elle est perdue, elle sent son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine, elle a envie de crier et de se taire, elle a envie de pleurer et de vomir, elle a envie de l'insulter et de lui dire qu'elle l'aime, elle a envie de le frapper et de le prendre dans ses bras, elle a envie de laisser tomber. Une nouvelle fois. Encore une fois. La fois de trop. La dernière. « Putain mais barre-toi j'te dis, y a rien pour toi ici. » Elle recule. Sous le poids des mots. Elle ne le lâche du regard mais elle recule de quelques pas. La dernière. Non ! Elle s'arrête. Parce que si elle part ce soir, si elle se détourne une nouvelle fois. Elle le perd définitivement, il n'y aura plus de retour en arrière possible, il aura définitivement tiré une croix sur elle. Contre toute attente, la mère s'approche à son tour de lui. Elle pointe son doigt en sa direction et d'une voix aigue frisant presque la folie elle répond : « Y a rien ici ? Y a rien ici ? » Et elle appuie de toutes ses forces son doigt sur le torse de son fils, et elle lui donne des coups tout en continuant à s'approcher. Parce que cette fois-ci ce n'est pas elle qui va reculer, c'est lui. Et d'une voix ferme et sèche elle ajoute : « T'es là. Voilà ce que je fous ici. Y a pas rien. Y a toi. Y a toi Seven. » Et elle continue d'avancer, elle le sent reculer, parce qu'il ne veut pas qu'elle s'approche, il ne veut pas qu'elle le touche, mais cette fois-ci, ce n'est plus à lui de dicter leurs retrouvailles. C'est à elle. A elle d'agir, à elle de parler, et à lui d'écouter. « T'es mon fils, que tu le veuilles ou non, c'est comme ça. » Elle marque une pause, parce qu'elle a tellement de choses à lui dire qu'elle ne sait pas par où commencer, parce que ses pensées s'embrouillent, et que les mots se bousculent dans son esprit et dans sa bouche. « Alors non, je suis loin d'être la mère parfaite, alors non je n'ai pas toujours été là. Mais je suis là. Ce soir je suis là. » Et elle saisit de ses deux mains le visage de son fils, elle rapproche son visage du sien pour qu'il ne puisse pas regarder ailleurs, pour qu'il ne puisse voir qu'elle. Elle veut qu'il lise la détermination dans son regard, mais elle veut aussi qu'il voit à quel point elle l'aime. Parce que c'est le cas, parce qu'elle l'a toujours aimé et que cela n'a jamais changé. « Je dis pas que je peux changer ce qu'il s'est passé, je dis juste que ce soir je suis là. » Elle ne le lâche pas, elle ressert son emprise, et elle se fiche qu'il ait mal ou non. Elle se fiche de savoir si ses mains lui brûlent la peau, ou si elle enfonce un peu plus les hématomes dans sa peau, elle ne le lâche pas, parce que si elle le lâche, elle le perd. D'une voix sèche, pleine de reproche, elle enchaîne : « Arrête de te cacher derrière Lucian. Il n'y a que moi. Il n'est pas question de lui. Il n'est question que de toi et moi. Tu sais tout ce que j'ai du faire pour arriver jusqu'ici. » Parce qu'elle n'a pas besoin de lui expliquer, et qu'il a beau lui reprocher tout ce qu'il veut, il sait, au fond de lui, il sait qu'elle a franchi des barrières qu'elle n'a jamais auparavant pensé franchir. Et tout ça, juste pour le retrouver. Son regard s'adoucit: « Je dis pas que je veux que tu oublies tout ce qui s'est passé. Je dis pas que je veux que tout redevienne comme avant entre nous... » Progressivement ses mains relâchent leur emprise, et puis dans un murmure elle achève : « Je veux juste que tu me donnes une autre chance, une dernière chance. Celle d'être la mère que t'aurais toujours du avoir. » Et elle laisse tomber ses mains le long de son corps, tandis que sans même qu'elle ne s'en aperçoive, les larmes coulent le long de ses joues. C'est quitte ou double. Soit il lui entrouvre la porte, soit elle l'a définitivement perdu. 
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MessageSujet: Re: The lost boy - Seven.   Jeu 13 Avr - 0:44

« C'est faux ! » Ça sort du cœur mais ça suffit pas à le stopper – pas quand il a autant de bile à cracher. Elle veut s'défendre mais il veut pas l'écouter, il fait la sourde oreille et il s'applique à la poignarder, à chaque ricanement odieux, à chaque regard trop noir, à chaque mot plus aiguisé qu'un couteau. Il veut lui faire mal. Il veut l'voir dans ses yeux, il veut qu'elle saigne comme lui, qu'elle chiale jusqu'à ce qu'ils en soient à égalité ; jusqu'à s'assurer qu'elle ait versé autant de larmes qu'il a versé d'hémoglobine. Il agresse, Seven. Dans ses paroles, dans ses gestes, dans sa posture. Il la repousse, il la rabaisse, il la surplombe de toute sa carrure et on dirait un animal, une sale bête qui sort les crocs pour intimider sa proie. Pendant une seconde, il pense que ça a marché. Qu'il a gagné. Mais gagner c'est perdre, parce que gagner c'est la voir fuir et ça serait la dernière fois, il lui pardonnerait pas. Il se le pardonnerait pas non plus. Elle recule, il avance, il avale tout l'espace d'la même façon que la douleur avale son cœur. On dirait qu'elle aussi, il va l'avaler. Mais au dernier moment elle lui donne tort. Elle s'approche et il se fige, comme poignardé par le doigt accusateur qu'elle pointe sur lui. « Y a rien ici ? Y a rien ici ? » Elle semble au bord de l'hystérie, et il sait pas s'il doit rire ou crier plus fort. Elle lui martèle le torse comme la pluie qui continue de s'abattre sur eux, encore et encore comme si l'ciel voulait sangloter jusqu'à les noyer. Mais c'est pas le ciel, qui l'inquiète. C'est sa mère. Les nuages se vident en torrents sur eux, mais elle ? Elle le submerge, elle le noie, elle l'emporte – soudain elle est inévitable. Soudain elle est déluge. « T'es là. Voilà ce que je fous ici. Y a pas rien. Y a toi. Y a toi Seven. » Y a une part de lui qui veut lui crier que non, que c'est lui qui a raison. Oui il est là mais y a rien, il est rien, plus rien – il part en fumée. Elle se raccroche à du vide, à un fantôme, à une carcasse qui vaut que dalle. T'existes plus qu'il a dit son père, et Seven considère qu'il a raison. Il existe plus il existe il existe plus, ça sert à rien qu'elle avance comme ça, elle a pas l'droit de le faire suffoquer, pas alors qu'il a cessé d'exister. « Arrête. » Mais elle continue, elle gagne le terrain qu'il cède en reculant, en tentant d'échapper à tout ce contact qu'elle cherche à instaurer. Il veut pas qu'elle le touche, il veut pas qu'elle lui parle, il veut pas qu'elle le regarde. Il préfère encore qu'elle s'raccroche à de vieux souvenirs, aux photos qu'elle garde sûrement de chacun d'entre eux. Il préfère qu'elle s'agrippe à ce qu'elle a perdu, à ce gosse au sourire trop insolent, au regard trop perçant. Il veut pas qu'elle garde ça en mémoire ; cette carcasse un peu blême, un peu trop anguleuse par endroits, du bleu sous les yeux et sur la peau, du rouge sur les mains et dans le cou. Il veut pas. Il peut pas. « T'es mon fils, que tu le veuilles ou non, c'est comme ça. » Elle fait une pause, il en profite pour ricaner. Encore. Toujours. « Ton fils il est mort mais t'en as encore quatre autres si tu veux t'donner bonne conscience, maintenant dégage. » Elle veut pas l'écouter, Lavinia. Elle veut pas partir et il sait plus quoi faire. Les autres, il a l'habitude. Ils ont tous plus ou moins tenté de renouer, de le retrouver, de l'empêcher de tout lâcher. Mais sa mère ? Jamais. Elle l'a pas retenu. Elle l'a pas cherché. Elle a jamais rien fait et maintenant elle est là, maintenant elle veut plus bouger. Les autres, il sait les gérer, il sait les repousser, il sait les éloigner. Avec elle, il sait pas. Il a même l'impression d'avoir oublié comment on fait pour respirer. « Alors non, je suis loin d'être la mère parfaite, alors non je n'ai pas toujours été là. Mais je suis là. Ce soir je suis là. » Elle lui attrape le visage et c'est insupportable – ça fait mal, ça fait du bien, ça le brûle et ça lui fout les tripes en vrac. Il veut qu'elle arrête tout. Mais il veut qu'elle le lâche plus jamais. Il sait plus. Il est perdu. « Je dis pas que je peux changer ce qu'il s'est passé, je dis juste que ce soir je suis là. » Elle serre plus fort et il va imploser, exploser, se désintégrer – il en a aucune idée mais ça bouillonne, ça le ronge comme une coulée d'acide venue lui lécher les entrailles. « Lâche-moi. » Il lève les mains pour les poser sur celles de sa mère, pourtant il la force pas à lâcher. Pas tout d'suite. Il s'agrippe juste à elle de toutes ses forces, assez pour faire mal et lui tordre les doigts entre les siens. « Arrête de te cacher derrière Lucian. Il n'y a que moi. Il n'est pas question de lui. Il n'est question que de toi et moi. Tu sais tout ce que j'ai du faire pour arriver jusqu'ici. » Il grince des dents, serre ses doigts plus fort. Il a envie d'les broyer comme ses mots le broient à l'intérieur. « Je dis pas que je veux que tu oublies tout ce qui s'est passé. Je dis pas que je veux que tout redevienne comme avant entre nous... » Il la libère, elle en fait de même. Il en profite pour détourner les yeux, incapable de supporter tout ce qu'elle lui dit, tout ce qu'elle communique dans ses mots et son regard. Il le sent son amour, il le sent son désespoir. Et il sait pas quoi faire de tout ça, Seven. Il sait déjà pas gérer ses émotions, alors celles des autres n'font que l'étouffer. Il les sent toutes, toujours, trop fort. Celles de Lavinia le heurtent de plein fouet. C'est pire que si elle était venue pour le saigner.

« Je veux juste que tu me donnes une autre chance, une dernière chance. Celle d'être la mère que t'aurais toujours du avoir. » Quand il lève à nouveau ses prunelles vers elle, ça dégouline de sa colère autant que de sa douleur. « Ta gueule. » C'est brut mais sa voix se brise – y a la même fêlure que celle au fond de ses yeux. Il comprend pas. Pourquoi maintenant, pourquoi lui ? Y a huit autres cons avec qui elle doit se rattraper. Elle fait pas le bon choix, en venant le voir lui. Ils pourront tous lui dire. Lucian et la déception dans ses billes d'acier. Valerian et sa réussite là où lui a tout échoué. Iulia et les traces incrustées dans ses poignets. Elena et toutes les fois où elle l'a oublié. Serghei et toute la rancœur accumulée. Ioan et la facilité avec laquelle il accepte de l'empoisonner. Anca et les larmes qu'il ne cesse de faire couler. Mihail et les représailles qu'il est obligé de supporter. Rez et la hargne qu'il met à la repousser. Ils savent tous qu'il est pas l'bon choix, qu'il l'a jamais été et ne le sera probablement jamais. Alors pourquoi elle est là ? Pourquoi elle insiste comme ça ? « Tu vois pas qu'ça sert à rien tout ça ? J'suis plus ton fils, tu piges ? Tu m'connais pas. Tu sais rien d'moi. Si tu savais, tu serais pas là. Même Anca elle... » Elle quoi ? Elle a pas voulu d'lui ? Elle lui a renvoyé sa détresse en pleine gueule ? Même elle, elle voit qu'il est juste une gangrène, un truc qui en vaut pas la peine ? Ils sont pas comme toi et ça veut tout dire, il est la bête noire, il est déjà pourri de l'intérieur alors que pour les autres y a encore de l'espoir. Toute sa dispute avec Anca remonte et couplée à la douleur que Lavinia lui inflige, c'est trop. Y a une boule dans sa gorge, une fissure dans son masque cynique. La tristesse lui emplit les yeux et le cœur, il suffoque, il a mal, il a l'impression que ça va recommencer à l'étrangler jusqu'à ce qu'il puisse plus respirer. Il peut pas. Pas ici, pas maintenant, pas comme ça. Pas face à sa mère. Alors il ravale la bile, il coupe les vannes, il recouvre tout d'une épaisse couche trop amère. Il préfère appeler sa haine plutôt que sa peine – la rage il connaît, la rage il a plus peur de la laisser s'échapper. « T'sais quoi, va t'faire foutre ! C'est pas moi qui m'cache derrière Lucian. C'est toi. Ça a toujours été toi, et t'oses venir là pour m'balancer ça ? Mais va. Te. faire. Foutre. » Il plisse les yeux, le regard mauvais, se décollant du mur pour s'approcher d'elle à nouveau. Et mimant les gestes de sa mère, il abat un doigt menaçant sur sa poitrine, y mettant quand même plus de force qu'elle. « C'est facile hein, d'venir après tout c'temps. Ouais j'sais qu't'as dû gruger pour venir me voir ici, et ? Qu'est-c'que j'en ai à foutre ? C'EST FACILE ÇA PUTAIN ! T'AURAS PAS À L'AFFRONTER TOI, HEIN ? » À nouveau il abat son doigt sur elle et on dirait qu'il espère avoir un couteau à la place des ongles, pour l'enfoncer et le tourner jusqu'à l'achever. Pour qu'elle soit dans le même état que lui, pour qu'elle connaisse cette lente agonie. « C'est avant qu'il fallait bouger ton cul. J'avais besoin d'toi et t'as jamais été là. ON AVAIT TOUS BESOIN D'TOI, TU L'COMPRENDS ÇA ? T'ÉTAIS OU PUTAIN ? T'ÉTAIS OU QUAND J'AI EU DIX ANS ? » Brusquement, il fait volte-face et tire sur son t-shirt pour le relever, assez pour dévoiler une partie des cicatrices qui lui jonchent le dos. « REGARDE. REGARDE BIEN. ÇA T'FAIT QUOI ? ET TU CROIS QU'À MOI ÇA M'A FAIT QUOI ? » Elle les connaît ces traces en cascades sur sa peau, bien sûr qu'elle les connaît. Mais il veut les lui rappeler. Il veut qu'elle se souvienne le cadeau qu'il a eu pour son foutu dixième anniversaire, il veut qu'elle imagine chaque bout de verre enfoncé dans sa chair, il veut qu'elle le sente jusque dans son myocarde et qu'elle en crève. Il veut qu'elle comprenne que c'est là, qu'elle l'a perdu.

Rageusement, il remet le tissu en place et se tourne à nouveau, plongeant son regard dans le sien avec toute la hargne du monde. « J'T'EMMERDE. J'VOUS EMMERDE TOUS. » Sa voix vrille alors qu'il s'égosille, et la pluie lui trempe tellement le visage qu'on dirait qu'il pleure. Elle oui. Elle, il le voit. Il le sait. Ça lui fait trop penser à Anca, et putain, il peut pas. S'il est le portrait craché d'leur père, elle est le double de leur mère. « Arrête de chialer. ARRÊTE. T'as pas l'droit, tu l'comprends ça ? T'as pas l'droit d'revenir comme ça et de m'demander ça. C'est pas maintenant qu'il faut être ma mère. C'est pas maintenant, putain, j'te déteste. » Il la déteste autant qu'il se déteste – comme si c'était sa faute à elle, tout ce dégoût de lui-même, toute cette haine qu'il a quand il croise un miroir. Comme si elle avait choisi de ne pas le sauver, en fermant les yeux y a des années. Il a envie de chialer. Il a tellement envie de chialer qu'il a l'impression qu'il va en crever, mais il ravale les sanglots jusqu'à les laisser lui entraver la gorge, jusqu'à les laisser l'étouffer. « Regarde-moi et ose me dire que t'es désolée. » Désolée de tout ce qu'elle a fait ou n'a pas fait, désolée de jamais être venue le chercher. Il veut l'entendre – il en a besoin. Il l'exige et c'est stupide, c'est égoïste, c'est dégueulasse. Il a aucun droit d'faire ça. Il le sait, mais il peut pas s'en empêcher. Comme si ça pouvait lui prouver qu'elle tient encore à lui, qu'ils ont pas tout gâché, tout ruiné, tout saccagé. Elle en s'enfermant dans le silence, lui en arrachant tout sur son passage. Il fait trop de bruit, elle n'en a jamais fait assez. « T'es pire que lui. » Pour lui le silence c'est pire que la violence, elle l'a trahi et il a jamais réussi à pardonner. « Et tu m'fais pitié, à venir quémander. C'est d'ta faute si c'est comme ça. » Si moi j'suis comme ça. « Pourquoi t'es là, hein ? Pourquoi maintenant ? » La voix éraillée d'avoir trop gueulé, d'avoir trop craché, il la dévisage à travers les trombes qui continuent de le glacer jusqu'aux os. La question est sincère – la douleur dans ses yeux aussi. Il comprend pas. Il pensait qu'elle l'avait abandonné, il pensait qu'il s'y était fait. Mais elle revient pour le hanter et elle a pas l'droit, pas sans une bonne raison. Il pensait être oublié, mort et enterré. T'existes plus. Il l'a enregistré, trop vite, trop fort, trop habitué à considérer qu'il vaut pas grand-chose de toute façon. « Tu pouvais pas continuer d'être lâche ? C'est trop vous demander, d'me laisser respirer ? » Ils l'étouffent, tous autant qu'ils sont. Avec leur amour ou leur détresse, avec leur colère, leur rancœur, les piliers aussi bien que les déserteurs. Ils lui font mal. Tous. C'est pas pour rien qu'il passe son temps à fuir, c'est pas pour rien qu'il les repousse encore et encore. Il supporte plus toute cette douleur, toute cette violence qui a fini par se loger en lui et qui ne le quittera plus jamais. Il absorbe tout comme une éponge et c'est pas supportable. C'est les fuir en espérant sauver sa peau, ou se savoir condamné à leurs côtés. Ils l'ont tous oublié, déçu, abandonné. Tous sans exception. Il sait bien qu'il est pas mieux, mais c'est plus facile de jouer l'égoïste que d'assumer. Sale gosse ingrat, sale gosse qui pardonne pas. Ni à eux, ni à lui-même. Surtout pas quand ils essaient d'lui dire qu'ils l'aiment.
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The lost boy - Seven.

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